CHAPITRE VI
Le Palais des ^eaux-Âtts
Le Palais des Beaux-Arts
Lorsque "vint le moment de s'occuper de l'Exposition de 1900, on arrêta un projet qui consistait à détruire le Palais de l'Industrie et à créer une voie qui, parle pont Alexandre III, conduirait directement des Champs- Elysées à l'esplanade des Invalides. La perspective se trouvait de la sorte agrandie et l'on avait depuis l'avenue Marigny la vue de l'hôtel des Invalides que l'ancien monument masquait complètement.
Mais il fallait remplacer cette dernière construction dont l'utilité était incontestable ; on avait beau en critiquer le goût, la nécessité faisait que l'on continuait h la garder, alors qu'elle avait été édifiée en vue d'une simple exposition.
On décida de remplacer le Palais de l'Industrie par deux palais en bordure de la nouvelle avenue, construits par l'Etat pour l'Exposition de 1900. La YiJle de Paris, dont le pavillon disparaissait d'après les nouveaux plans, passa alors une convention avec le gouvernement, en vertu de laquelle le petit palais, situé à gauche de la nouvelle avenue, lui appartiendrait, une fois l'Exposition terminée.
Quant à l'autre, il doit rester la propriété de l'Etat qui y installera ce que bon lui semblera. Pour la Ville, raffectation de son nouveau palais était toute désignée. Elle allait enfin pouvoir y placer les richesses qu'elle acquiert depuis tant d'années au prix de grands sacrifices d'argent, en faire un musée.
De même que l'Etat possède les galeries du Luxembourg, dans lesquelles il réunit toutes les acquisitions de peinture moderne, de même il était tout indiqué, poiu' une grande capitale comme Paris, de devenir propriétaire d'un monument et d'y installer ses collections.
Depuis 1889, l'idée de faire un musée de la Ville de Paris avait parcouru un brillant chemin ; d'abord, la modeste installation de la rue La Fontaine, à Âuteuil ; puis, comme seconde étape, le pavillon de la Ville de Paris, aux Champs-Elysées, qui réalisait déjà un sensible progrès ; enfin, le Palais des Beaux-Arts, non plus cette fois se cachant modestement à l'ombre de son voisin, mais lui faisant pendant, en bordure d'une des plus belles voies. En sorte que l'on peut dire que, si l'on a attendu quelques années, on n'y a pas perdu et qu'en 1901, la Ville de Paris pourra convier ses habitants et les étrangers h venir admirer les richesses qu'elle réunit avec tant de persévérance.
Le nouvel édifice offre la forme d'un trapèze dont la base est sur la nouvelle avenue. Une façade à grandes arcades, au milieu de laquelle s'ouvre la porte monumentale donnant sur une sorte de pavillon central; aux deux extrémités de cet immense hall, deux pavillons également de forme presque carrée d'oii prennent naissance les deux côtés du
bâtiment qui viennent aboutir aux deux rotondes terminant la façade postérieure.
L'ensemble derédifîce est percé de baies ouvertes au dehors, formant ainsi tout autour du monument une première galerie extérieure.
Une seconde salle prenant jour par le plafond règne également sur les trois faces du bâtiment; enlin, une troisième colonnade donne directement sur la cour intérieure en forme d'hémicycle.
La simplicité de la construction lui donne un aspect grandiose et élégant, en même temps que la disposition des pièces permet d'y établir une exposition dans des conditions d'espace et de lumière parfaites.
Tel qu'il sera, le petit Palais des Beaux-Arts comptera parmi les plus intéressants monuments de la Ville de Paris.
Sa position en plein centre des Champs-Elysées que parcourt la foule des promeneurs, lai assure un grand nombre de visiteurs et son accès facile attirera tous ceux qui auront le désir d'admirer les collections de peinture et de sculpture qui y seront renfermées.
En attendant que la construction soit livrée à la Ville de Paris, c'està-dire en 1901, il était intéressant de savoir quelle destination l'Etat réservait au petit Palais des Beaux-Arts, pendant la durée de l'Exposition Universelle, puisque c'est h lui que revient la disposition des deux palais, durant cette période?
Poursuivant une idée qu'il avait déjà mise à exécution pendant les années précédentes, le gouvernement aurait l'intention de créer dans les deux palais une exposition d'art rétrospectit.
Déjà une partie de ce si vaste programme avait été réalisée dans les autres expositions universelles. La peinture jusqu'au commencement de ce siècle avait donné lieu à une réunion des plus intéressantes de tous les chefs-d'œuvre de l'art français des xvi% xvn' et xviu" siècle.
Pour faire suite à cette première reconstitution, une exposition de la peinture française aura lieu dans le grand palais des Champs-Elysées,
comprenant tous les lableaux de 1800 à 1900. On ne pouvait, en effet", choisir meilleur moment que cette année de 1900 pour jcler un coup d'œil en arrière et se rendre compte du travail admirable qu'a enfanté le génie national pendant les cent dernières années.
Quant au petit Palais, l'intention de l'Etat était d'y installer une autre exposition rétrospective non moins curieuse ; il s'agit de l'art et plus spécialement de l'art industriel jusqu'au commencement du siècle. Une Commission avait été réunie et l'on avait eu recours pour diriger ses travaux à la compétence de M. Molinier, le savant conservateur des objets d'art au Louvre.
Rassembler tout ce qui peut intéresser l'industrie dans un pays où la conception artistique avait produit tant de chel's-d'œuvre, où l'on avait su donner à tous les objets qui nous entourent un cachet empreint d'un goût parfait, était un programme suffisamment attrayant et l'on peut être assuré de l'intérêt que susciterait une lelle reconstitution. Malheureusement l'œuvre, dont le projet avait été établi, semblait, il n'y a pas encore longtemps, menacée de ne pouvoir arriver à tout le perfectionnement désirable.
11 s'est trouvé qu'après avoir approuvé le projet de la Commission sur les démarches à faire et les dépenses à exécuter, les crédits spécialement affectés à cette Commission n'avaient point encore été votés, de sorte que tous les travaux étaient suspendus.
Les frais, qui devaient être répartis sur les budgets des années 1898, 1899 et 1900, se trouvaient devoir èlre reportés sur deux exercices seulement, puisque l'année 1898 s'était écoulée, sans que l'on n'eût rien décidé, après plusieurs ajournements en avril, octobre et décembre.
En outre, une telle œuvre nécessite une préparation de longue main et de nombreuses démarches. En effet, lorsqu'il s'agit de réunir des éléments aussi divers s'étendant à toutes les branches de l'industrie, il faut se livrer à des recherches, à des enquêtes de toutes sortes ; tel objet,
coté et connu, fait partie de telle collection, a été acquis par tel musée, ne pourrait être obtenu cpi'au moyen de telle démarche! 11 y a donc là tout un travail préparatoire qui demande du temps, beaucoup de temps et exige déjà quelques frais ayant certaine importance. Il faut de plus s'assurer du concours des collectionneurs particuliers, ne pas trop prendre aux musées nationaux des environs de la Capitale, pour ne pas leur enlever leur intérêt, mais, au contraire, leur permettre d'attirer autant de visiteurs que possible. Enfin, lorsque tout est combiné, lorsqu'on s'est assuré du concours bienveillant de tous, il faut encore faire transporter les chefs-d'œuvre, ce qui nécessite des frais considérables, les grouper, soit par époque, soit par genre d'industrie, pour captiver de la façon la plus intéressante et la plus instructive le visiteur.
Le travail préparatoire a été exécuté et l'on connaît les éléments qui doivent constituer l'exposition rétrospective des arts industriels, mais, pour mener à bien l'œuvre commencée et qui existe déjà sur le papier, il manque et les subsides, et maintenant presque le temps. L'Exposition universelle doit s'ouvrir le 15 avril 1900 et le petit Palais des Beaux-Arts n'est même pas achevé comme construction. En outre, les frais d'installation d'après le cahier des charges, incombent à la Commission qui doit exposer. Avant donc de songer à placer le moindre objet, il faut décorer le monument et en faire tout l'agencement intérieur. Si l'on pense au peu de rapidité mis à voter les crédits nécessaires poiu- mener l'œuvre à bien, on trouvera que le temps matériel indispensable pour arriver au but est extrêmement limité.
Heureusement, la Ville de Paris n'a pas à s'inquiéter de ce qui pourra advenir du petit Palais des Beaux-Arts pendant l'Exposition de 1900; une seule chose l'intéresse, c'est qu'il lui soit remis en 1901 et que les travaux d'aménagement aient été exécutés, de façon qu'elle puisse en profiter pour y installer son musée.
C'est à ce moment-là qu'il y aura lieu de se livrer à un vérilable travail de reconstitution des collections de la Ville de Paris.
A l'heure actuelle, en effet, l'état des choses veut que bien des éléments essentiels du musée futur soient disséminés dans tous les monuments que possède la Yille.
Auteuil en contient la majeure partie depuis la démolition du pavillon de la Ville aux Champs-Elysées ; Galliera, également, où l'on a placé, en attendant l'extension du musée d'art industriel moderne, quantité de marbres dont la place est tout indiquée aux Champs-Elysées ; Cernuschi aussi, où l'on a mis à l'abri, en attendant, toute une série de maquettes qui ne trouvaient pas de place ailleurs; les tableaux enfin, mis provisoirement à l'Hôtel de Ville et qui se recommandent tout particulièrement par leur caractère décoratif.
Une fois ce premier travail de reconstitution terminé, commencera la vraie formation du musée.
Que faire du nouveau Palais? Comment comprendre la division des salles, la répartition des œuvres d'art? Y a-t-il lieu d'adopter un ordre plutôt qu'un autre? Autant de questions qui se posent.
De l'examen attentif des constructions, il ressort à première vue que les galeries sont suffisamment nombreuses pour que chacune d'elles puisse trouver un emploi différent. Ne pourrait-on procéder de la façon suivante :
1° Outre la classique séparation des œuvres de peinture et de sculpture, il y a lieu d'établir toute une série de divisions pour lesquelles l'ordre reste à choisir :
La peinture religieuse et la peinture profane, la peinture ancienne, dont la Ville possède de beaux échantillons en assez grand nombre pour remplir une salle intéressante et la peinture moderne, que la Ville acquiert tous les ans, avec le même esprit de suite, en s'attachant à former une collection complète de toutes les grandes
manifestations du travail, les paysages, les portraits, les scènes de genre.
Toute cette partie serait, bien entendu, la plus considérable et formerait le fond même du musée. C'est là que l'on retrouverait les toiles qui, tous les ans, sont acquises par la quatrième Commission du Conseil Municipal après les Salons.
2° Un des attraits du nouveau musée de la Ville de Paris sera l'exposition de ses esquisses.
On sait, en effet, que la préoccupation constante de la Municipalité a été d'embellir les monuments publics lui appartenant, églises, mairies, écoles, bôtel de ville. Ce programme a été suivi fidèlement depuis 1870. En procédant méthodiquement, on réunirait tout d'abord ce qui a rapport h la décoration de l'Hôtel de Yille. On eut recours, pour y arriver, aux talents des maîtres de l'art moderne à qui l'on fit des commandes directes. C'est ainsi que Bonnat, Gervex, Puvis de Cliavannes, J.-P. Laurens, etc., eurent chacun à exécuter des panneaux, des plafonds pour les salles de fêtes et de réceptions; on a ainsi réuni les études les plus brillantes des maîtres modernes.
Il eût été fâcheux de ne point faire figurer toutes ces œuvres dans le musée, aussi la Ville de Paris eut-elle l'ingénieuse idée de se rendre acquéreur de toutes les esquisses de ces grands artistes.
Pour compléter cette série et bien que sa place dîit être autre part, il serait intéressant de réunir aux esquisses de peinture, la collection des ébauches de toutes les sculptures, faites pour la décoration de l'Hôtel de Ville et qui existent au complet.
Le public aurait ainsi sous les yeux l'ensemble de tous les travaux exécutés et se rendrait plus facilement compte des richesses de l'Hôtel de Ville.
En outre, ^insi qu'on l'a vu plus haut, des concours sont organisés, lorsqu'il s'agit de la décoration des mairies et autres monuments publics.
Quand les conciirrenls sont classés, la commission retient les œuvres des trois premiers et, moyennant des primes en argent, devient propriétaire de leurs esquisses. En sorte qu'à l'heure actuelle, la Ville de Paris se trouve en possession de toute une série d'études qui forment des documents des plus instructils sur le mouvement décoratif de ces vingt dernières années. Elle pourra montrer, par ces esquisses de tous les travaux qu'elle a commandés, à quel point elle pousse le soin de tout ce qui touche à l'art et combien elle s'est montrée généreuse et éclairée, en encourageant ainsi les talents de toutes sortes.
Classées par ordre méthodique, après celles de l'Hôtel de Yille, ces ébauches formeraient une salle d'un intérêt d'autant plus puissant, qu'une exposition de cette nature ne se rencontre pas souvent.
3° Un autre élément intéressant sera également la salle des gravures.
Il est rare que ce soit par des achats directs que la Ville procède, mais elle ne pouvait faire autrement que de s'intéresser à cette branche de l'art.
En général, le graveur obtient de la Ville la permission de reproduire un des tableaux lui appartenant. Avec l'assentiment de l'artiste qui a fait la toile, il exécute un dessin de l'œuvre, dessin qui reste la propriété de la Ville, ainsi que chacune des é])reuves tirées avant d'arriver au degré de perfectionnement absolu. Ce travail qui a été commencé, il y a déjà quelque temps, se continue d'une façon persévérante ; en sorte que, pour la gravure, dans un temps relativement peu long, on verra une salle très complète, reproduisant tous les chefs-d'œuvre que possède la Ville et particulièrement tout ce qui touche à la décoration de l'Hôtel de Ville, dont on aura un aperçu d'ensemble.
4° Une salle, également, pourrait être destinée à recevoir les aquarelles, fusains, dessins, pastels, dont la Ville possède déjà quelques échantillons.