‹ Les musées d'Europe. La peinture au Louvre;Chapitre 27 sur 35 · SSOMPTION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

SSOMPTION DE LA VIERGE

m'arrête devant la Conception Immaculée de la Vierge, mieux nommée l'Assomption. Nous possédons deux fois ce sujet : en largeur et en hauteur. Le sujet en hauteur est le plus célèbre, et de fait, la composition est mieux comprise, la Vierge s'élève mieux dans les airs, si la qualité de la peinture est à peu près la même. C'est un tableau trop vanté, mais qui vaut néanmoins par l'harmonie blonde et bleue, par la qualité légère, aérienne de la pâte. Pour le caractère religieux, combien il est différent du caractère sombre, grave, souvent terrible, empreint aux œuvres des premiers peintres espagnols, tels que nous avons pu en voir quelques-uns au Louvre : Gréco, Herrera le Vieux, Ribera, Zurbaran. Il suffit de voir un tableau de Murillo pour connaître qu'une nouvelle ère historique est ouverte. S'il y a un st^le jésuite en peinture comme il y en a un en architecture, Murillo est son représentant certain. Il travaille à la conquête des âmes par la douceur et la séduction, il rend accessible et charmante la religion de fer et de sang des inquisiteurs. La Vierge, telle qu'il la conçoit, telle qu'il la dresse dans les nuages, parmi des anges pareils à des Amours joufflus et roses, cette Vierge est une femme gracieuse, que l'on pourrait prendre pour une mondaine exerçant sa ro3'auté parmi les hommages d'une soirée, pour une actrice figurant dans une apothéose. Murillo décore une église comme un théâtre, et fait de la sacristie un boudoir.

Il y a désaccord habituel entre ses sujets et sa manière. Il se serait exprimé plus complètement dans un milieu d'élégance et de galanterie favorable; mais, en somme il n'a pu s'empêcher d'être lui-même, et c'est le signe qu'il y avait en lui un tempérament d'artiste particulier. C'est un peintre, en effet; il a une grâce personnelle de couleur et de lumière, une finesse de modelé, que l'on peut admirer pleinement dans la Naissance de la Vierge, où la coulée de soleil éclaire la Vierge, les femmes, les anges, dans le va-et-vient d'une scène d'intimité. Les mêmes qualités, la même dorure, parent le

Jeune Mendiant qui s'épouille dans une cellule, et qui est un morceau de bravoure où tout est exécuté de la même façon sûre et preste, l'enfant, la cruche, les pommes, les crevettes. Par contre, dans la Sainte Famille, il y a de l'afféterie et de la banalité, malgré le joli aspect de l'enfant nu, de la Vierge rose et bleue. Et voilà que, tout à coup, un Murillo tout différent se révèle avec le Miracle de Sati Diego, dit la Cuisine des anges, un Murillo brun, solide, au modelé en relief, à l'élégance puissante. Les seigneurs qui regardent la scène, le prieur qui s'élève dans l'air pour demander la nourriture de ses moines, les anges qui font la cuisine, sont autant de figures souples et robutes, et tout, dans ce beau tableau, est de la même touche ferme et grasse, la viande, les oignons, les concombres, les tomates, le pot à dessins bleus, la terrine, les assiettes en terre brune.

L'art espagnol n'avait pas dit son dernier mot avec Murillo. puisque Goya surgit (1746-1828), mais cet artiste très étrange, inégal et saisissant, ne peut être vu au Louvre. On connaît le peintre en Espagne, et on peut connaître l'artiste par son œuvre de gravure et de lithographie, qui est des plus caractéristiques. C'est un génie irrégulier, sarcastique et profond, qui a violemment et généreusement senti la vie, qui l'a exprimée d'un art rapide et fougueux, où il y a de la comédie et de la tragédie, de la grâce et de l'amertume. Il ne peut être étudié sur les fragments que nous possédons. On peut tout au plus deviner un aspect particulier de son oeuvre, d'abord avec le Portrait de F. Guillemardet, médecin d'Autun, député à la Convention Nationale, qui fut ambassadeur de la République française à Madrid. II est représenté par Go3'a en costume officiel, la grande redingote bleue serrée à la taille par la ceinture tricolore. Son chapeau à plumes est posé sur une table. C'est un sobre et sage portrait, mais ce n'est que cela. L'attitude et la physionomie sont quelconques, l'homme assis, les jambes croisées, une main sur la jambe, l'autre au dossier de la chaise, le visage

sans expression. On ne peut deviner Ihumeur fougueuse de Goya devant cette image banale d'un diplomate qui serait à sa place dans un musée historique du costume. Heureusement, il y a une compensation à c > Guillemardet d'un travail si appliqué et si correct. Goya se révèle, avec sa manière grasse et soyeuse, sa qualité de lumière fine, sa couleur cendrée et fleurie, par le portrait de la Femme à l'éventail, en robe grise, décolletée, les bras aperçus sous la dentelle, les mains sous les mitaines, très vivante personne à la chair rose et aux yeux noirs. Goya a représenté là une femme de chez lui en un frais et beau portrait, solide et savoureux, de même qu'il a finement silhouetté une Jeune Femme espagnole, enveloppée de dentelles noires, la chevelure fleurie d'un ruban rose.

Goya.

Jeune ftunine espagnole.

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