‹ Les musées d'Europe. la peinture étrangèreChapitre 18 sur 46 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

JORDAENS

Le Concert après le repas.

JORDAENS

Jésus chassant les vendeurs du Temple.

JORDAENS

Phuto Giraudun.

L'Enfance de Jupiter.

Des personnages importants comme des docteurs assis devant des bureaux élevés, regardent tout ce mouvement de foule.

Dans le Concert après le repas, le repas semble fini ; au milieu, un vieillard attablé chante en battant la mesure avec le couvercle d'un récipient en métal ; sa voisine de gauche, une vieille femme, assise dans un fauteuil en osier sur lequel perche une chouette attentive à son chant ; à droite, une femme en riche costume de velours rouge ; sa femme, Catherine Van Voort, qui a un enfant sur ses genoux, tient un verre de vin ; derrière, un homme joue de la cornemuse, et une femme qui tient un enfant soufflant dans une flûte, chante également, comme toute

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1 ' assistance. Ces tablées semblent des illustrations de Pantagruel, tout ce monde est débordant de nourriture, joufflu, mafflu, obèse. Et voici, dans l'Enfance de Jupiter, la déesse déshabillée de ce monde de la graisse, une femme d'une ampleur sans pareille chargée de chair, prisonnière de la matière, mais acceptant son sort avec une sérénité parfaite.

Adrian Brouwek.

Photo (iiraudon.

Le Fumeur.

III. — BRUEGHEL DE VELOURS. — BROUWER. — TENIERS. — FRANS POURBUS. — JAN FYT. — VAN DER MEULEN. — HUYSMANS DE MALINES. — PHILIPPE DE CHAMPAIGNE.

Brueghel de Velours (1568-1625), qui était le fils de Brueghel le Vieux et qui fut le collaborateur de Rubens, est un artiste qui ne dépasse pas l'ingéniosité, comme on peut le voir par ses tableaux

Teniers.

Fête au Village.

encombrés, tels que le Paradis terrestre, ou la Bataille d'Arbelles, au fouillis précieux et coloré. Mais déjà au temps de Rubens, et un peu de temps après Rubens, toute une partie de l'art flamand est dans la peinture de mœurs, et les petits cadres qui enferment des tabagies, des intérieurs de cabarets, de chaumières, des danses sur une grande route, des scènes de paysannerie, se sont tellement imposés à l'histoire que, même après les Primitifs, après Rubens, après Van Dyck, ces petits tableaux, ces «flamands)), sont devenus comme la personnification et la raison d'être de l'école. Un peintre a presque fait à lui seul cette menue gloire devenue si vivace, il a donné sans effort, par la seule abondance de sa production, l'immortalité à ces personnages que Louis XIV traitait de magots

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Teniers.

L'Enfant prodigue.

du haut de sa superbe. C'est David Teniers. Pourtant, il faut nommer avant lui son aîné, Adrian Brouwer (1605-1638).

Brouwer est même un meilleur peintre que Teniers, il a mieux que lui la verve et le mouvement, la prompte inspiration du pinceau, l'observation comique et acerbe. Admirez la profondeur d'attention de V Homme taillant sa plume, la face de béatitude violente du Fumeur, la gesticulation de Y Intérieur de cabaret, et le drame de l'Opération, le patient hurlant, le chirurgien renfrogné. Toutes ces petites scènes ont la vivacité du dessin, le jaillissement d'une peinture sanguine, au service de l'humour et de l'àpreté de l'artiste.

Teniers, encore une fois, n'a pas cela. Auprès de Brouwer. qui est, notez-le, un Hollandais venu à Anvers et classé dans l'école flamande, Teniers est gris, neutre, sourd, il va d'une allure calme, il est presque toujours modéré, ordonné, et peut parfois sembler banal. Il y aurait pourtant grande injustice à l'accabler par une comparaison. C'est un harmoniste du gris, c'est un artiste expert à composer un tableau, et c'est un fin réaliste, sachant donner un intérêt et un charme à la plus humble vérité.

La grande vie menée par Y Enfant prodigue est infiniment touchante. Le jeune cavalier flamand dîne avec deux femmes, à la porte d'une auberge. Il y a tout bonnement un poulet rôti sur la table, une mendiante s'approche, deux musiciens jouent du violon et de la flûte, et l'hôtesse se hâte d'écrire l'addition sur une ardoise qu'elle appuie contre la palissade. Le Reniement de Saint Pierre est une réunion de buveurs et de fumeurs dans un cabaret, tous les gens occupés de ce que vient de dire un bonhomme à barbe blanche. La Tentation de Saint Antoine a la même tranquillité. De même, la Fête du Village, où le seigneur et la dame peuvent se risquer parmi des paysans respectueux et fort sages : nous sommes loin de l'emportement de la Kermesse de Rubens. Mais observez que, dans toutes ces toiles, il y a un sens exact de la silhouette, et la présence de l'air et de la lumière, souvent une très belle harmonie colorée comme dans la distribution de pain intitulée : Œuvres de miséricorde, ou une harmonie grise, jolie et distinguée, comme dans le Chasse au héron, où le héron et les faucons se débattent au premier plan, pendant que les cavaliers se hâtent derrière un repli de terrain. Observez aussi que presque tous les paysages ont un charme malgré qu'ils soient très sobres, très froids avec leurs eaux et leurs ciels d'étain, leurs verdures immobiles, et enfin, réjouissez-vous des buveurs, des joueurs de boules, parmi lesquels il y a tant

Teniers.

Intérieur de cabaret.

de personnages cocasses, ceux qui justifient la définition de Louis XIV, magots à grosses têtes, à grands nez pointus, à longs et lourds mentons, gnomes flamands en vis-à-vis avec leurs maritornes, les uns et les autres absolument fantastiques dans la sérénité de leurs occupations, bien plus fantastiques que tous les animaux biscornus, que tous les diables effrayants comme des colimaçons, que Teniers lance dans ses sabbats paisibles et ses enfers pour effrayer et amuser les petits enfants. Un des plus comiques des tableaux de ce genre est certainement Y Intérieur de cabaret, où le type hilare et empressé conte évidemment une déclaration à la bonne franquette, tout en buvant sa bière, à une commère qui paraît hésitante et intéressée. Le comique complet, c'est la tête d'une autre bonne femme qui apparaît au-dessus du dialogue par une lucarne

ouverte dans le mur, femme légitime ou voisine jalouse, véritable apparition fantastique de cabaret.

Chronologiquement, c'est Franz Pourbus (1569- 1622) qui doit être placé auprès de Teniers. Mais Pourbus est un dépaysé qui travailla à Paris. Il a, au Louvre, les deux portraits de Henri IV, en cuirasse et en pourpoint, deux bons documents historiques. Paul Brill (1554-1626) peint des paysages aux sombres verdures. Attribué à Thulden (1609-1641), le cardinal-infant, Ferdinand d'Autriche, sur un immense cheval à petite tête. G. de Krayer (1584-1669), met en scène un Saint Augustin en extase. Je nomme aussi Van Diepenbeeck, Van Oost, Graesbbeck, Gonzalès Coques, Boucquet, le peintre d'un robuste Porte-Etendard, d'un beau sérieux et d'une belle

Pourbus.

Photo liivitudun.

Portrait de Henri IV.

chamarrure de couleurs. Franz Snyders (1579- 1657) est un peintre de chasses, d 'oiseaux, de poissonneries où s'amoncellent les huîtres, les phoques, les chiens de mer, les crabes, les congres, les raies, toutlemonderiusselant de la mer.

Jan Fyt (1611- 1661) est un autre spécialiste delà nature morte, fruits, gibier, ustensiles de chasse. Van der Meulen (1632- 1690) fournit les illustrations d'une histoire officielle de Louis XIV : entrées à Douai, à Arras, marche de l'armée sur Tournay, Gourtrai, prise de Valenciennes, passage du Rhin. On voit caracoler le roi dans

BOUCQUET.

Pho;o Giraudon.

Porte-Drapeau.

Van der Meulen.

Photo Giraudon.

Combat près du Canal de Bruges en 1667.

le Combat près du Canal de Bruges, en 1667, au milieu de ses maréchaux, et toute la cavalerie s'avancer par échelons, dans un ordre théâtral digne du siècle. Huysmans de Malines (1648-1727) velouté et dore des lisières de forêt.

Je mets à part un artiste que pourrait réclamer l'école française, Philippe de Champaigne (1602-1674), né à Bruxelles, où il fait ses premières études, mais d'une famille de Reims, et accomplissant sa carrière à Paris, peintre d'Anne d'Autriche, membre de l'Académie.

Il vint à Paris en 1621 après avoir été élève de Bouillon, de Michel Bourdeaux, de Fouquières. Ici, il étudia quelque temps sous Lallemand, peintre lorrain, fut employé, ainsi que le Poussin, par Du Chesne, premier peintre de la reine, à des travaux du palais du Luxembourg. Après un voyage en Italie, il fut rappelé par la reine pour remplacer Du Chesne qui venait de mourir. Il revint vers 1628,

fut reçu dans la lre assemblée de l'Académie de peinture tenue en

Au Louvre, le Repas chez Simon et la Cène sont des œuvres compassées et banales. Le Portrait de petite fille en prière confine à l'imagerie religieuse. L'originalité de Philippe de Champaigne n'est pas là. Il est portraitiste, soucieux du caractère vrai, de la particularité du personnage ; ainsi, le cardinal de Richelieu, au costume rouge largement peint, à la fine tête

cavalière, et les portraits de Mansard et Perrault, de Robert Arnaud d'Antillv, du Prévôt, des marchands et des Ëchevins de la ville de Paris, de J.-A. de Mesme, président à mortier au Parlement de Paris, et son propre portrait. Tous sont de mine grave, de costume sévère,

Philippe de Champaigne.

Richelieu.

et il est évident que Philippe de Champaigne se prouve ici peintre d'observation attentive et de réflexion profonde, mais la tendance d'esprit de l'artiste va nous apparaître mieux encore. En lui, le jansénisme a trouvé son peintre. Voyez le portrait des deux religieuses, la mère Agnès Arnaud et la sœur Catherine de Sainte Suzanne, fille de Philippe de Champaigne : c'est la nudité monacale, le mur gris, la chaise de paille, les robes grises à croix rouge, les physionomies absentes de la vie. Toutefois, il y a encore ici une sérénité dont on ne trouvera pas trace sur le visage d'une laïque, la lugubre Femme inconnue, aux chairs exsangues, aux larmiers gonflés, dévote fanatique visiblement prisonnière du froid délire de l'idée fixe.

l'hntu Giraudon.

Philippe de Champaigne, par lui-même.

SUSTEP. (OU ZUSTRIS)

Photo Girnudon.

Venus cl l'Amour.

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