ED. COLBERT
Pour les Coustou, il est difficile de leur assigner une place précise. Ils sont à la fois du XVIIe et du XVIIIe siècles, et la difficulté ne peut être tranchée qu'en gardant Nicolas Coustou pour le XVIIe siècle, et Guillaume, son jeune frère, pour le XVIIIe siècle. Du premier, le Louvre possède le morceau de réception à l'Académie, le bas-relief d'Apollon montrant à la France le buste de Louis XIV; la statue de. Jules César. et celle de Louis XV; V Adonis se reposant de la chasse; et des études d'après l'antique: un Hercule et le Gladiateur Borghèse. Nicolas Coustou est, à l'inverse de Puget, un artiste tranquille, froid même, de vision égale, d'exécution patiente. On ne trouve que ces mots pour dire le manque de surprise de son œuvre. Un grand artiste surprend toujours. Devant le Jules César, le Louis XV, Y Adonis, également sages comme des images de marbre, on regrette Puget et Coysevox.
IV. - - XVIIIe SIECLE. - - GUILLAUME COUSTOU. - - BOUCHARDOX. - .T.-B. PIGALLE. — ALLEGRAIN. - - FALCONEÏ. - - J.-J. CAFFIERI. - LES ADAM. - - PAJOU. — CLODION. - - HOUDON. — VASSÉ. — JULIEN1
Guillaume Coustou (1677 — 174(5), le sculpteur des Chevaux de Marly, aujourd'hui placés à l'entrée des Champs-Elysées, est un artiste de plus vive allure et d'observation plus profonde que son frère Nicolas. On en jugera ainsi, au Louvre même, non pas d'après son morceau de réception à l'Académie : Hercule suite bûcher, mais d'après la charmante statue, de vie et de style si dix-huitième siècle : Marie Leczinska, en divinité de galant Olympe, les pieds nus sur un nuage et recevant la couronne que lui apporte un amour, petit enfant malin et rieur comme il en foisonne dans les peintures décoratives de Boucher. Ce n'est pas, certes, l'image moralement ressemblante de la bourgeoise et austère épouse ironiquement échue à Louis XV, mais la petite tête fîère
est' un joli portrait, et les étoffes de la tunique et des manches s'enroulent à merveille autour des bras et des jambes nues.
Guillaume Coustou se révèle, d'ailleurs, dans toute sa vérité de talent avec le buste de Y Abbé de la Tour et surtout avec le buste de son frère Nicolas Coustou, vraiment admirable de construction, de sérieux, un buste qui regarde et qui pense.
L'un des L e m o y n e, Jean Baptiste Lemoyne II (1704—1778), est présent au Louvre avec deux bons bustes : l'architecte Gabriel et Louis XV. Edme Bouchardon (1698—1762), à qui l'on doit la belle Fontaine de la rue de Grenelle, apparaît de talent moyen, voire un peu étriqué, avec l'Amour se faisant un arc de la massue d'Hercule. Sa fameuse statue colossale de Louis XV, détruite par la Révolution, est difficile à juger sur le modèle que possède le musée.
Guillaume Coustou.
Marie Leczinska.