HÉLÈNE FOURMENT ET SES ENFANTS
imitateurs vulgaires, en insupportable prétention mondaine. Lui, Van Dyck, reste discret et fin, il a le goût et la mesure, et son élégance se garde de la sottise.
Comme Rubens, il a su passer par l'Italie et rester Flamand . Deux de ses toiles, au Louvre, Renaud et Armide, la Vierge et l'Enfant Jésus, témoignent très vivement de l'influence vénitienne.
Mais cet apprentissage utile terminé, sa personnalité retourne à sa race
et se donne libre cours. Son portrait est d'un Flamand blond et rose, livre en partie le secret de sa manière : le peintre a certainement donné un peu de sa tournure, de sa souplesse, de son maintien, à tous les modèles qui sont venus vers lui. Chacune de ses œuvres a gardé de sa grâce. Dans la Vierge aux donateurs, si la mère et l'enfant sont de caractère effacé, l'homme et la femme agenouillés sont de belle allure, sans pourtant que rien de leur âge, de leur costume, soit esquivé : la femme au profil anguleux, au bonnet noir, à la grande collerette ; l'homme à la moustache grise que caresse l'Enfant Jésus, d'un si joli mouvement. Que sera-ce lorsque Van Dyck peindra quelque créature jeune et souple, Y Homme avec sa petite Fille, la Dame et sa Fille, Y Homme qui
Van Dyck.
Son portrait.
a la main sur la hanche ? Sa peinture, très soutenue dans la gravité, dans la douceur, est alors délicieuse de finesse. La trame des chairs, des vêtements noirs , est une des plus légères, des plus aériennes qui soient. Cette manière, bien visible, bien profonde chez Van Dyck, n'exclut pas la recherche du caractère: ainsi, les portraits des ducs de Bavière et de Cumberland, le portrait (si odieusement restauré) du duc de Richmond, les Enfants de Charles Ier, petits monstres à grosses têtes qui ont imposé à Van Dyck comme une intention de caricature, et enfin, le portrait de Charles Ier, en veste claire, en culotte rouge, botté de cuir jaune, coiffé d'un chapeau à plumes, la canne à la main, en avant de son cheval que tient un écuyer : œuvre unique de coloris et d'expression, où tous les éléments reçus de la race, du voyage, de l'atelier, ont été animés par un tempérament particulier, employés et dominés par une intelligence originale.
Jacob Jordaens (1593-1678). contemporain de Rubens et de Van Dyck, fut élève, comme Rubens, de Van Noort. Ou a souvent dit que Jordaens et Van Dyck marquaient les deux pôles du génie de Rubens, et c'est la vérité : pendant que Van Dyck est un raf-
Van Dyck.
Les enfants de Charles Ier.
fine, tout en sveltesse, en charme d'esprit, Jordaens est un charnel, tout en vigueur, en solidité. Sa peinture est ventrue et musclée, il bâtit des vieillards géants, des enfants herculéens, des femmes colosses. Voyez au Louvre, où Jordaens peut être fort bien connu, l'assemblée du festin des Bois, du Concert après le repas, la foule du Jésus chassant les vendeurs du Temple, et la dégringolade du Jugement dernier.
Les ressuscites qui tombent à
l'enfer font songer à une kermesse lubrique et caricaturale menée à travers la vallée de Josaphat. Jésus est un révolutionnaire qui surgit parmi les marchandes, les maquignons, les bestiaux, les
Van Dyck.
Pholo Giraudon.
Portraits d'une dame et de sa fille.
acheteurs. Son entrée, un fouet à la main, sous le vestibule du Temple, cause une panique parmi les marchands qui s'étaient installés pour vendre leurs denrées. Il y en a qui ont des pigeons dans des paniers d'osier, d'autres ont apporté des volailles, des fleurs, des fruits, des légu mes ; il y a aussi des marchands de bestiaux, car on voit des moutons, des bœufs, des ânes ; dans la bousculade qui s'est produite, il s'en trouve de renversés les jambes en l'air dont on croit entendre les cris de colère, ainsi que les murmures furieux des femmes qui replient leurs colis : on perçoit même l'aboiement des chiens.
Van Dyck.
Pf.oto Giruudon.
Port rails d'un homme et d'un enfant.