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pèce. Bâti à plusieurs reprises , composé de corps de logis , d'ailes, de traverses, ajoutés les uns aux autres, c'est un pêle-mêle architectural encore plus étrange , par exemple, que le château de Fontainebleau , qu'on appelle un rendezvous de palais. Il faut regarder en détail, par fragments, si l'on veut y trouver à louer quelque chose. Autrement il faudrait dire de ce palais célèbre ce que des gens au goût difficile et à l'esprit chagrin disent de Saint-Pierre lui-même : il n'a de beau que sa grandeur. Mais la grandeur, cette première beauté des ouvrages delà nature, qui fait la différence des Alpes à une taupinière et de l'océan à une mare d'eau , n'est-elle plus une beauté dans les ouvrages des hommes? le Vatican , d'ailleurs , renferme les Loges, les Chambres, la chapelle Sixtine et le Musée.

On sait que Raphaël , devenu architecte vers l'âge de trente ans , partagea les six dernières années de sa vie entre les deux arts qu'il cultivait simultanément (1). Un des travaux faits en sa double qualité fut la construction de l'une des cours du Vatican, où il éleva, comme architecte, une espèce de façade a trois étages ou galeries , et qu'il décora , comme peintre, d'ornements à fresques. La découverte alors récente des bains de Titus et de Livie avait mis à la mode le genre des arabesques , que l'on nommait groteschi , parce qu'elles étaient imitées des peintures trouvées dans les excavations ou grottes, et dont Jean d'Udine rendit la propagation facile, en composant avec du marbre pilé, mêlé de chaux et de thérébentine blanche, un stuc artificiel (2). Ce fut à ce

(1) On lit dans l'inscription, composée par le cardinal Bembo, qui marque la place de son tombeau, sous la chapelle de la Vierge, au Panthéon Julii 11 el Leonis X picturœ et architeclurœ operibus gloriam auxit.

(2) Giovanni d'Uditia, élève de Giorgion avant de l'être de Ra-

genre d'ornements que Raphaël donna la préférence. Mais des arabesques mythologiques n'étaient guère possibles dans le palais du pape; il imagina des arabesques chrétiennes. En peignant l'épaisseur des piliers, la surface des trumeaux et le mur du fond , il trouva moyen d'encadrer, dans la voûte de chacune des travées de ses galeries, quatre tableaux ayant environ six pieds de long sur quatre de large, et dont les figures, qui ont au plus deux pieds de haut, paraissent encore plus petites à la distance où elles sont placées. Une série de cinquante-deux tableaux ainsi composés renferme les principaux sujets de l'histoire sainte, depuis les premiers temps du monde, d'après la Genèse, jusqu'à la cène du Christ avec ses apôtres. C'est ce qu'on appelle les Loges (Loggie) ou la Bible de Raphaël.

Ce n'est pas à dire que Raphaël ait fait lui-même et lui seul tout ce grand travail. Comme un patricien romain entouré de ses clients, il ne sortait alors de son atelier qu'à la tête d'une petite armée de peintres qui l'appelaient maître , qu'il eut le talent de faire vivre en bonne harmonie , et qui se contentaient de travailler en commun sous sa direction.

phaël, conserva, même sous Raphaël, le souvenir et la manière de Giorgion. Devenu l'aide ordinaire de son second maître pour les ornements, les peintures de décoration , il surpassa de loin, par l'invention , le goût, le dessin, la couleur, tous les ouvrages des anciens retrouvés dans le Colysée, les Bains de Titus, les Thermes de Diociélien. Maître incontesté de ce genre, il y fit beaucoup de travaux et beaucoup d'élèves. Malheureusement la plupart de ses ouvrages ont été détruits, soit avec les monuments qu'ils décoraient, soit par des changements de dispositions intérieures. Jean d'Udine a parfaitement retracé les animaux, parce que, grand chasseur, ami des chiens, tirant très bien l'arbalète et l'arquebuse, il put les étudier de près et librement. On lui attribue l'invention du bœuf de toile peinte pour approcher le gibier dans les Marais-Pontins.

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C'étaient Jules Romain, Jean d'Udine, Perin ciel Vaga, Il Fattore , Pellegrino de Modène et une foule d'autres. Dans les Loges, le choix des sujets lui appartient sans doute, comme la surveillance et la correction de l'œuvre entière. Il a quelquefois aussi dessiné des tableaux qu'ont ensuite peints ses élèves; mais on ne reconnaît comme lui appartenant eu propre et de tous points, composition, dessin, couleur, que deux ou trois tableaux : le Père éternel séparant la lumière des ténèbres , la Création du Firmament, et peut-être la Création de V Homme et de la Femme. Ce sont aussi les plus célèbres et les meilleurs de toute la série. Son Père éternel, aussi beau que peut l'être un vieillard habillé d'une robe violette en étoffe du temps, a, dans ses petites proportions, toute la grandeur qu'on admire dans les figures gigantesques de Michel-Ange. Ce vieillard , toujours jeune , qui débrouille le chaos, qui attache au ciel, d'une main le soleil, de l'autre la lune , semble remplir le monde. Il serait possible qu'après avoir commencé la série, Raphaël l'eût aussi terminée, et que le dernier tableau, la Cène, d'une exécution savante et d'une couleur vigoureuse, fût encore de son pinceau. Après les compositions qui lui sont attribuées, on cite avec raison, parmi les meilleures, les Trois anges devant Abraham, Loth et ses filles fuyant devant l'incendie de Sodome, la Rencontre de Jacob et de Rachel, par Pellegrino de Modène, qui, dans la beauté et l'expression des têtes, rappelle vraiment son divin modèle; — Y Histoire de Joseph en quatre tableaux, — fa Construction de l'Arche, le Déluge, le Sacrifice d'Abraham, et le Moïse sauvé des eaux, par Jules Romain. Ce dernier tableau est bien remarquable par le paysage, où l'on voit enfin une perspective, un fond étudié et vrai, chose inconnue jusqu'à Raphaël. Quant au Jugement de Salomon, que l'on estime à l'égal de ceux que je viens de citer, il me paraît bien inférieur au chefd'œuvre de Poussin, qui ne lui a rien emprunté pourtant.

même dans l'énergique pantomime des mères, et qui me semble avoir aussi vaincu Jules Romain dans le sujet du Déluge.

En quittant les Loges, qui sont peintes sous des galeries extérieures fermées par un simple vitrage, on entre dans le palais, et l'on y trouve les Chambres [Le Carrière ou Stanze). Ici, plus d'ornements, plus d'arabesques, plus de figurines; ici, plus de travail commun où s'occupe une école entière ; mais de vastes et sévères compositions, dont la plupart sont entièrement de la main du maître. Ces quatres salles qu'on appelle les Chambres, et dans lesquelles Michel-Ange luimême, le jaloux et chagrin Michel-Ange, n'aurait rien pu trouver à reprendre, puisqu'il n'y a que des fresques et pas un tableau de chevalet, sont le triomphe de Fart, qui nulle part ne se montre plus puissant, plus varié, plus complet, et le triomphe de l'artiste , qui nulle part ne se montre plus grand. C'est dans les Chambres qu'il faut juger la peinture et Raphaël.

Un mot d'abord sur l'histoire de ce grand travail. Les Chambres étaient déjà peintes en partie par Bramantino, Pietro del Borgo , Pietro délia Francesca , Luca Signorelli et le Pérugin , lorsque Jules II, sur la suggestion de Bramante, ayant appelé de Florence à Rome le jeune Raphaël, alors âgé de vingt-cinq ans (en 1508 ), lui confia l'un des grands panneaux de la grande salle. Raphaël y peignit la Dispute du saint Sacrement , et le pape, ravi d'admiration devant l'ouvrage du divin jeune homme , fit effacer toutes les autres fresques commencées ou finies , voulant qu'il achevât l'œuvre entière. Raphaël ne put obtenir grâce que pour une voûte peinte par son maître le Pérugin , dans la première salle. Il travailla aux Chambres pendant tout le reste de sa vie; mais, sans cesse détourné de cette œuvre par de nouvelles commandes des papes et des rois , il ne put les terminer complètement avant sa fin précoce.

Une fois à Rome, une fois chargé de peindre les Stanze,

Raphaël grandit avec sa mission. Il rejeta tout ce qu'il avait pris jusqu'alors d'étroit et de local , soit à Pérouse , soit à Florence , du Pérugin , de Léonard et du Frate. Il se fit catholique^ universel , et , dans son universalité , il représenta merveilleusement l'école de Rome , le centre de l'unité italienne et du monde chrétien. « Il relia la chaîne des temps , des croyances , des nations ; il poussa pêle-mêle , dans ses immenses conceptions , toute l'antiquité païenne et toute la chrétienté. Il mit en regard, sans blesser ni l'œil, ni l'esprit, ni le goût, ni les hautes convenances, les docteurs de l'Église et les sages du paganisme. » (Les annotateurs de Vasari.)

La première des Chambres se nomme Caméra deW incendie* del Borgo-V ecchio, parce que la plus grande fresque représente l'incendie du Bourg-Vieux , ou bourg du Spirito- Santo , sous le pontificat de saint Léon , en 8Zi7. C'est celui des quartiers de Rome qui , situé au delà du Tibre, renferme Saint-Pierre et le Vatican. Dans cette vaste composition , Raphaël semble avoir voulu mettre en scène , non le fait luimême , dont il ne restait sans doute ni relation ni tradition , mais l'incendie de la Troie antique , tel qu'il est raconté dans le second chant de Y Enéide. Le beau groupe où l'on peut reconnaître Énée portant son père Anchise , suivi de sa femme Creuse, est de Jules Romain. Il y a dans cette fresque, où les meilleures figures me semblent les femmes occupées d'apporter de l'eau , plus de nus que dans nulle autre composition de Raphaël , qui paraît les avoir évités avec autant de soin que Michel-Ange en mettait à les introduire partout. Il faut convenir que les nus de Raphaël, toujours remarquables par la beauté des formes, par l'expression et la vérité de la pantomime, n'égalent point cependant ceux de Michel- Ange parla partie la plus matérielle, la science anatomique , le travail musculaire , la hardiesse des poses et des mouvements. En face de X Incendie du Bourg-Vieux se trouve le Couronnement de Ckarlemagne par Léon 111,

composition calme et noble , dont Raphaël , à ce qu'on dit , ne lit que le carton, mis depuis en couleur par une autre main.

La seconde salle se nomme Caméra délia Scuola (TAtene. C'est là que Raphaël , dans ses œuvres les plus personnelles et les plus parfaites , montre toute cette grandeur à laquelle il ne fut plus donné d'atteindre. D'un coté , la Dispute du saint Sacrement, qu'on appelle aussi la Théologie , de l'autre , Y École d'Athènes , les deux plus sublimes compositions de leur auteur dans la peinture monumentale. La première , dont le titre n'indique pas clairement l'objet , est une image poétisée du concile de Plaisance , qui termina , par une sorte d'arrêt souverain , les controverses élevées sur le sacrement de l'Eucharistie. C'est un sujet pareil qu'a traité Andréa del Sarto dans le célèbre tableau que nous avons cité à l'article de la galerie Pitti. Celui de Raphaëei est en deux parties qu'on pourrait nommer le ciel et la terre : dans le ciel , la Trinité , groupée parmi les anges , entre deux longues rangées de bienheureux ; sur la terre , un concile , où sont assemblés des docteurs , vieillards ou jeunes hommes , papes , évêques , prêtres , moines et laïques. Dante , que ses contemporains nommaient eximîo theoloyo , siège parmi ces docteurs de l'Église , avec saint Thomas d'Aquin , saint Bonaventure , Duns-Scot , Nicolo di Lira , Savonarole , et Raphaël s'est peint avec le Pérugin, sous des figures de prélats mitrés. « Quatre enfants d'une grâce inimitable , dit Vasari , tiennent ouverts les Livres des Évangiles , qu'expliquent , à l'aide des saintes Écritures, les quatre docteurs de l'Église, éclairés par l'Esprit-Saint. Rangés circulairement dans la partie supérieure du tableau , les saints se distinguent par une si belle entente de la couleur, des raccourcis et des ajustements, que l'on croit admirer la nature elle-même. Les têtes ont une expression surhumaine ; celle du Christ surtout rayonne de la sérénité et de la clémence d'un Dieu...

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Raphaël a su imprimer aux saints patriarches le caractère solennel de l'antiquité, aux apôtres celui de la simplicité, aux martyrs celui de la foi. Mais son savoir et son génie brillent encore davantage dans les saints docteurs chrétiens groupés de différentes façons. Us cherchent la vérité ; le doute , Tinquiétude, la curiosité animent leurs gestes, rendent leurs oreilles attentives et froncent leurs sourcils. On ne saurait assez louer la variété et la puissance des sentiments qui font vivre tous ces personnages. » (Vasari.) Quand on contemple ce prodigieux ouvrage , fait par un imberbe de vingt-cinq ans, comme l'atteste son portrait aussi bien que l'histoire , on absout l'action un peu brutale de Jules II ; on pense aussi que nul autre artiste , même des plus mûrs et des plus éprouvés, ne pouvait désormais soutenir le parallèle avec un tel débutant , et qu'il fallait lui livrer, sans partage, le sanctuaire de l'art C'est qu'en effet, jamais, du premier coup, on n'a porté plus loin la merveilleuse entente de l'ordonnance d'un sujet ; jamais on n'a porté plus loin le sens de l'unité dans un vaste ensemble , et , dans les détails , la grâce , l'élégance , la hauteur du style , le charme incomparable de toutes les parties.

Pour chercher une autre œuvre, sinon supérieure , au moins égale , et que son genre tout différent met à l'abri d'une comparaison directe , il faut que le spectateur se retourne , et, retrouvant un nouveau courage dans une admiration nouvelle , qu'il contemple avec loisir, avec amour, le vaste tableau de l'École d'Athènes. Là aussi se rencontrent un ensemble imposant , des groupes parfaits , des détails merveilleux, et ja ne sais quelle force, quelle élévation, quelle sûreté magistrale qui attestent la maturité du génie. Cinquante-deux personnages sont réunis dans celte scène immense , qu'encadre la perspective , tracée par Bramante , du plan primitif de Saint-Pierre. Une pensée les réunit, le culte de la philosophie , le culte de la sagesse et de la science (sa-

picniia), que représentent les deux grands écrivains philosophiques de la Grèce, Platon et Aristote, lesquels semblent , du haut de l'amphithéâtre, présider l'assemblée. Près d'eux est le groupe de la Poésie , où l'on voit Homère entre Virgile et Dante, personnification des trois grandes épopées de la Grèce, de Rome et de l'Italie chrétienne. D'un côté, le groupe des Sciences , de l'autre , le groupe des Arts. Raphaël ne pouvait connaître les traits, devenus historiques, de plusieurs grands hommes, d'Homère, par exemple , dont on n'avait pas encore découvert les antiques effigies ; il a dû les composer, les inventer d'après l'idéal qu'il s'en formait , comme s'il se fût agi de figures allégoriques , et certes, l'on ne doit pas regretter son ignorance. Quelques-unes de ces figures , et d'autres sans noms , sont les portraits d'hommes de son épo que ; ainsi Bramante est représenté sous les traits d'Archimède ; Frédéric II, duc de Mantoue , est ce beau jeune homme qui met un genou en terre pour écouter une démonstration mathématique; enfin, sur le plan de gauche, en arrière de Zoroastre , que l'on reconnaît à sa couronne sidérale , se trouvent , comme dans la Théologie , Pérugin et Raphaël lui-même, un peu plus âgé, un peu plus homme fait.

Il montre encore là , à son degré suprême , cette grande règle du beau dans les arts : la variété dans l'unité. Il montre l'universalité de talent et de style sous un équilibre parfait; et cette mesure exacte enlre toutes les qualités diverses , qui est d'ordinaire un des caractères distincts de l'honorable médiocrité , devient chez lui la marque évidente du génie le plus élevé qui fut jamais , à cause de la hauteur où se tient chaque partie et de la sublimité où arrive l'ensemble. « Raphaël, ajoutent les annotateurs de Yasari , a reçu de tous les côtés toutes les belles choses , et il a su les enserrer dans une harmonie encore plus belle; cette harmonie entre toutes les beautés , entre toutes les forces , entre toutes les conceptions,

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c'est l'œuvre de Raphaël , c'est son talent , c'est son génie. »

Cette admirable fresque de Y Ecole d'Athènes, l'une des plus grandes œuvres qu'ait produites l'art de peindre, est malheureusement menacée d'une destruction presque prochaine. Elle est plus dégradée, quoique plus récente, que la Dispute du saint Sacrement. Gela fait penser avec amertume que, parmi les arts du dessin, celui qu'on nomme en premier lieu, et qui tient le premier rang, la peinture, a le malheur de s'exercer sur les plus fragiles matières, sur celles qui doivent céder le plus tôt à l'action dévorante du temps. L'architecte et le sculpteur, travaillant avec la pierre, le marbre ou le bronze, laissent des œuvres plus durables que celles du peintre. Dans l'art antique, le Parthénon rend encore témoignage du génie d'Ictinus et de Callicrates, et, sans être sortis du ciseau de Phidias ou de Praxitèles, Y Apollon, la Vénus, la Diane, la Niobé, toutes les statues, tous les basreliefs de la vieille Grèce, nous font assez comprendre ce qu'étaient le Jupiter d'Olympie et la Minerve d'Athènes. Mais Apelles, Zeuxis, Parrhasius, ïimanthe, Aristide, Protogène, il faut les admirer sur parole. Rien d'eux, rien de comparable à eux n'est venu jusqu'à nous; leur nom, c'est tout ce qu'ils ont laissé. Dans la peinture même, il y a des genres plus fragiles que d'autres, et c'est précisément celui qu'on croyait le moins destructible, celui dont les œuvres devaient vivre autant que les édifices dont elles faisaient partie intégrante, comme une frise ou une corniche, c'est la peinture monumentale qui périt la première sous la main du temps. Les fresques, ces grandes et magnifiques pages de l'art italien, marchent à une rapide et complète destruction . A peine reste-il quelques parties visibles dans celles du Campo- Santo à Pise ; la vaste et merveilleuse Cène de Léonard est à peu près anéantie ; et voilà que le Jugement dernier, que les Chambres et les Loges sont menacés du même sort. Ils tomberont bientôt en poussière, ou, s'effaçant chaque année

de plusen plus, ils se perdront dans une ombre générale, comme le jour se perd dans la nuit.

La troisième fresque de cette salle est le Parnasse, autre grande composition, faite en imitation du goût et du style antiques,c'est-à-dire avec une grande sagesse, mais plus froide que les autres, aussi bien dans le coloris que dans l'ordonnance. Des groupes de poètes de divers âges sont mêlés à des groupes de muses, au milieu desquelles stat dlvus À polio. Parmi ces poètes, on retrouve Homère, encore entre Virgile et Dante, Pindare, Sapho, Horace, Ovide, Boccace, Sannazar, l'auteur à présent peu connu du grand poème latin Departu Virginis, Pétrarque et sa Laure vêtue en Gorine. La tradition rapporte qu'après avoir mis une lyre dans les mains d'Apollon, Raphaël substitua un violon à l'instrument antique; et, pour expliquer cet anachronisme volontaire, on dit qu'il voulut ainsi flatter Léonard, qui, devenu vieux, s'était épris de passion pour le violon dont il jouait avec succès. Peut-être Raphaël a-t-il voulu simplement mettre Apollon d'accord avec les anges et les chérubins chrétiens, qui, dans tous les tableaux italiens de la Renaissance, depuis Cimabuë et Giotto, se servent, non de lyres ou de harpes, mais de violons, pour exécuter les célestes concerts.

Vis-à-vis du Parnasse, au-dessous de la fenêtre, est le tableau de la Jurisprudence, que représentent allégoriquement les trois vertus compagnes de la justice, noblement groupées dans une composition pleine de grandeur et de charme; et , pour que rien ne manquât à cette salle, témoin de ses débuts à Rome, dont Raphaël voulut être l'unique décorateur, il y a peint jusqu'aux compartiments du plafond. Lesquatre figures de la Théologie, de la Philosophie, delà Poésie et de la Jurisprudence, rappelant toute la simplicité, toute la noblesse du style antique, resteront les inimitables modèles de l'allégorie sérieuse.

Caméra di Eliodoro, tel est le nom de la troisième

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