‹ Les musées dA̓ngleterre, de Belgique, de Hollande et de Russie: guide etChapitre 17 sur 38 · ÉCOLE RUSSE · texte numérisé non relu

ÉCOLE RUSSE

Si je place au premier rang l'école russe , ce n'est pas seulement parce qu'elle est cdie du pays; iii davantage parce que, dans son infériorité manifeste, il ne faut pas l'exposer, après d'autres, à d'écrasantes comparaisons. C'est encore, et surtout, parce qu'un lien direct, immédiat, la rattache aux origines communes de toute la peinture moderne, à l'art byzantin. Je voudrais donc que la nouvelle galerie> comme celle du Louvre à Paris, degF Uffizi à Florence, délie Belle-Arti k Venise, commençât par quelques œuvres byzantines, afin qu'on vît d'abord les maîtres; puis, par d'anciens ouvrages des Russes copiant les Byzantins, pour qu'on vît ensuite les élèves, dans le dogme et dans l'art. Malheureusement la collection de l'Ermitage n'a pas aujourd'hui le moindre échantillon de ces deux époques , également dignes d'intérêt. Il faudrait en emprunter aux églises, qui sont suffisamment riches. Â partir des premiers villages de la Gourlande , jusqu'à la cathédrale de Saint-Pétersbourg, j'ai trouvé partout, soit des

Vierges^ noires^ des Christs, des Évangélintes, purement byzantins^ soit des imitations russes faites dans le temps passé. Ge|les-ci se reconnaissent k une circonstance bien frappante, à un mélange de la peinture et de l'orfèvrerie. Généralement les têtes et les mains sont seules peintes ; les vêtements, les couronnes, les auréoles, tous les accessoires sont en métal, en feuilles d'or ou d'argent, ciselées ou battues, et plaquées en relief sur le fond du tableau.

C'est à Moscou, la vieille ville sainte, qu'on trouverait surtout de ces primitives peintures, passées, avec le culte, de Byzance en Moscovie. Il y a, par exemple, de trèscurieuses fresques dans l'église de V Assomption, — bâtie sous Ivan III, vers 1475, par le Bolonais Ridolfo Fiorâvanti, qu'on nomma k Moscou Aristotil, — telles qu'une Vierge noire, si vieille, qu'on la dit peinte par saint Luc, et un Christ assis tenant l'Evangile de saint Jean, que la tradition attribue à l'un des' empereurs grecs du nom d'Emmanuel, soit Gomnène, soit Paléologue. Parmi les saints du christianisme peints à Y Assomption, on rencontre Pythagore, Socrate, Aristote, Ménandre même, et d'autres sages de l'antiquité païenne, qui portent sur les épaules la chlamyde grecque, sans avoir sur la tête le nimbe des bienheureux.

Pour suffire à Tusage universel de placer de saintes images dans les angles des habitations, — usage qtii atteint sans distinction empereur et sujets, seigneurs et serfs, riches et pauvres, — une fabrique de peintures byzantines est dès longtemps établie à Souzdâl , petite ville du gouvernement de Vladimir, qui n'a pas aujourd'hui plus de 6000 âmes , mais dont Moscou fut originairement une colonie. Les produits de cette fabrique, où l'on ne fait que d'immuables copies, comme jadis dans la Thèbes égyptieime, comme à Byzance depuis Constantin, comme en Chine aujourd'hui, se nomment dans toute la Russie Peintures de Souzdâl. Je n'ai pas besoin de dire que l'art est pleinement étranger à ce travail tout manuel. C'est un

métier exercé par des artisans. Depuis quelque temps néanmoins^ l'art commence à pénétrer jusque dans les temples^ j'entends l'art moderne, émancipé, délivré des langes du dogme qui le retenait dans Tenfance. Entrez à Notre- Dame de Eazan, dans la cathédrale de Smolna, dans toutes lés églises de quelque importance, et voyez, en avant de la balustrade qui ferme le sanctuaire aux profanes, notamment aux femmes, les deux bannières portant la Face du Christ et son Baptême , puis , au-dessus de la porte du sanctuaire, la Sainte-Cène^ puis, à droite de cette porte, l'image du saint patronymique ; — ce sont des peintures de notre temps, et traitées dans le style moderne. Se borne-t-elle aux sujets ordinaires, consacrés, indispensables, la peinture est permise dans les temples du rite grec, mais non pas la statuaire. Les Russes sont encore iconoclastes à demi. Lorsqu'il s'est agi de commander les ornements de Saint-Isaac, de Téglise impériale, le synode assemblé n'a permis que des statues d'anges, et seulement à l'extérieur, autour de la coupole ; à l'intérieur, pas une seule image plastique. On se croirait dans une miQsquée arabe.

L'Ermitage ne contient qu'une vingtaine de tableaux russes, ou plutôt peints par des Russes en imitation des écoles modernes. Aucun n'est antérieur au règne d'Alexandre I•^ En général on les prendrait pour les ouvrages d'artistes allemands de second ordre, étudiant en Italie. Parmi les sujets historiques, on peut remarquer un épisode du siège de Kiew, en 933, par André Ivanofif, qui semble un élève faible de David, et un Noli me langer ey en grandes proportions, de M. Alexandre Ivanoff, fils du précédent, qui a aussi le style froid et guindé de notre école actuelle académique * ; — parmi les tableaux de chevalet. Une Jeum

1. M. Alexandre Ivaiiofr est auteur d'une très-grande composition où Ton voit Saint Jean le Précurseur annonçant la venue du Christ. A cette composition, pleine de grandes beautés et de grands défauts.

biicchante enivrant unenfanty par M. Féodor Bruni, trèsjoli groupe, bien composé et d'une agréable couleur; et un jeune paysan italien au repos, appelé le Jardinier, ouvrage gracieux et finement touché de M. Oreste Kipraïnski, lequel a mis encore plus de coloris et de vigueur dans le portrait de son père. Le reste se ccfmppsjB presque uniquement de Vues prises dans diverses contrées : une Vue du Colysée, par Silvestre Schedrine, ouvrage fort distingué d'un artiste mort à la fleur de l'âge ; une Vue des cascatelles de Tivoli , par Féodor Matveiefif ; une Vue de Crimée, par Ivan Martinoff; une Vue du pont de pierre à Moscou, par Féodor Alexéieff ; quelques Yues de la Judée (le souterrain de Bethléem, l'église de Golgotha, la chapelle de Sainte-Hélène, le portail de l'église de la Résurrection à Jérusalem), par M. Maxime Vorobiefif ; enfin la Vue intérieure d'un goumnOy ou grange à battre le blé, par M. Alexis Venetzianofl*. Ce dernier tableau, auquel je donnerais la préférence dans toute la collectioh, comme plus curieux, plus original, plus russe que tout autre, est une peinture fort sèche assurément, sans beaucoup de relief et d'effet, mais bien étudiée, pleine d'heureux détails, où la vérité, la naïveté même, n'exduent pas le sens et la recherche du beau. On y trouve un peu le sentiment de Léopold Robert*.

il a trayaillé, soit en Russie soit à Rome, pendant yingt-sept années , et la mort Ta frappé quand il venait de la finir. (1858.)

1. U faut plutôt chercher l'école russe h l'Académie des Beaux- Arts. C'est là que sont de bonnes copies des grands chefs-d'œuvre italiens, les fresques des Chambres du Vatican (entre autres l'Ecole d'Athènes par M. Brulofl) , la Vierge de Saint- Sixte , la Communion de saint Jérôme y la sainte Pétronille de Guerchin, la Notre-Dame-de- Pitié, de Guide, etc., et la grande composition de M. Bruloff, le Dernier jour de Pompei^ que nous avons admirée au Louvre, à l'exposition de 1835.

Il y a, dans Saint-Pétersbourg, un cabinet d'amateur plus riche en peintures russes que le palais de l'Ermitage , celui de M. Prianitchnikoff, directeur des postes. Je puis en citer quelques morceaux : un portrait de vieillard, h la manière forte et solide de Rem-

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