DIANE DE GABIES
Il faut faire rentrer dans la même période de l'art les statuettes de terre cuite modelées par les eoroplastes attiqùes au IVe siècle, et connues sous le nom de figurines de Tanagra. Elles aussi, elles indiquent un retour à la vie familière, un effort dans le sens réaliste et intime. Les figurines antérieures ont toutes un caractère archaïque accentué: dans cette terre molle, facile à pétrir et à manier, qui garde si heureusement l'empreinte du moule et du doigt, la légère couche de couleur et de dorure, elles furent d'abord prisonnières comme dans le métal et le marbre les plus durs. Maladroites avec expression, les terres cuites de style sévère, les bustes estampés des divinités chthoniennes rappelaient de loin l'évolution et le progrès de la statuaire, d'Egine au Parthénon et à Olympie. Et puis, il semble qu'elle se soient assouplies et vivifiées d'un seul coup. Eabriquées au moule, à la douzaine, le corps et la robe d'une part, la tête et les extrémités de l'autre, portant dans le dos un trou pour aider à l'évaporation de l'air après la cuisson, elles représentent les personnages et les scènes de la vie de tous les jours, les jeunes ménagères revenant du marché, les petites filles avec leur ballon dans un filet, les daines, le manteau relevé sur la tête ou coiffées du grand chapeau à bords plats, et s'éventant avec un écran en feuilles de palmes.
Les représentations masculines, les scènes mythologiques, les dieux, les déesses, les héros sont ici assez rares : il semble que les artisans se soient exclusivement consacrés aux mœurs féminines. Votives et funéraires, toutes ces images animées d'une vie si vraie et si heureuse étaient reléguées dans le silence des tombeaux, où elles charmaient, substitution des esclaves jadis immolés sur le tertre du maître, le demi-sommeil, les rêveries apaisées des morts. Un peu de bleu, de rose, de rouge, de brun et de noir, donne la couleur de l'existence et l'agrément d'un luxe élégant à toutes ces compagnes des disparus. Dans les nécro-
pôles, sous les pierres tumulaires, autour de l'urne ou du sarcophage, elles continuent durant des siècles le geste et l'attitude de l'existence, dans les campagnes et dans les cités béotiennes, au quatrième siècle avant Jésus-Christ.
Plus tard, les ateliers de Smyrne, d'Ephèse, de Myrina et de Pergame s'inspirent directement des œuvres des grands statuaires, exagèrent le style des proportions, se donnent de préférence à la reproduction des statues du cycle d'Aphrodite, pour finir par des compromis étranges et bâtards, indices de la confusion des croyances et du mélange des races, où les cultes asiatiques ont altéré et déformé l'Image traditionnelle des Dieux.
Ainsi l'influence de Praxitèle pénètre partout et s'exerce dans tous les sens. Celle de Scopas, qui conserve une gravité et une sévérité certaines au milieu de ce renouvellement, se fait sentir dans la Vénus de Milo.
L'attribution exacte de cette statue et les essais tentés pour la reconstituer dans son ensemble, en la rattachant à un Mars comme dans le groupe Borghèse, ont donné lieu à des polémiques passionnées. S'il est peu vraisemblable de voir en elle une simple copie d'Alcamènes, il est tout à fait inadmissible de la dater de l'époque romaine: les inscriptions découvertes avec elle peuvent se rapporter à des morceaux d'une autre école et d'une valeur d'art infiniment inférieure, trouvés dans le même souterrain -- deux bras d'un marbre différent de celui de la Vénus et sans aucun rapport avec elle, trois Hermès d'Héraklès, de Mercure et de Dionysos. Après des négociations difficiles avec les moines grecs, M. de Marcellus put l'emporter: elle avait déjà subi des mutilations importantes alors que les marins de l'île la traînaient sur la plage pour l'embarquer à destination de Constantinople, où un drogman de l'arsenal devait la recevoir en présent. Aujourd'hui, belle et blessée, au milieu de la salle du Louvre où elle se dresse,