‹ Les musées d'Europe. La peinture au Louvre;Chapitre 20 sur 35 · A. VAN OSTADE · texte numérisé non relu

A. VAN OSTADE

La Famille du peintre.

bonnets blancs, en collerettes blanches, qui font figure de naines ou de petites vieilles à gros nez, à bons sourires. La scène se passe dans une chambre où il y a une cheminée, des fleurs, des tableaux, un grand lit bleu à rideaux, elle est de la plus heureuse répartition de noirs et de blancs, et c'est sûrement une des plus intéressantes représentations de la famille hollandaise.

MBRANDT.

Rembrandt âgé.

Les œuvres d'Isak Van Ostade ( 1621 -1649) sont conventionnelles et vides après que l'on a regardé et goûté celles de son frère Adrien, sauf, toutefois, Un Canal gelé en Hollande, qui a son intérêt, et le Toit à porcs, d'une virtuosité surprenante. Je m'arrête encore devant quelques œuvres. Une Marine de Simon de Vlieger est emplie de

Paul Potter.

La Prairie^

l'air vif de l'espace. Les pa3'sages de Jean Both sont de lumière assourdie, de charme discret. Les cavaliers et les chevaux de Wouwermann témoignent d'une manière voulue, d'une habileté délicate. Un tableau de Wouwermann est souvent un objet de fabrication courante, mais c'est parfois une p-etite chose bien agencée, avec des décors de maisons et des groupements de gens mis à l'effet pittoresque, et de jolis effets de lumière sur la robe des chevaux blancs et alezans. Les animaux de Berghem sont mis en scène trop spirituelle

lement, et l'accent de nature manque. Le Jugement du prix de l'arc, de Van der Helst, est d'aspect jovial et lourd, bien loin de Rembrandt et loin aussi de Frans Hais, ai-je besoin de le dire? Je passe et j'arrive à Paul Potter (162 5- 1645).

Celui-ci est un artiste de rare distinction, au talent réfléchi, choisissant avec un soin parfait les éléments de nature dont il veut

composer son art. Il met peu de chose dans ses tableaux, mais montre bien ce qu'il veut, espace les êtres, les animaux, sur des fonds presque dénudés.

Une palissade, un arbre lui suffisent, dans le beau tableau de la Prairie, pour établir le premier plan.

Encore n'est-ce qu'un bout de palissade, et ne voit-on de l'arbre que le tronc et une première branche.

Quoi encore? La prairie verte et grasse, une chaumière parmi quelques verdures^ et tout au fond, l'indication d'un village. Au-dessus de cela, un grand ciel profond. C'est le décor. Paul Potter }• installe, comme personnages, trois bœufs. L'un est debout, presque au milieu de la prairie, un second regarde par-dessus la palissade, et beugle, un troisième est couché. Plus loin, à michemin de la ligne d'horizon, deux moutons font mesurer la distance. C'est tout, et c'est une fête paisible et magnifique. Le peintre a fait avec soin, avec scrupule, le portrait des trois bêtes, s'acharnant à la forme, à la couleur, à l'allure, et aussi, on peut le dire, au caractère et

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Paul Potter.

Lt Dois de la Ilci\e.

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La Femme hydropique.

à la ressemblance. Il est ainsi arrivé à la vérité. Et par la lumière répandue sur toute la scène, qui dore les animaux, le sol, le vieil arbre, Fhorizon, il est arrivé à la beauté.

C'est le tableau le plus important de Potter au Louvre. Mais il a encore un Cheval en liberté, blanc et noir, dans une prairie où l'on voit aussi un cerf et deux biches, des Chevaux attachés à la porte d'mie chaumière, finement et nerveusement modelés, et le Bois de la Haye, aux plans lumineux sous les arbres, animé par les vaches à l'abreuvoir, les moutons au repos, le cavalier, le carrosse et l'auberge.

La dorure de soleil que nous venons d'admirer chez Paul Potter, nous allons la retrouver chez Albert Cuyp (1620-1691), plus affirmée d'une autre manière, plus riche, étudiée à l'heure plus avancée du couchant, alors que l'atmosphère se vaporise davantage, embrume les feux mourants du jour. Les objets et les êtres éclairés par cette lumière ne sont pas du même sentiment fin et tendre que chez Paul Potter. Cuyp aime moins les choses pour elles-mêmes, les prend surtout pour les faire servir à l'harmonie de sa couleur et au doux éclat de sa lumière. Il est plus indifférent pour le choix, se laisse volontiers aller à l'anecdote, ou plutôt croit nécessaire, pour la construction et l'intérêt de son tableau, de compliquer le sujet principal par l'adjonction de figures et d'occupations dont il pourrait fort bien se passer. Ainsi, son beau Paysage aux vaches fauves serait plus beau sans le groupe du berger Auteur et des enfants qui veulent s'imposer à l'attention, au détriment du magnifique espace lumineux. Au contraire, dans la Promenade et le Départ pour la promenade, tout est d'accord, les cavaliers en habits d'un si beau rouge, ou d'un si beau bleu, les chevaux gris pommelé, et les lointains si délicieusement illuminés. Cuyp a aussi au Louvre une Marine, qui est un sûr et dramatique paysage de tempête, mais il reste surtout dans le souvenir comme le peintre de la poussière d'or et de la poésie des soirs d'automne.

Un autre monde se découvre dans l'œuvre de Jacob Ruysdaôl (i 628-1 682), qui serait le plus grand pa3'sagiste de la Hollande, s'il n'y avait pas Rembrandt. De même race que Cuyp, trouvant, comme lui, l'inspiration de son art dans sa patrie, il fournit la preuve de l'immense, de l'inépuisable variété de la nature, offerte à tous les esprits

RlIÏSDAEL.

Tempête sur les digues.

opposés, à tous les tempéraments, à toutes les humeurs- Ruysdaêl, lui, était d'humeur sauvage, d'esprit réfléchi et triste. Il préférait, aux grasses images du bien-être, aux douceurs blondes de la lumière, les solitudes où sévit la violence des éléments, les ciels chagrins brouillés par les averses et ravagés par les ouragans. Je fais là, bien entendu, son portrait d'après les sentiments qui me paraissent domi-

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ner son œuvre, mais la supposition est d'accord avec ce que l'on croit savoir de sa vie mélancolique et pauvre.

On trouvera cet accord au Louvre par les verdures sombres, les ciels nuageux de ses tableaux. Le Buisson, qui peut se nommer aussi le Coup de vent, est une image de désolation: les feuillages secoués, tordus, les nuages chassés d'une course rapide, et, sur le talus qui monte vers une chaumière, un homme qui peine sous la rafale, suivi de ses chiens. Après cette tristesse, la fureur. La Tempête sur les digues lance la mer du même mouvement large et rythmé à travers les piliers noirs de l'estacade et sur la palissade qui protège un humble toit. La vague fait rage, se soulève en amas verdàtres, éclairés par places, se balance en vastes ondulations, se répand en écume. De gros navires semblent immobiles, des barques chargées de toile courent, inclinées sous le vent, l'horizon d'eau est livide sous le ciel noir. Lorsque Ruysdaël veut montrer le sourire de la lumière comme dans le pa3'sage du Coup de soleil, il fait passer cette lumière, à travers les nuées un instant éclaircies, il frappe la prairie d'un ra3^on furtif qui fait apparaître plus sévère tout le reste du paj'sage, le pont, le moulin, l'église, le château, les ruines, et rend semblables à des ombres les mendiants et le cavalier arrêtés sur la route.

On peut passer vite, après Ruysdaël, devant Karel du Jardin (1622- 1678), si ingénieux que soient ses agencements de paysages et ses groupements d'animaux. Il n'y a pas là d'émotion et de, poésie, et le peintre est plus lui-même avec la farce de ses Charlatans italiens. De même, après la Tempête sur les digues, on peut négliger Bakhuysen (1631-1708), ses Marines, sa Mer agitée, son Escadre IwUandaise- Le paysagiste qui clôt le xvn" siècle en Hollande est Meindert Hobbem? (1638-1709), moins âpre, moins profond que Ruysdaèl, mais aussi épris de nature, aussi attentif, se p'aisant autour des pauvres maisons, aux lisières des forêts. Son œuvre a vraiment la couleur et l'odeur des feuilles. C'est le peintre des arbres, un ancêtre

certain de notre école de Fontainebleau. Il n"a que deux paysages au Louvre. Dans l'un, au bord d'une mare, un vieux chêne brûlé par la foudre achève de mourir. Dans l'autre, à travers l'arche 'de deux arbres, c'est la vue du Moulin à eau, humble et riant dans la clairière, délicieuse harmonie de rudes verdures et de toits rouges.

TER BORCH. — JAN STEEN. — BREKELENKAM. — METSU. — PIETER DE HOOCH. — VAN DER MEER- — A. VAN DE VELDE. — LES MIERIS. — NETSCHER. — VAN DER HEYDEN.

;e dernier groupement des peintres hollandais est admirable, fait une digne suite à Rembrandt par des sujets pris modeste- % ment dans Tau jour le jour de la vie, mais sentis d'une intelligence vive, amoureuse des êtres, des choses, de leurs aspects, de leurs significations. Ici, chacun est maître dans son domaine, ne va pas au hasard, ne traite pas indifféremment tout ce qui se présente, se délecte à étudier, à parfaire un sujet choisi. Prenez presque n'importe quelle œuvre de ces maîtres de la Hollande, vous serez tout d'abord ravi parce que vous y verrez, au premier coup d'œil, un équilibre de dessin, une richesse et une harmonie de couleurs, une répartition des volumes, des plans, de la lumière. Puis, à mesure que vous regarderez, que vous étudierez, que vous goûterez ce savoureux aspect, cette science consommée, vous découvrirez de plus en plus la logique qui a présidé à ces arrangements, vous apercevrez sans cesse des traits nouveaux qui concourent à la perfection tout d'abord ressentie. Le tableau de genre, finalement, vous apparaîtra ce qu'il est. une chronique des micurs, un poème d'intimité, un chapitre d'histoire.

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Voici Ter Borch ( 1 6 1 7- 1 68 1 ) , avec les robes de satin blanc, douces, dorées, légères et crémeuses, qui ondulent et miroitent dans ses toiles. La femme de la Leçon de musique chante, et un cava-

Tek Borch.

Lt Galant Militaire,

lier en habit carré et en bottes l'accompagne sur la guitare. Des deux femmes du Concert, l'une chante, l'autre pince les cordes, pendant qu'un valet aux cheveux filasse, à la chair anémique, au regard et au sourire vicieux, apporte des rafraîchissements sur un plateau.

Supposez, si vous voulez, la compagnie un peu équivoque. Ter Borch, ici, n'appuie pas davantage, il est metteur en scène de fine comédie. Avec le Galant Militaire, il est plus explicite. La courtisane cossue, velours noir et hermine, soigneusement coiffée, qui offre une collation au gros homme botté et cuirassé, s'arrête dans son mouvement de verser à boire pour regarder les pièces d'or étalées dans la fjrte main tendue vers elle. Elle est âpre au gain et revêcheà l'amour

desintéressé, cela est visible, tandis que le gaillard, doux et bon colosse, est tout inquiet de la tournure de l'entretien. Ter Borch excelle à réaliser, d'un art malicieux et pointu, ces pensées secrètes, ces études achevées de caractère.

Non moins pénétrant est Jan Steen (1626-1679), mais très différent quant à l'allure. Steen a la réputation d'un joyeux et plaisant compagnon, et certes il la mérite, car il met l'humanité en scène de manière comique et réjouissante au premier aspect, mais il est mieux qu'un amuseur, ou plutôt il est un amuseur de la bonne race, car à regarder longtemps, à pénétrer Tune de ses œuvres significatives, on connaît bientôt ce sentiment amer que laisse l'observation des grands comiques. Après avoir observé chez l'artiste les types d'ivrognes, de débauchés, de filous, qu'il décrit et approfondit d'une verve si impitoyable, on a vraiment touché les bas-fonds où s'agite une humanité grossière et rouée, uniquement occupée à soigner ses vices et à servir ses intérêts- L'histoire des peintres hollandais est remplie de racontars et de calomnies, et toutes les basses anecdotes se sont acharnées contre les grands et

Jan Steen.

Repas de famille.

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savants artistes, à commencer par Rembrandt. Jan Steen n'avait donc pas à être épargné, et les biographes perfides l'ont représenté comme un joueur, libertin et ivrogne, vivant la même vie que ses modèles. C'est, à première vue, parfaitement absurde, et il faut tenir au contraire Jan Steen comme un sérieux observateur et un grand laborieux. Il n'est représenté au Louvre que par trois tableaux. L'un est étiqueté, avec raison. Mauvaise Compagnie, puisqu'il représente un godelureau ivre et endormi en proie à des mégères qui le dépouillent de son manteau, de son épée, de sa montre, avec les mines les plus basses, les plus infâmes du monde. Le second tableau, dit Repas de famille, a tout l'air d'une ribote dans une auberge, à en juger par la tenue et la gesticulation des personnages. Le troisième, Féie flamande, est représentatif de la verve, de la puissance comique de l'artiste. Les personnages sont bien un peu séparés, mais chacun des êtres qui se donnent ici à la joie des sens débridés est nettement vu, violemment et joyeusement caractérisé.

Un tableau de Brekelenkam, la Consultation, met en présence la femme malade, assise dans un fauteuil, le médecin, debout, tout en noir, en petit manteau, en grand chapeau. C'est un dialogue expressif des regards, la demande anxieuse, la réponse rassurante, et, malgré la tristesse du sujet, une carrure et une bonhomie plaisantes.

Gabriel Metsu (i 630-1 667) n'a pas la force de Steen ni l'aigu de Ter Borch, mais il a en partage le plus fin et le plus souple talent, la plus rare délicatesse. N'importe quelle simple étude d'un visage, construite et caressée par lui, révèle mille nuances de talent et d'observation. Par exemple, la Cuisinière, ou le Chimiste, ou la Femme hollandaise, vieille quelconque, si délicieuse. Qu'il passe à la représentation d'une scène telle que la Leçon de musique, il multiplie ses douceurs et ses harmonies, fait frissonner le satin blanc de la robe et vibrer sourdement le corsage rouge. S'il montre Un Militaire recevant une jeune dame, ou plutôt, malgré ce titre officiel du tableau, un

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