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L'ADORATION DES MAGES

Ecole de Botticfi.i.ï.

Vénus.

II. — FLORENCE. - - PTERO DELLA FRANCESCA. — FRA FILIPPO LIPPE — BENOZZO GOZZOLI. — LUCA SIGNORELLE — LES GHIRLANDAJO. — BOTTICELLE — MANTEGNA. — LE PÉRUGIN. — LA LOMBARDIE. — — LÉONARD DE VINCI.

De Piero délia Francesca (1416-1492), le Louvre possède une Madone aux mains jointes, aux chairs fines et dures, en avant d'un paysage brun, rivière en lacets bordée d'ifs, une maison çà et là. Fra Filippo Lippi (1406-1469) apparaît précieux et habile : il sait mélanger douillettement les mains de la mère et de l'enfant, particulariser les physionomies des saints et des anges réunis autour d'une Vierge qui est une petite paysanne de visage volontaire. Il compose sa Nativité avec un soin de détails extraordinaire : les lézards qui courent sur les pierres, la perruche et le paysage, les animaux autour de Joseph, de la Vierge, et Jésus tout nu sur la terre. Benozzo Gozzoli (1420-1498) n'est présent que par un Triomphe de saint Thomas d'Aquin, insuffisant à révéler le grand artiste. Par contre, Luca Signorelli (1441-1523), précurseur de Michel- Ange, se révèle par une belle esquisse : La Naissance de la

Vierge, un groupe de femmes de Grande tournure, et une Adoration des mages, d'un art abondant et fastueux. Domenico Ghirlandajo (1449- 1494) compose délicieusement une V isitation aux figures élancées, sainte Anne à genoux, la main sur le flanc de sa fille, et il exprime, dans le Portrait d'un vieillard et de son pelit-fds, la bonté, la tendresse infinies du bonhomme au nez couvert de verrues, en même temps que la confiance, la grâce ingénue du joli enfant. Benedetto Ghirlandajo (1458-1497) est l'auteur d'un beau et terrible tableau, rouge et vert : Le Christ marchant au Calvaire, entouré de cavaliers farouches, de bourreaux grimaçant d*e fureur, et qui échange un suprême regard avec sa mère douloureuse.

Filipepi, dit Botticelli (1444-1510), incarne à son tour l'art de Flo-

Pliolo Giraudon.

Domenico Ghirlandajo. Portrait d'an vieillard et de son petit- fils.

rence,au moment où l'influence de l'antiquité fait voisiner la mythologie grecque avec les sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il va de la Madone qui écrit le Magnificat ou qui baisse lesyeux sur son enfant, à Vénus allongée en avant d'un paysage (celle du Louvre est seulement désignée comme appartenant à son école), et il est partout le même artiste riche, sobre, fin et nerveux. Mais le Louvre possède

aussi deux fresques de Botticelli, celles qu'il fit pour la villa Lemmi à l'occasion du mariage de Lorenzo Albizzi avec Giovanna Tornabuoni. Voici la fiancée en une robe d'un rouge sourd, qui accueille quatre jeunes femmes symbolisant les Vertus, et voici les époux se tenant par la main, devant une assemblée de femmes assises

Botticelli.

Photo Giraudon.

La Vierge, l'Enfant Jésus et Saint Jean.

BOTTICELl.I.

Giovanna Tornabuoni.

en avant d'un fond de verdures sombres. Rien de plus doux, de plus effacé, de plus harmonieux dans l'évanouissement, que ces chairs pâles encore si vivantes, que ces couleurs atténuées encore si fleuries. Mantegna, qui vit à la môme époque (1431-1506), né à Padoue, considéré comme un peintre de Venise, montre, lui aussi, les signes du génie florentin. C'est une intelligence très souple et très variée, armée d'un métier précis. La Vierge de la Victoire, sous un dôme de feuillage et de fruits, est entourée de saints, adorée par François de Gonzague, aux yeux brillants, aux dents de loup. La Sagesse victorieuse des Vices est marquée de douce sérénité et de violence caricaturale. Le Parnasse est tout d'harmonie et de charme avec ses dieux qui président à la ronde des neuf Muses. Le Calvaire est d'un

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Andréa Mantegna.

Photo Giraudon.

La Sagesse victorieuse des vices.

dramaturge violent qui s'est appliqué à exprimer la douleur de la Vierge, dont le visage effrayant est presque celui d'une morte en décomposition, et l'indifférence des soldats romains jouant aux dés : précieux tableau où chaque personnage est caractérisé, où le paysage rocheux de Jérusalem est comme ciselé dans la lumière. C'est seulement un fragment d'une œuvre complète : les deux autres parties sont au musée de Tours. Une autre œuvre capitale de Mantegna, est le Sain! Sébastien. Adossé à la colonne d'un temple aux arcs brisés, auprès de fragments de statues parmi les-

Mantegna.

Le Calvaire.

quels verdoie un pied d'acanthe, il semble une statue nouvelle, apportée à la ruine, tellement il est façonné durement, rigide, marmoréen. C'est un antique, corps d'un dieu grec, hérissé de flèches, surmonté d'une tête italienne contractée par la souffrance. A ses pieds, deux soldats porteurs de flèches dialoguent et plaisantent. Au fond, des rochers, des palais, des nuages sculptés de la manière précise et impeccable de Mantegna.

Pietro Vannucci, dit le Pérugin (1446-1524), vint aussi à Florence, où il étudia chez Verrocchio. Il est pourtant un des représentants de l'école ombrienne, mais Florence joue longtemps le grand rôle attractif, et il se fait là une mêlée de tous les styles, de toutes les

manières, la Vénétie exceptée. Le Pérugin, moins ferme que Mantegna avec le Cornbal de r Amour et de la Chasteté, est un savoureux peintre de petites Madones au visage rond, au petit nez, au front bombé, et un constructeur de corps élégants et mièvres comme celui du Saint Sébastien. Tl est loin déjà de l'Ombrien Nicolo Alunno (1430-1502) qui lui a été donné aussi pour maître, et qui est ligneux, décharné, dans ses peintures de la Passion aux apparences de gravures. Lorenzo di Credi (1459- 1537), influencé par le Vinci, a la dou-

Mantegna.

Photo Oiraudon.

Saint Sébastien.

ceur et l'éclat. Un inconnu (désigné longtemps comme le Francia) fait le portrait d'un autre inconnu, jeune, noir, élégant, mélancolique : il n'y a pas dévisage plus attentif, plus pensif, et c'est encore Florence et sa fine sécheresse. A Ferrare, c'est Bianchi (vers 1500), avec la Vierge entre saint Quentin et saint Benoît, et c'est Lorenzo Costa (1460-1535), avec la Cour d'Isabelle d'Esté, réalité pittoresque mêlée d'allégorie. A Bologne, c'est Raibolini, dit le Francia (1450-1517), auquel il ne reste que la Nativité et le Christ en croix depuis que lui a été retiré le saisissant Portrait d'homme en noir.

La Lombardie produit Léonard de Vinci (1452-1519), un des plus hauts esprits de l'humanité, en même temps qu'un des plus grands créateurs de la peinture. Avec lui, l'atmosphère entre dans l'art, les figures n'ont plus le sec découpage du métal ou de l'ivoire, mais la vie de la chair animée par le mouvement permanent de l'air et de la lumière. Avec lui aussi, l'homme de science apparaît, l'esprit d'analyse, de recherche, de doute, qui mène ses découvertes et ses affir-

Le Pérugin

Sa in le Famille.

LE PERUGIN

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