‹ Les musées dA̓ngleterre, de Belgique, de Hollande et de Russie: guide etChapitre 12 sur 38 · Vol. des Musées tf Allemagne, page · texte numérisé non relu

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dants , qu'on peut appeler le nec plus ultra du maître et da genre; ce sont Y intérieur et Y extérieur d'une maison rustique, très-célèbres et très-connus par la gravure. — A. de Pape : une Sctne d'intérieur qui nous révèle, comme les pOTtraits de Musscher, un artiste inconnu, dont les ouvrages prennent partout le nom de san maître et modèle G.érard Dow. — Pierre-Paul Rubens : il semble n'avoir laissé à la Haye, comme Rembrandt, que des œuvres dans sa manière fine et délicate. Tels sont VéniMS et Adonis au milieu d'un paysage; puis un moine que Ton nomme le Confesseur de Rubens y dont il était Tami, et que Rubens, en effet, fit nommer à Tévêché de Bois-le-Ehic; puis ses deux fenmies, Catherine Brandt et la charmante Hélène Forman. Toutefois, et précisément au rebours de Rembrandt, c'est surtout vers la fin de sa vie, lorsqu'il était fatigué des grandes machines de vingt pieds carrés, que Rubens a peint avec délicatesse, avec amour, de petits sujets en figurines. — Jacques Ruysdaël : une Cascade y un Lointain, un Rivage, trois pages fort belles assurément , surtout la plus petite , qui est une vue de la campagne de Harlem , mais n'ayant pas cependant une suffisante importance pour figurer dans ime telle réunion. Ruysdaël, il me semble, n'y occupe pas tout à fait la haute place , la place isolée, à laquelle il doit prétendre partout. — François Sneyders : une grande Chasse au cerf et une Cuisine pleine de gibier, de fruits, de légumes. Rubens a peint dans l'une le paysage, dans l'autre une figure, et cette heureuse association a produit deux œuvres capitales, — Jean Steen : une grande part de six tableaux, tous de choix, parmi lesquels deux chefs-d'œuvre. D'abord la Famille du peintre, groupe vivant d'une douzaine de personnages, éclairés comme l'eût fait Pierre de Hooghe. On y remarque surtout le groupe charmant et ca* ressaut d'une vieille aïeule et d'un tout petit marmot : les deux enfances de la vie ; puis une composition fort célèbre sous le nom du Tableau de la vie humaine, qui réunit vingt personnes peut-être, et qui est achevé dans la plus fine ma-

nière qu'ait jamais atteinte ce maître irrégulier, que Montaigne eût appelé ondoyant et divers. — David Téniers : deux pages de premier ordre dans Tœuvre imimgrise du maître, V Alchimiste à son fourneau et la Cuisinière, ou plutôt la Bonne cuisine, car c'est le nom consacré du tableau*.

— Gérard Terburg : d'abord une Conversation entre un olBcier et une dame , puis son propre portrait en pied et en costume de bourgmestre , deux excellents morceaux qui réunissent à la finesse de Gérard Dow la chaleur de Metzu*.

— Gh. Troost (1697-1750) : de cet artiste singulier, inconnu hors de la Hollande , il n y a que des dessins à la gouache et au pastel, en deux séries. Mais ces dessins méritent une mention particulière. Dix d'entre eux représen-

• tent des Scènes de comédies hollandaises, que les étrangers ne sont pas obligés de connaître , et cinq autres, les cinq actes d'une Réunion d'amis, dont les sujets sont à la portée de tout le monde. En voici les titres, tels qu'ils sont inscrits en latin de salle à manger : Nemo loquebatur. — Erat

' sermo inter fratres, — Loquehantuf omnes, — Rumor evat in casa. — Ibant qui poterant, qui non potuere cadebant: Né dans la même année que ïïogarth , Trobst est nommé VHogarth hollamlais , parce qu'il a le même esprit d'ob7 servation , la même gaieté railleuse et le même humour original. — Uchtervelt : une Scène d'intérieur, digne de Terburg, auquel Uchtervelt est toujours sacrifié. — ^ Van

1. Il est daté de 1644, alors que Téniers, à trente-quatre ans, entrait dans ce qu'on nomme sa période argentine. « De Téniers, ajoute M. W. Burger, c'est surtout le milieu qui est bon. Dans sa jeunesse , il tient encore trop à sou vieux père , qui. avait été son maître. Dans sa vieillesse , son imagination est un peu stéréotypée, et sa main s'alourdit. Téniers est, comme certains de ces poissons qu'il faisait si bien,^ excellent entre tête et queue. »

2. A propos de ce portrait de Terburg par lui-même , portrait d'un homme de belle taille et de belle mine, je ferai remarquer qu'on s'est entièrement mépris, dans V Histoire des Peintres de toutes les Écoles ^ en lui prêtant une laide et ridicule figure, qui, d'ailleurs, co^t^aste étrangement avec la réputation d'homme à bonnes fortunes que Terburg se piquait d'avoir acquise.

den Ulft : des Édifices antiques au milieu d*un paysage , composition dans le genre des Ruines de Pannini, et mienx peinte,. qui devrait faire connaître un artiste ignoré. — Adrien Van de Velde : une Vue du rivage de Schéveningue^ importante, admirable, fort répandue par la gravure, puis un tout petit et charmant Paysage avec des bestiaux. — Guillaume Van de Velde : deux de ces vues de mer tranquille et de ciel argenté, qu'il aimait tant à reproduire, et qu'on nomme les Calmes de Van de Velde. — Ary de Voys ; un Chasseur, digne de Melzu. — Jean Weenix : des Ani" maux vivants, un cerf, un cygne, avec le fond de paysage, genre de sujet qu'il n'a probablement jamais répété, et un faisan entouré d'autres pièces de gibier mort* Ce dernier tableau, connu sous le nom du Faisan^ passe pour Tœuvre capitale de cet éminent peintre de nature morte. — Philippe Wouwermans : neuf pages , toutes bien choisies , entre autres un superbe Paysage connu sous le nom du Chariot de foin, et surtout une grande Bataille, à laquelle aucun nom propre n'est donné. Des innombrables tableaux de Wouwermans, c'est le plus vaste que Ton connaisse; c'est peut-être aussi le plus achevé, le plus précieux. Il est composé avec un goût exquis et un bonheur sans égal , couvert de personnages à ne pouvoir les compter, — de deux armées, l'on peut dire — très-énergique et très-puissant d'action, et néanmoins d'une touche aussi fine, aussi élégante que ses plus petites miniatures. Comme son rival Berghem, Wouwermans est très-grand à la Haye; plus grand , il me semble , qu'à Dresde niême , malgré les soixante-quatre toiles qu'il compte dans cette galerie. — Jean Wynantz : deux Paysages boisés, dont le plus remarquable, à mon avis, porte la date de 1659. — Enfin, pour clore cette longue et trop sèche nomenclature , un portrait doublement précieux : il est peint par Van der Helst, et c'est celui de Paul Potter. Dans ce visage blond , pâle et maigre, on voit bien une nature fragile, qui n'était pas douée d'une longue vie, une de ces natures dévorées par le

feu intérieur, desquelles on dit , depuis les Arabes , que la lame use le fourreau *é

Capitale politique et intellectuelle de la Hollande, la Haye n'a guère dans son musée que des maîtres hollan* dais. Cependant les écoles étrangères y sont au moins indiquées par quelques échantillons; l'allemande, entre autres, et c'est naturel à cause du proche voisinage. Les Allemands prétendent même, en exagérant quelque peu la parenté de peuple à peuple, que les Hollandais sont Allemands. Donc, doivent-ils ajouter, la peinture hollandaise tout entière appartient à l'école allemande. C'est un raisonnement commode pour répondre à la • question que faisait leur grand Goethe devant les vieilles peintures quasi byzantines de Cologne et de Westphalie : « Je vois bien le bouton, disait-il, mais où est la fleur?» Cette fleur épanouie un peu tard, au dix-septième siècle, serait l'école hollandaise. Mais alors que devient sa filiation avec Anvers et Bruges, avec Rubens et Van Eyck? Les Flamands, ses vrais pères, sont-ils aussi des Allemands? Laissons ces vains propos, ce regret et cette envie mal déguisés ; appelons les Flamands Flamands, les Hollandais Hollandais, et cherchons ce qu'au musée de ceux-ci ont légué les vrais Allemands.

D'abord deux portraits d'hommes par Albert Durer. Ils sont beaux, et on les dit authentiques. Puis quatre portraits par Holbein fils , tous excellents : celui du chan-

1. Ce portrait bien authentique de Paul Potter fut peint, d'.t-on, trois jours avant sa mort précoce. M. W. Burger ajoute : « Ce précieux portrait, d'une exécution superbe, a été peint par Van der Helst de premier coup sans doute, d'un jet tout magistral, comme faisaient les peintres de ce temps-là. On y admire la certitude et la simplicité du des^n, la franchise calme de la touche, la justesse du ton, et, dans l'expression générale, une sorte de sincérité éloquente qui communique au spectateur l'émotion intime que le portraitiste a ressentie devant la nature. 11 faut que Van der Helst, peu chaleureux d'habitude, ait été vivement remué, ce jour-là, en contemplant le jeune et glorieux artiste qui allait mourir. »

celier Thomas Morus, petit et fin; celui du fauconnier Robert Gheseman, non moins délicatement touché, bien qu'en grandes proportions ; celui de Jeanne Seymour, la troisième des six femmes d'Henri VIII; enfin celui d'une dame inconnue , fin , doux et transparent. Ces quatre superbes portraits, peints en Angleterre, appartiennent au meilleur temps et au meilleur style de Holbein. Le dernier se rapproche même tellement du style et du faire de Léonard, qu'on aurait pu, aussi bien que l'argentier Thomas Morrett de la galerie de Dresde, l'attribuer au grand Florentin.

L'école française n'a qu'un paysage de Claude, si faible qu'auprès de lui une Tempête et une Cascade de Joseph Vemet sont deux merveilles. L'école espagnole, ô prodige! offre un Murillo, un véritable Murillo. C'est une Madone avec l'Enfant-Dieu, de grand style et de puissante couleur. Et même un Velazquez, le portrait si souvent répété d'un fils de Philippe IV, l'infant don Baltazar, mort avant l'âge d'honame ; et enfin une blonde et belle Madeleine en adoration, de Mateo Cerezo, bien faite pour grandir le nom de ce maître secondaire. Quant aux Italiens, dès qu'on a admiré quelques bons paysages de Salvator Rosa, entre autres les deux petits Déserts où se trouvent la Madeleine et saint Jérôme ; dès qu'on a jeté, en passant, un coup d'œil sur Y Adam et Eve de Cignani, dans le genre encore affadi de Guide, on peut se dispenser de regarder tout le reste. C'est un fatras sans nom. J'aimerais mieux chercher dans ce qu'on appelle les maîtres inconnus. Il s'y trouve plusieurs portraits des princes de la maison d'Orange, ainsi qu'une tête de Charles-Quint, copiée, je crois, du grand portrait équestre de Titien à Madrid, et, sinon précieuse pour l'art, vraie du moins pour l'histoire. On y reconnaît une ressemblance sans flatterie.

Plus ancien que la plupart des autres musées de l'Europe, le 's Rijks muséum, ou musée royal des Pays-Bas, fut établi, dès Forigine, dans une ancienne maison nommée Trippen-Huis*. Il s'y trouve encore. Ai -je besoin d'ajouter que cet emplacement est très-défectueux, connue toute habitation privée que l'on destine après coup, et sans nouvelle appropriation, à une coDection d'œuvres dart? que là manquent nécessairemeiït l'espace, l'air et le jour? Gomment la Hollande, qui fut l'une des premières nations à fonder un musée public, reste-t-elle la dernière à le bien loger? H est fort à souhaiter que cette belle et riche viUe d'Amsterdam, où l'on compte plus de deux cent mUle habitants, se décide enfin, comme Madrid, Munich, Berhn, Saint-Pétersbourg et Dresde, à faire construire une véritable galerie. Non-seulement sa précieuse collection de tableaux aurait un abri plus digne d'elle, plus digne de la grande cité dont elle est la propriété et romement, mais encorp on pourrait notablement l'accroître en y réunissant les tableaux de l'hôtel de ville, et d'autres encore, dispersés , faute d'autre place, dans quelques institutions publiques. Pour son honneur, et pour celui des artistes illustres qu'a produits la Hollande, Amsterdam se doit cet édifice national.

Semblable en cela à ceux de la Haye et de Rotterdam, mais plus exclusif encore, le petit musée rassemblé dans Trippen-Huis est tout hollandais, comme celui de Ve-

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