‹ Les musées d'Europe. La sculpture au Louvre;Chapitre 8 sur 52 · CHYPRE · texte numérisé non relu

CHYPRE

a sculpture phénicienne n'existe pas plus que la sculpture des divers peuples placés dans les zones d'influences de l'Asie-Mineure et de l'Egypte. Les Grecs seuls ont su créer avec les éléments qui leur étaient fournis. A vrai dire, les Phéniciens ont profondément marqué à leur empreinte les arts industriels qui faisaient partie de leurs cargaisons de marchands. Pour le reste, ces intrépides navigateurs, qui ont parcouru tout le bassin de la Méditerranée,

qui ont remonté les côtes de l'Ibérie et de la Gaule jusqu'aux brumes froides de la Manche, ces merveilleux négociants colonisateurs, ne se sont pas souciés de l'étude de la nature et de la recherche de la beauté. Leur art est resté un mélange des formes et des attitudes de l'Egypte et de l'Assyrie.

Ils ont transporté leur esprit de trafic et d'assimilation partout où leurs barques ont abordé, partout où ils

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Sculpture phénicienne.

Sculpture de Tyr.

ont fondé des comptoirs, en Egypte et en Grèce, en Italie, en Sicile, à Carthage, en Gaule, et plus près d'eux, sur tout le littoral de la Syrie, à Chypre, à Malte. Enfin, l'influence de la Grèce a dominé les autres influences, a donné naissance à l'art gréco-phénicien dont les plus nettes manifestations ont lieu' à Chypre. En somme, les Phéniciens n'ont rien ajouté à l'histoire des formes et des expressions que nous a léguées la sculpture.

Dans leurs nécropoles de Marath, de Tyr.

de Sidon, d'Adloun, on a trouvé les sarcopha- saupture phinMHua.

ges qu'ils iront pas seulement imités de l'Egypte, mais qu'ils se sont simplement appropriés, se contentant de les gratter et de les maquiller: tel le sarcophage d'Eschmunazar, de 350 avant J. C. Sur le couvercle de ces sarcophages les personnages sont tantôt égyptiens, tantôt assyriens, en attendant qu'ils deviennent grecs.

Comme sculptures plus spécialement phéniciennes, on peut ajouter à ces sarcophages des stèles votives, telles que celle du personnage à longue robe et à toque, trouvé à Tyr, et d'autres, des hommes, des femmes, d'un art assez étriqué.

A Carthage, les œuvres d'art ne manquent pas, mais elles proviennent du pillage des villes conquises. L'art punique se manifeste surtout par les stèles votives, à la partie supérieure taillée en forme de toit, avec des inscriptions à la déesse Tanit et divers .symboles: la main levée, qui signifie l'imploration; le disque solaire ; le croissant ; la fleur de lotus ; la caducée, qui est l'emblème marchand ; le triangle surmonté d'un cercle et de deux crochets, qui est la figuration de Tanit.

A Elché, en Espagne, a été découvert une pièce plus importante: un buste de femme, dont le visage, en matière pâle, semble fardé, et qui porte sur la poitrine de lourds colliers, et aux oreilles d'énormes ornements en forme de roue et de coquille.

Mais c'est surtout à Chypre qu'il faut s'arrêter et que le rôle artistique des Phéniciens peut être le mieux élucidé.

Les Phéniciens, dont le génie inventif et hardi, créa, à côté des grands empires barbares d'Asie, et dispersa sur toutes les côtes du bassin méditerranéen, une civilisation si intelligente et si active, préparèrent en. quelque sorte les voies à la Grèce. Qu'y a-t-il de proprement hellénique dans un poème comme VOdyssée? Le fond, comme l'a démontré Victor Bérard, est un récit de périple, accompli sur toutes les mers du monde alors connu par des marchands-corsaires, venus de Phénicie. Par un vaste cvcle

Buste de femme trouvé à Eîché (Espagne).

de légendes héroïques, accaparées plus tard par la poésie épique de la Grèce et de l'Asie ionienne, ils divinisèrent les origines de

leurs comptoirs, l'audacieuse fortune commerçante qui les établit dès les temps les plus anciens, à tous les avant-postes, sur tous les points essentiels de rechange marchand. Dans les grandes cités d'Egypte ou de Syrie, déjà ouvertes à la civilisation et au

trafic, dans les échelles du Levant, ils occupaient des quarties spéciaux. Le bazar était entre leurs mains. Mais dans les contrées barbares ou retardataires, où le mauvais vouloir et la défiance les écartaient des centres d'affaires, ils étaient forcés de fonder des villes.

Ainsi. Chypre, riche des trésors des Lusignan, rois de Jérusalem, ornée des dépouilles de guerre, embellie par les Vénitiens qui marient à l'un de ses rois la patricienne Cornaro dont Titien exécuta le portrait, révèle encore à l'archéologie des objets, des statues, des monuments qui, s'ils n'appartiennent pas absolument à l'époque de la domination phénicienne, relèvent au moins de son influence.

Le musée de New-York possède de curieuses statues cypriotes. On peut aussi, au Louvre, d'après quelques exemplaires intéressants, se rendre compte des caractères principaux de cette école.

Car il y eut une école de Chypre. Sans doute, cet art offre un mélange et comme une confusion de nombreuses tendances: sur l'art phénicien en général, l'Egypte d'une part, l'Asie Mineure de l'aiiireT qui reprendra sa place et sa prépondérance dans la dernière période de l'art grec, ont exercé une influence profonde.

Statue trouvé à Dali (Chypre).

Mais la synthèse de tous ces types a quelque chose d'original et de personnel. La statuaire cypriote est presque exclusivement religieuse: elle traduit avec maladresse et austérité les croyances tyriennes et sidoniennes. Elle fixe l'image des dieux terribles auxquels sacrifiera Cartilage, et surtout FAstarté phénicienne à la gorge excessive, à la physionomie étrange et mystérieuse de courtisane sacrée. Elle leur adjoint, pour la décoration extérieure et intérieure des temples, de grands

sphinx ailés, dont le style rappelle celui des taureaux assyriens, et qui ressemblent aussi parfois à de simples poules.

Même longtemps après que la civilisation grecque a envahi et renouvelé l'ancien domaine des Phéniciens et leur sphère d'influ-

S}>hin.v ailé (Chypre).

ence, quelque chose de pai sculpteurs cypriotes. Sans assise est grecque,et grecque d'époque assez basse, mais dans la coiffure lourdement érigée sur le front, dans les rangs de verroterie, pierres précieuses, amulettes, qui entourent le col, dans la tranquillité mystérieuse de la pose, cette femme, statue funéraire ou image de divinitéanatrone ou courtisane, porte comme une trace lointaine, comme le souvenir dune obscure parenté avec l'idole beaucoup plus ancienne, trouvée à Dali.

Ainsi, malgré les efforts d'évasion, malgré les disciplines acquises, qui recouvrent le vieux fond ethnique et historique, une continuité s'établit, rejoint par delà les âges les tailleurs de pierre, les ornemanistes et les statuaires de toutes les époques, dans l'île méditerranéenne.

liculier subsiste dans les œuvres des doute la belle statue de la Femme

Femme assise (Chypre).

Procession des Panathénées (Frise du Parthénoin)*.

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