AUGUSTE
Leur sculpture s'hellénise et son évolution s'achève vers l'époque des Tarquins. Mais tout est resté mystère dans cet art, commedans l'histoire de ce peuple, dont on n'a pu encore déchiffrer les inscriptions.
II. — ROME. — LES PRISONNIERS BARBARES. - - LES EMPEREURS ET LES IMPÉRATRICES. — QUELQUES PHILOSOPHES
Le vague effort des Etrusques vers le portrait se développera chez les Romains jusqu'à la passion. La manie de reproduire et de multiplier son image est d'ailleurs un des caractères du génie tyrannique et conquérant. C'est encore une f a ç o n d'envahir le
Prince barbare prisonnier.
monde. La statue devient une borne sacrée et menaçante qui marqué la possession.
Ce goût du portrait, de la ressemblance, est le goût de terroir donné à l'art romain par l'art étrusque. Ce bouquet âpre et sauvage
empêchera l'insipidité de la sculpture romaine, qui ne serait sans cela qu'une contrefaçon de l'art grec.
Il y a néanmoins quelque chose de sincère et de profondément humain dans le désir de s'affiner qui se marque chez les Romains, au milieu de passions et d'oeuvres colossales, et à la suite de
leurs plus grands efforts. Ces guerriers, ces politiciens fourbus sentent, comme les vieux braves de tous les temps, le besoin de cultiver des fleurs et de «commenter Horace». Le goût grec
Antiochus III, roi de Syrie.
archaïsant se montre surtout à Rome aux époques qui suivent les grandes guerres de conquête ou les terribles guerres civiles : après les guerres puniques, puis, sous les Antonins, après Tibère, Caligula, Claude, Néron.
Avant d'entrer dans ce pandcemonium du parricide, de l'inceste, de l'assassinat, des violences délirantes, saluons au passage les pauvres Prisonniers barbares, trop heureux d'avoir été oubliés à la porte.
Saluons le roi déchu et captif dont le somptueux manteau de porphyre souligne brutalement la situation infamante.
Ce vaincu fait penser à quelque Christ revêtu du dérisoire manteau de pourpre:
on cherche dans sa main le roseau et sur sa tête la couronne d'épines.
Est-ce dans le lac de Tibériade ou dans la vase du Tibre que s'enfonce à ses côtés ce vieux pêcheur chenu, saisi par la fraîcheur de l'eau qui fait gonfler ses veines et grimacer son visage?
Dans le même vestibule, une impératrice romaine en adorante», au geste gracieux d'une danseuse dansant le pas
de l'écharpe. Près d'elle, grogne un sanglier dune belle exécution réaliste et serrée.
Entrons enfin dans la grande salle: la cage centrale. Un coup d'œil rapide suffira pour nous rassurer en nous persuadant que la plupart des fauves qui l'occupent sont bien réellement empaillés. Nous trouvons sur un socle l'un des reliefs de leurs festins, une victime, le portrait, dit-on, de cet Antiochus III qui eut l'insigne honneur de recueillir une autre victime plus illustre; Annibal.
Agrippa, gendre d'Auguste.
Cette figure douloureuse et anxieuse représente assez bien un vaincu méditant un grand coup et ne se sentant pas de taille à l'exécuter; On dirait qu'il écoute son hôte lui contant ses victoires et les désastres des Romains. Mais tandis qu'Annibal parle de
Trasimène et de Cannes, Antiochus songe à Zama. Il se bornera à tenter le pillage du temple de Bélus, et ne pouvant être lion, finira comme un chacal pris au piège.
La tragédie commence.
Voici Sglla, homme d'une énergie farouche. Il s'avance la tête haute, sans trébucher, dans la boue sanglante et gluante. Il se donne luimême le surnom de Félix.
Bruliis, personnage de moindre importance, qui ne tua que César et lui-même.
Octavie, sœur d'Auguste.
Noble figure, prédestinée, comme Niobé, à être transformée en pierre. Ses vertus et sa douleur méritaient d'être chantées par Virgile.
Livie, ambitieuse et patiente. Bien représentée en Cérès qui sait semer et attendre.
Agrippa. L'un des meilleurs bustes de la collection. Cet homme a vu Marius, Sylla, Catilina, la patrie déchirée par les factions, les violences, la dictature, la terreur. Il a vu le Triumvirat, et
Messaline et Britanniçus.
ROME