SOLDATS DE DARIUS
ne statue de la Susiane, de 1800 ans avant J. C, celle de la reine Napir-Asou, femme du roi Ountash-Gal, fait apparaître une femme d'allure presque moderne parmi tant de personnages disparus. On la voit dans la salle Morgan. La tête et le bras gauche
manquent, mais le corps est bien présent sous cette robe de pierre garnie d'un large volant. L'attitude est paisible, les deux mains sont croisées sur le ventre. La forme est droite et rigide, le modelé est souple. M. E. Ledrain conservateur des antiquités assyriennes au musée du Louvre, a traduit pour moi l'inscription de cette statue, dont voici le sens: celui qui "éloignerait la statue de Napir-Asou, qui la «ravirait, qui la «mutilerait , celui qui détruirait sa légende, etc., serait maudit dans sa personne et dans sa postérité. C'est une menace qui se retrouve sur nombre de monuments funéraires, tels que le sarcophage d'Eschmounazar. L'inconnu qui a séparé la tête du corps de Napir-Asou serait donc tombé sous le coup d'une solennelle malédiction, et aussi l'explorateur qui a «éloigné la statue, si du même coup celui-ci n'avait remis en honneur la légende de l'épouse de Ountash-Gal. L'art de la Perse et de la Susiane, issu de l'art assyrien, est encore représenté d'autre manière au Louvre. L'aspect décoratif et théâtral produit par la reconstitution des fragments rapportés par la mission Dieulalby fait de la Perse d'Artaxercès et de Darius une des curiosités du musée. Rien ne manque à ce savant aménagement, ni le plan en relief du terrain où ont été opérées les fouilles, ni la réduction amusante de l'Apadâna, salle du Trône d'Artaxercès Mnémon, qui régnait quatre cents ans avant notre ère. Les fouilles ont fait connaître le plan du palais, [l'emplacement et la forme des colonnes, la disposition et la couleur des briques émaillées des archers et des lions, des encadrements des portes, la façon des entablements et de la charpente, la nature des bois. La divinité ailée, le couronnement des portes, les ornements cannelés des façades ont été restitués d'après les palais achéménides de Persepolis et de Firouzabad. La superficie couverte est évaluée à 9.200 mètres.
L'Apadâna se développe en une immense et large nef entre
SUSIANE ET PERSE
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LA REINE NAPIR-ASOU épouse du roi Ountash-ûal
deux bas-côtés. La nef a le caractère d'un temple largement ouvert, et les bas-côtés semblent, par leur façade extérieure, des forteresses massives, aux portes étroites. Au fronton de la nef, la divinité ailée déploie son vol immobile, entre deux files de lions. A l'intérieur de la nef, six rangées de six colonnes rondes dressent des chapiteaux faits de la tête, du poitrail et des pattes de devant de taureaux. A l'intérieur des bas-côtés, derrière deux rangées de six colonnes, se déploie la frise des Archets.
Des fragments de la décoration générale sont visibles dans la salle suivante. Tout d'abord, le haut d'une colonne, avec sa charpente et ses têtes de Taureaux, de marbre gris, aux oreilles et aux cornes vertes, au nez froncé, au front large. L'expression de ces formidables têtes est de rage, de souffrance, et aussi d'orgueil. Ils frémissent du poids qui leur est infligé, et font effort en même temps pour garder bonne contenance: cet effort est visible par la noble et belle attitude de leur encolure, ronde et robuste, par la forme carrée de leurs genoux repliés.
De même, la volonté d'art est évidente dans la représentation des Lions, de leur marche pesante et hardie à la fois, de leur musculature savante, de leur formidable gueule ouverte pour le rugissement, de leur queue qui fouette et bat l'air colèrement.
La Frise des Archers n'est pas moins vivante d'allure, moins belle de procession décorative. Sur un fond de briques de couleurs pâles, bleues ou vertes, les archers, luxueusement vêtus de robes blanches ou jaunes, semées de fleurettes et d'ornements géométriques, s'avancent du même pas de leurs socques jaunes. Ils ont le visage noir et barbu, la chevelure crépue, la tête coiffée d'un turban. Ils tiennent à deux mains leur lance, portent leur arc sur l'épaule gauche, et sur leur dos leur carquois.
Ce sont les noirs soldats de Darius, ceux qu'il a envoyés combattre contre la Chaldée révoltée, qui ont, pris Babylone, tué ou enchaîné
les habitants, détruit les murailles de la ville.. Ce sont les soldats qui ont vaincu les révoltes de la Mëdie et de la Susiane, qui sont partis pour la conquête de la Syrie, de la Libye, qui onl été vaincus par les Scytes. Ce sont les soldats de la première guerre médique, ceux qui furent arrêtés par Miltiade à Marathon en 490 av. J. C, cinq ans avant la mort de Darius. Ils défilent aujourd'hui sur la muraille du Louvre, corrects, vernis, coloriés, alignés comme pour une revue, pareils à des jouets enfantins, en face des bêtes féroces, qui ont gardé une apparence plus terrible.
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Frise des Archers.
SUSIANE ET PERSE