NAPOLEON T
s'empêtre et s'alourdit parfois dans ses compositions et ses statues,
Bosio. La nymphe Sahnacis.
telles que le Maurice de Saxe, la Jeanne Dare, le Napoléon Ier, qui est en bronze à Fixin (Côte d'Or), et dont le modèle est au Louvre. Mais le visage de Napoléon, émergeant du linceul, a la
poésie de la pensée surprise par la mort. Et Rude se montre savant observateur avec ses portraits: J.-L. David, Gaspard Monge, Mme Cabet. Il ne manque ici, pour le mettre à sa vraie hauteur, que la figure de la Marseillaise, qui court, vole et rugit en avant
d'un pilastre de l'Arc-de- Triomphe.
E n m ê m e temps que Rude, il y a Barye, créateur d'une œuvre infiniment forte et expressive. On a regretté qu'il ait été forcé de se tenir dans la spécialité de sculpteur d'animaux, où il s'affirma immédiatement maître, et où il fut confiné par le calcul de ses rivaux et par la nécessité de vivre. On a déploré qu'un tel artiste, capable de doter son pays d'une sculpture décorative de monuments et de places publiques, ait été arrêté dans son développement. Barye, malgré tout, a fait son œuvre. Peut-être même, statuaire officiel et achalandé, se serait-il arrêté à des conceptions
Rude.
Jeune pêcheur napolitain jouant aoec une tortue.
Rode.
Gaspard Mqnge:
fortes et placides, dune intensité
de vie moindre que celle de ces
bronzes frémissants par lesquels
il à dit son secret de dédain et
de colère. Il y a une singulière
et magnifique violence dans ces
groupes de lions, de tigres, de
jaguars, de panthères, d'aigles,
qui étreignent et dévorent des
cerfs, des crocodiles, des chevaux,
des lièvres, des serpents. On verra
toute cette ménagerie dans les
salles de l'Ecole française, et aussi
dans les salles Thomy-Thiéi y.
C'est un spectacle qui témoigne
d'une terrible et nette vision de la bataille sans fin pour l'existence
que celui-là où le boa, qui vient de broyer l'antilope, tombe sous la griffe et la dent du félin. De toute cette animalité s'exhale un sauvage concert fait des cris de la faim, des grognements de la rage cruelle et jouisseuse, des plaintes de la faiblesse, et cette rencontre de bourreaux et de victimes revêt bientôt une grandeur affreuse, prend l'épouvantable signification d'un drame universel, où l'homme a son double rôle de vainqueur et de vaincu, comme tous les êtres.
(Test une gloire pour Barye d'avoir écrit ce poème de bronze, et de l'avoir
RUDK.
yfmc Cabri.
écrit d'une main si ferme après lavoir conçu (inné pensée si haute. On peut mettre ses œuvres à côté des œuvres parfaites de tous les temps, auprès des animaux de l'Assyrie et de l'Egypte, elles garderont leur accent personnel, leur musculature puissante et souple, le tressaillement profond de leur vie nerveuse. Au milieu de cette terrible bataille apparaissent les figures d'amour et
les sereines divinités qui achèvent de signifier la complète intelligence et le beau songe de Barye : Angélique et Roger, Junon, Minerve.
Il est difficile, après avoir éprouvé le charme viril et sauvage d'une telle sculpture, de revenir à tant de fadaises où se révèlent à la fois la méconnaissance de la vie et l'obstination dune pratique apprise. Même, la découverte du gothique semble avoir été faite à rebours par les romantiques, comme la découverte de l'antique par les classiques. Du gothique, on semble surtout avoir vu la grimace, la caricature, la gargouille, la figure éclopée de cour de miracles, tout un monde qui existe, certes, mais à travers lequel il faut rejoindre la force vraie de la vie.
David d'Angers tient alors une place honorable. Il conçut le rêve d'une sculpture moderne, voulut faire revivre le XIXe siècle
Barye.
Tigre dévorant un crocodile.
pour les siècles à venir. Parmi ses médaillons, réunis au Louvre, il en est de beaux et de caractéristiques.
La tendance générale, au temps de Louis-Philippe, peut être assez bien représentée par Pradier. C'est lui qui a le grand succès, qui conquiert, de sa grâce frelatée, la bourgeoisie enrichie du temps.
On peut fort bien, pour sa gloire creuse, pour sa réussite facile, et pour l'esprit léger et équivoque de son œuvre, le mettre en contraste avec le sévère Barye, dont toute la ménagerie grogne, pendant que passent, en faisant des mines, les créatures libertines de l'autre. Pradier n'a pas été dénué de talent. Il est inférieur à Canova, qui a trouvé des formes plus douces, plus alanguies, d'une sensualité plus fine, mais il y a tout de même en lui une habileté, une précision, un savoir-faire. C'est donc un grand exemple que la rouerie du métier ne suffît pas. qu'il faut encore un esprit capable de
Pradier.
Sapho.
reconnaître les rapports des formes entre elles, la beauté des ensembles, et une sensibilité pour percevoir les belles et profondes
expressions de la vie. Pradier, pour sa part, a diminué, appauvri, maquillé, d'une façon outrageante, la tradition que l'on prétendait alors respecter. Sa Sapho, comme ses autres figures du même ordre, est une illustration de la poésie antique conçue dans une fade donnée, sans intuition de la grâce et de la grandeur des sujets.
Duret, lui, est seulement élégant et froid, avec le Vendangeur improvisant, avec le Pécheur dansant la tarentelle.
Jouffroy, qui fut un sculpteur de la même éducation et de la même tendance, a eu l'heureuse fortune de concevoir la Jeune fille confiant son premier secret à Vénus, un peu maniérée, mais qui est une étude sincère de nature, la représentation fidèle d'un corps naissant, d'une charmante pudeur.
Le grand sculpteur du second Empire est Carpeaux. îl est venu raviver le grand art tombé, sous prétexte de tradition antique et d'enseignement idéaliste, aux pires pratiques du symbolisme bourgeois. Son œuvre est un point de repère pour suivre la vraie tradition, celle qui s'est fait une loi de l'interprétation directe de la nature, et qui se rattache aux grandes époques passées.
JOl'lTUOY.
Jeune fille confiant non premier secret à Vénus.
FRANCE IXIX' SIECLEl