I. Dont l0 nom signifie en hollandais Jean Le Blanc
naturelle, et peint comme l'eût fait Hondekoeter ou Véenix, ce cygne emblématique est hors des habitudes du maître.
— Ludolph Backuysen : Embarquement de Jean de Witt 'sur la flotte hollandaisey Vue du Port-aux-Moules sur TY, à Amsterdam, et Mer houleuse; trois grandes et belles marines finement terminées. Backuysen a peint encore de vraies marines pour le fond des portraits de l'amiral Van Es et de sa femme, par Van der Helst : autre exemple, autre preuve de l'assistance que se prêtaient fraternellement les peintres hollandais. — Beerstraaten : Combat naval du 12 juin 1666, entre les. flottes de Hollande et d'Angleterre, page très-remarquable , par sa vigoureuse couleur à la Rembrandt, d'un maître fort peu connu hors de son pays. — Corneille Béga : quelques petites Scènes d'inté-rieur qui méritent d'être citées après les Ostade, à côté de Dusart. — Nicolas Berghem : plusieurs pages. Tune singulière, RuthetBooz, d'autres fort belles. Paysage d* Italie, Paysage montagneux, Paysage d^hiver, et surtout le Bac, fin, lumineux, excellent. — Ferdinand Bol : trois beaux portraits, le sien propre, celui de l'amiral Michel- Adrien Ruyter et celui de l'architecte Arthur Quellinus. — Jean et André Both : deux Paysages, l'un grand, l'autre petit, italiens comme toujours, «t comme toujours charmants. On peut les ranger parmi les meilleures productions de cette association fraternelle. — Jacques de Bray, Dirk de Bray, Van Gating et de Jong : voilà quatre artistes qui se sont associés pour peindre sur la même toile les portraits réunis des Membres de la confrérie de Saint-Luc d'Harlem. — Jean Breughel (de Velours) : plusieurs fins bijoux, entre autres un Paysage marécageux où l'on voit Latone changer en grenouilles les paysans qui l'injurient.
— Albert Guyp : un Paysage coupé par une rivière, dans son grand style habituel et sa couleur lumineuse, mais non pourtant de premier ordre ; et un Combat de cavalerie dans sa troisième manière, ou manie plutôt, c'est-à-dire sombre et noir : faible part pour un tel maître dans im tel
lieu, même en y ajoutant une Famille hollandaise par son père Jacques Gerritz Guyp , dont il, fut l'élève. — Simon Van der Does : deux ou trois Paysages mythologiques, fins et élégants comme ceux de Karel-Dujardin. — Corneille Dusart : une Poissonnerie qui passe pour le tableau capital du peintre, dans le genre de son maître Adrien Ostade. — Hubert et Jean Van Eyck : un Temple gothique et une Madone que Ton a cru des œuvres faites en commun par les deux frères (évidemment elles ne sont ni de l'un ni de Tautre, ni d'aucun de leurs grands élèves), et une petite Adoration des mages attribuée à Jean de Bruges seul, mais que nie également, peut-être avec raison, M. W. Burger, après M. Michiels. — Jérôme Franck (ou Francken) : l'Abdication de l'empereur Charks-Quint à Bruxelles^ grande page historique en petites figures, peinture importante et très-bien conservée. Déjà la mythologie s'y trouve mêlée à l'histoire, comme elle le sera plus tard dans Rubens, et le Neptune du vieux Franck semble avoir servi de modèle au fameux Qms ego que nous avons admiré dans la galerie de Dresde. — Jean Van Goyen : une belle et importante Vue de rivière^ moins terne et moins monotone que ne les fait d'habitude ce trop exact portraitiste de la nature etde l'atmosphère hollandaises. — JeanHackaert : un charmant Paysage , illustré par des figures d'Adrien Van de Velde. C'est un honneur qui prouve qu'Hackaert était alors plus célèbre qu'aujourd'hui, et qu'on n'essayait pas de faire passer ses œuvres pour celles de maîtres mieux notés dans le commerce. — Jean Van der Hagen : un autre Paysage, égal à ceux d'Hobbéma. — Franz Hais : son portrait et celui de sa femme , figures vraies et justes de joyeux et insouciants compères. — Melchior Hondekoeter : une série de Basses-cours et de Volières, excellentes dans le genre, entre autres celle qu'on nomme la Plumée flottante. Elle est sur une mare où barboltent des canetons, c Ne soufflez pas sur cette plume, dit M. W. Burger, elle s'envolerait. » — Pierre de Hooghe :
charmant Intérieur, éclairé d'un de ces prodigieux coup& de lumière qui sont le cachet et l'honneur du maître. — Jean Van Huysum : un fin Paysage et d'admirables Bow^ quels de flewrs. — Ludolph De Yong : autres portraits de l'amiral Van Es et de sa femme , capables de lutter même contre ceux de Van der Hélst, et qui prouvent que, dans le siècle d'or, jusqu'à ces rudes marins hollandais étaient épris des beaux-arts. — Philippe de Koning : un de cesgrand» et magnifiques Paysages compris et traités à la Rembrandt , où les profondeurs sans terme d'une plaine unie , d'une steppe hollandaise , semblent vouloir donner ridée de l'infini. — Jean Lingelbacli : un Port de Tner italien et une composition à la Wouwermans, le Manège, qui est comme le dernier mot de cet habile imitateur. — Nicolas Maés : une Jeune fille à la fenêtre, dans le meilleur style de Rembrandt, avec la meilleure lumière de De Hooghe. Il n'est pas étonnant que les Hollandais le nomment Bembrandsche Maas , Maas le Rembranesque. -T- Gabriel Metzu, Franz Miéris et Gaspard Netscher : chacun deux excellents échantillons de la manière si connue ,et si célèbre de ces trois disciples et rivaux de Gérard Dow.^
— Arendt Van der Neer : un charmant Paysage d* hiver, mais point de clair de lune. — Adam Pynacker : grand et superbe Paysage montagneux , œuvre de premier ordre.
— Godefroid Schalken et Pierre Van Slingelandt : quelques jolis échantillons de leur touche fine, patiente, achevée. — David Téniers : un fort beau Corps de garde, parmi deux ou trois autres cadres de très-faible mérite. , — Abraham Verboom : vaste Paysage , où l'on trouve l'imitation réunie de Ruysdaél, de Roth et de Moucheron.
— Ludolph Verschuur et Simon De Vlieger : des Marines que Ton croirait de Van der Kapelle et presque d'Albert Guy p. — Ary de Vois : un joyeux Ménétrier qu'il faut citer ici parce qu'il fait honneur à im peintre trop peu estimé, dont les bons ouvrages sont attribués d'habitude à d'autres élèves de Gérard Dow. — Jean Wéenix : deux
tableaux de nature morte y beaux sans doute, mais trop grands pour le genre et trop semblables d'arrangement. C'est toujours, au beau milieu, le lièvre pendu par la patte, flanqué de bécasses et de perdrix. — Philippe Wouwermans : un Manège, une Prise du cerf, une Chasse au faucon, et encore cinq ou six autres pages^ de moindre valeur» — Jean Wynants : une admirable Vue des Dunes, où Van de Velde a peint les figures.
A tous ces noms hollandais l'on pourrait ajouter ceux de plusieurs grands Flamands, Rubens, Van Dyck, J(Trdaëns, -Sneyders, Honthorst, etc. Mais, en vérité, leur apport au musée d'Amsterdam n'a pas assez d'importance pour qu'il faille encore rappeler ici ces maîtres , tant de fois nommés dans ce livre et partout si renommés. On pourrait également rencontrer quelques noms des écoles du midi, Velazquez, Murillo et Ribera, Garofalo, AUori, Guide et Lanfranc ; mais à quoi bon signaler de simples copies, ou des œuvres indignes de titres qu'elles ont usurpés?
Dans le volume des Musées d'Italie, en terminant le chapitre consacré à Venise, j'ai fait remarque!-, par l'exemple de cette puissante république, ajouté à l'exemple contemporain de Florence indépendante, à celui, plus ancien, d'Athènes et de la Grèce entière, que la forme monarchique n'était nullement indispensable à la culture des arts , pas plus qu'à la gloire et à la fortune des artistes. Ainsi, tandis qu'un pape, comme Adrien VI, chassait les arts et les artistes de Rome, Venise était le refuge et le séjour préféré d'une foule d'artistes, nés hors de son sein, mais qui disaient avec le sculpteur-architecte Sansovino : « qu'ayant le bonheur de vivre dans une république, ce serait folie d'aller vivre sous un prince absolu. »
La Hollande offre im exemple encore plus récent, plus complet et plus décisif. Depuis sa révolte contre le roi
284 LES liUSÉES DE HOLLANDE.
d'Espagne, en 1572, jusqu'à la paix d'Utrecht, en 1713, la Hollande eut un gouvernement purement populaire, purement électif, puisqu'elle n'obéit qu'à ses stathoudjsrs et à ses grands pensionnaires , ou syndics salariés. C'est, néanmoins, pendant cette époque de pleine liberté, comme d'entière indépendance, alors que la Hollande portait si haut son jeune drapeau, alors qu'elle résistait successivement à l'Espagne, à l'Angleterre, à la France, et qu'elle devenait l'arbitre des grands États, c'est pendant cette époque glorieuse que fleurit aussi son école de peinture, depuis Lucas de Leyde jusqu'à Van Huysum *.
. De Venise et de Florence on pouvait dire qu'à défaut de monarchie, ces deux États avaient des aristocraties héréditaires, riches et puissantes, bien des palais de patriciens, à défaut d'un palais impérial, royal ou papal, et bien des petites 'cours seigneuriales à défaut d'une cour souveraine. Mais en Hollande, plus de cours, plus de palais d'aucune espèce : une simple bourgeoisie, vivant du conmaerce, de la pêche et du bétail. Et cependant, 'quel pays, sur ime si mince étendue de territoire, et avec une si faible population, a jamais produit un si grand nombre d'artistes éminents?
Le premier regard fait deviner pour quels nouveaux commettants travaillaient ces artistes. Ce ne sont plus de grandes fresques ou de grandes toiles, destinées aux nefs d'église, aux galeries de palais et de châteaux; mais de petits cadres de chevalet, qui peuvent entrer et se placer dans le plus étroit cabinet d'amateur. Ce ne sont plus des
1 . oc C'était l'époque des suCcès de ce pays en tous genres. Après avoir arraché son sol à la mer et sa foi à l'inquisition, il avait, sans autre force que sa persévérance, triomphé de tous les despotismes, donné un libérs^teur à l'Angleterre , et humilié l'orgueil le plus insensé qui ait jamais gonflé le coeur d'un roi. La Hollande ouvrait alors un asile à toutes les hardiesses de l'esprit, un cabinet d'études à toutes les investigations de la science , et elle fondait une école de peinture nationale; mérite rare, qui n'appartient qu'à ce petit pays, et à l'Italie, de glorieuse mémoire. » {Lettre sur la curiosité,)
sujets de haute poésie, sacrée ou profane, dont lappréciation demande des connaissances étendues et un goût formé ; mais de vulgaires sujets pris dans la vie commune, que chacun a chaque jour sous les yeux, et qui n'ont de secrets pour personne. Si, par hasard, il se peint un grand tableau, c'est pour Thôtelde ville, et sur Thistoire de la commune. Tout le surplus s'adresse à la bourgeoisie, au peuple même, et l'artiste parle simplement à ses égaux la langue habituelle du pays*. Ce sont pourtant ces petits tableaux de genre et de chambre, ces petits sujets populaires, que leuf mérite et le goût général ont portés aujourd'hui à une valeur énorme, à des prix fabuleux. Encore une fois, que les artistes se rassurent donc, devant l'exemple de la Hollande, comme devant celui de Venise ou d'Athènes, sur les changements que l'esprit du siècle peut opérer dans les institutions politiques. Sous la démocratie athénienne, sous le patriaciat vénitien, sous la bourgeoisie hollandaise, ils trouveront toujours, aussi bien que sous la monarchie, la gloire et la fortune, avec l'indépendance de la dignité.
1. M. A. Michiels a fait la remarque ingénieuse que l'histoire de la peinture dans les Pays-Bas offre les mêmes phases que l'histoire de la Grèce et de la plupart des peuples antiques. À Vâge divin correspond la. peinture religieusey qui eut son siège à Bruges au temps de Van Eyck et de Hemling; à Vdge héroïque la peinture chevaleresque, qu'Anvers vit briller au temps de Rubens et de son école; h. Vdge humain la peinture bourgeoise y inaugurée par la Hollande au dixseptième sit^cle.
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