‹ Les musées d'Europe. La peinture au Louvre;Chapitre 26 sur 35 · HOLBEIN · texte numérisé non relu

HOLBEIN

Guillaume Warliam.

MuraLLO.

La Cuisine des Anges.

L'ECOLE ESPAGTsIOLE

LUIS MORALES. — LE GRECO. — HERRERA LE VIEUX. — RIBERA. — ZUR- BARAN. — VELASQUEZ. — MURILLO. — GOYA.

11 3' a peu de peinture en Espagne avant le xvi" siècle- Il faut que l'Italie et la Flandre aient manifesté leur génie pour que le génie espagnol prenne conscience de lui-même. Sans doute, avant le xvi" siècle, il y a eu des essais et des œuvres, décorations de murailles et de manuscrits, et des tableaux aussi, mais l'école ne se forme qu'après des voyages d'artistes espagnols, qu'après des séjours en Espagne d'artistes italiens et flamands. En somme, il y a eu ici, comme en Hollande, une rapide éclosion, puis l'apogée, et la conclusion de cette première période, puisque Goya ne vient qu'à la fin du xviii" siècle, comme une pousse tardive, un rejet inattendu de la race. L'histoire de l'art espagnol n'embrasse donc pas même deux siècles. Mais, encore comme en Hollande, et malgré les influences étrangères, l'éclat est vif, la personnalité est tranchée, quelques grands artistes surgissent, et parmi eux Velasquez, lequel va de pair avec les plus grands. L'Espagne n'a reçu du dehors que des leçons de

I^IBERA.

Le Pied-^ot.

métier, elle a su rester l'Espagne pendant toute une belle époque. Après, elle a connu la décadence de la fin du xvif siècle et du xviii'^ siècle, comme l'Italie, l'Allemagne, la Flandre, la Hollande. La France et l'Angleterre seules ont eu une e.xistence artistique complète au xviii" siècle.

L'Espagne est tellement restée l'Espagne sous les influences étrangères, que, même ce métier qu'elle apprenait chez les autres, elle le transformait immédiatement, lui donnait une tristesse, une gravité, un mystère, qui empêchent toute confusion, toute hésitation. Sa race, pour s'être affirmée tardivement par l'art, s'affirme tout autant que les autres races, avec une énergie singulière. Elle se définit par la tristesse, l'âpreté, la fierté, par un sombre et cruel catholicisme, par une distinction mystérieuse.

Les œuvres sont assez significatives au Louvre pour que ces traits soient aperçus. Il suffit de passer dans la grande galerie, entre les deux murailles où elles sont exposées, et d'embrasser leur ensemble d'un coup d'œil pour savoir que l'on a quitté l'Italie et que l'on aborde une contrée nouvelle. Que l'on s'approche encore, les détails vont se préciser, les différences vont s'établir.

Il n'y a pas de noms à inscrire ici avant celui de Luis Morales, dit El Divino (i 509-1 566), représenté seulement par un Christ portant sa croix, figure assez farouche, de grandeur naturelle, vue à mi-corps. De même, un autre peintre, qui est un des grands peintres espagnols, qui a joué un rôle considérable dans les destinées de l'école, Théotocopuli, dit le Gréco (1548-1625), ne peut être connu par la seule œuvre que nous possédons de lui, un Saint François d'Assise, de forme décharnée, de caractère âpre. En revanche, nous possédons une œuvre importante de Francisco de Herrera, dit le Vieux (i 576-1656) . c'est Saint Basile dictant sa doctrine. Le saint, coiffé d'une mitre, vêtu d'une robe noire, les épaules entourées d'une étole blanche parsemée de croix noires, est assis, un livre sur les genoux.

une plume à la main. Il se recueille, il examine, il pèse, il est morose et vénérable. Autour de lui, des personnages ecclésiastiques, dont on donne les noms : saint Dominique, saint Bernard, saint Pierre dominicain, l'évêque Diego, et d'autres encore, moines qui écoutent attentivement, qui recueillent la parole pour la répandre et l'imposer au monde. Au-dessus de l'assemblée plane la colombe entourée de

têtes d'anges. Mais rien n'adoucit la sévérité de la réunion, et l'œuvre d'Herrera le Vieux reste comme une des plus fortes images de l'autorité ecclésiastique. Elle reste aussi comme une peinture vigoureuse et ample, une peinture de grande muraille, faite pour la chapelle d'une église ou la salle d'un concile.

Je passe sur un Saint François d'Assise de Luis Tristan (1589- 1640), et j'arrive à José de Ribera, dit l'Espagnolet (i 588-1656), qui est un des maîtres de l'école espagnole et l'un des plus solides peintres de tous les temps. 11 a beaucoup vécu en Italie, s'est fixé à Naples; il est un de ceux qui doivent leur métier aux artistes italiens; il a complètement subi l'influence du Caravage, dont il a pu même être l'élève, mais il a su assimiler cet élément étranger et rester fidèle à sa race. Le Louvre possède cinq œuvres de Ribera : la Vierge et l'Enfant Jésus, qui n'est pas très significative ; un Sai?it Paul ermite, énergique anatomie dont les reliefs émergent d'ombres épaisses; et enfin, trois autres œuvres très renseignantes de la manière et de la force de l'artiste. Le Christ au tombeau est une toile à la

Hebpeiîa le Vieux.

Sciini Basile.

^ELASQUEZ.

L'Tnfante Marie Marguerite.

manière noire, avec des chairs livides et sanguines, des blancheurs de linceul, des éclats de manteau rouge. Ici, les ombres ont leur raison d'être, la scène se passe dans la nuit opaque du tombeau, c'est quelque lueur furtive qui vient, par un soupirail, ou par une lointaine entrée de voûte, éclairer le supplicié et les personnages qui manient respectueusement son corps déchiré. Dans cette nuit, les aspects et les expressions apparaissent avec un relief saisissant. Le Christ seul est presque tout entier en pleine lumière, sauf que l'ombre cache la moitié de sa tête penchée, longe le flanc, le thorax et les jambes. Mais de tous les autres acteurs du drame funèbre, on n'aperçoit guère que le visage et les mains. De la Vierge, on ne voit, dans le fond, qu'une grimace de douleur. Les trois hommes, Jean, Nicomède, Joseph d'Arimathie, montrent de longs nez rougis, des yeux abîmés par les pleurs, des fronts soucieux, barrés de profondes rides, des mains jointes ou attentives à déposer le crucifié sur la pierre du sépulcre. De toutes ces douleurs entrevues, groupées autour d'un cadavre, Ribera a fait une œuvre silencieuse et pathétique.

V Adoration des Bergers, qui se passe dans un beau paysage, montre la souplesse et la variété du talent du peintre. Il a vraiment exprimé la beauté d'une mère et la délicieuse vie d'un enfant avec la Vierge et Jésus, et les figures des bergers sont magnifiques de rudesse et de douceur populaires, l'un qui soulève son bonnet, l'autre qui s'incline, les mains croisées sur la poitrine, l'autre, vêtu de peaux de mouton, la jambe enroulée d'étoflfes, qui joint les mains. Cette poésie des humbles, Ribera la revendique d'ailleurs avec une netteté singulière par le portrait du Pied-Bot, l'estropié vêtu de laine brune qui rit de toutes ses dents à la lumière et à la vie.

Francisco Zurbaran (i 598-1662), comme Herrera le Vieux, décrit à merveille le sombre pittoresque ecclésiastique avec Saint Pierre Nolasque et saint Raymond de Penafort, où le camail rouge de saint Raymond fleurit de couleur la noire assemblée. Le tableau est beau

et vigoureux, de facture souple et large, mais Zurbaran montre un côté plus saisissant encore de l'art espagnol par les Funérailles d'un évêque, le mort dans sa bière, vêtu de ses vêtements sacerdotaux, entouré de prêtres, de moines, d'enfants, d'un pape, d'un évêque et d'un roi. C'est ici la représentation de la mort, sans atténuation, avec

RiBERA.

Ensevelissement du Christ

sa couleur et sa pourriture, le visage terreux, la barbe poussée, les yeux vidés, peinture grave et terrible qui n'a que çà et là des équivalents dans les autres écoles.

Maisvoicidon Diego Rodriguezde Silva y Velasquez (i 599-1660), qui va nous faire oublier ces spectacles d'horreur par sa grâce fine, sa force nerveuse, son expression énigmatique. C'est le plus secret de tous les peintres- Il est espagnol, il tient aux maîtres qui lont précédé, il a vu l'Italie et il l'a comprise, sans pour cela se faire italien, il a

reçu probablement les avis du glorieux Rubens, mais il n'en a pris que ce qui pouvait le servir. En dehors de tout cela, il est Velasquez, un homme doué d'une sensibilité de perception, d'une acuité de vision, d'une faculté de comprendre comme il s'en rencontre rarement, un peintre qui obéit au don qu'il possède, à Tinstinct qui est en lui, sans pouvoir subir aucune influence ni pression, au total, une des grandes originalités de l'art, et peutêtre la plus m^'stérieuse.

C'est à Madrid qu'il faut voir "Velasquez, cela est bien certain, puisque son œuvre est restée sur place. Nous avons toutefois la bonne fortune de posséder de Velasquez deux peintures significatives : le portrait en buste de Philippe IV, et le portrait de l 'Infante Marie-Marguerite. Pour le reste on a beaucoup discuté et établi que les origines de telle et telle peinture étaient pour le moins douteuses. On pourrait peutêtre tout de même demander grâce pour la Réunion de treize personnages, d'une si jolie tournure cavalière, d'une si fine prestessed'ébauche.

Le Philippe IV, en pied, vêtu d'un costume de chasse, répétition d"une toile du musée de Madrid, peut fort bien aussi être attribuée ^'elasquez, lequel a passé sa vie, comme on sait, à faire et à refaire le portrait de son maître. La silhouette est d'ailleurs caractéristique. Mais pour la figure en buste, il n'y a pas d'hésitation possible, c'est une des plus belles études, étude complète et parfaite, de ce

Velasquez.

Philippe I V.

visage pâle et maladif, long et étroit, au lourd menton, à la bouche épaisse, aux paupières lourdes. Velasquez ne pouvait dépasser cette sûre brièveté de forme, cette douce puissance du modelé émergeant de l'ombre, cette expression de la vie surprise. Aussi ne dépasse-t-il rien de tout cela dans le portrait de TInfante Marie-Marguerite,

mais il emploie ses moyens de façon différente et produit une œuvre inattendue, d'harmonie magique et délicieuse.

La fillette est debout, vêtue de gris argent et de dentelles noires, avec des nœuds roses à la gorge, aux épaules, aux poignets, aux cheveux. Elle a les joues rondes et molles, un peu retombantes, le col potelé, les mains courtes et replètes avec des bourrelets de chair, le visage doré et rose , la chevelure blonde comme une floche de soie.

Philippe IV. ^, , . „,, . ,,

L est la petite hlle reme, I enfance dressée et parée en idole, et c'est la merveille de la peinture qui cache sa force sous la plus légère, la plus aérienne des harmonies.

Il suffit de nommer Collantes, Pereda, Arellanos, Carreno de Miranda, qui sont peu ou mal représentés au Louvre Après Velasquez, il y a toutefois deux grands artistes devant lesquels il faut s'arrêter.

Du premier, Murillo (1616-1682), nous avons quelques tableaux médiocres, d'autres infiniment gracieux et charmants, et un chefd'œuvre très solide et équilibré. Je passe devant les médiocres, je

\'elasquez.

JRILLO.

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