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Elles ont 5 pieds anglais de diamètre et 45 de hauteur

LE BIUTISH MUSEUM. 57

fronton de M. Wesmacott des frontons de Phidias! Je ne

mentionnerai donc rien de plus qu'une assez bonne statue de Shakspeare par Roubilliac, cadeau d'un autre comédien célèbre, Garrick, qu'on a placée sous le vestibule, et qu'on aurait dû, pour l'honneur de ce grand géxLÎe, pour ITionneur du pays qui lui a donné naissance, placer au centre des bibliothèques, au centre du recueil des œuvres de l'esprit humain.

Le British Muséum réunit donc des collections fort diverses, fort hétérogènes, et qui, partout ailleurs, sont soigneusement séparées. On peut les ranger sous les titres suivants : I** La Bibliothèque nationale, des livres et des manuscrits; 2" le Cabinet d'histoire naturelle; 3*» Le Cabinet ethnographique, ou des curiosités de tous les pays; 4® la Collection des vases étrusques; 5^* le Cabinet des médailles et monnaies ; 6° le Cabinet des estampes; 1"* enfin, le Musée des sculptures et des antiques, lequel, subdivisé lui-même, contient des antiquités d'Assyrie, — d'Egypte, — de Lycie, — d'Arcadie, — d'Athènes, — et de Rome. Je dirai quelques mots rapides des premières collections pour arriver le plus tôt possible à .celle des objets d'art.

Bibliothèque Nationale (National Lihrary), Elle occupe un bel emplacement, de vastes salons tout neufs, trèspropres, très-cirés, où les livres, reliés avec une élégance toute moderne, sont rangés dans des armoires en acajou, vitrées de longues glaces transparentes. Mais, composée de cinq bibliothèques particulières dont la formation ne remonte pas au delà du siècle dernier, la Bibliothèque des Anglais ne saurait être comparable, ni par la quantité des livres et manuscrits, ni par leur rareté, leur importance, et surtout leur universalité, avec notre Bibliothèque nationale, qui date de Charles V. Elle offre sans doute la même utilité pratique ; cependant oîi n'y trouve pas, comme dans les nôtres, une foule de lecteurs attablés, prenant des notes ou des copies. Il est probable que, dans ce pays de piriviléges, le prêt ou même simplement la lecture des livres

sont réservés aux aristocrates de la science et du talent, à ceux qui sont présentés et admis *.

Quant aux simples visiteurs, à ceux qui se promènent devant les glaces des armoires, comme les flâneurs affamés devant l'étalage embaumé d'un restaurateur, sans voir des des livres autre chose que leur titre inscrit en lettres dorées sur le dos des reliures, je vais leur indiquer ce qu'ils peuvent trouver de plus curieux et de plus intéressant, non à la portée de la main, mais à la portée de Toeil. Trois collections sont étalées sous les vitrines : lune, des plus anciens imprimés, des premiers produits de cet art merveilleux

De peindre la parole et de parler aux yeux,

qui, de là Renaissance à nos jours, a déjà changé la face du monde; — une autre, de manuscrits orientaux, soit chinois, soit des divers dialectes qui se parlent dans les deux presqu'îles des Indes et l'ancien empire mogol ; — la troisième, enfin, d'autographes précieux et importants. Dans une case sont rangées des chartes de divers souverains d'Angleterre, entre Guillaume le Conquérant et Henri VIII; dans une autre, des lettres de Marie (la Catholique), d'Elisabeth, de Marie Stuart, de Charles I", de Cromwell, dé Guillaume III, d'Anne, de George I^', de George II, etc. Ailleurs, parmi des lettres de souverains étrangers, sont représentés, au moins par leurs signatures, Charles-Quint, François I", Catherine de Médicis, Henri IV, Louis XIV, Gustave Adolphe, Pierre le Grand, Frédéric le Grand et Napoléon. Sous la vitrine consacrée aux généraux, on trouve Turenne, Condé, Marlborough, Washington, Nelson, Wellington et Bonaparte. Ici, c'est le simple officier d'artillerie qui écrit à l'un de ses frères un billet daté d'Ajaccio, l'an v de la liberté. Dans une case à part sont réunis

1. On a récemment ouvert aux lecteurs munis d'autorisations, qu'il est d'ailleurs facile de se procurer, une salle très-belle et trèscomfortàble. (1858.)

les hommes célèbres du temps de la Réforme, Luther, Mé* lanchton (Schwartz-Erde), Zwingle, Calvin, et mêmeTindifférent et sceptique Erasme, aussi surpris que le serait Montaigne lui-même de se trouver en compagnie de ces ardents sectaires; et, dans une autre enfin, quelques hommes des plus fameux par les lettres, la science, la philosophie ou les arts, Tasse, Ariosté, Galilée, Descartes, Leibnitz, Bacon, Newton, Locke, Dryden, Addison, Pope, Franklin, Byron, Walter Scott, Corneille, Racine, Boileau, Voltaire, Michel-Ange, Albert Durer, Rubens, Van Dyck, Poussin, etc.

Pour augmenter le nombre de ses nianuscrits précieux^ le British Myseum vient d'acquérir à grands frais le célèbre missel dit de Bedforty qui appartint à Henri V, l'alUé disabeau de Bavière , le gendre de Charles Vï, le régent de France , mort à Vincennes, âgé de trente-quatre ans , presque maître du royaume qu'il enlevait à Charles Vil , et que sauva Jeaane d'Arc. Ce missel passe pour un chefd'œuvre admirable de caUigraphie , de manuscrit orné de miniatures.

Musée d'Histoire naturelle {Natwral History). Obéissant à son génie synthétique , k ses grande^ vues d'ensemble sur la nature, BufTon avait réuni, dans l'institution alors ncmimée Jardin du Roi , les animaux vivants et les plantes cultivées à tohites les collections d'objets inanimé? qui composent un cabinet d'histoire naturelle, depuis les échantillons empaillés des animaux de tous pays et de toutes espèces qui peuplent la terre , l'air et les eaux, depuis les échantillons séchés dans des herbiers de toutes les plantes exotiques , jusqu^à ceux de tous les minéraux que recèle , à toutes les latitudes, le globe terrestre où l'homme fait son séjour. Les Anglais, malheureusement, ont divisé ces choses inséparables. C'est dans un vaste et déUcieux .jardin, situé à l'extrémité de Regent's Park, et nommé Zoological GardenSj qu'est la ménagerie ou collection d'animaux vivants , manmiifèreSj oiseaux > poissons, reptiles. Fondée

fiO LES MUSÉES D'ANGLETERRE.

par des souscriptions volontaires, cette ménagerie se soutient, s'alimente et s'étend par le revenu d'im faible droit perçu à l'entrée les six jours ouvrables de la semaine (le dimanche étant réservé aux billets gratuits des souscripteurs); ce qui ne l'empêche pas d'être devenue, parmi toutes celles du monde, la plus riche, la plus variée, la plus complète, la plus intéressante. C'est dans un autre jardin, celui de la Botanic- Institution, que se cultivent les plantes rares , utiles , curieuses , les plus belles fleurs et les plus beaux fruits.

Le Britùh Muséum renferme donc seulement ce que nous appelons le cabinet d'histoire naturelle. Sous le titre général de Zoologie , sont rangés les échantillons des êtres divers que la vie anime , toutes les espèces principales des mammifères, des oiseaux, des poissons, des reptiles, des insectes , des coquillages qui se peuvent rencontrer encore vivants sur la terre ; tandis que la Minéralogie renferme , outre les échantillons des êtres inanimés , sans vie et sans végétation , qu'on appelle minéraux , quelques «débris fossiles, quelques restes d'animaux et de végétaux d'une autre époque , disparus de notre monde actuel. Si l'on n'a point perdu de vue que ce cabinet d'histoire naturelle a été formé dans l'origine par les soins et les ressources de simples particuliers, on sera surpris de le trouver si vaste, si riche et si varié. Mais cependant, de même que la bibliothèque du British Muséum comparée à notre Bibliothèque nationale, il reste très-inférieur au nôtre par l'importance de certaines parties , et surtout par l'universaUté de l'ensemble.

Musée ethnographique (Ethnographical Boom), Celte collection comprend un assez grand nombre de ces objets appelés curiosités, appartenant à diverses époques, et, çonune son nom l'indique, à de si divers pays que les cinq parties du monde se trouvent conviées à la former. Ce sont des idoles, des armes, des étoffes, des habits, des ustensiles, venus de la Chine, des Indes, de l'Egypte, de la Nubie, de

TAfricpie intérieure, du pays des Esquimaux, du Mexique, de la Guyane, du Pérou, de l'Australie, etc. Si Ton cherchait à toute force, dans ce bric-à-brac universel qui a bien d'ailleurs son mérite et son intérêt, quelques objets ton-» chant à Tart par quelques poii^ts, je ne saurais guère indiquer que des vases en terre cuite, œuvre des anciens Mexicains, qui ont une assez curieuse analogie avec les vases étrusques, non-seulement dans la matière, mais aussi dans la forme , et jusque dans les sujets en relief qui les décorent. Ils sont, à la vérité, monochromes, ou d'une seule couleur ; mais on voit évidemment , comme dans ceux de Tancienne Italie , qu'ils étaient moins destinés aux usages domestiques qu'à la décoration des habitations. Eux aussi, d'ustensiles étaient devenus ornements. Nous arrivons par eux à la

Collection des vases étrusques {Etruscan Room). En parlant de celle du musée de Naples , plus^iche et plus complète qu'aucune autre du monde, j'ai déjà eu l'occasion de rappeler que le nom à' étrusquss, donné aux vases peints de ritalie antique, ne peut s'appliquer justement qu'à la plus faible partie d'entre eux, à ceux qui proviennent de l'Étrurie, au nord de Rome, et non à ceux, plus nombreux et plus importants , qui proviennent des provinces méridionales dont se formait jadis la Grande-Grèce. Les vases peints du British Muséum sont rangés avec intelligence , dans Tordre à la fois chronologique et géographique. Ainsi ceux que Ton rencontre d'abord sont les plus anciens par la date et les plus éloignés au nord de l'Italie. Trouvés à Vulci-Chisi ou à Cerveteri (rancienne Agylla), et vraiment étrusques, ceux-là sont tout noirs comme les Mexicains, avec des figures en relief encore assez grossières. — Puis viennent les vases appelés égyptiens ou phéniciens, à fonds pâles .avec des figures d'animaux en rouge foncé ; — puis *îes vases à fond rouge ou orange avec des figures noires. Venus de Vulci , de Ganino et autres localités encore au nord de Rome , ils représentent habituellement des sujets

mythologiques. — Puis d autres vases semblables pour la forme et les couleurs, mais d'une époque plus récente et d'un travail plus achevé. Ceux-ci viennent des provinces au sud de Rome , particulièrement de la Basilicate. Les su* jets de leurs dessins sont presque exclusivement pris au culte de Bacchus, et parmi eux se trouvent un grand nombre de ces coupes à boire appelées rhytons, ayant la forme de diverses têtes d'aninoaux. — EnjSn les vases de la Fouille (l'ancienne Apulia), qui ressemblent à ceux de Nola, les plus précieux de tous, mais ne les égalent point. Je ne crois pas que la collection du British Muséum en offre un seul de cette dernière espèce, facile à reconnaître, non-seulement par le beau rouge de brique dont les figures sont peintes sur un fond jioir, net et luisant comjne le jais, mais aussi parles vraies conditions de l'art, Télégance et la variété des formes, la perfection singulière du dessin, le goût, l'esprit, la grâce e4 la gaieté dans le tracé des figures et des ornements.

Cabinet des médaMles et monnaies (JHedal Room), Formé par les collections de sir Haas Sloan et de sir Robert Bruce Gotton , qu'ont augmentées les donations de George IV et les legs de quelques autres amateurs, il comprend trois divisions : monnaies anciennes, — monnaies modernes, — médailles. Les premières se composent : de monnaies grecques arrangées dans un ordre géographique ; — de monnaies des villes libres qui se servaient de caractères étrusques, romains, puniques, espagnols; — de rnoonaies romaines arrangées , autant que possible , dans Tordre que tracent la .<^onologie et la géographie. La seconde division comprend, d'une part, les monnaies nationales, anglo-saxoimes, anglaises , angio-normanjies , écossaises , irlandaises ; — d'une autre part, les monnaies des mations étrangères^ Enfin la collection des médailles , toutes de Tait moderne , réunit aux médailles frappées dans le Royaume-Uni quelques-unes de celles du reste de l'Europe.

Cabinet des estampes (PrifU Boom). U se compense des

eoUectians de gravures et de dessins léguées par deux amateurs, le révérend C. M. Cracherode et M. Richard Payne Knight. On dit que les gravures y sont nombreuses ; mais je doute, à voir te silence absolu que garde sur ce point le synopsis anglais, qu'ail y ait rien d'intéressant et de précieux parmi les dessins originaux. Et comme il faut , pour pénétrer dans le Print Boom, une permission spéciale , longue à obtenir, si ce n'est difficile , je me suis abstenu de toute vérification. Ce recueil de dessins , quel qu'il soit réellement, n'aura pas plus d'utilité que ceux de Florence, ou de Naples, ou de partout ailleurs qu'à Paris, car les dessins n'étant livrés, ni à toutes les mains, ni à tous les yeux, demeurent enfouis dans leurs cartons, sous les clefs de leurs armoires, coname un trésor oublié.

On a déposé dans la même salle quelques papyrm égyptiens.

Galerie des antiques (Gallery of Antiquities). En arrivant à cette partie du British Muséum qui forme véritablement le musée britannique, parce qu'elle est une véritable collection d'objets d'art^ j'ai hâte de franchir les pièces qui n'en son^ en quelque sorte, que le vestibule, pour pénétrer in médias res , au cœur du sujet. Je vais donc , en engageant le visiteur à suivre mon exemple , donner un simple coup d'oeil sur une galerie d'antiquités grecques et romaines qui fut sans doute le noyau primitif du smsée tout entier, c'est-à-dire la collection de sir Hans Sloan et des premiers donateurs. Il y a là un assez grand nombre de statues, statuettes, bustes, bas-reliefs, vases, candélabres, tombeaux , inscriptions , etc. Mais ce sont très- généralement de petites choses, et de petite valeur, comme les peut mettre dans son cabinet un amateur qui ne saurait ni acheter ni loger les grandes. L'on cherche vainement un seul de ces morceaux célèbres, et de mérite reconnu, qui ont une dénomination propre dans le monde des arts. Après plusieurs visites et tournées vraiment Consciencieuses, voici tout ce que j'ai pu distinguer parmi les marbres : un Dû-

cobole (lanceur de disque), — un faune jouant avec des crotales , — une Canéphore, — un Paris ^ — une Arianey — un groupe de Bacchus et Àmpelos , — une Vénus qui ressemble beaucoup à celle de Milo par la pose et larrangement , et qui pourrait ainsi, ayant ses bras entiers, indiquer quel était le mouvement des bras perdus de la nôtre , — im Hermès d'Homère , finement travaillé , mais de Tépoque romaine , — enfin une figurine d'Actéon dévoré par ses chiens, pleine de mouvement, de vie et d'expression. — Puis une assez longue série de bustes d'empereurs romains, Auguste, Néron, Trajan, Adrien et son Antinous, Maro-Aurèle, Luciuô-Verus, Septime- Sévère , Gordien , etc. — Puis deux petits bas-reliefs curieux, l'un presque en haut-relief, Nessus enlevant Déjanire, l'autre en relief très-bas, l'Hercule assyrien abattant un cerf. Ce dernier, reconnaissable à sa barbe en longs tuyaux, ressemble aux figures des plaques en albâtre de Nimroud et de Khorsabad, que nous trouverons bientôt. L'on peut ajouter à cela quelques idoles indiennes', en marbre , en pierre , en métaux , et quelques mosaïques de l'espèce appelée pavimenta, qui pavaient habituellement le triclinium , ou salle à manger. Ellesisont presque toutes romaines. Une seule provient des ruines de Garthage : c'est une tête colossale de triton, sujet qui convenait à la Londres antique ; tout cela sans importance et pas plus utile pour l'historien et l'archéologue que pour Tartiste.

Il faut pourtant dire quelques mots rapides du cabinet des bronzes {Bronz Room), Dans cçtte collection assez nombreuse , mais qui ne contient que de petits objets, se trouvent 35 figurines de Gupidon, 21 de Mercure, 14 d'Hercule, 14 d'Harpocrate , 3 de Bacchus, etc. Il n'y a guère à distinguer, parmi tout cela, qu'une belle statuette de Mars dans le vieux style étrusque , et une statuette de Mercure , si légère, si vive, si charmante, que si Jean de Boulogne l'eût connue , on pourrait l'accuser de l'avoir imitée dans son fameux Mercure volant. L'on trouve aussi, parmi les

bronzes grecs, des figures votives de dieux ou de héros, des thuribules ou encensoirs, des pyxides ou boîtes à onguents, des rhytons ou vases à boire, des miroirs avec leurs manches ornés, des lampes, des amphores, des lécythes ou grosses bouteilles , avec des figures en simple contour, tracées en brun, rouge ou noir, sur fond blanc, enfin un beau vase funéraire, à couvercle, peint en blanc, et formé par Tassemblage de trois poitrines de griffons dorés. Ce vase contient des ossements humains, et, entre les dents de la mâchoire, se trouve encore une obole d argent , au coin d'Athènes , dont le mort devait se servir pour payer à Garon le passage du Styx. Parmi les antiquités romaines, parmi les casques, les boucliers^ les jambards, les ceintures militaires, on dislingue un étendard et deux aigles de légions. Gela dit, passons vite aux grandes collections, en les plaçant à peu près^ dans Tordre que leur assigne la chronologie.

Antiquités assyriennes {Ninvroucl Roorn). Ges débris du vieil empire que fondèrent Assur etNemroden élevant Ninive et Babylone (vers les années 2700 et 2650 av. J. G.), qu'illustrèrent Bélus et Sémiramis ( Samrauramit ), qui traversa le bûcher -de Sardanapale et dura jusqu'à Cyrus (538 av. J. G.), sont la plus récente conquête du British Muséum. G'est dans les années 1845, 1846 et 1847, puis en 1849, que M. Layard, envoyé par sir Strafford Ganning, les tira des ruines de la vUle appelée Nimroud, située sur le Tigre, un peu plus bas que Mossoul, et du monticule de Koyoundjek, sur l'emplacement même de Ninive. Aussi ne sont-elles encore ni numérotées, ni décrites en détail dans le catalogue.

Si Ton excepte quelques-uns de ces Taureaux ailés, à têtes d'hommes, semblables à ceux que nous avons au Louvre, mais plus petits, les reliques de l'art assyrien, apportées à Londres, se composent presque uniquement de grandes tables ou plaques en albâtre gris, où les ligures et les objets sont tracés simplement en bas-relief. Ges tables devaient être autant d'annales parlantes, autant de

chapitres d'histoire lapidaire, rappeknt, comme les fasteur capitolins de Rome, qui s'écrivaient dans les ' comices sur des tables de marbre, les principaux traits de l'histoire du peuple assyrien, ou plutôt de l'histoire de ses rois. C'est effectivement le personnage du roi (quel roi? nul ne le sait* avec certitude ^) qui se retrouve à peu près dans tous les tableaux sculptés. Ge personnage est facilement recon* naissable, soit parce qu'il est suivi d'un porte -ombrelle,, d'un chftsse-mouche ou de musiciens, soit parce qu'il porte la tiare, soit parce qu'au-dessus de sa tête voltige le Férouher ou image ailée de la divinité. Dans une de cea représentations du roi, portant la tiare, il est facile de reconnaître, à quelques restes de peinture, que cette figure était entièrement peinte sur l'albâtre, et de couleurs di- •verses. C'est en rouge qu'étaient coloriées les semelles des sandales du roi. Les talons rouges de Versailles ne se doutaient pas combien cette nouvelle mode était vieille.

Les sujets des bas-reliefs 'assyriens sont très-variés et souvent très*compliqués, réunissant dans le même cadre des hommes, des animaux, des plantes, des édifices, formant enfin de véritables travaux d'histoire. Naturellement l€is plus ordinaires sont des batailles ou des sièges de places, fortes. Dans les unes, on voit habituellement le roi sur son chariot de guerre, des charges de cavalerie, des archers, lançant les flèches, quelquefois à la manière des Parthes, l'étendard portant le Férouher , des prisonniers conduits les mains liées, des morts dévorés par les aigles ou les vautours. Dans les autres, la ville assiégée est d'habitude entourée d'eau ; elle a deux ou trois étages de murailles^ bastionnées, et c'est avec des tours roulantes ou des machines à bélier qu'on l'attaque , tandis que les assiégés jettent des feux sur )'ennemi, et s'efforcent d'amortir avec

t. On s'accorde toutefois à voir dans ce personnage l'un des rois bibliques, Tun des souveraias assyriens dont parlent les Écritures (le- Livre des Rois, Isaïe, Esdras, etc.), tels que Sargoo , Sennachérib,. Assur-Akhbal , Nabuchodonosor.

des chaînes les coups du bélier. À la prise d'une ville, on voit des femmes fuyant sur des chariots traînés par de jeunes bœufs; ailleurs un homme fuyant sur uii chameau. Ces représentations de sièges et de batailles donnent une idée suffisamment daire et complète des formes de la guerre à cette époque ; et quand on songe que ces plaques d'albâtre doivent avoir près de trois miÛe ans, on est surpris du peu de changement qu'a subi l'art de la guerre jusqu'à la découverte de la poudre à canon. A peu près partout y à peu près en tout temps, on voit les mêmes armes et les mêmes procédés pour l'attaque et pour la défense. Parmi ces tableaux en rehef, on peut étudier de préférence, comme les plus importants et les plus curieux, comme offrant le plus de mouvement, d'action^ de variété, le Siège d'une ville par un, roi que l'on croit être Assur- Akbal ly une Bataille d'Assur-Akbal III contre les Susiens, le Triomphe dé ce roi après sa victoire, et Y Érection d'un Taureau Colossal par une foule d'esclaves aux ordres de Sennachérib.

Une autre espèce de sujets souvent traités , ce sont des chasses, soit au lion, soit au taureau sauvage, à coups de flèches et de lances. Le roi est alors dans son chariot, avec ses musiciens, recevant l'offrande des victimes. Enfin, toujours le roi. Tantôt c'est son simple portrait, en pied ou en buste ; tantôt il préside à un passage de troupes, sur des montagnes ou à travers des bois; tantôt il reçoit des ambassadeurs et leur offre la paix en tenant deux flèches dans sa main; tantôt U célèbre quelque rite reUgieux de-^ vaut l'arbre sacré ; tantôt il franchit ime rivière, encore sur son chariot, que porte une barque à gouvernail montée de quatre rameurs et d'un pilote. Cette barque est dirigée dans l'eau par un homme qui nage en avant, soutenu sur une outre gonflée ^ Des chevaux et des poissons nagent alentour.

1. Encore aujourd*îiui, c*est sur des outres enflées d'air que se posent les radeaux qui servent à la navigation du Tigre et de TEuphrate.

Quand ce n'est pas le roi que représentent les marbres assyriens, ce sont des divinités. Elles portent habituellement sur la tête un chapeau conique, orné de deux ou trois cornes. L une tient à la main un épi d'orge barbu ; l'autre une pomme de pin ; celle-ci un panier de jonc; cellelà un arbrisseau fleuri. Mais ce qui distingue surtout ces êtres supérieurs et surnaturels de la simple humanité, c'est que tous, dieux ou déesses, ont de longues ailes comme celles qu'on prête aux archanges chrétiens. L'une des déesses — celle, si je ne me trompe, qui a une tête d'aigle sur un corps de femme — déploie même deux paires de grandes ailes. On voit qu'en donnant aux messagers du Très-Haut cet attribut qu'avait déjà reçu des Égyptiens leur Minerve (Neith), et que Proserpine aussi recevait des artistes païens, les vieilles légendes du premier âge chrétien n'ont rien fait de plus nouveau que les marquis de rCEil-de-Bœuf en mettant des talons rouges à leurs souliers.

Quelques-unes de ces tables assyriennes représentent des fêtes et des danses; d'autres des écuries, des étables, des intérieurs de maison. Quelques-unes aussi offrent, au lieu de figures, de longues inscriptions dans ces caractères appelés cunéiformes, c'est-à-dire ayant la forme de clous ou de coins, dont le sens est à peine entrevu par la science moderne. Deux objets seulement ont une autre forme que celle de tables ou plaques. L'un est une statue , trouvée à Kalah-Sherghât, la seule qu'aient jusqu'à présent fait découvrir les fouilles entreprises parmi les ruines des villes assyriennes. Mais cette statue d'un roi sur le trône, trèsdégradée et sans tête, n'offre rien de curieifx pour l'art, ni d'utile pour l'archéologie. L'autre objet, bien plus intéressant, est un petit obélisque en marbre noirâtre, haut d'environ deux mètres, coupé à quatre faces et s'amincissant de bas en haut, qui fut trouvé dans l'intérieur d'un rempart ruiné. Il contient, outre deux cent dix lignes d'écriture cunéiforme, vingt bas-reliefs avec un grand nom-

bre de figures d'animaux, lions, rhinocéros, singes, chevaux, etc., conduits par des hommes qui portent des présents. C'était sans doute un trophée de victoire et de conquête, qui rappelait les offrandes présentées au roi par la nation soimiise. Et comme ce sujet est clair jusqu'à l'évidence, qui sait si le petit obélisque du British Muséum ne fournira pas quelque jour à un nouveau GhampoUion le moyen de déchiffrer par conjecture les hiéroglyphes de récriture cunéiforme * ? On a recueilli de plus quelques briques en faïence peinte qui servaient à la décoration intérieure des habitations, conune les azoulai dont les Arabes d'Espagne ont rempli leurs monuments.

Les remarques générales que l'on peut faire sur les tables de Nimroud, c'est qu'elles sont sculptées en bas-relief très-bas, presque sans relief; — qu'elles sont très-finement touchées par. le ciseau et soigneusement polies; — que, sauf les yeux, mis presque de face dans des personnages toujours vus de profil, sauf aussi les épaules qui ont précisément le même défaut, le dessin de ces bas-reliefs est vraiment beau, pur et sévère ; — que les traits du visage et les muscles du corps sont assez fortement accentués pour arriver souvent jusqu'à l'expression; — que les compositions diverses, non soumises à des formes immuables et conventionnelles, offrent beaucoup de mouvement, beaucoup plus que la sculpture hiératique des Égyptiens ; — qu'enfin les animaux sont très-fidèlement copiés d'après la nature , et que les chevaux , par exemple , loin de ressembler à ces lourds coursiers classiques, si longtemps admis dans les arts, ont toute la finesse de membres et toute la vigoureuse agilité des vrais chevaux arabes. Les

1. Déjà le docteur Hincks affirme que ces deux cent dix lignes d'écriture assyrienne contiennent les annales royales pendant une période de trente et un ans, et que, parmi les tributaires du roi d'Assyrie, se trouvent désignés successivement Jéhu , roi de Samarie (celui que Racine appelle, dsins Athalie ^ le fier Jéhu) , et Hazaêl, fait roi de la même contrée par le prophète £lie, vers l'an 885 av. J. C.

tables assyriennes ne prouvent pas moins que le poème de Job comment s'est conservée pure, sans altération nimélange, cette race primitive et normale du bel et utile serviteur de Thomme que Buffon npmme avec justice « sa plus noble conquête*. »

Antiquités égyptiennes (Egyptian Saloon). Avant de pénétrer dans ce monde exhumé des tombeaux, et qui semble n'avoir jamais été pleinement doué de la vie; — avant de passer en revue ces lions endormis, ces sphinx pensifs, ces cadavres emmaillottés, ces héros inertes, ces dieux accroupis, sourds, muets, aveugles, inîtnobiles, enfin cesmonstres étranges où, pour rendre la divinité visible et palpable , pour l'élever au - dessus de l'espèce humaine , on Ta rabaissée, par un assemblage impie , jusqu'à l'animalité ; — il est bon de prendre quelques notions préliminaires. Ces notions, que j'emprunterai en grande partie au synopsis anglais, doivent être de deux sortes : par les unes, on pourra connaître, à leurs formes et à leurs attributs, immuables comme le dogme lui-même, les divinités représentées ; par les autres, on pourra découvrir à peu près répoque où furent faites leurs images, et les rattacher ainsi à Tune des phases de Fart égyptien, de sorte que le visiteur, devant une figure quelconque , puisse se dire : cette figure est celle de telle divinité ; elle appartient à telle époqae de l'art égyptien, et partant à telle époque de l'histoire d'Egypte.

Voici d'abord l'explication de quelques termes qtii servent à dénommer les diverses parties du vêtement des statues égyptiennes :

1. Ce que je dis, enjgénéral, des antiquités assyriennes peut se vérifier au Musée du Louvre , où nous avons même des échantillonsplus considérables , — tels que les quatre énormes taureaux à tête d'hommes, avec leurs gigantesques statues latérales, — mais dont la collection, cependant, est, jusqu'à" cette heure, moins nombreuse et moins variée que celle de Londres. (Voir le volume des Musées de France au chapitre du Louvre , Mitsée Assyrien.)

Pschenty bonnet ou couronne porté par les divinités ou les Pharaons. Il est double et composé du schaa et du teshr.

Schaa, bonnet conique formant la partie supérieure du pscherU. Il est blanc.

TesUr y bonnet cylindrique , avec une haute pointe inclinée en arrière et un ornement en spirale par devant , formant la partie inférieure du pschent, H est rouge.

Alf, couronne d'Osiris et d'autres divinités, composée d'un bonnet conique posé sur les cornes d une chèvre, et flanqué de deux plumes d'autruche. Elle porte un disque au milieu du frontal.

Tesch, bonnet royal militaire.

Het, bonnet de la Haute-Egypte.

Clafty coiffure avec de longues bandelettes qui tombent sur les épaules et le cou.

Oskh, collier semi-circulaire, ou pèlerine autour du cou.

ScJienti, vêtement court porté autour des reins. Les statues des Pharaons ont de plus le tablier royal.

Gorriy espèce de sceptre terminé par la tête de l'animal appelé koukoupha.

Voici maintenant les formes et attributs des principales divinités composant la mythologie égyptienne. Nous leur adjoindrons, autant que possible, le nom des divinités correspondantes dans la mythologie de la Grèce et de Rome, ainsi que le nom des villes où leur culte était principalement en honneur. :

Forme humaine (homme) avec le teshr sur la tête surmonté de deux plumes, ou forme humaine et tête de bélier, — Amen, Ammon ou Hammon « le caché, » Zeus, Jupiter, dieu suprême, roi de» dieux. — Thèbes.

Forme féminine (femme) portant le teshr ^ — MoxUh « la jnère, » Héra, Junon, femme d'Amen. — Thèbes.

Jeune homme ayant sur la tête une seule boucle de

cheveux et le disque lunaire, — Chouns ou Chons « la force, » Héraclès, Hercule , fils d'Amen et de Mouth. -?-

Thèbes.

Fonne humaine à tête de chèvre, — Noum « Teau, » appelé par les Grecs Zeus-Chnoumis, et qui pourrait être aussi leur Poséidon ou Neptune, créateur de l'humanité.

— Éléphanline.

Forme féminine portant sur la tête une couronne circulaire de plumes, — Anèkay Hestia^ Vesta, femme de Noum,

— Eléphantine.

Forme féminine portant le het, avec ime corne de chèvre de chaque côté, — Saté « rayon du soleil, » aulre Junon, femme de Jupiter-Chnoumis. — Eléphantine.

Enfant ou nain, aux jambes noueuses, avec un scarabée sur la tête, ou forme humaine emmaillottée comme une momie, — Phtah ou Phta, Héphœstos, Vulcain, dieu du feu, créateur du soleil et de la lune. — Memphis.

Forme féminine à tête de lion, — Pash-t ou Pacht (Bubaslis) « la lionne, » Artémis, Diane, femme de Phtah. —

Memphis.

Forme humaine ayant la tête surmontée de deux hautes plumes et d'un lis, — Atoum-Néfer, supposé fils de Phtah et de Pash-t, appelé le « gardien de la narine du soleil. »

— Memphis.

Forme humaine à tête de faucon, coiffée de deux hautes plumes, — Mount, Ares, Mars, personnifiant la puissance solaire, — Hermonthis.

Forïne féminine avec l'égide sur la poitrine, ou souvent avec deux ailes, et foulant aux pieds le serpent Apoph, — Neithy Athènè, Minerve, déesse de la sagesse et des arts.

— Sais.

Forme féminine simple, ou forme féminine à tête do vache, — Athor ouHathor, Aphrodite, Vénus, déesse de la beauté, personnifiant la vache qui a produit le soleil. — Latopolis (Esneh) et Atho (Edfou).

Forme humaine k tête de faucon, portant le disque

solaire, — Ra, Hélios, le soleil, fils d'Athor, personnification du soleil levant. — Héliopolis.

Forme humaine portant le pschent sur la tête, — Atov/m^ personni^cation du soleil touchant.

Forme huînaine à tête de crocodile, — Sébak « le dompteur. » GrocodilopoHs (Ombos).

Forme humaine ayant une oie sur la tête, — Seb « Tétoile, » Ghronos, Saturne, dieu du temps.

Forme féminine ayant sur la tête un vase à eau, — Noupté ou Nepté « abîme du ciel, » Rhéa, Cybèle, femme de Seb. , Forme humaine h tête d'ibià, portant quelquefois sur sa 1 tête le disque lunaire, — Tlwth^ « Logos ou le discours, » Hermès, Mercure, fils de Ra^ inventeur de la parole et de } l'écriture, scribe des dieux, ayant puissance sur la lune. — i Hermopolis.

Forme humaine portant quatre plimies sur la tête, — En-pé ou Emeph « le guide du ciel, » fils de Ra, autre forme du dieu Thoth.

Forme humaine à genoux, portant sur sa tête le disque solaire, — Maou « le brillant, » personnification de la lumière du soleil.

Momie portant le lut, — Ousri (Osiris), fils aîné de Seb et de Noutpèy appelé alors Oun-Néfer (Onnophris) « le révélateur du bien, » Dionysios, Bacchus des Grecs. — Busiris.

Momie portant le Atf, — Osiris, appelé alors Pethempâment^, « celui qui réside dans les enfers, » le Pluton des Grecs. — Abydos.

Forme féminine portant un trône sur la tête, — Isis « le siège, » Démétère, Gérés, fille de Seb et de Noutpèy sœur ^t femme d'Osiris. — Abydos.

Forme féminine portant sur la tête les hiéroglyphes des mots maîtresse eX palais, -^ Neb-t-a (Nephtys),- « la maîtresse du palais, » Perséphonè, Proserpine, autre fille de Seb et de Noutpé, sœur et concubine d'Osiris. — Abydos,

Forme humaine à tête de faucon, portant le pschent,-^

fforo«r (Harouéris), Homs aîné, Apollon, fils de Seb et de Noutpé, Ses yeux sont supposés représenter le soleil et la lune. — ApoUinopolis magna.

(Qsiris, Isis et Horus personnifient le principe bienfaisant.)

Forme humaine avec ime tête d'âne, ou vieux nain habillé d'une peau dé lion et portant des plumes, — Seth, flc l'âne, « Typhon, fils de Seb et de Noutpé^ l'esprit du mal* — Ombos.

Hippopotame debout, avec une queue de crocodile, et quelquefois une tête de femme, — TaourouTa ^er(Thouéris), femme de Seth. Ombos.

(Seth (Typhon) et Taour personnifient le principe malfaisant.)

Enfant avec des jambes faibles et des boucles de cheveux aux deux côtés de la tête, — Her^ « le sentier (du soleil),» Horus jeune, Harpocrates, fils d'Osiris et d'Isis. — ApoUinopolis parva.

Forme humaine à tête de chien. — Anoup (Anubis), surnommé « l'Embaumeur des morts » et le « Gardien de la Grille du sentier du Soleil » fils ou frère d'Osiris. — Lycopolis.

Prêtre assis dans une chaise et déroulant un volume, — /-£mp--ffep/ « venant en paix, » Asdépios, Esculape, fils de Thoth. — Philoë.

Taureau-pie portant sur sa tête le disque solaire, — Hépi (Apis), «le nombre caché, » fils toujours vivant de Phtah. — Memphis.

Griffon à tête d'âne, — Bar, dieu des Assyriens et des Phéniciens (Philistins), le Bacd de la Bible.

Forme humaine en costume asiatique et avec diadème portant une croix d'onix au frontal, — iten-|}ou(Réphan), dieu des peuples sémitiques (Asie occidentale).

Forme humaine avec la tête d'un oiseau noir, — Naubi (Nubia) ou NaM, «le Rebelle, » le dieu des peuplesnoirs*

Ponne féminine coiffée du Het, portant le bouclier et la lance, — Anta (Anaïtis), déesse des Arméniens et des Syriens.

Après cette longue liste des dieux, ou plutôt des diverses manifestations du même dieu que les Egyptiens adoraient sons tant de formes, nous passons à la seconde partie des notions préliminaires.

H est admis, si je ne m'abuse , que l'art égyptien, d'accord avec l'histoire de la nation, se peut diviser en quatre époques principales. L'une, la plus ancienne, et qu*on nonune « du style archaïque, » s'étend depuis les temps les plus reculés jusqu'à la douzième dynastie (vers l'an 2400 av. J. G.). Tandis que l'architecture, simple, forte, colossale, se bornait à. élever des masses de pierre (comme les premières pyramides qui appartiennent à la quatrième dynastie], la sculpture était massive aussi , et sortait à peine de l'enfance. Dans les statues de cette époque, la face est large et commune, lenezlong et gros, le front bombé ; les cheveux, à peine dégrossis, tombent en lourdes boucles verticales ; les pieds et les mains ont une longueur démesurée; le corps entier présente une forme ramassée et trapue. Les bas-reliefs sont très-déprimés, et l'exécution de toutes les œuvres du ciseau, même dans les fins détails, reste imparfaite et grossière ; mais l'exécution, et même le style, vont sans cesse ç'améhorant jusqu'à la douzième dynastie.

A cette seconde époque , tandis que l'architecture améliorée devenait un art plus savant, plus varié, plus riche de combinaisons et d'ornements, employant, par exemple, les colonnes et les triglyphes (conmie on le voit dans les hypogées dites de Béni -Hassan) , la statuaire, de plus en plus dégrossie et délicate, s'approchait de sa perfection relative. Alors on trouve plus de proportion et d'harmonie dans les membres du corps, plus d'exactitude et de finesse dans les traits du visage ; les cheveux sont disposés en boucles élégantes et plus fouillées; enfin la délicatesse du travail devient telle, jusque dans les moindres

détails, que souvent une statue est traitée et finie comme un camée. Quant au bas-relief, il s'emploie de plus en plus rarement, et disparaît même avec Ramsès II. L'invasion des Arabes Kouschytes, appelés Pasteurs {Hycsos\ sous la dix-septième dynastie (vers 2200 ans av. J. C), amena dans les arts de TÊgypte une décadence immé*diate,ou plutôt une véritable interruption, une disparition complète, qui dura jusqu'à l'expulsion de ce peuple étranger, deux à trois siècles plus tard.

Après la délivrance de l'Egypte, et sous les règnes fameux de Mœris, de Ramsès, d'Aménophis, de Sésostris, il y eut une renaissance de l'art égyptien. L'achiteclure prit ses derniers développements. On élev-a de vastes temples rectangulaires, ayant des murailles couvertes de sculptures, des vestibules à dômes coniques , des avenues de sphinx ou de divinités, et la colonne fut ornée de chapiteaux représentant des fleurs et des boutons de lotus ou de papyrus. On tailla dans le roc des temples entiers , et, dans le roc aussi, des galeries de sépultures, des hypogées, ornés de peintures historiques. Pour la statuaire, cette renaissance se distingue par un retour complet au style archaïque, par l'imitation évidente des plus anciennes œuvres de sculpture ; mais toutefois l'exécution diffère essentiellement , si le style se rapproche. Les membres sont plus libres et plus arrondis, les musdes plus développés, enfin les traits du visage améliorés et variés jusqu'à devenir des portraits. En outre, les détails sont terminés avec le soin le plus minutieux, et l'efiFet général est produit plutôt par ce fini de toutes les parties que par l'ampleur et l'harmonie de l'ensemble.

Une invasion des Éthiopiens, après la vingt-deuxième dynastie (dixième siècle av. J. G.), amena, comme précédenunent celle des Pasteurs, une nouvelle interruption dans la culture de l'art égyptien , qui renaquit encore, après l'expulsion des étrangers, sous le règne de Psammilique I", fondateur de la vingt-sixième dynastie (vers

660, ans av. J. C). L'art de cette seconde renaissance fut appelé Saite, du nom de la dynastie. Il ne dura pas^ plus qu'elle. Son caractère le plus spécial est Tapparition d'un genre tout nouveau, celui du portrait. Dans ce moment, à côté de l'art hiératique, de l'art traditionnel, les Égyptiens cultivèrent l'art qu'inspire la nature et qui exige la vérité. Les figures iconiques de cette époque sont nombreuses et excellentes*

La conquête de TÉgypte par les Perses, sous Gambyse (525 av. J. C), coupant de nouveau les traditions et Texer"cice de l'art égyptien, amena de nouveau sa troisième et définitive décadence. Il y eut bien, après la conquête d'Alexandre, sous les Ptolémées,- et après la conquête romaine, principalement sous Adrien, quelques essais tentés pour faire refluer la civilisation de la Grèce en Egypte, et notamment pour greffer l'art grec sur l'art égyptien. Mais ces tentatives, promptement avortées, n'eurent de succès ni réel, ni durable; et l'art en Egypte périt bien positivement avec le l*ègne et le culte des Pharaons.

A cette rapide esquisse historique, îl faut ajouter quelques remarques générales qui s'appliquent également aux diverses époques.

Les statuaires égyptiens firent emploi de matières beaucoup plus variées que les statuaires grecs, et surtout plus dures, plus résistantes, de plus long travail et de plus longue durée. Le marbre ne leur suffisait point, et Ton peut dire que toutes les autres substances propres à la sculpture se trouvent ' dans leurs œuvres : granit rouge , noir et gris, basalte, porphyre, jaspe, serpentine, cornahne, aragonite, pierre à chaux, pierre à sablon, — or,, argent, bronze, fer, plomb, — cèdre, pin, sycomore, ébène, — ivoire, verre, faïence, terre cuite. Les bas-reliefs étaient très-déprimés, très-bas, de même que ceux des Assyriens, et quelquefois exécutés en creux, au rebours du relief, comme ceux des pierres gravées. Mais les statuaires égyp-

tiens en firent peu d'usage, et la généralité de leurs œuvres sont en ronde-bosse.

Dans les statues, dans celles, du moins, qui ne sont ni de métal ni de bois , les bras restent collés à la poitrine et ne se détachent nullement du corps, en même temps qu'un bloc de matière lie également les jambes, qui ne sont pas plus détachées que les bras. Par derrière , une plinthe est disposée pour recevoir les inscriptions. C'est à cette disposition générale, ainsi qu'à la solidité des matériaux, qu'est due la conservation singulière des œuvres de la sculpture égyptienne lorsqu'on les compare aux œuvres bien postérieures et si mutilées de la sculpture grecque. Les cheveux, massés en «boucles verticales, tombent du sommet de la tête , et la barbe, au lieu de descendre des joues , est seulement tressée au bout du menton. Les yeux, les cils et les sourcils se prolongent jusqu'aux oreilles, et les paupières sont taillées à angle aigu. Le bas de l'oreille se trouve de niveau avec l'œil, ce qui indiquerait, aux yeux d'un phrénologue, une faible dose de matière cérébrale, et partant d'intelligence. Les lèvres sont très-accentuées, dilatées et souriantes, caractère qui se retrouve dans les anciens marbres d'Égine,, même dans ceux qui représentent des mourants et des morts. Si la sculpture est en bas-relief, ou en relief creux, le profil est naturellement plus en usage ; mais alors les yeux et les épaules sont vus de face, comme chez les Assyriens, comme chez les plus vieux artistes de la Grèce.

Dans toutes les œuvres de la statuaire égyptienne , les formes sont longues et grêles , les traits calmes et sans émotion, les membres et les muscles au repos. Outre l'immobilité, le trait distinctif de cet art c'est la régularité , la carrure, la parfaite symétrie, pour qu'il s'allie et se mêle à l'art de l'architecture ; c'est aussi , même dans les plus dures matières, l'extrême poli, la fine délicatesse du travail, qui arrive, comme je l'ai déjà dit, à traiter une statue comme un camée, et un bas-relief conmie une

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pierre fine. Un artiste de nos jours, avec toutes les ressources de la science moderne, serait fort esibarrassë pour tailler et polir le granit, le porph^, le basalte, comme faisaient les Égyptiens, et consumo'ait sa vie sur une de leurs œuvres gigantesques. Les statues des dieux, des hé* ros, des rois, des prêtres, des officiers de cour, étaient soumises, pour la taille et les proportions, à des règles ou canons immuables. Mais souvent , et notamment dans la troisième époque , le visage des personnages humains pouvait offrir assez de variété pour devenir un portrait. Quant aux diverses divinités, elles avaient des traits convenus, des types arrêtés, qui pouvaient les faire reconnaître aussi bien que leurs attributs, et souvent aussi Ton donnait à ces divinités les traits des rois régnants, ce qui est sans doute le dernier degré d'adulation où soient jamais descendus les arts, réfléchissant les mœurs de la société ^ Un homme qu'on avait grandi jusqu'à l'élever non-seulement sur le trône absolu de Sésostris, mais sur le piédestal d'Osiris, de Thoth ou d'Amen, pe pouvait avoir pour tombeau qu'une pyramide, à laquelle travaillait un peuple entier.

Il ne faut pas oublier que l'architecture et la sculpture , en Egypte , s'aidaient habituellement de la peinture , et qu'à peu près toutes les œuvres de ces deux arts étaient peintes, ou quelquefois dorées. Pour ce troisième art, la peinture, qui n'était guère que l'accessoire et le complément des deux autres, les Egyptiens se servaient des couleurs les plus simples. Longtemps ils ne connurent que le blanc, le noir, le bleu, le jaune et le rouge d'ocre. Ce ne fut que fort tard qu'ils employèrent le vert et le pourpre ; et ces couleurs si peu nombreuses étaiisnt simplement étendues Tune à côté de l'autre , sans qu'ils eussent jamais imaginé de former des nuances iutermédiaires ou des dé-

1. Alexandre f dans la suite, fut aussi représenté en Jupiter, Néron •en Baccbus indien et Louis XIV en Apollon.

gradations de teintes par leur mélange intelligent; les peintures proprement dites , que Ton a trouvées principalement dans les hypc^ëos de Thèbes, sont des peintures à Teau, des espèces de gouaches, assez semblables, pour les procédés, aux peintures romaines exhumées des Thermes de Nerva, des bains de Titus et des maisons de Pompéi. Elles sont étendues sur un enduit de chaux ou de plâtre , comme les fresques, ou sur des feuilles de papyrus, connne les dessins au lavis *.

Il faut se rappeler encore que toutes les œuvres produites par les trois arts du dessin pour l'usage public, et tous les objets produits par l'industrie pour lusage particulier, depuis le plus gigantesque obélisque jusqu'au plus petit ustensile de ménage, étaient décorés d'hiéroglyphes, c'est-à-dire d'inscriptions tracées en écriture égyptienne , qui était elle-même un véritable dessin. Les hiéroglyphes (de hiéros, sacré, et glyphéin, sculpter, graver) sont, en effet, des représentations de figures et d'objets servant d'écriture. Les uns sont phonétiques, c'est-à-dire qu'ils expriment des sons comme nos lettres , et alors ils se divisent en deux espèces : 1° alphabétiques , ceux qui représentent simplement une lettre , un son de voyelle ou de consonne. Ainsi un bras veut dire A, un hibou M, etc. ; 2<* syllabiques, ceux qui représentent des syllabes entières. Ainsi un ciseau (à ciseler) veut dire ab, une natte men, etc. Les autres hiéroglyphes, qui retracent non simplement des sons, mais des idées, sont de trois espèces : 1° idéophonétiques, ceux qui représentent une syllabe exprimant une idée. Ainsi une branche d'arbre {ndkhi) signifie la victoire, la puissance; un luth (nèbel), le bien, etc.; 2° symboliques, ceux qui représentent des objets exprimant une idée. Ainsi un ibis veut dire ibis, un singe la

1. Nous avons, au Musée du Louvre, des exemples de ces deux espèces de peinture : dans les bas-reliefs du tombeau de Séti I"', et dans une foule de papyrus peints.

colère, etc. Ceux-ci ont fréquemment leur prononciation écrite à côté d'eux en caractères alphabétiques ou syllabiques ; 3® déterminatifs, t&ux qui déterminent le sens des mots écrits en d'autres caractères et pouvant s'employer en plus d'un sens. Ainsi une paire de jambes, qui exprime toute espèce de mouvement, de locomotion, placée après certains caractères alphabétiques ou syllabiques, tels que ha, aka, oun, signifie être debout, marcher^ opparaître. On appelle hiératique (sacrée ou sacerdotale) l'écriture complète en hiéroglyphes qui s'emploie sur les monuments; démotique ou enchoriale (populaire, vulgaire) l'écriture plus abrégée et plus cursive que la hiératique qui fut introduite, au temps de Gambyse, pour les lois, les annales, les calculs, etc.

Muni de ces indications élémentaires comme d'un guide utile, on peut pénétrer avec plu^-de fruit et de commodité dans les salles égyptiennes du British Muséum. Les objets divers qu'elles renferment proviennent en partie de la collection de M. Sait, achetée par acte du parlement ; en partie de la collection faite en Egypte même par le célèbre voyageur Belzoni, continuée par sa veuve, augmentée par un autre Italien, M. Anastasi ; en partie des présents faits au musée par le comte de Spencer, le comte de Belmore, lord Prudhoe, le révérend R. Goff, M. Sams, M. Hamilton, M. Howard-Wise, etc. Ce musée égyptien forme deux divisions : l'une, dans les salles du rez-de-chaussée, contient les plus grandes et les plus lourdes pièces de sculpture, statues, bustes, sarcophages, sphinx, lions, griffons, tables d'inscriptions, tables sépulcrales, 'etc. ; l'autre, dans les salles du premier étage, les petits objets qu'on peut enfermer dans des armoires ou sous des vitrines, statuettes, vases, ustensHes, armes, amulettes, etc.

Je me garderai bien d'entrer dans le détail des objets, même de choix, qui composeùt cette double et vaste collection. Le catalogue numéroté suffit généralement pour satisfaire à la curiosité* du visiteur. Mais je veux du moins

recommander à son attention, à ses études, à ses respects, quelques pièces d'une importance capitale dans l'histoire . de l'art égyptien. "Elles font partie, pour la plupart, de la division des grands objets, au rez-de-chaussée :

Tête colossale d'Amen (Jupiter-Amxnon) rapportée de Thèbes à Londres par Belzoni ; — tête de Hamsès II ou III (Ramsès le Grand, qu'on croit le même que Sésourtasen ou Sésostris) ; — statue d'Aménophis III (Memnon) , le même roi que représentait la célèbre statue vocale de Thèbes; — statue de Séti-Ménepta II, assis; — statue d'un roi (qu'on croit Ménepta, fils de Sésostris), couronné du het et ceint du tablier royal ; — statue de la reine Mautémua, femme de Thothmès IV, mère d'Aménophis (ou Memnon). Cette statue, en granit noir, est ombragée par un vautour dans un bateau dont la proue se termine par la tête de la déesse Athor,- la Vénus égyptienne ; — groupe d'un gardien du temple d'Amen-Ra, appelé Iri-Néfrou, et de sa femme A-Pou ; — groupe de deux prêtresses; — petite statue de Thothmès III, à genoux sur neuf , arcs, emblème des ennemis de l'Egypte ; — trois pierres de la grande pyramide de Djizeh, qui en montrent l'angle d'inclinaison, etc.

Mais les deux plus précieux morceaux de toute la collection, et les plus célèbres, aussi célèbres et bien plus précieux que notre Zodiaque de Denderah^, sont la Table d'Abydos (ou Table des prénoms d'Abydos) et la Pierre de Rosette. La première fut découverte, en 1818, par M. Banks, dans une pièce du temple ruiné d'Abydos*, et

1. Ce Zodiaque de Denderah fut d'abord tenu pour une observation astronomique qui constatait l'état du ciel à une époque de prodigieuse antiquité. Mais la lecture des hiéroglyphes fit ensuite recon-* nattre que c'était tout simplement une figure d'astrologie judiciaire, un horoscope, tiré depuis l'ère chrétienne.

2. Aujourd'hui Madfouneh^ ou la Ville enterrée y sur la rive gauche du Nil, et qu'il ne faut pas confondre avec l'Abydôs de l'Asie Mineure ; sur PHellespont, aujourd'hui Nagara-Bowroum^

LE BiUTISH MUSEUM. 83

publiée depuis, en fac-similé, par M. Gailliaud, M. Sait, «t tous ceux qui ont écrit sur l'histoire ou la chronologie de rÉgypte. On croit qu'à Torigine, cette Table, en pierre <îalcaire, était une offrande faite par Ramsès le Grand (Sésostris), de la dix-neuvième dynastie, à ses prédécesseurs sur le trône d'Egypte. Lorsqu'elle fut découverte par M. Banks, puis copiée ^ar M. Gailliaud et d'autres, elle contenait les noms de cinquante-deux rois, disposés en deux lignes égales superposées, de vingt-six noms chacune. Une troisième ligne, inférieure, contenait vingt-six fois de suite le nom de Ramsès. Depuis ce temps, douze noms de la première ligne et huit de la seconde ont disparu par la rupture d'un coin. L'inscription du revers contient le discours ciïdressé par les rois morts « à leur fils Ramsès. » La Table d'Abydos fut achetée par l'Angleterre, en 1837, à la vente du cabinet de M. Mimant, longtemps consul' général de France en Egypte. Elle était la propriété d'un Français, elle était à Paris, et le musée des antiques l'a laissée partir pour Londres. Et l'on vante cependant le goût, la passion du dernier gouvernement royal pour les arts, les sciences et les lettres l

C'est pendant l'occupation des Français, en 1799, que la Pierre de Rosette fut trouvée près de cette ville (l'ancien Bolbitinum, appelé Rachid par les Arabes), dans les ruines d'un temple dédié au dieu Atoum par le roi Néchao. Les inscriptions que porte cette pierre, tracées jadis par ordre des grands prêtres rassemblés à Memphis pour investir Ptolémée V (Ptolémée-Épiphanès) des prérogatives royales en l'ajânée 193 avant J. G., rappellent les services tendus par ce prince à la contrée. Ce ne serait pas une telle circonstance qui, seule, pourrait donner à la Pierre de Rosette •la valeur et la célébrité dont elle jouit. Mais, par. une heur reuse conjoncture, ces inscriptions furent tracées en trpis langues et en trois caractères : 1" hiéroglyphes ou écriture hiératique ; — 2° écriture démotique ou enchoriale ; — 3* écriture grecque. Et c'est parla comparaison que l'on a

pu faire entre le sens facilement lisible et sûrement compris des inscriptions en grec et le sens encore inconnu des hiéroglyphes disant la même chose, que la Pierre de Rosette Qst devenue la première clef de récriture hiéroglyphique. A GhampoUion aîné, le savant et regrettable auteur de V Egypte som les Pharaons, revient l'honneur de cette découverte importante. Mais, bien que ses compatriotes fussent les inventeurs du précieux monument historique sur lequel se firent ses premières recherches, et bien qu'il ' l'eût acquis de nouveau par sa propre invention, ce n'est pas à son pays qu'il appartient' désormais. Les Anglais ont hérité de ce trophée de victoire, dont la science, et non la guerre, devait consacrer la propriété légitime. Sic vos non vobis.,,. Nous n'avons en France que la publication faite en 1841, par M. Letronne, du texte et de la traduction littérale de l'inscription grecque*.

Il est sans doute inutile de dire qu'un grand nombre des objets réunis dans le musée égyptien sont sortis des tombeaux, des villes souterraines où les vivants rangeaient et conservaient les morts. Tels sont les stèles ou tablettes sépulcrales recueillies en grand nomÏDre et qui appartiennent aux diverses époques de l'histoire d'Egypte , depuis les temps très-reculés antérieurs à la douzième dynastie, jusqu'au temps de la conquête romaine ; tels sont aussi les vases sépulcraux que les Romains nommèrent canopes, les croyant l'image d'un prétendu dieu du même nom. Ces vases contenaient les viscères des morts, qu'on embaumait séparément du corp's des momies. Ils étaient toujours, dans chaque tombeau, par série de quatre, et portaient les têtes des quatre génies ou juges des morts : 1° Antset, à tête d'homme , fils d'Osiris, premier juge des Amenti (Hadès, enfers) ; 2* Hapi, h tête de babouin, fils de Phtah, second juge ou génie ; 3*» Sioumoutf ou Taoulmoutfy h tête de

l. Le Musée du Louvre a reçu récemment (1853) un specimeh de la Pierre de Rosette,

chacal ; 4* Kebsnouf, à tête de faucon. L'on croit que le vase consacré à Amset recevait Tèstomac et les gros intestins ; le vase Hapi, les petits intestins; le vase Sioumoutf, les poumons et le cœur; le vase Kebsnouf, le foie et la vessie de fiel. Chacun des quatre vases sépulcraux contient des inscriptions hiéroglyphiques. Sur Amset se trouve im discours de la déesse Isis au mort, considéré comme Amset ; sur Hapi, un discours semblable de la déesse Nephthys ; sur Sioumoutf, un discours de la déesse Neith ; sur Kebsnouf, un discours de la déesse Selk. Quelquefois la formule du discours varie : c'est le génie qui parle au mort, annonçant qu'il lui apporte des habits de toile cirée, de l'encens et de Teau. Ces canopes sont généralement faits et terminés avec beaucoup de délicatesse. Les plus élégants sont en pierre appelée aragonite ; les autres en pierre calcaire, en poterie, en bois. C'est dans les tombes de Memphis, de Thèbes et d'Abydos qu'on les a trouvés en plus grande abondance. Leur usage semble remonter aux temps les plus anciens , et il se perdit entièrement sous les Pto-

léméee.

La salle des grands objets contient encore quelques peintures à fresque, recueillies dans les hypogées, ou tombeaux souterrains qui sont sous des collines à l'ouest de Thèbes. On les a découpées des murailles et enfermées sous des cadres, à peu près comme les fresques de Pompeï conservées au musée de Naples. Voici les principaux sujets qu'elles représentent : V Inspection des troupeaux de bœufs; — V Inspection des troupes d'oies et de canards ; — un Chasseur d'oiseaux aquatiques dans les roseaux du papyrus ; — une Offrande de blé, d'oies et de lièvres ; — un Vivier à poisso7i entouré d'arbres ; — des Chariots et des, Charrues tramés par des chevaux et des ânes; — un Groupe de femmes jouant de la nal)la (espèce de guitare); — un Repas, où les domestiques apportent du vin et des colliers, où des femmes dansent en jouant de la flûte. On voit par l'examen de ces peintures, non- seulement, comme je l'ai

déjà dit, que les Égyptiens n employsdent que des couleurs simples, peu nombreuses, sans augmenter les teintes par leur mélange ; mais encore que les figures, soit d'hommes, soit d'animaux, et tous les objets représentés, étaient d'abord tracés au contour noir avant que d'être coloriés. On voit aussi que les Égyptiens ignoraient entièrement les lois de la perspective et du raccourci. Sauf ces défauts, peu apparents d'ailleurs dans des sujets traités à la façon des basreliefs, sauf aussi le défaut ordinaire des yeux et des épaules, en face dans des figures de profil, le dessin ne manque ni de correction ni de vérité ; et, malgré tant de siècles passés sur cette espèce de badigeonnage, les couleurs sont conservées au point d'être encore très -fraîches et trèsvives.

Les salles des petits objets, au premier étage, méritent l'attention de tous ceux qui aiment à reconstruire, sur la vue de ses débris , une civilisation éteinte , à retrouver, comme le feu dans la cendre, la vie d'un peuple mort. Cette collection, très-nombreuse, renferme des échantillons de tous les objets qu'on peut appeler les reliques de la Vieille Egypte. Il y a d'abord une infinité de figurines représentant toutes les divinités que nous avens nommées précé- <lemment, et dans une foule de substances diverses, argent, bronze, pierre calcaire, pierre à sablon, pierre noire, lapislazuli, faïence, bois peint, composition vitrifiée, etc. Généralement les yeux de ces figurines sont en or, en argent, en émail, en pierres fines. Avec ces statuettes de dieux sont des statuettes d'une foule de rois, de reines, de prêtres, d'officiers de tout emploi, etc.; puis les figures des divers animaux sacrés, bœuf Apis, sphinx accroupis, lions couchés, chats assis, chevaux, gazelles, béliers, porcs, chacals, chiens, singes, lièvres, hippopotames, cynocéphales, quadrupèdes à tête de vipère, — ibis^ faucons, vautours, oies, — crocodiles, serpents, grenouilles, — scarabées et scorpions. Puis une foule de momies, non^seulement d'hommes et de femmes , mais encore d'animaux et même de ser^

pents, — avec des cercueils en bois peint dont les inscriptions rappellent les noms et titres des niorts^ — avec des tablettes sépulcrales où les morts sont représentés adorant les divinités de leurs choix, comme les chrétiens invoquent Ifes saints de leur dévotion, — avec des ornements sépulcraux en ivoire, jaspe, cornaline, — avec les bijoux des • morts, colliers, anneaux, boucles d oreille ; — enfin avec les amulettes qu'on enfouissait dans tous les tombeaux. Ces amulettes sont généralement en forme de scarabées ; d'autres en forme de hérissons, de chevaux, de taureaux, de chiens à tête d'homme, d'yeux symboliques, de disques du soleil, de sceptres de lotus, etc. Toutes, et surtout les scarabées, sont couvertes d'inscriptions hiéroglyphiques, quelquefois utiles à l'histoire, non du mort seul, mais du pays entier. Par exemple, un scarabée rappelant le mariage d'Aménophis III et de Taia, dit que l'Egypte s'étendait de Naharaïna (la Mésopotamie) au nord, jusqu'à Kalou au sud.

On trouve aussi des ustensiles de ménage et des ornements d'habitation : tables, carrées et rondes, lampes, boîtes, paniers, cruches, seaux, cuillers ; — des vases, les ims grands pour ci^ntenir le vin, l'huile, la cire ; les autres petits, pour les parfums et les pommades ; — des armes, pieux à crochet, arcs, javelots, haches, poignards, casques et cuirasses; — des instruments d'agriculture, socs de charrue, jougs de bœufs, roues, échelles, cordes, outils; — des instruments pour écrire, pugUlaires ou tablettes en dre, styles, cachets, boîtes à encre, étuis à plumes; — des instruments pour peindre, palettes, boîtes è couleurs, brosses en fibres de palmier ; — des instruments de musique, sistres, clochettes, cymbales, harpes diverses de cinq à dix-sept cordes, flûtes et pipeaux; — enfin toutes sortes de jouets, poupées, balles, dés et jeux d'échecs, dont les figures sont coniques avec les têtes rondes.

De tous ces objets, le plus curieux, il me semble, est une figurine de la déesse TVi-our, femme de Seth (Tiphon, le

génie du mal). Elle est représentée en hippopotame, debout sur ses pattes de derrière et les bras pendants, avec une tête de lion, des seins de femme et une queue de crocodile. Cette figure étrange, qui rappelle la Chimère des Grecs et certains démons du moyen âge, est la preuve bieii vieille d'une vérité de tous les temps : que l'homme ne peut rien inventer au delà des objets qu'il a connus par ses sens, et que , pour créer quelque chose, son imagination ne peut aller plus loin que de combiner, dans de monstrueux amalgames, les diverses parties de 1^ création. *

Antiquités lyciennes {Lycian room). Apportées en 1842 et 1846 par M. Ch. FeUows, ces antiquités appartiennent aux époques comprises entre Tannée 545 avant Jésus- Christ et Fempire byzantin. Elles proviennent des ruines de Xanthe , ville de Lycie, dans l'Asie Mineure, sur la rivière Xanthus ou Scamandre , qui sortait du mont Ida par deux sources, Tune chaude, l'autre froide, et qu'ont immortalisée les poèmes d'Homère.

Les plus ancieniies, extraites de TAcropolis de Xanthe, sont quelques bas-reliefs pris au monument appelé la Tombe des Harpies, sur l'origine et le sens duquel on a fait plusieurs conjectures tirées des croyances mythologiques. A ces bas-rehefs sont joints quelques fragments de sculpture où l'on retrouve la figure de la Chimère , ce monstre composé d'un corps de chèvre , d'une tête de lion , d'une queue de serpent, et vomissant des tourbillons de flamme, lequel, né en I.ycie de Typhon et d'Échidna, et tué par Bellérophon, n'était autre que la personnification d'un petit volcan sur une des cimes du mont Cragus. Les plus récentes sont quelques inscriptions , dans les langues lycienne et grecque, en l'honneur de Pixodorus, roi de Carie, au temps de Ptolémée-Philadelphe (vers 280 avant Jésus- Christ) , un sarcophage romain, des fragments d'un arc de triomphe élevé sous Vespasien , et même quelques débris d'une église chrétienne byzantine , trouvés sous le

monument grec , et sans doute engloutis par le même tremblement de terre.

Ces antiquités de dates extrêmes montrent les diverses conquêtes et les divers cultes qui ont passé sur la terre de Lycie. Mais les plus importantes sont d'une époque intermédiaire. Elles proviennent de ce qu'on nomme simplement le monument de Xanthe. M. Gh. Fellows en a construit un petit modèle en bois peint qui donne sa forme, ses proportions , son emplacement ; et l'on a pu reconstituer, au fond de la salle , toute une muraille latérale du monument. On voit que, sur une base massive, s'élevait une galerie quadrangulaire de quatorze colonnes d'ordre ionique, entremêlées du même nombre de statues, et soutenant une légère attique. Au pied de la base était une grande frise en bas-relief représentant une série de combats, où des guerriers armés à la grecque font face à des ennemis presque nus et évidemment asiatiques. Une autre frise, plus petite, et courant au sommet de la base, rappelait , à ce qu'on suppose , l'attaque de la porte dô Xanthe et la reddition de cette ville entre les mains des Perses. Deux autres petites frises, l'une intérieure sous la corniche en oves , l'autre extérieure , représentaient un festin , un sacrifice , des présents d*habits, d'armes, de chevaux, des chasses aux ours et aux sangliers. Les parties les plus entières, quoique bien mutilées, les plus belles , les plus curieuses , sont quelques-unes des statues qui alternaient avec les colonnes sous la galerie circulaire. Elles sont sans têtes, sans mains et sans pieds ; mais les corps, les bras et les jambes offrent d'admirables proportions , des mouvements pleins de grâce et une exécution supérieure.Vêtues d'une étoffe transparente , de celles que les Romains nommaient togx vitreœ^ nebula linea , ventus textilis (robes de verre, nuages de lin , vent tissu) , elles sont comme nues avec décence. Légères et élancées , elles semblent toutes fendre l'air, courir ou danser. Mais quelques-unes ont à leurs bases des allégories marines, dauphins, crabes, al-

cyons; et Ton croit, sur cette donnée, qu'elles formaient le cortège de Latone arrivant en Lycie avec ses enûints Apollon et Diane.

Quel était ce monument de Xanthe? Les uns le suppo-^ sent un temple^ consacré peut-être à Latone, peut-être à Neptime. Les autres le croient plutôt un trophée de victoire, rappelant, .soit la prise de la Lycie par les Perses, sous Harpage, Tan 545 av. J. G., et, dans ce cas, fait un ou deux siècles après Tévénement, soit la victoire d'un satrape persan, appelé Paiafa, sur les révoltés de Gilicie, en 387 av. J. G. Ge qui me semble hors de doute, c'est que ce monument, fût-il le trophée d'une victoire des Perses, est une œuvre de l'art grec, et de sa grande époque, entre Phidias et Lysippe. J'en ai pour preuve les inscriptions en langue grecque dont il était décoré, et parmi lesquelles oii a retrouvé quelques vers du poète Simonide, le flatteur de tyrans et de princes, en l'honneur des exploits du fils d'Harpage. J'en ai pour preuves encore plus évidentes le style et la perfection des débris, des statues surtout, que n'aurait pu faire nul autre peuple, et de nul autre temps.

Antiquités arcadiennes {Phigalian Saloon). Sur le mont Gotylius, près de Phigalie, en Arcadie, était jadis un célèbre temple d'Apollon-Épicurius (secourable), construit, d'après Pausanias, par Ictinus, l'un des deux architectes du Parthénon. De ce temple, duquel le même historien a dit : « qu'il était le plus admiré dans le Péloponèse pour la beauté du marbre et l'harmonie des proportions, » le British Muséum possède deux des frises en bas-relief qui décoraient l'intérieur de la CelUiy ou sanctuaire. L'une est composée de onze tablettes de marbre; l'autre de douze; l'une représente le Combat des Centaures et des Lapithesy l'autre le Combat des Grecs et des Amazones, ces deux sujets tant et tant de fois traités et reproduits par les artistes de l'antiquité païenne, parce que, en effet, toutes les conditions de beauté, de variété et d'action s'y trouvaient réu-

nies^ Pour montrer quel prix et quel intérêt doit s'attacher à ces sculptures de Phigalie, il suffît de rappeler qu'elles sont de l'art purement grec, et de l'époque de Périclès, c'iest-à-dire contemporaines des sculptures du Parthénon.

Avec quelques fragments de colonnes, de chapiteaux, de corniches, de métopes, de tablettes votives, trouvés en Laconie, à Sparte, à Délos, à Halicamasse, à Thèbes, en Thessalie, on a rassend)lé, dans la même salle, les moulures des câèbres marbres d'Égine. Ces moulures, fort mal réussies, n'ofirent qu'une bien imparfaite copie des originaux, que nous avons trouvés à la Glyptothèque de Munich, et dont nous avons parlé alors avec tout le détail et tout le soin religieux qu'ils méritent '.

Mais ce que contient de plus intéressant, si je ne m'abuse, ce même PhigcMan Saloon, ce sont des débris antiques qui eussent été mieux à leur place dans le salon précédent, le Lycian room^ avec les marbres de Xanthe. Personne n'ignore que la seconde reine Artémise, veuve de son frère Mausole, roi de Carie, fit élever à ce frèreépoux, dans la ville d'Halicarnasse, en l'année 355 av. J. G., un tombeau célèbre, qui, d'abord appelé le Ptéron, reçut le nom de Mausolée, et transmit ce nom à tous les monuments de la même espèce. Compté dès lors parmi les sept merveilles du monde, le Mausolée était l'œuvre des architectes Phitée et Satynis. Cinq statuaires s'étaient partagé le travail de ses ornements : Pythis fit un quadrige pour le sommet; Bryaxès sculpta les bas-reliefs du nord; Thimothée ceux du midi; Léocharès ceux de l'ouest, et ceux de

1. flc On y Toit peints (dans le temple de Thésée) , d'abord le combat des Athéniens contre les Amazones, combat représenté aussi sur le bouclier de Minerve et sur le piédestal de la statue de Jupiter- Olympien, puis la bataille des Centaures et des Lapithes.... » (Pausanias Attique, chap. vn.) < Sur le mur du milieu (au Pœcile), on voit le combat de Thésée et des Athéniens contre les Amazones. » {Ihid. , chap. XV.)

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