‹ Les musées dA̓ngleterre, de Belgique, de Hollande et de Russie: guide etChapitre 10 sur 38 · MUSEE · texte numérisé non relu

MUSEE

Les Belges, qui vantent beaucoup, et non sans justice, les collections d'art que renferment Anvers et Bruges, ainsi que les riches cabinets d*amateurs formés, non-seulement dans ces deux villes, mais encore à Louvain , à Liège, à Gand, à Malines, affectent une sorte de mépris pour le musée de Bruxelles, qu'ils trouvent tout à la fois indigne de Bruxelles et indigne du nom de musée. Il est sûr que, si Ton considère l'importance actuelle de cette ville, et l'importance de la grande école qui naquit et se développa dans les provinces dont se compose aujourd'hui la Belgique, il est sûr que le musée de, Bruxelles paraîtra bien insuffisant, bien mesquin, pour la capitale des Flandres. Cependant, si l'on compte tous les cadres, — grands, moyens et petits, — vieux, intermédiaires et modernes, — achetés, échangés et donnés, — l'on arrivera bien au chiffre 400, ce qui est un nombre fort respectable ; et si, dans cette masse, à la vérité fort mêlée, l'on cherche avec patience et discernement, il se trouvera d'assez belles œuvres pour ôter tout regret de la peine prise et tout prétexte à ce mépris systématique. En somme, le musée de Bruxelles vaut mieux que sa réputation.

Gonmiençons, suivant notre usage, par les écoles étrangères. La revue en sera bientôt passée, car les œuvres de

ces écoles sont peu nombreuses, et plus faibles encore que rares.

Il faut d'abord citer, par exception à cette espèce de règle générale, un admirable petit portrait du chancelier Thomas Morus (More), par Holbein. C'est la perle de cette partie du Musée , et peut-être du musée tout entier. Si l'on passe de ce précieux, mais unique échantillon de l'école allemande, aux écoles italiennes, on trouve d'abord deux portraits attribués à Titien, que je ne crois de lui ni l'un ni l'autre. Celui du jeime homme, vêtu en soie noire, qui porte le n** 156, me semble d'un de ses élèves, de Palma, Morone ou Bonifazio ; celui du vieillard, en toge bordée de fourrures, n° 157, de Tintoret. Vient ensuite une belle esquisse de Paul Véronèse, celle de son grand tableau des Noces de Cana, sujet qu'il a fort augmenté entre la première idée et la dernière exécution. Une autre vaste et singulière composition de ce maître, Sainte Catherine adorant Jésus, dans laquelle on voit, au milieu de la sainte Famille , non-seulement la martyre de Sienne, mais encore l'Espagnole sainte Thérèse, est au moins de son école, et peinte dans son atelier, où de nombreux élèves, ayant h leur tête Benedetto, son frère, et Carletto, son iils, l'aidaient à couvrir les immenses toiles que se sont partagées les galeries de l'Europe.

Voilà pour l'école de Venise. Celle de Parme n'a qu'un assez pauvre Baroecio, le Christ appelant saint Pierre, et celle de Rome qu'une Daphné de Carlo Maratta ; car la Madone attribuée à Sasso-Ferrato est une œuvre apocryphe, une imitation, une copie. Les Bolonais sont un peu mieux partagés. Un Ex-Voto, de Guerchin, où l'on voit un jeune homme placé sous la protection de la Vierge par ses quatre patrons, saint Nicolas, saint Louis, saint François et saint Joseph, est u^ excellent tableau qui réunit am plus heureux arrangement la plus brillante exécution. Le groupe supérieur est surtout d'une grande beauté. Le rival ordinaire de Guerchin, Guide, a une Fuite en É^t^pte^

«ignée, mais peu digne de lui; Albane, nn Adam et Ève^ tableau qu'h ses proportions et à son faire, on pourrait croire plutôt de Guide que dn peintre des petits amours. Le Calabrais (Mattia Preti) représente seul l'école napolitaine. Son Job visité par ses amiSy et je ne sais qnel antre indéchiffrable sujet, sont denx pages yigonrenses qui rappellent Guerchin, le modèle ordinaire du peintre des dalabres, et sans grande infériorité. Ajoutez à cette courte liste un Saint Sébastien de César Procacini, plus un petit Ganaletto, faible et sans finesse, et tous aurez tous lès Italiens du nmsée de Bruxelles.

Quant aux Français, j'ai quelque honte d'en parler. Un ^ès-faible échantillon de Lesueur, le Sauveur donnent sa -bénédiction; un petit Saint Charles Borromée^ de Simon Youet, et un Ckoc de cavalerie^ du Bourguignon (Jacques Clourtois), Yoilà toute la part d'une éceie qui a produit, •dans le dix-septième siècle, Claude et Poussin, et qui forme aujourd'hui presque tout l'art moderne. On pourrait •cependant y comprendre Philippe de Champaigne, lequel, bien que né Flamand, mais ayant passé presque toute sa -vie en France, appartient évidemment à l'école qui réunit Poussin, Lebrun et Lesueur. Les Italiens, les Anglais, les Allemands, le classent toujours parmi les Français. Il a, au musée de Bruxelles, une Sainte Geneviève, un Saint Josephy un Saint Etienne, un Saint Amhroise,^ un Saint Charles Borromée^ et enfin une Présentation au Temple^ dans laquelle il a glissé , sous le costume de quatre docteurs juifs, les portraits de Pascal, d'Âmauld et de denx autres solitaires de Port-Royal, ses amis. Cette composition est pleine de noblesse et déUcatement touchée. Cependant on peut lui reprocher, outre la froideur habituelle au maître , une certaine crudité de tons , surtout dans des manteaux bleus qui blessent vraiment le regard.

Venons aux purs Flamands.

Privé de Van Eyek et d'Hemling, le musée de Bruxelles a pourtant quelques tableaux du quinzième siècle, de ceux

qu'où appelle gothiques. Les plus auciens me paraissent une Annonciation (n® 286) et un diptyque sur fond d'or dont les volets intérieurs représentent la Flagellation et la Résurrection. Ces tableaux, précieux par leur âge, et quelques autres de la même époque, sont sans noms d'auteurs. Le premier maître connu est l'excellent Jean de Maubeuge (Jean Gossaert, appelé d'habitude Mabuge ou Mabuse). Son grand triptyque, dont le sujet principal est le Christ chez Simon, peut justementpasser pour une de ses œuvres les plus considérables et les plus parfaites. Deux circonstances font aisément reconnaître cette vaste composition, dont tous les détails sont précieusement finis. La Madeleine se glisse sous la table, comme le ferait un enfant qui marche à quatre pattes, pour laver et parfumer les pieds du Sauveur; et la tête du Christ est le portrait d'un homme beaucoup plus âgé que la tradition ne représente le Fils de Marie à l'époque de sa prédication. Les deux volets, aussi finement achevés que le panneau central, contiennent la Résurrection de Lazare et la Madeleine conduite au ciel par un ange. Une Descente de croix, de Jean Van Hemmisten, rappelle tout à fait Maubeuge par la naïveté noble du style et par la délicatesse du pinceau . On peut faire à peu près le même éloge d'un triptyque de Jacques Grimner, où se trouvent rassemblés en plusieurs petits groupes tous les épisodes de la vie de saint Hubert, le patron des Ardennes et des chasseurs.

En ajoutant aux œuvres de Maubeuge et de son école deux précieux volets du vieil Hemskerk (Martin Van Veen), réunissant plusieurs sujets , entre autres un Portement de croix et un Calvaire, puis deux vigoureux portraits de. Pierre Meer, nous continuons de passer des Flamands primitifs aux maîtres de la seconde époque , aux imitateurs des Italiens, dont Maubeuge a commencé la liste. Un Miracle de saint Benoît, de Jean Van Conixloo, et plus encore une Sai7ite-Famille, grande et belle composition du même maître, bien que conservant encore la forme fla-

mande^ puisque ce sont des triptyques à volets, accusent déjà nettement Tétude et Timitation des maîtres de l'école florentine-romaine. Mais le sentiment italien est encore plus clair, plus évident et mieux compris dans un grand ouvrage de Bernard Van Orley , disciple direct de Raphaël. Je ne parle point d'une Sainte-Famille qui est à peu près une copie de son maître, tant l'imitation est flagrante, mais d'un Christ mort, entouré de la Vierge, dé la Madeleine, de saint Jean, et de quelques autres saints personnages. C'est encore, je le répète, la forme flamande, un triptyque, qui porte sur les volets la nombreuse famille des commettants : d'un côté, le père et sept fils, sous l'invocation de saint Jean-Baptiste; de l'autre, la mère et cinq filles, sous l'invocation de sainte Marguerite. La peinture intérieure est même exécutée sur un fond d'or, bizarrement moucheté de petites taches noires. Mais cette peinture, dans toutes ses parties, arrangement des groupes, expression, attitudes, draperies, finesse d'exécution, dans tout ce qui constitue le style et la manière, rappelle parfaitement les premières œuvres de Raphaël. C'est dire combien elle est précieuse, en elle-même et comme monument historique de cette introduction de l'art italien dans les Flandres, qui forme la seconde époque de l'art flamand..

De la même époque d'imitation, Bruxelles nous offre encore une Cène, de Michel Coxcie, celui qui fut appelé le Raphaël flamand, GtnnJugemsnt dernier, de Franz Floris,' que le petit livret nomme, je ne sais pourquoi, Florus Franck , ce qui placerait ce maître dans la nombreuse famille des Franck, Ambroise, François, Jérôme, Antoine, etc., tandis que son vrai nom est François de Vriendt. Il s'y est peint lui-même sortant d'un tombeau dont le Temps soulève la pierre.

Otto Venins (Octavio Van Veen), de qui nous trouvons un portrait par s|l fille Gertrude, marque la transition à la troisième époque, lorsque les Flamands, sous Rubens et Van Dyck, sans répudier l'héritage des Italiens, repren-

neuf toutefois une originalité nouTelIe. Le musée de Bruxelles possède trois puyrages intéressants de ce maître, dont Bubens fut élève ; une Sainte-Famille, qu'on appelle communément le Capucin d'Arenberg, parce qu'un prince de cette maison, enrôlé dans la milice mendiante de saint François, s'y trouve peint en commettant ; un Porlement de croix, où se voit l'histoire de sainte Véronique et de son liage ; enfin un Salvaire , grand triptyque dont les volets représentent le Christ aux Oliviers et le Christ au fotTibeau. Ce dernier tableau, sans contredit l'un des plus importants de son auteur, est une composition puissante, d(mt tous les détails sont vigoureusement rendus, et qui se recommande surtout par l'heureux contraste qu'offrent le bon et le mauvais larrons.

Sept vastes toiles forment la part de Rubens, auquel nous arrivons naturellement par son maître. H y en a quatre, le Martyre de saint Livin, l'Adoration des Mages, la Station du Christ montant au Calvaire, et le Christ mi tombeau, qui ont été faites évidemment, non pour un musée, où le spectateur les touche de la main, mais pour des égtises, où le point de vue est non*seulement plus éloigné, mais encore dirigé de bas en haut. Enlevées ainsi à leur vraie place et à leur vrai jour, ces quatre grandes pages ressemblent trop à des esquisses, à des ébauches, exécutées à larges traits comm^ des décorations de théâtre. Toute Tampleur de la composition, tout le mouvement des :groupes, toute T^nergie des expressions et des gestes, cessent d'être bien compris; et le coloris même, dont les combinaisons se trouvent en quelque sorte détruites, perd son effet et sa puissance. On voudrait, pour leur rendre pleinement la beauté et la vie, reporter ces tableaux sous les hautes nefs auxquelles ils furent destinés.

Quoique appartenant aussi à la peinture d'église par leurs sujets, leurs dimensions et leur /aire, les trois autres compositions me semblent mieux résister au désavantage du faux point de vue où elles sont placées. La plus caj^tale

est, je crois, un Saint François sauvant le monde, sujet traité dans le genre chéri du peintre, en allégorie. Le Christ, irrité des crimes de la terre, qu'on voit indiqués dans le lointain, se prépare, malgré les pleurs de sa mère et les prières des anges, à foudroyer ce monde impie, figuré par un globe qu'étreint un énorme serpent. Mais saint François se jette sur ce globe, le couvre de son corps, et le préserve ainsi des coups de la vengeance divine, dette allégorie mystique est d'un grand effet, trop grand peutêtre, ou du moins un peu outré. Peut-être aussi est-elle trop mythologique. Le Christ est l'exacte reproduction de FApoIlon Pytfaien, que Rubens a placé aussi dans un de ses tableaux composant l'histoire de Marie de Médicis (le Gouvernement de la reine), aujourd'hui dans notre musée du Louvre, h* Assomption ne rappelle que par son sujet et ses larges dimensions le fameux maître autel de la cathédrale d'Anvers. Celle-ci, dont l'arrangement est moins heureux, est en même temps d'une exécution plus dure et plus froide. On est surpris de rencontrer, dans une œuvre de Bubens, des groupes de petits anges pâles et délavés. Mais le grand coloriste prend bien vite sa revanche, et se montre tout entier dans un autre tableau qui peut faire le pendant de cette Assomption attiédie , le Couronnement de la Vierge, Là se trouvent d'autres groupes d'anges, aussi éclatants, aussi harmonieux, aussi beaux de tout point que ceux d'Anvers, aussi beaux que Rubens peut les concevoir et les exécuter.

L'autre grand Anversois, celui qu'un spirituel touriste appelle la lune du soleil de Rubens, Antoine Van Dyck, n'a pas une part aussi importante dans le musée de Bruxelles, au moins par la dimension des œuvres. Mais il s'en trouve quatre, sur le nombre, qu'on peut appeler de premier ordre : le portrait d'un bourgmestre d'Anvers nommé La Faille ; im petit Christ en croix, noble, énergique et saint; un Silène ivre, soutenu par une bacchante et un berger, vigoureux morceau de peinture purement naturaliste; enfin

le Martyre de saint Pierre , qui réunit à l'énergie un peu brutale du Silè7U toute la grandeur, tcrute la dignité, tout ridéal qu'exige impérieusement un sujet sacré.

Je crois que de tous les disciples de Rubens, le plus illustre, après Van Dyck, est Jacques Jordaëns. Bruxelles a de lui deux compositions qui n'ont assurément, Tune d'elles entre autres, ni supérieure, ni rivale peut-être, dans toute son œuvre. La plus considérable, puisqu'elle réunit dix à douze personnages de grandeur naturelle, est un Miracle de saint Martin, qui guérit un possédé devant le proconsul Tesrade. Il y a, comme toujours, de la fougue et de la puissance dans cette composition ; mais, comme d'habitude aussi, elle est peinte de ce ton enflammé, de ce ton de fournaise ardertfe, qui caractérise Jordaëns. L autre sujet, allégorie des occupations et des dons de Tautomne, est d une couleur beaucoup plus sage, bien qu'elle ne perde rien de sa force et de son éclat. Il me semble qu'on peut nommer ce tableau de V Automne le chef-d'œuvre de Jordaëns; du moins je n'ai vu nulle part un ouvrage de ce maître qui l'égale, et je n'en ai jamais entendu mentionner d'autre avec les éloges que mérite celui-là. Le paysage, les fruits, les acteurs de la scène, surtout un satyre qui porte un petit faune sur ses épaules, et plus encore une nymphe toute nue, qu on voit par derrière sur le premier plan du tableau, sont d'une extrême vigueur et d'un effet prodigieux : c'est Caravage ou Ribera avec la couleur de Rubens.

Sans avoir été condisciple de Jordaëns et de Van Dyck, qu'il a précédés d'une douzaine d'années, et sans avoir eu d'autre maître que le fils du Raphaël flamand (Raphaël Goxcie), Gaspard de Grayer se trouve avoir marché, comme aussi Corneille de Vos, dans la même voie que Rubens, soit que la supériorité de ce maître, leur contemporain, les eût entraînés l'un et l'autre dans l'imitation^ soit qu'alors toute l'école flamande eût été poussée par une espèce de loi, de force des choses, vers la manière dont Rubens fut la suprême expression. Gaspard de Grayer,

quoique Anversois aussi, a laissé au musée de Bruxelles une grande partie de son œuvre. On peut dire qu'il est à Bruxelles, comme Holbein, né à Augsbourg, est au château d'Hampton-Gourt, comme Schidone, né à Parme, est au musée de Naples. Treize ouvrages y forment sa part : la Pêche miraculeuse de saint Pierre, Y Assomption de sainte Catherine, le Martyre de saint Biaise, le Martyre de sainte Apolline, la Conversion de saint Julien, Y Apparition de la Vierge à saint Bernard, etc. A ces compositions, dont les deux premières me semblent les plus.recommandables, il faut ajouter une espèce i'Ex-Voto provenant de l'église supprimée du Béguinage, et qui représente le chevalier Donglebert et sa femme en adoration devant le Christ mort. Je crois que Gaspard de Grayer s'est élevé dans ce dernier ouvrage à toute la hauteur qu'il lui a été donné d'atteindre. Sa manière, comme je l'ai dit, est absolumei^J; celle de Rubens, qu'il égale presque dans Tentente, sinon dans la puissance du coloris ; et de plus il a gardé des leçons de Coxcie un bon goût, une noblesse qui montrent claire^ ment le disciple des Italiens non révolté contre ses maîtres. On comprend devant cette belle page l'éloge que laissa un jour échapper Rubens : « Grayer, Grayer, personne ne chantera mieux que vous*. »

Rembrandt n'a rien de plus qu'un portrait d'homme à mi-corps, signé, daté, et digne en tous points de son nom. Gomme toujours, c'est la vie portée sur la toile. Mais il est en quelque sorte continué par un fort bon tableau de son élève Ferdinand Bol, où Ton voit une espèce de sorcier étudiant entre une sphère et une tête de mort. Le Siège de Tournay par Louis XIV, l'une des plus vastes et des plus belles compositions de Van der Meulen, où il a le mieux réussi à peindre les mouvements d'une armée, nous con-

1. Il ne faudrait pas croire' que, dans les noms flamands et hollandais, De fût, comme chez nous, une particule indiquant la noblesse. De est simplement l'article le. Ainsi De Crayer signifie Le Coq; De Hooghe, Le Haut; De Joung, Le Jeune, etc.

dnît, comme par un intermédiaire qui réunit les deux genres^ des grands aux petits Flamands.

Parmi ces derniers, qui ne s'élèvent point au-dessus du tableau de chevalet et du sujet anecdotique, le plus ancien, je crois, est Breughel le vieux. H a laissé au musée de Bruxelles un Massacre des Innocents^ fort curieux, fort bizarre. Non-seulement les acteurs de cette vaste scène portent les costumes de son temps, mais, chose non moins étrange quand il s'agit de la Judée, la scène se passe au cœur de Thiver des Flandres et sur la glace d'une rivière. Gomme les Innocents se fêtent le 28 décembre, il a cru compléter ainsi la vérité historique. De cette époque du vieux Breughel, sont deux volets d'un triptyque peint par Jacques Mostard (ou Mostert), élève de Joachim Patinier, et dont le panneau du centre est malheureusement perdn« !^ort remarqués, et fort remarquables, en effet, par leur touche délicate, par leur couleur harmonieuse et puissante, et par le sentiment naïf et vrai qui règne dans toute la composition, ces volets, auxquels on a donné le nom populaire «du Tamis briséj semblent avoir fait partie d'une espèce à'ex-votOy offert à quelque patron de quelque abbaye en expiation d'une faute amoureuse. Sur un volet, du moins, une jeune fille qui pleure et un jeune homme qui prie, les mains jointes, près des débris du tamis brisé; sur l'autre volet, deux religieux agenouillés, qui mêlent leurs prières à celles du coupable repentant, indiquent assez clairement quels étaient le sujet et l'objet de l'ouvrage tout entier.

La Procession du corps des métiers^ celle appelée de VOmmegang, et la Fête du tir à Varbalète, peintes par Antoine Sallaert dans les pr^nières années du dix-septième siècle, sont pour Bruxelles des espèces de mémoires historiques, comme le sont pour Venise les tableaux anecdotiques de Grentile Bellini, et pour Madrid quelques vues de Yelazquez. On peut dire la même chose d'un tableau de Tilbourg, plus moderne cependant, qui représente je

ne sais quelle cérémonie où paraissent cinq chevaliers de la Toison d'or, à cheval, et suivis de leur cortège. Après ces ouvrages, dont les sujets peuvent aisément s'indiquer, €t quand on arrive à la foule àe&petits Flamands, il devient impossible de mentionner, même par un simple titre, tous ces tableaux que la mode peut-être, non moins que leur vrai mérite, a rendus de nos jours si chers et si goûtés. H faut se borner au nom des auteurs. On trouve à Bruxelles Breughel de Velours, Téniers, Wynants, Ruysdaël, Cuyp, Berghem, Peter Neefs, Backuysen, Moucheron. Mais il n'y a, de tous ces maîtres, que des échantillons très-faibles, dont nul cabinet d'amateur ne se ferait gloire. Voici, parmi les tableaux de chevalet, ceux qui ine paraissent mériter une mention spéciale et l'attention des visiteurs : un Carnaval sur la glace, d'Adrien Van Nieuwlandt ; un Chimiste ou Alchimiste, de David Reykaert ; uii tableau de Nature morte, de Sneyders ; un Effet de lumière factice, de Skalken, véritable tour de force; le Portrait de Dietrich, par lui-même, peint dans la manière de Gérard Dow; enfin, un merveilleux petit cadre de Gérard Dow lui-même, où il s'est aussi représenté dessinant une statue de l'Amour à la lueur d'une lampe. C'est un de ses chefs-d'œuvre de patience, de finesse, de grâce et de prodigieuse vérité.

Tout compte fait , on voit, comme je l'ai dit au début de ce chapitre, que le musée de Bruxelles vaut mieux que sa réputation. Il en est d'autres plus renommés qui ne méritent pas cet éloge.

LES

a L'art, a dit le grand chancelier Bacon , c'est l'homme ajouté à la nature, ars est homo additus naturx ^. Il est impossible de mieux définir l'art panthéiste de la Hollande. Tous les peintres, dans cette patrie de Spinosa, semblent s'être bornés à voir la nature, à l'aimer, k la comprendre et à la traduire, chacun avec son sentiment et son goût , en s'y ajoutante Ceux mêmes d'entre eux qui ont étendu jusqu'à l'Italie le cercle de leurs études, Both, Berghem, Pynacker, Karel-Dujardin , n'ont fait, au retour, que mêler et fondre le souvenir des contrées méridionales avec les vues réelles qu'ils retrouvaient sous leurs yeux. Mais cette espèce de règle commune est plus frappante encore chez les peintres hollandais qui n'ont point cherché hors de leur pays des inspirations et des modèles. Pour en trouver une preuve manifeste et palpable , il suffit de traverser, par divers temps et à diverses heures du jour, quelques sites de la Hollande.

Rencontrez-vous, par une journée sombre, un paysage austère où la nature du nord étale ses duretés et ses tristesses, avec un ravin, une cascade, un vieil arbre abattu, sans troupeaux, sans bergers, montrant à peine, au loin-

1. Je voudrais faire & cette heureuse définition un léger amendement, et dire : « L*art, c'est l'homme s'ajoutnnt à la nature. »

tain, quelque chétive cabane, isolée , solitaire , où Ton aurait regret à vivre? Vous dites aussitôt : « Ah ! voici l'amant de la mélancolie, Jacques Ruysdaêl. » Vous trouvez-vous, peu après Taurore, sur les bords d'un fleuve ou d'un canal où glisse une voile blanche ; au delà, s'élèvent l'église et les maisons d'une petite ville ; en deçà, de grosses vaches paresseuses ruminent dans l'herbe grasse des prairies, tandis qu'à travers des lambeaux de nuages déchirés, les rayons du splendide soleil matinal inondent tous les objets de leurs feux? Vous vous écriez : « Voici le créateur de la lumière, Albert Guyp. » Un peu plus tard, pendant le repos de midi, vous apercevez un verger paisible et ver- 4loyant, où chaque arbre étend son ombre sur la pelouse, où, sous chaque ombre, repose une vache, un cheval, un âne, une chèVre, un mouton , dans leurs attitudes les plus naïves et les plus naturelles ; et vous dites, à cette vue : « Voici La Fontaine devenu peintre , voici l'inimitable portraitiste des bêtes, Paul Potter. » Plus tard encore, dans la soirée, vous traversez une contrée riante, où paît à l'abandon un gras bétail, dont les pasteurs, embouchant leurs pipeaux sub tegmine fagi,' semblent dianter leurs rustiques Amaryllis ; vous avez enfin sous les yeux une idylle, comme l'écrirait un Théocrite on un Virgile néerlandais, et vous dites à l'instant : « Voici le peintre de la nature aimable et sereine , Adrien Van de Velde. » Plus tard encore, la lune vient à s'élever au-dessus d'un trône de nuages, mirant son disque argenté sur la face immobile d'un étang sinueux, qu'entourent quelques chaumières cachées dans l'ombre des aunes et des peupliers ; et vous dites : « Voici le peintre et le poète des nuits, Arendt Van der Neer. » Une plage d'où s'étend k, perte de vue, soit une nappe d'eau calme et transparente sur laquelle se balancent gaiement au soleil des embarcations pavoisées, soit le flot noirâtre de la mer du Nord tourmentant quelque navire en détresse : c'est Guillaume Van de Velde. Un fleuve qui se perd à l'horizon, réfléchissant la couleur monotone

d'un ciel gris , terne , brumeux : c'est Van Goyen. Une forêt suix futaies gigantesques, aux profondes et lointaines percées : c'est Waterloo.

J'ai cité seulement ce que voit à chaque pas le voyageur^ la terre, l'eau et le ciel; j'ai dté seulement le paysage et la marine. Mais la vérité n'est pas moins frappante y n'est pas moins vraie , quand il s'agit des habitants de la contrée, et, par l'artiste hollandais, l'homme est aussi bien rendu que les animaux ou les plantes. Sans doute, grâce aux <aprices de la mode qui emporte et renouvelle chaque année nos enveloppes visibles , ne laissant d'identité complète qu'aux bêtes et aux choses, sans doute je ne puis jJus trouver précisément dans les rues d'Amsterdam la Ronde de Rembrandt, ou, dans son hôtel de ville, le Banquet de Van' der Helst, ou les longues robes en satin de Terburg , ou les gentilshommes empanachés de Wouwermans, ou les paysans avinés d'Ostade. Mais cependant, si, traversant une cité , je vois xme jeune fille se pencher d'un air curieux sur k vieille balustrade d'une fenêtre entourée de lierre et de géranium, je reconnais Gérard Dow. Dans ce paisible intérieur de maison gothique où file un« bonne vieille , et qu'illumine à midi un de ces chauds rayons de soleil que le peintre a vus peut-être à Java, je retrouve Pierre de Hooghe. Ce canal bordé d'arbres, dans une ville propre et comme toujours endimanchée, où- je compte chaque pavé de la rue, chaque tuile des toits, chaque brique des murailles, c'est Van der Heyden; et le Marché aux herbes d'Amsterdaia témoigne encore pour la fidélixé de Metzu.

Nous arrivons donc, cela saute aux yeux, dans l'empire du naturalisme, après avoir laissé celui du spiritualisme en Italie. Nous entrons dans l'art protestant, dans l'art bourgeois, populaire, après avoir laissé l'art des grands temples et des grands palais. Les artistes du Nord, comme on l'a dit sans malignité, ressemblent aux amants rebutés de Pénéloppe : ne pouvant posséder la maîtresse, ils se

contentent des suivantes. Mais est-ce à dire que nous ne devions trouver ici qu'un réalisme brutal, matériel et grossier, qui fait flèche de tout bois et ventre de toute paille, qui, ne prenant que la surface et Tejiveloppe des choses, ne s'adresse qu'aux yeux, et ne sait jamais pénétrer jusqu'au sentiment intérieur, jusqu'à l'âme? Là serait une complète erreur, une grave injustice. De même qu'en Italie, les plus subtils, les plus mystiques des spiritualistes ont su revêtir leurs idées d'un corps apparent, c'est-à-dire les exprimer par des formes claires, exactes, précises, et les embellir par tout le charme du pittoresque ; de même, en Hollande, les réalistes décidés, les simples imitateurs du simple vrai, ont su glisser dans les humbles sujets de leurs compositions tant de goût, de sentiment et de poésie, qu'ils les relèvent aux yeux de l'esprit jusqu'à les porter au niveau des grandes pages de l'art. « H faut, écrivait Paul Delaroche, qu'un artiste oblige la nature à passer à travers son intelligence et son cœur. » C'est ce qu'ont fait les Hollandais. D'ailleurs, la seule perfection du travail suffit bien à émouvoir l'âme, ne serait-ce que par l'admiration. Il y a tel arbre mort de Ruysdaël qui touche le cœur, telle vache de Paul Potter qui parle éloquemment, telle cuisine de Kalf qui renferme un poëme. Lorsque Pascal dit cette parole : « Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux ! » il est peut-être philosophe et surtout chrétien ; mais il n'est pas artiste. En un mot, les peintres hollandais se sont mis aussi bien tout entiers dans leurs petits cadres que les peintres italiens dans leurs toiles gigantesques, et ils ne méritent pas moins que, devant leurs œuvres, on dise avec Bacon : Ars est homo additus naturse.

Gomment s'est formé, un peu tard, cet art réaliste et panthéiste des Hollandais ? Ici je vais, laisser répondre un écrivain qui pense ce que je pensç, et ce qu'ailleurs déjà j'ai essayé de dire, mais qui le dira mieux que moi. Il y aura, d'ailleurs, à lui transmettre la parole, l'avantage et

la force de toute citation bien placée, qui renferme toujours deux opinions et comme deux témoignages, celui de l'écrivain cité s'ajoutant à celui de l'écrivain qui l'invoque.

« La môme révolution religieuse qui a créé une Hollande politique, dit M. Edgard Quinet (Religion, politique et art des Gueux, dans Marnix de sainte Aldegonde) a créé l'art hollandais.... Depuis la réforme, les scènes de la Bible n'apparaissent plus à travers les traditions- accumulées de rÉglise...; plus de pompe, plus de fêtes; à peine un reste de culte ; le christianisme interprété, non par les docteurs ou les pères, mais par le peuple...; d'où la simplicité des Écritures poussée jusqu'à la trivialité.... Là est la révolution du Seizième siècle, là est aussi la peinture hollandaise. Gomment les biographes de Rembrandt et ses interprètes ont-ils oublié jusqu'ici son caractère de réformé*?... Sa bible est la bible iconoclaste de Marftix ; ses apôtres sont des mendiants; son christ est le christ àes^ Gueux*.

a Quant à la magie du coloris soug un ciel de plomb? une pareille contradiction entre la nature et l'art est unique dans le monde. Pourquoi la pâleur ascétique de Lucas de Leyde, et tout à coup l'éclat fulgurant de Rembrandt'?

« Ces contradictions ne peuvent s'expliquer aussi que par le principe même de la vie nationale. La Hollande a une

1. Ce caractère n'a été oublié, ni par M. Charles Blanc dans VHistoire des peint'^es, ni par moi-même. (Voir entre autres la page 237 au volume des Musées d'Allemagne.)

2. A l'explication que donne M. Quinet du peintre d'histoire hollandais, je n'ajouterai qu'un mot pour expliquer à son tour le paysagiste nollandais. Par son renoncement exagéré des choses de cette vie mondaine et sa tendance exclusive vers la vie céleste, le catholicisme avait nécessairement éloigné l'homme de la terre et de la nature. Le protestantisme d'abord , après la Renaissance et le retour au goût de l'antiquité, puis surtout les idées panthéistiques, Tont ramené à Famour de VAlma parens^ de la Mère universelle.

3. Outre les raisons qui vont suivre, M. Edg. QuiViet aurait dû remarquer aussi qu'entre Lucas de Leyde et Rembrandt était venu Rubens avec l'école d'Anvers, et que la Meuse confine à l'Escaut.

double existence, h la fois européenne et orientale; elle vit surtout par les Indes, par ses colonies égarées à lextrémité de l'Asie.... Les colonies conquises dans un autre hémisphère, ce fut là le foyer éloigné et comme le verre ardent où s'alluma l'art hollandais.... Un coin du ciel des Maldives se reflète dans un taudis des Flandres.... Java éblouit Amsterdam.... De là l'effet fantastique et réellement magique de cette lumière composée qu'aucun œil n'a vue et que la nature n'a pas produite. Ce coloris flamboyant paraît sans cause, parce que la cause est éloignée.... Les peintres bataves n'ont pas vu eux-mêmes la terre de la lumière; mais lis voient chaque jour les vaisseaux, les matelots, les indigènes qui en arrivent ; ils touchent les productions, les draperies, les costumes qu'on en rapporte, et qui tous gardent un rayon d'un ciel étranger. La pauvre, froide, triste nature du Nord est amoureuse de ce soleil entrevu.... Je voudtàs définir la peinture hollandaise : une aspiration vers la lumière du fond de l'ombre éternelle. »

Je dois toujours supposer que le voyageur ami des arts auquel j'ouvre la porte des musées d'Europe part de la France. Ce sera donc, en Hollande, celui de Rotterdam qu'il rencontrera le premier. Cependant, lorsqu'après avoir enjambé en chemin de fer, à travers Bruxelles et Anvers, le trajet de Paris au Moerdyck, il viendra s'embarquer là pour descendre jusqu'à Rotterdam le cours tranquille et charmant delà Meuse, tant de fois reproduit-par les paysagistes hollandais, je lui conseille de faire à Dordrecht une courte station. U reconnaîtra de loin cette vieille ville à son clocher en forme de tour carrée qu'il aura vu souvent dans les tableaux des peintres du pays. C'est là qu'est né Albert Cuyp, aux débuts de ce puissant dix-septième siècle, le siècle d'or de l'art hollandais ; puis, de nos jours, l'illustre et regrettable Ary Scheffer, devenu Français. Il y trouvera, parmi divers petits cabinets d'amateurs, la belle collection de M. de Kat^ formée avec intel%ence et bon goût, riche également en œuvres anciennes et modernes^ et qui sera peut-être un jour le musée de Dordrecht ^

Rotterdam aussi est une ville ancienne, fort petite d'abord et fort humble, qui se composa, dans l'origine, de quelques maisons posées sur la digue (jiam) du ruisseau

1. On y voit, par exemple, trois petites marines d* Albert Cuyp, de Jacques Ruysdaël et de Guillaume Van de Velde. Ce sont trois chefs-d'œuvre eu des manières différentes dans un genre pareil, qut montrent, non-seulement le caractère particulier des trois maîtres, mais aussi comment Fart peut arriver également à la perfection dans un même sujet par des moyens qui diffèrent, qui paraissent moins semhlaMes t|u'qpposés.

2'i4 LES MUSÉES DE HOLLANDE.

le Rotter, mais depuis toujours grossissante, toujours ambitieuse, tou j ours attirant dans ses bassins et ses canaux le grand commerce de la Hollande. Elle a maintenant plus de cent mille habitants, et, chose étrange! exemple unique, mais décisif! pas la moindre garnison. Elle était toujours troublée par des querelles de soldats et de matelots; l'on à eu le bon esprit d'éloigner tous les soldats, et la paix s*est rétar blie. Aujourd'hui quelques policemen suffisent pour le bon ordre et la tranquillité publique. Rivale d'Amsterdam en population et en richesse, il était naturel que Rotterdam eût aussi son musée. Elle le possède enfin, ou du moins elle a les commencements d'un musée qui grossira peu à peu conmoie elle-même. Mais, à la différence de celui d'Amsterdam, le sien est très-récent, très-nouveau. Il se compose presque entièrement du legs fait à sa ville natale par M. le conseiller Franz -Jacob -Otto Boymans, mort en 1847, qui avait consacré sa vie et sa fortune à se former un cabinet de tableaux et de dessins. Ce cabinet d'amateur, devenu galerie nationale, et nommé par la gratitude publique Musée Boymans, fut transporté dans le Schèelands- Huis, hôtel de la commission de surveillance des digues et canaux. Gomme au milieu de cet hôtel, édifice isolé et d'assez riche architecture, se trouve une vaste salle éclairée d'en haut, entourée d'autres pièces à grandes fenêtres. Ton peut dire qu'il forme un aussi bon emplacement de musée que peut l'être une simple maison, non moins supérieur par ce point important au Trippen-Huis d'Amsterdam, que par la bonne tenue et l'ordre parfait qui le distinguent.

L'habile directeur que la ville de Rotterdam a chargé de l'arrangement et de la conservation du legs précieux de M. Boymans, en a d'abord prudemment retiré les morceaux qui n'étaient dignes d'une collection publique sous aucun aspect : excellent exemple, qui devrait être suivi en maint autre musée plus ancien et plus célèbre. Puis tout le surplus se trouve à son tour divisé en trois parties : 1° Les tableaux bons par eux-mêmes, et comme œuvres

d'art; 2* les tableaux utiles ou curieux pour rhistoire de l'art ; 3" les tableaux utiles ou curieux pour l'histoire du pays.

Nous acceptons volontiers cette division, et nous allons indiquer sommairement, dans chaque catégorie, les cadres qui nous paraissent le plus dignes d'intérêt et d'attention, en suivant, cette fois. Tordre numérique du livret, qui est aussi Tordre alphabétique.

• Première catégorie : Deux Paysages y de Nicolas Berghem, étoffés de bétail, tous deux fins, éléga&ts et vivement colorés ; — un excellent Paysage italien^ de Jean Both, au soleil couchant, dont les feux s'éteignent dans un léger brouillard ; — une Descente de croix, de Gaspard de Crayer, belle par Texpression religieuse, par Texécution à la Van Dyck, et tout à fait capitale dans l'œuvre du boulanger fait peintre ; — deux pages très- distinguées d'Albert Cuyp, dans ses genres habituels , une Écurie avec une paire de gros chevaux frisons pommelés, puis une Vue des bords d^une rivière, lumineuse et charmante ; nous retrouverons plus loin Cuyp dans des genres différents; — une Jeune dentellière, par Gérard Dow, poli cadre de ses premiers temps ; — deux bons Portraits, par Govaert Flink, dans la manière énergique de son maître Rembrandt ; — une Marine, ou plutôt une Vue de rivière, par Van Goyen, comme toujours fidèle image de la nature hollandaise, . mais pourtant moins terne et moins triste que d'habitude ; le jour oùil la peignit, le soleil s'était levé sur les Pays-Bas; — V Entrée d'une forêt, par Jean Van der Hagen , œuvre très-importante d'un maître fort peu connu, fort digne de l'être, dans la manière de Ruysdaël et plus encore d'Hobbéma, auquel il ressemble même par un peu de sécheresse et de dureté, et qu'il égalerait sans doute dans l'opinion des amateurs si tout à coup la même vogue s'attachait à son nom ; — un tout petit cadre d'Hobbéma, fort curieux en ce qu'il est le seul échantillon de ce maître hollandais, de-

Tenu si célèbre, dans les trois musées de la Hdlande : preuve que cette graade célébrité n'est pas fort ancienne. Par son nom, il attire les regards, et il les retient un peupar son mérite, car il est assez lumineux ; mais js'il s'appelait Van der Hagen, on n'y ferait nulle attention ; — un déliiâeux Paysage italien ^ de Karel-Dujardin; — Saint Jean écrivant rApocalypsey tableau attribué àHemling,ou Memmelinck. Derrière Tapôtre se tient le diable, qui jette son écritoire de dépit. Très-fin, très-soigné, ce' petit tableau est peint à Thuile ; il faudrait donc le donner, non à THemling de Bruges, mais à THemling de Munich ^ Il ne me semble, toutefois, ni de Timni de l'autre. C'est évidem-. ment, à mon avis, Tœuvre de Rogier Van der Weyden, que nous appelons Roger de Bruges, et qui est élève de Van Eyck ; — deux bons Paysages italiens, de Lingelbach, qui s'y montre l'heureux imitateur et presque l'égal de Woowermans; — une Nuit^ de l'inimitable Van der Neer, assez' belle et poétique, bien qu'un peu dure, avec un autre clair de lune, augmenté d'un effet d'incendie, plus grand, mais plus faible et plus dégradé. Il est remarquable que le poète de la nuit n'ait pas une seule œuvre importante dans les trois musées de la Hollande, non plus qu'à Dresde, non plus qu'à Paris ; il faut le chercher à Londres, ou dans les cabinets d'amateurs; — un Vieillard dans sa chambre d^ étude, admirable page d'Adrien Ostade. On lui attribue encore une Familk de musiciens mendiantSy dont la touche un peu grosse, et même un peu grossière, me rend cette attribution bien suspecte. Ne serait-ce pas une imitation de ses sujets et de sa manière par Diétrich, le copiste universel? — un tout petit Paysage, de Paul Potter, où se voit un bceuf blanc à la prairie. Paul Potter ! ce nom dit tout, et ce doit être une perle. Mais pourquoi un tel cadre est -il mal exposé, loin du jour, hors des regards? serait-ce encore simplement quelque imitation?

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