LE GOUT ETRUSQUE. — LES SARCOPHAGES
ers l'an 1000, il semble que l'art se meure en Orient. L'art égyptien perd sa force et son éclat, l'art mycénien disparaît. C'est vers cette époque que de hardis émigrants partis de la Lydie, croit-on, s'établissent en Italie centrale et forment avec les autochtones la nation étrusque.
Le feu sacré dont ils ont sauvé une étincelle devra être ravivé par le souffle venu de l'Asie Mineure et des pays grecs. Les Etrusques ont les mains fortes et lourdes, et par atavisme, le goût délicat. Leur
génie les porte vers les constructions de temples, de murailles, de portes de ville, plus que vers la sculpture. Ils seraient plutôt maçons, puisque c'est leur métier. Mais ces entrepreneurs de bâtisse ornent leurs maisons de vases grecs, découpes, de bibelots précieux. Ils s'affineront parmi ces richesses, et s'hellénisant jusqu'au bout, se persuaderont qu'eux aussi ils sont artistes, eux aussi sculpteurs. La révélation de cette ambition ingénue nous est faite par les urnes et les sarcophages qu'ils nous ont laissés. Cependant, tout près de ces honnêtes amateurs, existe un repaire d'où va sortir une forte race qui les marquera de sa rude empreinte pour se faire la main avant de conquérir le monde.
Y aura-t-il un art romain, une école de sculpture bien caractérisée, après la conquête de l'Italie par les légions romaines, ou simplement une invasion d'artistes grecs?
Y a-t-il vraiment un art étrusque avant l'absorption?
En regardant les statues naïves qui surmontent les sarcophages, on est pris de doute. On est forcé de remarquer que l'art ne se manifeste en Etrurie que par les objets de petit volume qui ont pu être importés de l'étranger. Les panneaux en bas-reliefs des urnes funéraires sont jolis de conception et d'exécution, les sujets tous tirés de l'histoire ou de la mythologie grecque: lamort de Priam, un combat de centaures, l'enlèvement d'Hélène. Les figures, bien étrusques, placées sur ces petits monuments, sont d'une facture innocente, rude et barbare. Cela fait l'effet d'un bonhomme en pain d'épices sur une pendule de Boule. Les têtes sont énormes, grotesques, ce sont des masques grimaçants, dépour vus d'occiput, les corps exécutés avec une économie d'art et de matière enfantine. Ces défauts sont visibles, même dans les œuvres les meilleures, telles que le sarcophage de Cervetri, le groupe funéraire de Chiusi, et le grand sarcophage de terre cuite ici reproduit. Ailleurs, des ornements sobres et légers témoignent du progrès patient des étrusques.
ROME