RUD HON
MPERATRICE JOSÉPHINE
tueuses de mensonges, l'allure aguichante, et les Concourt ont pu juger, cruellement et éloquemment, la peinture ingénue de Greuze, lui donner sa vraie signification. C'est un vertueux à double face, qui va du mélodrame à la romance, et dont il ne faut pas trop scruter les intentions. Toutefois, le peintre libertin du temps, ce n'est pas le vif et passionné Fragonard, avouant son goût du plaisir et sa joie amoureuse, c'est le moraliste Creuze, qui embusque deirière ses histoires sentimentales la naïveté équivoque et la volup:é hypocrite Pour ne rien omettre de cette période du xviii'' siècle, je m'arrête devant les natures mortes de Roland de la Porte, devam les Dames de Malte du chevalier de Favra}-, et je clos ce chapiti-e avec le Portrait de femme inconnue peint par un anonyme, délicieux portrait par la simplicité du costume et de l'arrangement, un corsage bleu à ncL'uds, un mantelet noir, un bonnet à rubans bleus, un vieux livre broché dans la main gauche, et le plus doux visage de iemme à cheveux gris poudrés, la physionomie de l'intelligence, de la douceur, delà bonté qui sait.
FIN DU XVIH SILGLE ET COMMENCEMENT DU XIX' SIECLE. — VI STIER. — ROSLIN. — • m'"" VIGÉE-LEBRUN. - DAVID. — BOILLY -- GIRODET — GUÉRIN. — GÉRARD " GROS. — PRUd'hON.
^5^^(e sont des héroïnes de Rousseau, des liseuses de Florian t^es 1^^?^ jeunes femmes peintes par Vestier, par Roslin, par 31 " Vigce- 1^^=^ Lebrun : la femme de Vestier, châtaine, les yeux noirs, la bouche rouge, une guimpe transparente sous son châle verdàtre; la Jeune fille ornant la statue de l'Amour, de Roslin. qui semble s'envoier vers l'idéal entrevu; M""^ Vigée-Lebrun, peinte par elle-même
avec sa fille. Toutes, bergères de Trianon la veille, sont maintenant vêtues d'étoffes simples, la taille serrée par un enroulement d'écharpe, le sein couvert de pudiques fichus, les cheveux sans poudre, comme si elles faisaient pénitence des fêtes galantes de Watteau, de Boucher
et de Fragonard. C'est un mélancolique retour de Cythère, une lassitude après le carnaval, un goût subit pour l'amour pur, les joies du logis conjugal et de la maternité. Toutes cueillent des fleurs, lisent VEmile, chantent des romances. C'est encore trop La réaction contre la vie va s'accomplir, elle a trouvé son chef en David.
David, né à Paris en 1748, mort en exil à Bruxelles en 1825, appartient d'abord à la fin du xviii'^ siècle. Il a pour premier maître Boucher, qui le confie à Vien, lequel l'éduque pour le prix de Rome qu'il obtient en 1774. Il revient Romain, détruit les restes de l'art du xviii'' siècle, proclame le retour à l'Antiquité. Il force le modèle vivant à ressembler aux œuvres des musées, lui fait imiter les attitudes des statues, les mouvements des bas-reliefs, les profils des camées et des médailles. C'est d'une telle pratique et d'une telle méthode de travail que procèdent Léonidas aux Thcrmopyles, les Sabines, le Serment des Horaces, les
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.A/'"* Lebrun et sa fille.
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ÎUDHON.
L'enlèvement de Psyché par Zéphir.
Licteurs rapportant à Brutiis les corps de ses fils, Bélisaire demandant l'aumône, le Combat de Minerve contre Mars, les Amours de Paris et d'Hélène. Sous quels portiques de tragédies, aux entours de quels tristes odéons apparaissent le héros grec tendant le jarret, les femmes qui pleurent, les guerriers jurant de vaincre ou de mourir, le père impassible^ le général qui mendie, les dieux combattant, les amants adultères! Paris est égrillard, Brutus est pédant, Bélisaire tend son casque, Léonidas est ridicule, les Horaces jurent la mort de l'art de Watteau et de Latour, de Chardin et de Fragonard.
La Révolution, pendant laquelle David joue son rôle de conventionnel, de 1789 à 1795, n'inspire que quelques œuvres au peintre qui vit dans la mêlée des événements. Il ne peut être à la fois homme d'action et témoin de son temps. C'est par ordre qu'il peint Lepelletier mort et Marat expirant. Mais le Louvre ne possède que l'esquisse du Serment du Jeu de paume et le Portrait de Bailly. La Révolution finie, David peint les Satines. Puis, Bonaparte vient, le fascine, le conquiert, et le révolutionnaire devient peintre officiel, entreprend le Sacre de Napoléon et de Joséphine. C'est l'oeuvre capitale de David au Louvre. Le Napoléon n'est pas d'un visage très expressif, mais son enjambée est sûre, le pied du conquérant est solidement posé. La comédie jouée entre l'empereur et le pape volontaire est intelligemment indiquée. M""' Lœtitia, parée comme une idole, se tient droite dans une loge, semble tenir le comptoir et la caisse de l'Empire. L'œuvre, en somme, n'est pas d'une signification très haute, et David, domestiqué, a surtout assemblé et caractérisé ses personnages en bon maître des cérémonies Les costumes l'emportent sur les physionomies, et la scène prend ainsi un aspect puéril et ironique que n'avait certes pas désiré Napoléon. Toute la solennité de la livrée, tout l'apparat du mobilier, sont soulignés par une peinture appuyée, à croire qu'une voix secrète parla en David, qu'un peu de l'ancien conventionnel revint en lui, pour lui faire
exprimer que les empires passent, et que seul le garde-meuble reste.
L'Empire fini, en 1814, David, tenace, retourne à Léonidas.
C'est le même artiste, qui a eu une si désastreuse influence sur les destinées de l'École française, le singulier rénovateur qui donnait
DAVin.
Paris et Hélène.
comme suprême idéal à poursuivre a ses élèves la copie fidèle des œuvres de la Grèce et de Rome, c'est le même artiste qui se trouve simple et fort quand il se place devant la réalité. Il oublie alors les règles étroites, les conceptions absurdes, les pastiches puérils, il dédaigne les Horaces, les Brutus et les Bélisaires, s'acharne simplement à reproduire la nature et peint ces toiles significatives de cons-
NGRES.
OURCE.
cience, de réflexion, d'observation, d'intelligence : les portraits du pape Pie VII, de M. et de M"'" Pécoul, d'Antoine Mongez et de M™" Mongez, de M'"^ Chalgrin, de M""' Récamier, de M""^ Morel de Tangry et de ses deux filles. Là, il se montre préoccupé de ce que cacha l'enveloppe physique, des sentiments qui s'abritent derrière le masque humain. Pie VII embusque ses soucis de pontife derrière sa fine diplomatie. La bonhomie et le sérieux sont ornés d'élégance bourgeoise chez M. et M'"" Pécoul, beau-père et belle-mère de David. La vulgarité de M'"" Morel de Tangry et de ses deux filles s'enjolive de timidité sous les beaux atours caricaturaux. M'"" Récamier revit, fine, longue, souple, nue et délicate sous sa robe. David a donc prouvé qu'il pouvait être touché par la vie, oublier ses formules, grandir son art.
Le malheur, c'est qu'il imposa à son temps un régime qui s'est perpétué jusqu'à nous. Comme Lebrun, il fut législateur et tyran. Cherchez au Louvre les peintres qui ont été ses élèves ou ses contemporains. C'est à peine si vous trouverez quelques timides études de réalité. Mathieu Cochereau peint VAfelier de David, et meurt à vingtquatre ans. Drolling risque Y Intérieur d'une cuisine, une Femme à une fenêtre, un Joueur de violon, d'une facture grise et sèche. Granet, qui a le goût des architectures et des ruines, satisfait son goût du pittoresque par une Vue du Colisée et le Peintre Sodoma porté à l'hôpital. Certains, attentifs aux scènes de mœurs, sont des artistes poussant l'exactitude et le rendu jusqu'à la minutie : De Marne, avec Une Foire à la porte d'une auberge. Le Départ pour une noce de village. Une route; Carie Vernet, avec la Casse dans les bois de Meudon; Boilly, qui représente en une manière découpée, brillante et froide, V Arrivée d'une diligence dans la cour des Messageries.
Ceux-là, par la spécialité de leur observation et leur genre de talent, échappent à David. Mais Girodet accepte la convention des sujets, la rigidité des lignes et des formes, les froides oppositions des
couleurs. C'est un talent pondéré, retenu, sage et immobile qu'il manifeste, non-seulement avec le Sommeil d'I^ndymion et Atala au tombeau, mais avec une composition dramatique telle que la