‹ Les musées d'Europe. La peinture au Louvre;Chapitre 4 sur 35 · LL:té · texte numérisé non relu

LL:té

Écoutez Diderot se promenant au Salon de 1763 et allant droit à Chardin : u C'est celui-ci qui est un peintre; c'est celui-ci qui est un coloriste-.. O Chardin! ce n'est pas du blanc, du rouge, du noir, que tu broies sur ta palette : c'est la substance même des objets, c'est l'air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile. " Et en 1765 : " Cet homme est le premier coloriste du Salon, et peut-être un des premiers coloristes de la peinture. »

Kn 1 767, c'est '( le plus grand magicien qu j nous a3'ons eu » . En 1 769 : « Chardin est entre la nature et l'art... Il n'y a rien en lui qui sente la palette. C'est une harmonie au delà de laquelle on ne songe pas à

Chakdin.

Le Château de Cartes.

désirer; elle serpente imperceptiblement dans sa composition, toute sous chaque partie de l'étendue de sa toile; c'est, comme lesthéologiens disent de l'esprit, sensible dans le tout et secret en chaque point. » Pour le signalement historique et moral de Chardin, il a été donné

en 1864 par les Concourt le proclamant (i le peintre de la Bourgeoisie».

Chardin apparaît ainsi au Louvre, avec ses compositions si discrètement mises en scène, si savamment équilibrées, sa couleur vive et furtive qui joue spirituellement sur les fonds gris et à travers les tons neutres, les blancs argentés et dorés qui s'éclairent aux visages sains et aux linges frais de ses ménagères, l'illumination rapide de sa fontaine de cuivre, la transparence de son bocal où baignent les olives, la fine croûte de sa brioche, le rouge grenat de ses cerises mirées au gobelet d'argent, le duvet de ses pèches, la fragilité de ses tasses, la pourpre de son vin. L'atmosphère est reposée, silencieuse, autour de ses personnages : la Mère laborieuse assise devant le dévidoir, sa petite fille devant elle; la femme et les deux petites filles du Benedicite ; l'adolescent du Château de cartes ; la ''Pourvoyeuse chargée de provisions, qui est comme la Muse courageuse et tranquille de l'artiste.

La beauté, la chaleur de la vie émanent des hum.bles personnages, des humbles choses. Ces femmes qui vaquent aux soms du ménage, et ces objets aussi, infiniment doux à voir dans la sérénité de la lumière, ce sont les portraits des idées de Chardin. Par chacune de ses toiles, ce bon grand homme, ce peintre délicieux et parfait, a exprimé toute la raison de sa pensée et toute la poésie de son cœur

LE XVin* SIÈCLE TSWZÏ^). — BOUCHER. — LANCRET. — PATER. — OLIVIER. VAN LOO. — TOCQUÉ. — NATTIER. — HUBERT ROBERT. — JOSEPH VERNET. — FRAGONARD. — GREUZE.

Boucher (i 703-1 770) est élève de Lemoinc, le peintre des beaux plafonds de Versailles, représenté au Louvre par l'esquisse de \Olympe, par l'Omphale au corps laiteux et lumineux. Son origine

de peintre et de décorateur est donc bien marquée. Peintre et décorateur, c'est !a définition du talent de Boucher. Il excelle à occuper une muraille, un panneau, un dessus de porte, et ce sens de la composition et de la mise en place, il l'apporte dans tout ce qu'il entreprend, dessin, gravure, tapisserie, décoration de salies de spectacle.

Ses toiles ne sont pas faites pour être placées dans la galerie d'un musée, surtout quand ce musée est encombré comme le Louvre, aux murs garnis du haut en bas, de long en large. Il faut voir Boucher dans un milieu favorable, aéré, dans un salon meublé selon le goût de son temps. Alors, il reprend tous ses avantages, son œuvre devient logique, il est bien l'artiste qui a compris et orné le xvni" siècle. <( N'est pas Boucher qui veut, » dira judicieusement David. Ce décorateur est un coloriste. Il a appris, ce que ne lui conteste pas Diderot, qui l'a toujours furieusement attaqué, il a appris, dis-je, à .savamment distribuer la lumière et les ombres, il a appris à répartir les colorations et les nuances, en une certaine harmonie fraîche qui est bien à lui. Il a un métier sur et gracieux. Ce métier il la appris chez Rubens, comme tous les peintres de son temps. « Tous, — disent les Concourt, — descendent de ce père et de ce large initiateur, Watteau comme Boucher, boucher comme Chardin. Pendant cent ans il semble que la peinture

Boucher.

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<le la France n'ait d'autre berceau, d'autre école, d'autre patrie que la

Galerie du Luxembourg, la Vie de Marie de Médicis : le dieu est là. »

Ceci dit à la gloire de Boucher, il faut bien reconnaître chez

lui l'absence de l'expression, une impossibilité à voir la vie. Avec

Olivier.

Le The chez U prince de Conti.

la même facilité, la même habileté, il peint sans cesse les mêmes déesses, les mêmes n^-mphes, les mêmes bergers, les mêmes bergères, les mêmes amours, il refait les mênies paj'sages. Est-il besoin d'ajouter qu'il n'a pas le génie mélancolique et la distinction de son maître Watteau? qu'il n'a pas la verve et la (iêvre de son élève Fragonard? Il n'a pas non plus, en s'en tenant au pur métier de peintre, le

dessin délié et l'harmonie fine du premier, la touche grasse et libre du second. Entre l'un et l'autre, il fait figure vulgaire. Vraiment, pour le mettre à sa place et le tenir en honneur, il faut, je le répète, supposer ses tableaux dans le milieu qu'ils étaient destinés à orner. Alors, ils sont savants et charmants.

Faites cette expérience au Louvre, vous trouverez que Boucher

port raitiste

n existe pas, qu'il est fin et adroit dans le genre avec le Peintre dans son atelier et 1 In térieur , puis vous sentirez le charme dessujetschampètres aux bergères enrubannées, des guirlandes d'a-

Fragonard.

la Chcnihû enlcvi-e.

mours, ou I artiste se montre peintre délicieux de l'enfance, des scènes m5'thologiques où Diane sortant du bain et Vénus chez Vulcain mettent rOl3'mpe grec de plain-pied avec le boudoir et le cabinet de toilette du xvni" siècle.

Auprès de Boucher, Lancret, Pater ne sont que des sous-ordres de Watteau. Lancret, toutefois, avec ses Saisons, est fin et souple, tandis que Pater est appliqué et sec. Je préfère les artistes qui ont su exprimer gracieusement et adroitement les spectacles auxquels ils assistaient. Le Tlié â l'anglaise chez le prince de Conti, par Olivier,

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