LES ECOLES D ASIE
A partir du IVe siècle, la sculpture eu Grèce subit, dans son esprit général et dans sa technique, des transformations essentielles.
Si l'art de Phidias, de Pœonios et de Polyelète est définitivement libéré des habitudes rituelles et des inexpériences prolongées de l'archaïsme, il n'en est pas moins animé par un profond sentiment religieux et civique. Il se consacre à décorer les temple s. Aux jeunes gens et aux jeunes femmes des villes , en Attique et dans le Péloponèse,il présente des exemplaires accomplis de la race comme les modèles vers lesquels doit tendre l'entraînement physique, et auxquels doivent se conformer les habitudes quotidiennes de l'existence. Il retrace avec gravité les légendes qui glorifient les
Tête de Méduse (Cyrénaïque).
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commencements de la nation. Les dieux et les héros restent les personnages d'un monde supérieur où la forme journalière de la vie humaine n'a que peu de part.
Sans doute ils sont posés avec force sur le sol, leurs membres robustes sont préparés pour Faction et pour la victoire, l'équilibre de leur stature et la plénitude de leurs poitrines indiquent que leur vie est celle dune humanité vigoureuse, qui se nourrit sobrement et qui exerce son activité: mais ce sont des héros et des dieux.
Le IVe siècle les ramène à un type plus varié et plus familier, il les dégage de la tradition religieuse, cherche à exprimer, d'après les actions ordinaires des hommes et leurs habitudes intimes, un caractère individuel. Le souci de la grande forme interdit encore à cette recherche de devenir maniérée, précieuse et puérile, comme à l'époque où l'art grec, corrompu et dispersé par l'hellénisme, tombera dans l'allégorie et dans l'emphase.
Le nom de Phidias résume tous les efforts de la statuaire grecque au Ve siècle. Celui de Praxitèle peut, de la même façon, être
Praxitèle
Torse d'un salure.
choisi pour représenter cette seconde "période : avec lui, Scopas assure ce renouvellement de Fart grec. Le type des dieux se modifie
et s'humanise, en quelque sorte. L'Apollon Musagète du Vatican, à la robe Ilottante, n'a plus aucun rapport avec les vieilles idoles doriennes, nues, à la chevelure disposée en bandeaux symétirques ou en bandeaux nattés, des deux côtés du crâne. Il ne sollicite plus les cérémonies obscures et symboliques des premiers temps, mais les hommages d'un peuple d'artistes, de poètes et d'hommes politiques, les mêmes qui vont, au gré de leurs passions ou de leurs plaisirs, d'un discours d-'Eschïne à un discours de Démosthène, qui applaudissent les œuvres de la comédie moyenne, empruntent à l'Asie son luxe et ses usages. Les marbres du
Praxitèle.
Apollon Sauroctone.
VÉNUS DE MÏLO
Mausolée, de style inégal, sont d'une liberté, d'une allure et d'une vie extraordinaires pour la plupart. Il faut aussi rattacher à l'école de Scopas la Victoire trouvée dans l'île de Samothrace, qni bondit sur une proue de pierre, au haut de l'escalier Daru.
C'est une œuvre votive. Elle surmontait un monument érigé en mémoire d'une victoire navale remportée sur la flotte de Ptolémée par Démétrius Poliorcète vers 305 avant J. C. Elle a été rapportée au musée par M. Champoiseau : la partie inférieure de la statue et divers fragments en 1863, la base en forme de galère et d'autres fragments en 1879, mais de nombreuses parties ont été refaites et ajoutées: heureusement, on n'a pas osé lui infliger une fausse tête, des faux pieds, des faux bras. Telle qu'elle est, l'œuvre parle d'une voix vraiment haute, qui s'entendra longtemps. La bataille de 305 et Démétrius Poliorcète disparaissent, et cette figure créée pour une glorieuse circonstance grandit jusqu'à l'idée générale, jusqu'à la signification humaine, en dehors des pays et des temps. Elle est la beauté de la santé, l'orgueil tranquille de la force, elle est la Victoire, de Samothrace et de partout.
La base est un magnifique bloc, un soubassement formidable en forme d'avant de navire, une proue solide et massive. Et pourtant, malgré le poids, malgré l'épaisseur, on y sent le soulèvement de l'eau par la belle ligne souple d'une courbe relevée. Haute comme une fortification, effilée pour couper les lames, l'éperon haut, munie de nageoires comme un poisson, cette proue de pierre semble déjà venir vers le spectateur d'un mouvement rythmique. Qu'est-ce donc lorsqu'on regarde la Victoire qui s'avance, qui court, qui vole sur l'étroite plate-forme? Elle est sans tête, sans bras, sans pieds, mais elle a un corps et des ailes, et elle vit. Le buste, court et svelte, les seins visibles sous la tunique collée au corps comme si elle était mouillée d'eau de mer, un ventre de jeune déesse, tout cela, c'est la grâce. Et voici l'énergie, dans les longues jambes qui
parcourent le monde et dans ces terribles ailes, courtes, musclées, les pennes visibles, rebroussées, colères, des ailes capables d'enlever jusqu'aux nuages le corps de pierre.
On devine le bateau poussé par un grand vent frais, coupant la lame, la mousse qui jaillit, effarant les mouettes et les dauphins de sa course folle. Mais la Victoire, impatiente à l'ayant, frémit, ouvre ses ailes et s'élance pour arriver plus vite encore . . . Son corps se précipite avec allégresse pour annoncer les nouvelles heureuses et la libération d'un peuple. Cette femme vit. son sein respire et soulève l'étoffe de la robe, et c'est elle, vraiment, qui entraîne à sa suite le vaisseau qui l'emporte. La lourde masse de pierre, prisonnière de la pesanteur, par la magie de l'art, par la vertu de ces ailes divines, semble voler sur les flots. Ces ailes frémissantes, ces draperies envolées, font sentir le coup de vent de la course de la Victoire. On a la sensation de l'espacé. C'est l'essor de la matière.
Praxitèle a peut-être travaillé avec Scopas aux sculptures du Mausolée. Une inscription qui porte son nom le fait naître à Athènes : dans tous les cas, il y vécut, il y produisit de nom-
Praxitèle.
Jeune satyre jouant de la flûte.
GRECE