‹ Les musées d'Europe. La peinture au Louvre;Chapitre 24 sur 35 · HRIST DESCENDU DE LA CROIX · texte numérisé non relu

HRIST DESCENDU DE LA CROIX

donne la couronne d'épines à une temme. La Vierge est écroulée dans les bras de saint Jean. Une femme, vêtue de blanc, les mains gantées, pleure et se frappe la poitrine : l'attitude est théâtrale, mais le visage est marqué de vraie douleur. On peut grouper, autour de ce panneau important, les deux Episodes de la vie de sainte Urside, par le Maître de Saint Séverin, peinture à ornements d'or, — une Adoration des Mages, lourde et quelconque, de Gumpolt Giltinger (1460-1522), — et enfin, du Maître de la Mort de Marie, qui vivait à Cologne entre 15 10 et 1530, une peinture en trois compartiments : un Saint François, une Descente de croix, intéressante par lepaj^sage et les costumes, et une Cène de physionomies variées.

Le nom d'Albert Durer (1471-1 528) s'inscrit ici, mais seulement avec deux oeuvres qui sont de belles indications du génie de dessinateur du maître de Nuremberg : une Tête d'enfant blond, le visage rond, la bouche et le nez en formation, le front vaste, et une Tête de vieillard, coiffée d'un bonnet rouge, la chair grise, avec des yeux pleins de pensée. Auprès de Durer, de curieuses productions de l'école allemande au xvi" siècle, un Christ devant Pilate, le Christ ordinaire, mais Pilate corpulent, énorme, significatif d'épais égoïsme; un Jugement de Paris, où Paris, vêtu en guerrier romain, juge tout en dormant d'un profond sommeil. Lucas Cranach, dit le Vieux (1472- 1553), donne le désir de savoir mieux sa production par le très beau Portrait d'homme, en noir, qui tient un chapelet; par la Venus dans un paysage, si exacte, si plaisante, par le détail des mains, des pieds, des seins, petite nudité délicate exhibée dans un paysage d'eau, de rochers, où s'élève une ville; et par d'autres Portraits encore : celui d'un homme jeune, gras, barbu, noir, à grand chapeau; celui d'un vieux à barbe grise, tassé, bouffi, adipeux.

Ceci nous mène à Hans Holbein le Jeune (1497-1543), un des maîtres les plus savants de la peinture, un génie d'observation et de mathématique, le portraitiste qui a fait probablement les portraits les

plus ressemblants. Je parle de la ressemblance d'apparence et de la ressemblance profonde, les traits du visage pétris avec la substance intérieure, le tempérament, le caractère, la préoccupation, l'instinct, la pensée. La vie d'Holbein commence à Augsbourg, se continue à Bâle, se termine à Londres. Les portraits., pourvus de leur état civil,

qui sont au Louvre, se rap-

portent tous à la période anglaise, puisque l'Erasme, qui appartient au.x relations continentales d'Holbein, a été peint pour Thomas More.

Ce portrait d'Érasme est l'œuvre la plus riche, la plus profonde, celle où Holbein a mis toute sa force, toute sa pénétration. C'est ici que l'on peut parler de cette ressemblance complète que j'essa3'ais de définir tout à l'heure.

Érasme ainsi représenté, seul avec sa pensée, est l'homme de son œuvre, tel qu'il se révèle prudemment dans l'histoire. Holbein n'a eu qu'à bien regardersonami, comme il savait regarder, pour le comprendre. L'écrivain de YEloge de la Folie, enveloppé d'une houppelande noire, coiffé d'un haut bonnet noir, bien chaudement emmitouflé, bien à l'abri dans une chambre close, aux boiseries et aux tapisseries sombres, celles-ci néanmoins éga)' ées, oh ! très discrètement éga3'ées de fleurettes, — l'écrivain écrit. Et jamais portrait d'un homme écrivant n'a été aussi supérieurement

Albert Durer.

TéU Je vi<iitLird.

DLBËIN.

Anne de Clèves.

exprimé. Il est certain que tant que ce tableau existera, I^rasme écrira- Une main tient le papier, l'autre la plume, et fœil regarde. Quel profil extraordinaire, acéré, le regard filtrant sous la paupière close, le long nez fin qui flaire, la bouche qui ne sourit pas, et qui pourtant sourit, qui cache son sourire, bouche de juge faite pour prononcer des arrêts, et qui les prononce, pour qui sait les entendre. Admirable effigie d"un homme maître de lui, entouré de pièges, et qui lance sa pensée masquée à travers le monde, qui donne à l'avenir, pour compléter son œuvre, l'ironie cachée sous sa paupière close et réfugiée au coin de sa bouche.

Après l'Érasme, le Portrait de Nicolas Kratzer, astrononie du roi Henri VIII, est une image de la certitude paisible, la table et le mur couverts d mstruments de mesure, les mains tenant un compas et un polyèdre, le visage immobilisé dans le calme et l'attention. Autre image, celle d'un esclave de 1 habitude, Guillaume Warhaw, évoque de Londres, archevêque de Cantorbéry, visage de vieille femme, mains molles et passives, environné, comme Knitzer, des attributs de sa profession, qui sont ici la croix et la mitre. Autre image, celle de la finesse empâtée par la chair, et qui reste aux aguets : Thomas More, grand chancelier d'Angleterre, la chaîne d or au col, le bonnet enfoncé sur les oreilles, vieux, lippu, effaré et grognon. Autre image encore, celle de la prmcesse officielle^ enfermée dans ses vêtements rouge et or comme dans une châsse : Anne de Clèves, quatrième femme de Henri VIII, que le roi voulut connaître d'abord par un portrait de l'artiste exact, envoyé en ambassade picturale. Le portrait plut, mais la femme, lorsqu'elle débarqua à Londres, déplut. C'était sans doute bien la même, mais Henri VIII n'avait pas bien vu le portrait de l'insignifiante princesse qui exhibe hors de sa gaine ses mains croisées chargées de bagues, son visage anémique et passif.

C'est enfin le portrait, qui regarde et réfléchit, de Richard Southwell, maître de l'artillerie en Angleterre. Puis, un Portrait

cThomme, en fourrures fauves, qui n'est pas de la manière habituelle d'Holbein, qui est plus gras et moins ferme, mais très beau, et un

Page 1