‹ Les musées de France--ParisChapitre 13 sur 14 · ET DE LHOTEL DE CLUNY · texte numérisé non relu

ET DE LHOTEL DE CLUNY

plaques, châsses, coftVets, tablettes, cippes et figurines;— d'autres en bronze,— statuettes, plaques et lampes ornées. L'on a rangé aussi dans la section de sculpture, et non sans raison, les nombreux meubles en bois sculptés, bancs d'œuvre, lits, sièges, crédences, buffets, dressoirs, cabinets % coffres, huches, bahuts, tables, portes et miroirs. Tous ces objets, assurément, sont très-curieux comme ameublements et décorations d'une habitation du moyen âge, et très-propres à montrer clairement aux regards les coutumes et les usages de l'époque qu'ils représentent. On peut établir, par leur secours, d'intéressants parallèles avec les coutumes et les usages de ce temps-ci, et mettre le passé en face du présent, ce qui est l'infaillible moyen de reconnaître, de toucher au doigt la loi du progrès ; mais en tout cas, fort peu de ces objets divers pourraient figurer dans un vrai musée à titre d'objets d'art. Il me suffît donc de renvoyer au catalogue, qui contient pour chacun deux des indications suffisantes sur son espèce, son usage, son origine et son époque.

La section de peinture rentre mieux dans notre sujet. Elle pourrait, effectivement, être portée à peu près tout entière au musée du Louvre, pour y remplir avec quelque avantage une des lacunes que nous avons signalées, celle des origines de la peinture moderne, et spécialement de notre peinture nationale, celle de la vieille école française. A côté de quelques tableaux italiens, des xive et xv^ siècles, antérieurs à la peinture à l'huile, tels que Jésus au jardin des Olives et les Saintes femmes au sépulcre, tels encore que les Pèlerins d'Emmails et VIncrédulité de saint Thomas, que l'on attribue, les deux premiers à un disciple de Fra Angelico, Gentile da Fabriano, les deux

* Ce mot, qui servait alors à nommer une espèce d'armoire portative, est resté avec le même sens dans la langue anglaise.

autres à Cosmé, célèbre enlumineur ferrarais, il se trouve quelques œuvres qui appartiennent en propre à la France. De ce nombre sont les fragments d'une peinture murale enlevée au réfectoire de l'abbaye des bénédictins de Charlieu (Loire), qui remonte au xii* siècle. Et quand on arrive aux œuvres du xv% il se rencontre une véritable et vénérable relique de notre histoire et de notre art national. C'est un tableau du roi René de Provence (1408-1480), l'élève des troubadours en poésie, l'élève des Italiens en peinture, «qui composa,» dit le chroniqueur ISostradamus, « plusieurs beaux et gracieux romans, comme la « Conqueste de la doulce merci et le Mortifiemeiit de « vaine plaisance *..., inais qui sur toutes choses aimoit, « et d'un amour passionné, la peinture, et l'avoit la « nature doué d'une inclination tout excellente à ceste « noble profession qu'il estoit en bruit et réputation entre « les plus excellents peintres et enlumineurs de son c( temps, ainsi qu'on peut voir en plusieurs divers chefs- « d'œuvre achevés de sa divine et royale main.... » Sans être un divin chef-d''œuvre pour l'époque qui avait déjà vu Fra Angelico de Fiesole et qui voyait Masaccio, ce tableau de René est remarquable et précieux. II a pour sujet une Prédication de la Madeleine à Marseille, où sa légende suppose qu'elle vint la première annoncer la parole du Christ, après qu'il se fiJt révélé à elle sous la forme du jardinier. L'on voit dans le fond, et en perspective chinoise, le port de la vieille colonie phocéenne ; sur le premier plan, l'auditoire de la sainte pécheresse, où s'est placé René lui-même avec sa femme Jeanne de Laval. La scène est bien conçue, claire et animée ,• la peinture,

' Le bon René est encore l'auleur d'un roman en vers, V Abusé en cour, et d'un livre mystique. Traité entre Vâme dévoie et le cœur.

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un peu sèche, mais précise, rappelle la manière du maître de René, Antonio Salario, le zingaro napolitain.

Deux autres pages du même xv^ siècle sont encore de l'école française, un tableau votif sur r/»imacM/ee Conception, et un tableau anecdotique, fort curieux, sur le Sacre de Louis XII. Viennent ensuite plusieurs échantillons de l'ancienne peinture allemande et flamande, des écoles de Cologne, de Bruges, de Leyde et de Dresde. Mais il faut plutôt les prendre, sous leurs anciennes formes de triptyques, de diptyques, de volets, de panneaux, soit pour des autels domestiques, soit pour des ornements d'habitations, que pour des œuvres d'art, et leur place, cette fois, est plutôt à l'hôtel de Cluny qu'au musée du Louvre.

J'en dirais autant volontiers de quelques portraits, — celui de Marie Gaudin, dame de la Bourdaisière, qui fut, dit-on, la première maîtresse de François 1^' encore duc de Valois, celui de la comtesse deChâteaubriant, Françoise de Foix, qui suivit Marie Gaudin pour précéder la duchesse d'Etampes et tant d'autres, celui de la marquise deVerneuil, l'une des maîtresses de Henri IV,— car ces portraits semblent réunis tout exprès pour mettre en relief les mœurs de cour sous le chef des Valois et sous le chef des Bourbons. Il en est un cependant qui pourrait, comme on dit, servir à deux fins, tenir aux mœurs et tenir à l'art : c'est une Vénus à peu près nue, sa flèche à la main, et s'appuyant sur l'épaule de l'Amour. On dit qu'elle est le portrait de cette Diane de Poitiers, qui, transmise du père au fils, régna sur la France jusqu'à la mort de Henri II, jusqu'à l'avènement de Catherine de Médicis; on dit de plus qu'elle est peinte par Primatice. Mais cette double assertion me paraît bien hasardée. Je ne puis retrouver là ni les traits de la favorite, — que les courtisans appelaient la vieille ridée, parce qu'elle avait dix-huit ans de plus que le roi, — tels qu'ils sont connus par les sculptures de Jean

Goujon et de Germain Pilon, ni la touche de Primatice,

telle que la montrent ses œuvres authentiques de Fontainebleau.

L'on peut aussi ranger dans cette classe à double objet, qui tient tout ensemble aux coutumes et à l'art, un grand nombre de manuscrits ornés, heures ou missels, qui, du xiv^ au xvin« siècle, marquent l'état des miniatures, du travail que les Italiens nommaient alluminare, celui des enlumineurs. On peut y ranger encore des peintures sur verre, soit vitraux d'églises, soit médaillons d'armoiries, du xvi^ siècle jusqu'à notre époque; et enfin une longue série d'émaux, les uns incrustés, les autres peints, presque tous des fabriques de Limoges, à commencer par les essais en style byzantin qui remontent jusqu'au xn' siècle, à finir par les médaillons à portraits du siècle dernier. Nous avions trouvé, dans le Louvre, un musée des émaux, à roccasion duquel nous avons brièvement raconté l'origine, les progrès et les formes diverses de cet art tout français qui se nomme la peinture sur émail. Il suffit d'observer, en renvoyant au catalogue pour les détails, qu'en cette branche d'industrie artistique, l'hôtel de Cluny est un vaste et riche complément du Louvre.

La même observation s'applique à la section suivante, celle des faïences et verreries. Dans cette autre branche où l'art se marie encore à l'industrie, ce que le Louvre laisse seulement apercevoir par échantillons, l'hôtel de Cluny le montre avec une profusion presque inépuisable. On y trouve les faïences italiennes, et non-seulement les vases de terre vernissée, servant aux usages domestiques, qui ont pris leur nom de la ville de Faenza, où furent établies les premières fabriques en imitation de celles des Arabes de la Pouille, mais aussi les belles terres cuites {terre cotte) du célèbre statuaire Luca délia Robbia. On y trouve les rares et précieuses faïences à reflets métalliques,

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que les Arabes d'abord , et les Mores après eux , fabriquèrent en Espagne et dans les îles Baléares (d'où vint le nom de Mayorlica donné aux produits de cette primitive industrie). On y trouve aussi quelques faïences ornées de l'Allemagne, et quelques grès des Flandres. On y trouve enfin les faïences françaises, qui, sous les mains et l'exemple du grand Bernard Palissy, devinrent les premières du monde, luttant de beauté et de renommée avec les émaux de Limoges. L'hôtel de Cluny peut montrer, non sans orgueil, au moins quinze morceaux divers, plats^ corbeilles, porle-flambeaux, qui ont pour auteur Bernard Palissy lui-même, et un nombre plus grand encore des ouvrages de ses continuateurs immédiats. Produits par l'union des deux grands arts, la sculpture et la peinture, auxquels s'ajoutait encore la science de l'émailleur, de tels ustensiles, étalés sur les dressoirs de nos pères, ne devaient plus être, comme toutes les faïences le sont aujourd'hui, de simples ustensiles de ménage ; ainsi que les anciens vases de l'Elrurle, qui ne rappelaient que dans les formes leur destination première, ils méritaient d'être des ornements, des décorations, des objets d'art enfin, à non moins juste titre que les tapisseries, les statues et les tableaux.

Il resterait encore à faire connaître les nombreuses pièces d'orfèvrerie, de bijouterie et d'horlogerie, qui marquent rétat de ces trois branches importantes des arts industriels, entre le temps des croisades et le siècle de Louis XIV, alors qu'elles menaient souvent à la culture des arts supérieurs, et que tel orfèvre, comme Verocchio, Ghirlandajo, Francia, Finiguerra, Baldini, devenait peintre, statuaire ou graveur. Il resterait à faire connaître également les beaux échantillons d'armes défensives, — casques, boucliers, cuirasses du corps, des jambes et des bras, — et d'armes ofténsives, — épées, poignards, lances, hallebardes, masses d'armes, — de lépoque antérieure à

l'usage exclusif des armes à feu, et touchant encore à la chevalerie, de cette époque où la noblesse militaire mettait tout son luxe et tout son goût dans sa parure de combat, où les fabriques de Milan et de Tolède gardaient leur universelle célébrité : intéressant chapitre qui s'augmenterait encore des armes orientales et des ustensiles de toutes les chasses, à courre, à tir et à l'oiseau. Il resterait de plus à mentionner les beaux produits delà serrurerie ornée, qui était comme l'orfèvrerie du fer; et les tapisseries de haute lice, ces splendides ornements des temples ou des palais, dont les plus grands peintres, Raphaël, Titien , Rubens, fournissaient aussi volontiers les cardons que ceux des fresques et des mosaïques; et les broderies, qui étaient comme les tableaux de chevalet de ces peintures murales en laines teintes et croisées ; et enfin toutes sortes d'objets divers qui forment, à la fin du catalogue comme un chapitre de mélanges à la fin d'un livre. Ces dernières sections, si dignes qu'elles soient d'intérêt et de curiosité, sortent, comme les premières, de mon sujet spécial, et le livret suffit très-amplement aux visiteurs.

J'indiquerai cependant, pour finir, un article précieux, tout nouveau venu, et qui n'est pas encore porté sur le dernier supplément du catalogue : c'est un devant d'autel en or fin, qui fut donné à la cathédrale de Bâle, dans les premières années du xi« siècle, par l'empereur Henri II, qu'on appela le Boiteux de son vivant, et qui, béatifié pour sa continuelle soumission au siège apostolique, est devenu saint Henri. Cet autel offre cinq figures ciselées : dans le centre, celle du Christ, aux pieds duquel sont prosternés, comme deux petits animaux familiers, l'empereur Henri et sa femme Cunégonde ; à droite , Gabriel et Raphaël; à gauche, Michel et saint Benoît, le promoteur de la vie monastique en Italie, jugé le plus digne, parmi les bienheureux, de compléter, avec les trois archan-

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