JULIEN L'APOSTAT
artiste, un confrère, un maître en tous genres, et que si tu fais la statue mieux que je ne la ferais moi-même, si je daignais, je te tue également. Vois ici la tête de Corbulon qui a osé vaincre sans moi. Et maintenant, à l'œuvre! Bon courage!»
Poppée, épouse de Néron. Physionomie et histoire sans originalité: tue, et est tuée.
Nous avons deux Trajan, l'un en pied, cuirassé, l'autre assis, le général et le législateur. Près de lui son épouse, Plotine: tête énergique et avisée, compagne idéale d'un grand homme. Au milieu des autres impératrices, des Messaline, des Agrippine, des Faustine, elle fait l'effet d'une surveillante dans le préau d'une prison ou d'un hôpital de folles.
Qui peut être ce courtaud banal? Un homme d'une intelligence supérieure, et d'une bonté exceptionnelle à l'époque où il vécut. C'est Titus. Il s'est laissé portraicturer en Mars, comme un bonnetier du temps de Louis-Philippe en garde national, pour faire plaisir à Bérénice. Il a fait une heureuse ce jour-là, et si quelqu'un a perdu sa journée, c'est le sculpteur.
Antinous. Bel esclave capricieux venu de Bythinie pour conquérir Hadrien. Boudait un peu quand son maître s'occupait de sciences, de lettres, d'affaires. Embarrassé du pouvoir absolu que lui donne sa beauté triomphante, il penche la tête et baisse les yeux, comme une future La Vallière.
Hadrien. Figure étonnamment moderne d'un empereur romain
Faustine la mère, épouse d'Antonin.
qui protégea les sciences, les lettres, et Antinous. Grand voyageur, amateur sincère et passionné d'objets, de bibelots, de sensations rares: un «curieux», comme on dira au XVIIIe siècle.
Lucius Verus. Celui-ci n'est ni ira hellénisant, ni un archaïsant. Ce n'est pas un curieux, c'est un furieux. Demi-empereur, soudard complet, triple brute. C'est une sorte de lupus poussé sur la branche vieillie, peut-être pourrie, des Antonins. C'est aussi un jalon
bien placé entre le siècle de Caligula et de Néron qui finit, et celui de Caracalla et d'Elagabale qui va commencer.
Faustine. Elle se redresse dans un effort d'élégance éreintée, vivante image de la migraine chronique. Cette pauvre impératrice déconcertée, brisée par l'indulgence imperturbable de son époux, ne sait pas, ne sait plus qu'imaginer, que faire de son corps.
Marc-Âurète. Philosophe pensif, résigné, stoïque, qui a vu, au début de son règne, des calamités de tout genre :
inondations, famine, peste, révoltes. Sa destinée le contraint à guerroyer, à Vaincre, à pacifier, de la Bretagne à l'Asie, tandis que, sous ses pieds, croule le vieux monde, qu'à ses côtés, grandit le monstre qui est son fils, et que sa femme Faustine, vautrée, cherche dans la fange la surprise et la secousse d'un vice inédit. Son buste dit sa douceur et sa sérénité. En statue, debout, théâtral et cuirassé, il est bien l'homme soumis à toutes les misères de son emploi. Mais si la cuirasse est de trop sur la poitrine de Marc-Aurèle, la camisole de force manque aux épaules de son fils Commode: on peut suivre, par la série de ses bustes, la croissance de ce
Marc-Aurcle.
ROME
CLEOMENE