‹ Les musées dA̓ngleterre, de Belgique, de Hollande et de Russie: guide etChapitre 18 sur 38 · ÉCOLE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ALLEMANDE

On n'avait pas fait aux maîtres allemands l'honneur de réunir leurs œuvres dans une salle particulière. Elles étaient dispersées au travers de toutes les autres écoles, dans les cinquante salles du palais de l'Ermitage^ et (piiconque voulait les chercher dans ce dédale immense^ devait parcourir d'un bout à l'autre les deux étages consacrés à la collection des tableaux. Parmi ces œuvres, dont le nombre n'est pas fort grand d'ailleurs, je ne vois guère à citer que les noms d'Albert Durer, de Kranach et de Holbein dans la première époque; dans la seconde, ceux de Rotterhammer, Denner, Dietrich, Raphaël Mengs et Angelica Kaufmann.

Encore je dis les noms, car tel des maîtres cités n'a sans doute pas autre chose. C'est ce que je crois notamment d'Albert Durer. Il me semble fort difficile d'adopter pour sien le triptyque ayant au centre V Adoration dès Mages, à

brandt, par Lewitski, peintre qui est mort depuis un demi-siècle;— un autre vigoureux portrait, celui d'un métropolitain , ^par Borowikowski , peintre du temps de Catherine II , — une famille de paysans des bords du Volga, peinte au pastel par le Danois Eriksen pendant le voyage de Catherine en Crimée; — une jeune fille malade recevant les sacrements , scène de chaumière russe, simple et vraie, de M. Venetzianoff; — de bonnes vues de Borne,. par Schédrine; ^ le lac Karakolj curieux paysage de la frontière nord de la Chine, par Meyer; — Une nuit de' Saint-Pétersbourg au mois de juin, par Vorobieflf, effet très-bien étudié d'un demi-jour intermédiaire entre la clarté du soleil et le clair de lune; — des vues du Kremlin avant 1812, par Alexéieff, etc.

Il ne faut pas confondre cet Alexéieff (Féodor), avec un autre artiste du même nom qui a récemment fondé, dans la petite ville d'Arzamas, du gouvernement de Nijni-Novgorod, une espèce de petite école nationale ou locale, comptant cinq à six élèves. Leur coloris est terne et jaune ; mais ce grand défaut est racheté dans toutes leurs œuvres, comme dans celles de Vénétzianoff, par une vérité naïve qui a l^eaucoup de charme. Ils réussissent principalement à rendre, dans des scènes villageoises, les figures mélancoliques des pauvres paysans serfs. Leur école enfin s'approche de Tart; ce n'est déjà plus la fabrique d'images dévotes de Souzdâl.

SAINT-PÉTERSBOUHG. . 307

droite le Massacre des Innocents , à gauejie la Circoncision; et le Jésus dux Oliviers^ qu'on voit mal, n'est rien de plus, si je ne me trompe, qu'une de ces contrefaçons très-fréquentes dans les œuvres du peintre de Nuremberg, que Ton faisait en collant sur cuivre les gravures qui étaient ensuite passées aux couleurs et au vernis* Quant aux portraits d'homme et de femme, en gratifier Albert Durer, c'est vraiment lui faire une injure sanglante ; ils ne sont ni de lui, ni de sa manière, ni de son temps. Reste le portrait de l'électeur de Saxe, Jean-Frédéric le Magnanime; mais celui-là est évidemment de Lucas Kranach; et le nom seul du modèle, qui fut le constant protecteur du peintre saxon comme ie son ami Luther, aurait dû mettre en garde contre une erreur qui saute aux yeux. On pouvait encore s'éclairer par des comparaisons, puisque, entre ce portrait, Lucas Kranach en a deux à l'Ermitage, catalogués sous son nom, celui d'une jeune fille de Weimar dont il fut épris, dit- on, et celui d'un cardinal signé du petit dragon ailé qui lui servait de monogranime. Pour Holbein (il s'agit du fils), sur les huit cadres où se lit son nom, la moitié seulement me paraissent dignes de le porter. Par exemple, le portrait d'Érasme, placé hors de la vue, ne doit être qu'une répétition, ou même une copie, de celui qu'Holbein porta de Bâle à Londres et qui lui gagna, avec l'amitié du chancelier Thomas Morus, les bonnes grâces d'Henri VIII. Mais on trouve Holbein, le vrai, le grand Holbein, d'abord dans deux pendants d'assez vastes dimensions qui réunissent lès portraits à mi-corps d'un gentilhomme avec ses trois fils et d'une dame avec sa fille ; puis encore dans deux autres pe- .tits portraits, en pendants, d'un jeune homme en manteau fourré et d'une jeune dame coiffée de perles. Ces derniers surtout sont excellents, de la meilleure époque du maître, et de son meilleur style.

En passant de l'école allemande, que laissèrent périr les élèves d'Albert Durer, aux artistes allemands devenus imitateurs des étrangers, on trouve à l'Ermitage quelques

pages de Rottenhammar, qui se fît Vénitien, et de Dietrich, le Luca fa presto du Nord, qui se fit copiste universel. Il n'y a lien de notable dans ces imitations. Mais un artiste éminemment original par l'excès du finij et qui a vaincu en patience tous les Flamands et tous les Hollandais, Balthazar Donner, a laissé à TEriùitage un morceau qui peut s'appeler le chef-d'œuvre du geure. Ce n'est ni une tête de vieillard, ni une tête de vieille femi)[ie, rangées sous les n""» 5 et 20 dans la salle XXXI ; celles-là sont trèsfaibles, quoique honorablement placées; je parle du portrait en buste d'un vieillard misérablement vêtu, les cheveux et la barbe en désordre, espèce de saint Jérôme en redingote, qui tient une tête de mort à la main. Il est considérable pour Donner, qui mettait dans de petits cadres des figures coupées au-dessous du menton ; il est excellent, superbe, merveilleux, dans ce genre de peinture faite à la loupe, et qu'il faut regarder au microscope. Mais on Fa relégué dans les combles, avec des toiles de rebut, et accroché si haut qu'on ne peut le voir sans le secours d'une échelle. J'espère qu'on lui a rendu, dans la nouvelle galerie, une place digne de lui.

De Raphaël Mengs et d'Angelica Kaufmann, les œuvres ne sont pas fort importantes, quoique assez nombreuses. Ils ont tous deux leurs portraits, et c'est, de tous deux, la meilleure page. Cependant il serait injuste d'oublier quelques épisodes du Voyage sentimental de Sterne, peints dans de petits cadres ronds, par l'élève ; et, par le maître, un Persée délivrant Andromède, un Saint Jean dans le désert, et une Allégorie sur la gloire de Catherine II. Le Persée est copié de l'Apollon du Belvédère, et l'Andromède, d'un bas-relief de la villa Pànfili. Le saint Jean est trop gros, trop gras et trop vieux. Est-ce là le compagnon d'enfance du Christ, qu'il précéda de peu d'années dans la prédication? est-ce là l'austère mangeur de sauterelles exténué par le jeûne et la solitude? et avec cet aspect d'un homme en démence, ne paraît-il pas plutôt possédé du dé-

mon qu'inspiré du ciel? Raphaël Mengs, qui copiait tout à l'heure l'antique, ne s'est plus souvenu ici de son modèle et de son parrain, l'autre Raphaël de Rome. Quant à là Catherine allégorique, pour excuser la faiblesse de cette page décolorée, le catalogue dit que c'est un ouvrage de la vieillesse de Mengs. Gomment un artiste mort à cinquante ans peut-il avoir une vieillesse? Pour ceux qui ont vécu davantage, Michel-Ange, Titien, Poussin, Rubens, Murillo, c'a été l'âge des chefs-d'œuvre.

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