RARD
j-A COMTESSE j^EGNAULT DE ^AINT-JeAN d' ANGEL^i
est un exemple de la jolie peinture de mœurs du xvni" siècle. Et combien le Louvre devrait être plus riche en scènes de ce genre ! Mais trop longtemps la France a méconnu les artistes de sa race. Ce qui
1*RAGÛNARD.
Les BaïC^neuses.
est surtout au Lou\Te, c'est la tradition de la peinture d'histoire du xvn" siècle, avec des éléments nouveaux et brillants, toutefois : ainsi VEstherde De Troy, et le Henri III de J.-B. Van Loo. Carie Van Loo innove par une scène de genre, observée directement, Une Halte de chasse, à laquelle il donne les proportions d'un tableau d'histoire. Le portrait a de solides répondants : Tocqué, qui peint Marie
Leczinska en grand apparat, et le Dauphin, fils de Louis XV; Nattier, qui montre en représentation M"'- Adélaïde, et .M"'' de Lambesc, et l'une des filles de Louis XV en vestale ; Perronneau, qui peint Oudry.
Les paysagistes sont Loutherbourg, avec le Passage du Gué; Lépicié, avec la Coio- de ferme ; Hubert Robert, le peintre pittoresque et adroit des ruines, des colonnades, des cours et des jardins ornés de statues et de jets d'eau ; Joseph Vernet, faible imitateur de Poussin et de Claude Gellée dans la plupart deses toiles, et connaissant l'heureuse fortune d'études légères et lumineuses prises sur nature avec le Ponte- Rotto, le Pont et le château Saint-Ange... Mais il me faut aller vers deux artistes, très différents, également représentatifs de leur temps
Fragonard, méridional, né à Grasse en 1732, venu à Paris à l'âge de dix-huit ans, élève de Chardin et de Boucher, prix de Rome en 1752, est agréé à l'Académie en 1765 avec un tableau qui est au Louvre : Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé, commandé pour être exécuté en tapisserie aux Gobelins. C'est un début par la peinture de grand format à la mise en scène théâtrale, et c est néanmoins un bon début. Si Fragonard s'était adonné à la peinture d'histoire, il }• eût apporté, sans aucun doute, un sens délicieux de la décoration.
Il préféra être lui-même, le peintre qui borne ses ambitions, qui chuchote ses désirs et ses confidences, qui épure son libertinage par un goût infiniment délicat, et donne au plaisir la sincérité de 1 amour Il n'y a aucune grossièreté chez Fragonard, grâce à la délicieuse prestesse de son art, à l'harmonie pale et tendre de sa couleur, au mouvement fuyant et évanoui de sa forme. Il n'}' a en lui qu'esprit charmant et fine sensualité. Il est peu représenté sous son véritable aspect au Louvre, et même, sans le don Lacaze, il n'y serait représenté que par l'esquisse de la Leçon de musique, délicieuse esquisse il est vrai, avec sa jeune fille en robe de satin blanc, devant le clavecin, le galant jeune homme qui s'appuie au fauteuil de in musi-
'iù J O
cienne, et le chat de physionomie si comique pelotonné parmi les papiers, auprès de la mandoline. Il y a, de plus, heureusement au Louvre, les onze œuvres du don Lacaze, des portraits zébrés de couleur, vermillonnés, dorés, des figures dressées en avant de
K '^P'^J^ÉF ^^ wM^^V vil^^^l
Ié- r
WfWÊk^^Ê^Ê
WM
Ë^V^Hh
Gr.EL'ZE.
Lii Malédiction paternelle.
pa3'sagcs de théâtre, le pa3'sage de rO/'ag"c, merveilleuse impression de nature, et les toiles qui expriment le mieux Fartiste, celles qui décrivent amoureusement la femme : la Bacchante endormie, d'un flsurissement de chair si léger et si doux, d'un souffle de peinture miraculeusement animé par la vie; la Chemise enlevée, petit chefd'œuvre d arrangement par la retombée du rideau, le désordre des
draps et des oreillers, l'envolée de l'Amour emportant la chemise, petit chef-d'œuvre de nuances grises, de teintes à peine avivées, de juste expression : c'est la poésie du lit, des formes mignonnes et pleines, de la pudeur voluptueuse ; et encore, les Baig?ieuses, le
Grecze.
Le Fils puni.
délice des mouvements libres et jeunes, des chairs mouillées, éclatantes, rosées, bleuies, par l'éclat du jour et la douceur de l'ombre Greuze (1725-1805) est en contraste absolu avec Fragonard. Quand on aborde son œuvre par les pages où il raconte les mœ^urs et met en scène les sentiments, on a l'impression immédiate que le peintre est un dramaturge philosophe, ouplut(')t qu'il est l'mventeur de
la peinture à sujets. Avant lui, on a pu peindre des faits, des incidents, des anecdotes, mais on n'avait pas encore établi un tableau comme un chapitre de roman, comme une scène de théâtre. Greuze, sans doute, subit l'influence de Diderot qui voyait, de façon si malavisée, des moyens de propagande pour la philosophie et la vertu dans les tableaux du peintre. i\'lais cette tournure d'esprit était bien chez Greuze :
on n'a pour s'en convaincre qu'à Hre les e.xplications qu'il a données de ses tableaux, et enfin on n'a qu'à voir ces tableaux eux-mêmes, si remplis d'intentions, agencés avec tant de soin, avec une puérilité si déconcertante.
Le Louvre possède précisément trois exemples de cette manière qui subordonne l'art à l'intérêt d'un récit ou à la démonstration d'une thèse. L'Accordée de village est l'équivalent d'un acte d'opéra-comique, la représentation du moment où tous les personnages sont partagés entre le regret du bonheur d'hier et la joie de l'heureux événement de demain. Le pcre, la mère, la sœur, le fiancé, la fiancée, expriment les nuances de ce sentiment, mais l'adresse de l'artiste expert en significations de maintiens et en jeux de physionomies ne dissimule pas la mauvaise qualité du tableau, sa couleur déplaisante, sa lumière dispersée, son manque d'harmonie.
Geeuze.
Etillic iic jeune fille.
La même remarque s'impose devant la Malédiction paternelle et le Fils puni, deux « pendants » également mélodramatiques, où tous, le père, l.i mère, les jeunes filles, les enfants, le fils coupable, le sergent recruteur, semblent jouer un rôle appris dans la coulisse.
Greuze, pourtant,
est un bon peintre, mais il fait, une fois de plus, la preuve que la peinture doit être l'expression directe de la vie et de la pensée, et non l'illustration pénible d'un sujet indifférent. On se convaincra qu'il est bon peintre avec ses portraits, de Jeaurat, de Gensonné, du médecin Duval, de Fabre d'Églantine, avec son propre portrait, avec la Tète de jeune garçon, avec telle Etude de icune fille : il excelle dans la représentation des enfants, des jeunes filles, des carnations fraîches et duveteuses, des joues rondes, des bouches vermeilles, des 3'eux brillants et doux, des jeunes gorges en fleur. Pour conclure, toutefois, sur Greuze, il faut le désigner comme le peintre de la Cruche cassée et de la Laitière, le peintre de la fausse innocence, de la vicieuse naïveté. Ces héroïnes aux toilettes savantes, aux fichus entr'ouverts, aux coiffures préméditées, ont les yeu.v candides et pervers, les bouches promet-