‹ Les musées d'Europe. la peinture étrangèreChapitre 5 sur 46 · III. — DE FLORENCE A ROME · texte numérisé non relu

III. — DE FLORENCE A ROME

BERNARDINO LUINI. — PREDA. — ANDRÉA DI SOLARIO. — FRA BARTOLOMMEO. — RAPHAËL. — ANDRÉA DEL SARTO. — BRON- ZINO. — MAINARDI. — LE CORRÈGE.

Le Vinci eut tout naturellement BernardinoLuini. L' Adoration des Mages.

une immense influence sur son

temps et sur les temps qui suivirent. Parmi ses élèves et imitateurs, j'ai déjà nommé Lorenzo di Credi. J'ajoute Beltraffio, Bernardino Luini, Oggione, dont le Louvre a des ouvrages. Oggione (1460-1530) est probablement l'auteur de la copie de la Cène que nous possédons. De BeltrafFio (1467-1516) nous avons la Vierge de la famille Casio, lasse, alourdie. Bernardino Luini (1475-1533) a produit de belles œuvres, d'une soumission absolue à son maître : vovez la Sainte Famille, le Sommeil de VEnfanl Jésus, d'une harmonie rouge et dorée, la Salomé. Nous avons aussi de lui une série de fresques, où la science de l'élève du Vinci s'allie au frais sentiment des peintres primitifs : la Nativité, Y Adoration des Mages, fines expressions, couleurs claires, comme délavées. Il est aussi l'auteur d'une Vierge et

l'Enfant avec un Ange. La vierge est assise devant un rocher couvert de violettes, elle laisse un livre pour cueillir une fleur qu'elle offre à son enfant. Luini, à son tour, crée une école dont voici les produits:

les fresques de l'Annonciation, du Christ, de Cirius Deniaius.

Giovanni Ambrogio Preda, dit Ambrogio de Prédis, fut peintre attitré de la cour de Milan, né probablement à Milan vers 1450-60, d'une famille originaire de la région de Modène. Non seulement il a suivi l'enseignement de Léonard de Vinci, mais il aurait été son collaborateur vers 1483, au moment de la Vierge aux rochers, et la réplique de Londres serait de sa main. La collection Arconati-Visconti l'a fait entrer au Louvre avec un délicieux portrait de Bianca Maria Sforza, seconde femme de l'empereur Maximilien : elle est de profil, jeune,

Andréa Solap.io.

P/ioIii (jiTaudon.

La Vierge au coussin vert.

gracieuse, parée de perles et de bijoux, telle qu'elle se montra à Preda, chargé, par Maximilien, de faire le portrait avant le mariage.

Andréa Solario (versl460-versl530) est célèbre par son Saint Jean-Baptiste à la chair morte, aux lèvres bleuies, et surtout par sa Vierge au coussin vert, de forme mièvre, mais de joli mouvement, la mère et l'enfant tout près l'un de l'autre. Fra Bartolommeo (1475-1517)

n'est au Louvre que par une Vierge entourée de saints et par une Salutation angélique, mais c'est assez pour l'indication de son influence sur Raphaël, s'ajoutant à l'influence du Pérugin.

Avec Raphaël, d'ailleurs, ce qui apparaît, ce n'est pas une révolution, comme avec le Vinci, c'est un résumé. Mais ce résumé est accompli par une individualité tellement forte, tellement armée de certitude, qu'il prend une force d'originalité surprenante. On a pu se lasser d'entendre vanter l'assurance, la pondération, la sérénité, l'équilibre, la perfection de Raphaël, mais sitôt qu'on l'aborde, ce

Raphaël.

Plmii, Giraudon.

Saint Georges.

sont les mêmes termes, répétés par l'admiration des siècles, qui viennent à l'esprit. Raffaello Santi, dit- Sanzio (1483-1520), ne reçut pas seulement l'enseignement du Pérugin, de Fra Bartolommeo, et peutêtre de Luca Signorelli. Il étudia et connut la peinture de ses prédécesseurs et de ses contemporains, eut la révélation du Vinci. On a divisé sa vie d'artiste en trois périodes, classé ses productions sous trois manières : il est l'élève du Pérugin, — il étudie à Florence, — il prend l'entière possession de lui-même au Vatican. La manière florentine est au Louvre avec le petit Saint Michel, le petit Saint Georges, la Belle Jardinière. Les autres œuvres sont de la fin de la vie de Raphaël : la Sainte Famille de François Ier, la Vierge au diadème bleu, Saint Michel terrassant le Démon, le Saint Jean dans le désert, les portraits de Jeune Homme, de Balthazar Casliglione, de Jeanne d'Aragon. Ce dernier ne serait pas tout entier de la main de Raphaël, et une autre toile, Portraits d'hommes, lui est gratuitement attribuée.

Si le petit Saint Michel et le petit Saint Georges sont de fines et patientes études, et si le grand Saint Michel, aux ailes déployées, aux draperies flottantes, annonce la décadence théâtrale qui se précipitera après la disparition de Raphaël, l'artiste donne la mesure de son charme et l'indication de sa puissance avec ses autres œuvres. La Belle Jardinière, délicieuse de clarté, de limpidité, et la Vierge

Rathaêl.

La Belle Jardinière.

Page 1