CHAPITRE II
Le Musée Carnavalet
ET r.A
Bibliothèque Le Pelletier Saint-Fargeau
Le Musée Carnavalet
et la
Bibliothèque Le Pelletier Saint-Fargeau
Ce fut par un achat que la Ville de Paris devint propriétaire de l'hôtel Carnavalet. Un jugement, rendu à l'audience du Tribunal Civil de première Instance de la Seine, en dale du 7 novembre 1866, relate celle acquisition faite, moyennant le prix de 900,000 francs, aux consoris Ver dot.
Jusqu'en 1872, l'hôtel de la rue de Sévigné ne semble pas avoir eu de destination précise, mais l'intérêt qui se rattachait au monument.
par les souvenirs historiques et surtout le caractère très artistique répandu dans toute son architecture, le recommandait plus particulièrement à l'attention.
Voici, d'après une notice officielle, quels en furent les propriétaires et par quelles mains l'hôtel Carnayalet passa avant d'arriver à être possédé par la Yille de Paris.
Jacques des Ligneris, seigneur de Crosne, président au Parlement de Paris, acheta en 1544, dans les terres de labour appartenant au prieuré de Sainte-Catherine, un emplacement sur lequel il fit construire, par Pierre Lescot, un hôtel achevé plus tard par Jean Bullant et que Jean Coujon fut chargé de décorer.
Tout récemment, le marquis des Ligneris, descendant du premier propriétaire de l'hôtel Carnavalet, avisait le conservateur de la Bibliothèque St-Fargeau, qu'il tenait à sa disposition des documents retrouvés dans des papiers de famille et se rapportant à l'hôtel que possède actuellement la Yille de Paris.
Cette maison, à peine terminée à la mort de son propriétaire en 1556, comprenait le bâtiment principal en façade sur la cour ainsi que les trois autres corps de logis, affectés aux communs, mais élevés alors d'un rez-de-chaussée seulement.
En 1576, l'hôtel fut vendu par Théodore des Ligneris, fds du président, à Françoise de Kernevenoy, veuve du gouverneur du roi Henri III, dont le nom breton a été francisé et transformé en celui de Carnavalet.
De cette époque datent certains ornements de façade, notamment le masque de Carnavalet, sculpté sous les pieds de la figure qui décore la clef de la porte principale.
Grâce à des titres de propriété absolument authentiques, on sait maintenant que M""" de Carnavalet revendit, en 1602, à Florent d'Argouges, trésorier général des maisons et finances de Marie de
Médicis, un hôlel qui, clans les plans publiés par Jean Marot en 1640, porle le nom d'hôtel d'Argouges.
L'inlendanL des Finances Claude Boislève qui l'achela en 1654, conlia à François Mansard la mission de transformer et de compléter l'œuvre de BuUanl el de Pierre Lescol. Ce travail, achevé en 1661, eut pour elïet d'augmenter d'un étage le bâtiment de la rue des Cultures-Sainte-Catherine (rue de Sévigné) ainsi que les ailes en retour. Toutefois, Mansard respecta l'ancien portail de la façade datant du xvi° siècle.
Après la chute de Fouquet, qui entraîna Claude Boislève dans sa disgrâce, l'hôtel, à peine terminé, fut saisi par un arrêt de la Cour de justice du 18 juillet 1662 et adjugé au Roi au prix de 100,000 livres.
xMalgré les vives protestations et les revendications persistantes de Claude Boislève, alors détenu au Petit Châtelet, la propriété de la maison fut transférée en 1667 à Gaspard de Gellier, conseiller au Parlement, qui la loua d'abord à M. de Lillebonne, puis, ensuite en 1667, à M"" de Sévigné. Cette dernière ne quitta Carnavalet qu'en 1696, date de sa mort.
Mais déjà h celte époque, en 1694, l'immeuble avait passé aux mains de Brunet de Rancy, receveur général des Finances, qui l'habita dans la suite et le donna en 1717 à sa fille, mariée à Armand de La Briffe, conseiller d'État qui devint intendant de Bourgogne.
L'hôtel Carnavalet, dont les aménagements intérieurs avaient été considérablement embellis par M. de Rancy, resta dans la famille de La Briffe jusqu'en 1776, époque à laquelle il fut acquis par M. Bellanger, conseiller d'Etat, qui le donna à son neveu, Dupré de Saint- Maur, conseiller au Parlement.
La Révolution Française y installa ensuite la Direction de la librairie et l'Ecole des Ponts et Chaussées, qui demeura dans l'hôtel jusqu'en 1830. De cette époque jusqu'en 1860, il fut successivement occupé par l'institution Lyevens et par l'institution Yerdot.
Ainsi qu'on peiil le voir, la nouyelle acquisition de la Yille de Paris avait été, jusqu'à la fin du siècle dernier, habitée par des gens de robe et surtout par des financiers, au milieu desquels se dresse la figure de M™° de Sévigné qui y vécut pendant vingt-neuf ans.
Puis, au commencement du siècle, l'hôtel prend une autre destination, on y établit des services publics, et déjà une première fois les livres y font leur apparition pour bientôt céder la place à des écoles gouvernementales et particulières, et c'est dans ces mêmes murs où vivait naguère celle qui tenait une si large place dans les Lettres que venait s'instruire et apprendre à la connaître toute une génération d'écoliers.
Une seconde fois, les livres devaient tenter l'assaut du vieil hôtel, et y rentrer en triomphateurs, non plus des livres administratifs, non plus en service public, mais déjà en bibliothèque historique.
En 1872, après que la bibliothèque historique de la Ville de Paris eut disparu dans l'incendie de l'Hôtel de Ville, M. Cousin vint offrir sa magnifique collection composée de 10,000 volumes ayant trait à l'histoire de Paris et à l'époque révolutionnaire en particulier.
Un pareil don, au lendemain du jour où tant de richesses étaient anéanties, fut accueilli avec reconnaissance par la Ville qui nomma uumédiatement M. Cousin conservateur de sa propre bibliothèque et lui confia le soin de l'organiser à l'hôtel Carnavalel, afin d'en faire une collection.
M. Cousin n'était pas seulement un érudit et un bibliophile remarquable, il eut l'idée fort intéressante de créer à côté de sa bibliothèque proprement dite, un musée qui, dans son esprit, devait être une justification de tous les faits que contenaient ses livres.
La conception était fort curieuse et la Ville de Paris ayant donné toute hcence à l'organisateur pour la développer, c'est ainsi que l'on vit se grouper peu à peu -toutes sortes de pièces, qui n'avaient
qu'un lien commun, l'histoire de Paris et de la Révolution Française.
Ainsi qu'on le voit, l'idée du musée était née du cerveau d'un bibliophile qui y attachait uniquement de l'importance parce que ce qu'il y réunissait venait corroborer l'histoire de Paris, la compléter etlixer par des images tout ce que les livres racontaient. Aussi, remarquait-on des choses sans valeur, des peintures n'ayant rien d'artistique, réunies avec joie par M. Cousin, comme relatives au même sujet.
Un appoint considérable fut apporté par M. deLiesville, qui ajoutait une nouvelle bibliothèque de 10,000 volumes, plus un ensemble de bibelots louchant directement à la Révolution Française et surtout une collection incomparable de faïences d'art qui ont donné à l'embryon de musée créé par M. Cousin un essor considérable. M. de Liesville fut adjoint à M. Cousin et tous deux continuèrent leur œuvre. Une grande partie du musée actuel a donc été donnée par M. de Liesville qui abandonna à la Ville des richesses considérables.
Le nombre étendu des nouvelles 'acquisitions, tant au point de vue des livres qu'à celui des objets, fît que l'on commençait à se trouver à l'étroit dans l'hôtel Carnavalet. Un plan du musée en 1889 indique bien que les salles de la bibliothèque tiennent une place à peu près égale à celle du musée proprement dit.
Pourtant, les choses restèrent dans la même situation jusqu'en 1894. On continuait à faire entrer volumes et tableaux, bibelots et faïences, estampes et objets du temps passé, reléguant des livres au grenier sans pouvoir laisser le public en jouir et en profiter.
M. Cousin s'était adjoint M. Faucon que l'on avait nommé sous ses ordres et qu'il avait désigné d'avance pour le remplacer à sa mort. Ce fut ce qui arriva en 1894. M. Faucou devint conservateur.
D'une érudition remarquable, le nouveau directeur sut continuer l'œuvre de son prédécesseur. Son esprit largement ouvert et curieux de tout ce qui touchait à l'histoire de la Ville de Paris et à la Révolution sut
réunir quantité de documents nouveaux. 11 était à l'affût de tout et ce qui se rapportait de loin ou de près à Carnavalet ne lui échappait pas. En outre, le côté collectionneur qui dominait en lui, lui permit de réaliser souvent d'heureuses acquisitions.
11 arrive parfois qu'un musée de souvenirs suit l'impulsion que le conservateur lui donne et qu'il reflète l'esprit de celui qui est chargé de le diriger. Lorsqu'on visitait Carnavalet du temps de M. Faucon, cette impression se dégageait bien nette qu'on entrait chez un riche collectionneur, que toutes les salles renfermaient des richesses, mais qu'on ne savait par quel côté commencer pour les admirer.
Sans doute, ce n'était pas comme chez certains marchands de choses anciennes où sont entassés les objets les uns sur les autres ; il y régnait un certain ordre, mais c'était surtout dans l'esprit du conservateur que les objets étaient classés. La visite du musée, dirigée par M. Faucon lui-même, changeait absolument la manière de voir; il allait, venait, savait faire remarquer tel tableau et, en érudit passionné, il vous expliquait l'histoire de tous les objets intéressants; lorsqu'au contraire on visitait seul, on pouvait passer à côté de richesses et de bibelots très curieux sans même s'en apercevoir; rien ne frappait l'œil ou l'attention et les collections ne prenaient d'attrait que par le commentaire qu'il en faisait; alors, il est vrai, tout s'animait et devenait singulièrement attrayant.
Sous la direction de M. Faucon, direction qui fui trop brève, les livres eurent de durs moments à passer. L'activité du conservateur s'en prenait souvent à eux et des salles entières étaient déménagées avec ime extrême facilité, ce qui n'était certes pas pour jeter un peu de clarté et d'ordre dans ces énormes quantités de volumes.
Lorsque M. Faucon vint à mourir, le Préfet de la Seine, dans le courant du mois d'avril 1897, nomma M. Le Yaver conservateur de la
bibliothèque et du muse'e, mais lui adjoignit M. Gain pour le musée proprement dit.
Une chose curieuse arriva alors : le musée que son véritable fondateur M. Cousin avait créé dans le but de venir compléter sa collection de livres avait, en quelques années, pris un développement extraordinaire. Son extension devint telle que non seulement il égalait en richesses la bibliothèque elle-même, mais encore qu'il semblait vouloir progresser à son détriment. Aussi bien, le local devenait absolument insuffisant : à chaque instant, on était obligé de reléguer quelque objet dans les greniers et cet état de choses était aussi nuisible pour l'une que pour l'autre collection.
Ce fut à ce moment que, le 14 décembre de la même année, une décision du Conseil Municipal sépara définitivement les deux services; M. Le Vayer continuait à régner sur les livres, M. Cain était nommé conservateur du musée Carnavalet.
En même temps, le transfert de toute la bibliothèque était décidé dans l'hôtel Sainl-Fargeau, quelques maisons plus loin. On dépossédait les volumes de leur local et le musée qui avait grandi à leurs côtés les chassait maintenant, les forçant à trouver un autre refuge. Ils ne perdirent pas au change.
Lorsque M. Cain prit la direction du musée Carnavalet, il se rendit compte du changement qu'il fallait y opérer et la valeur artistique qui s'attachait à son nom était la meilleure garantie que ce travail serait mené à bonne fin.
A vrai dire, jusqu'alors, le musée s'identifiait peut-être un peu trop avec la personne de ses conservateurs, qui le connaissaient dans ses coins et recoins ; mais la compréhension n'en était pas familière au public qui s'y trouvait à chaque instant dérouté.
Il fallait y imposer un programme clair et précis, dont les grandes lignes devaient rester immuables et qu'on s'astreindrait à suivre dans l'avenir.
L'état dans lequel se trouvait Carnavalet était celui d'un dépôt où sont réunies et amoncelées quantité de choses, mais, sans aucun ordre apparent, sans autre logique que celle du bon plaisir de savants et d'érudits bibliophiles, à qui échappait le sens pratique de l'exposition et de la mise en valeur des objets.
De nos jours, à Paris surtout, on est frappé du développement qu'a pris celte notion. Depuis quelques années, une transformation complète s'est produite. A chaque instant, il s'ouvre un nouveau magasin dont il semble que le seul but soit de procurer le régal des yeux; les devantures sont des merveilles d'élégance. Les cafés et les restaurants ont décidé de rivaliser de bon goiit, et n'a-t-on pas cité, il y a peu de temps, une brasserie dont les murs avaient été décorés par des artistes fort connus. Sans doute, on aurait le droit de m'accuser de paradoxe si j'osais prononcer le mot Esthétique en l'appliquant à tous les étalages de notre grande cité, mais c'est une des caractéristiques de la vie parisienne que l'ingéniosité avec laquelle les choses y sont présentées.
11 n'y a guère de spectacle plus agréable pour l'œil que celui des magasins au moment du jour de l'an, lorsque ce souci d'attirer l'attention est poussé à l'extrême.
Nous sommes très gâtés sous ce rapport et il suffit d'aller dans n'importe quelle grande capitale pour se rendre compte de notre supériorité et de notre gotit. L'évolution est curieuse à constater lorsqu'on se reporte à ce qu'étaient les grandes vitrines de bijouterie au Palais- Royal, comparées aux installations luxueuses de nos jours. On se rappelle encore les grandes boutiques de fleurs d'autrefois, et on voit ce que sont actuellement ces temples où croissent en plein hiver les plantes les plus délicates. L'œil est attiré, séduit par toutes ces merveilles et le spectacle de la rue prend alors de l'intérêt.
N'est-il point préférable de partager cette nouvelle manière de voir.
à condition toutefois que l'objet présenté mérite par lui-même tous les efforts qu'on tente pour le mettre en valeur ?
Il semble que cette préoccupation soit entrée également clans l'esprit du nouveau conservateur. Et là, d'ailleurs, il avait suffisamment d'étoffe pour tailler dans le grand et rendre son programme aussi attrayant que possible. L'idée était parfaitement juste. « Je voudrais, disait M. Gain, que le public entrât dans l'hôtel en badaud et qu'il en sortît intéressé, surpris et charmé; que la leçon de choses qu'il a sous les yeux ne lui fût pas maussade, et qu'il s'instruisît sans le vouloir, presque en s'amusant ; qu'il eût le désir d'y revenir et d'amener ses amis pour passer quelques heures agréables. »
La conception était assez originale et séikiisante pour mériter d'être mise en pratique et la Yille de Paris ne pouvait faire un meilleur choix pour l'exécuter.
A vrai dire, le musée existait, le fonds y était, il s'agissait de classer le tout et d'y donner l'attrait. C'est ce qu'a excellemment compris et su faire M. Gain.
Dans une note artistique très développée, il a repris tous les riches éléments qu'il avait sous la main, 11 les a passés au creuset, et les a coulés dans un nouveau moule. Travail de réorganisation, travail de présentation qui s'est fait dans des conditions de rapidité qui témoignent de l'intérêt qu'il suscitait.
Actuellement, le public peut se rendre compte iacilement de toutes les richesses que contient Garnavalet. Elles lui sont présentées avec une logique qui fait que son attention n'est plus éparpillée, et qu'il se promène sans fatigue avec un plaisir toujours croissant au milieu des nouvelles salles, prenant goût à repasser dans sa mémoire l'histoire du vieux Paris qui défile sous ses yeux, racontée par le bibelot et l'image,
Le musée Garnavalet actuel occupe un terrain donnant sur la rue de Sévigné, sur la rue des Francs-Bourgeois et sur la rue Payenne.
Le qualrième côlé de ce quadrilatère est adossé à des maisons particulières.
L'ancien hôlel proprement dit ne comprend que les quatre bâtiments entourant la cour d'entrée, la seconde cour intérieure a été formée par des galeries reliant entre eux trois pavillons provenant du vieux Paris démoli et qu'on a reconstitués en cet endroit. La dernière partie du premier étage donnant sur la rue des Francs-Bourgeois est même de construction toute récente et a permis d'établir toute une salle oii prend place une série très curieuse de tableaux.
La façade donnant sur la rue de Sévigné est décorée d'attributs et de sculptures. Après avoir franchi la porte d'entrée, ornée d'une menuiserie du xvnf siècle, on pénètre sous une voûte qui donne sur une cour pavée, entourée de vieux bcâtiments; au rez-de-chaussée et au premier étage, de grandes fenêtres à petits carreaux portant des sculptures, ornements et statues, qui montrent avec quel soin les détails avaient été exécutés et qui permettent de juger les chefs-d'œuvre de Mansard et de Jean Goujon.
Au-dessus de la porte d'entrée, un fronton représentant deux grandes Renommées assises portant des palmes et accostant une clef dont la figure absente pour l'instant représente l'Autorité.
Au fond de la cour, les corps de logis où sont installées, en bas, les salles d'exposition ; au premier étage, le cabinet des estampes et le bureau du conservateur.
Devant les deux bâtiments latéraux, au bout, se trouvent deux petits escaliers donnant accès à des portes, celle de gauche ouvrant sur le grand escalier qui conduit au premier étage. Ces portes sont ornées d'une corniche due à Jean Goujon et composée de deux Génies assis et tenant des torches.
Au premier étage, le bâtiment de gauche ouvert par de larges fenêtres à peu près pareilles à celles de droite, contient des bas-reliefs
MLSKE CARNAVALET. 2ô
personnifiant les déesses de l'antiquité, Junon, Diane, Hébé, Flore.
Des figures sont également sculptées au premier étage du bâtiment du fond de la cour. Elles représentent les Saisons et sont aussi attribuées à Jean Goujon. Pourtant, tout porte h croire qu'elles ne sont pas dues au ciseau même du sculpteur, mais à celui des élèves qu'il faisait travailler sous sa direction.
Dans le corps de logis de la rue de Sévigné, au-dessus de la porte d'entrée, une étroite fenêtre avec ses petits carreaux verdàtres, c'est la fenêtre de l'oratoire de xM^'de Sévigné.
La seconde cour plantée est entourée de galeries modernes reliant entre eux trois pavillons.
Le pavillon de Choiseul, que l'on a reconstruit contre les propriétés voisines, provient d'un ancien hôtel démoli, lors du percement de la rue du Quatre-Septembre.
Sa façade, qui donne sur le jardin, est formée d'une grande baie au rez-de-chaussée et d'une autre au premier étage, divisées par des colonnes et flanquées de pilastres ; on y trouve une belle panoplie d'attributs guerriers. Le tout est couronné d'un comble à la Mansard, percé d'une lucarne en pierre.
Dans le rez-de-chaussée de ce pavillon, sont exposés des objets provenant de l'époque gallo-romaine; au premier étage, au contraire, se trouve un salon central, surélevé de quelques marches; il occupe le milieu de la galerie révolutionnaire, appelée galerie de Liesville. On y a réuni des boiseries d'une délicatesse remarquable; ce sont des panneaux en bois ciré; le motif est Louis XV. On les a trouvés dans l'hôtel des Stuarts, rue Saint-IIyacinlhe-Sainl-Michel. Les glaces elles-mêmes sont ornées de sculptures très fines, en forme de feuilles de palmiers, venant rejoindre des trumeaux entourés de guirlandes de fruits.
Le plafond de cette pièce est d'une autre époque, il provient, paraît-il, du salon d'un ancien petit hôtel de la rue Blanche, qui fut démoli lors de
la construction de l'église de la Trinité. Ce plafond est exécuté à la manière de Boucher. Les rinceaux qui l'entourent sont d'ailleurs assez insignifiants. Il fut restauré par M. Maillot.
Parallèlement au pavillon pnncipal et donnant sur la rue Payenne, s'élève le pavillon dit du Bureau des Marchands Drapiers. Il était situé autrefois rue des Déchargeiu's et a été réédifié à cette place par l'architecte Bognel, d'après les dessins de Jacques Bruant qui le construisit sous Louis XIII.
Ce bâtiment comprend un rez-de-chaussée et deux étages carrés avec des combles au-dessus. Le rez-de-chaussée est surélevé de terre par un perron de trois marches. Il comprend trois arcades avec des portesfenêtres à petits carreaux. Au premier étage, dans la partie du milieu, un grand motif décoratif repose sur des piédestaux. On y remarque des petits génies tenant d'une main des attributs nautiques et de l'autre une banderolle avec la devise « Fluctuât nec mergitur » ; au-dessus, un grand cadre de forme circulaire renfermant le vaisseau de Paris.
Ce pavillon, qui prend jour sur la rue Payenne, contient au premier étage toutes les boiseries de la chambre à coucher de l'hôtel Dangeau, place Royale. Aux quatre angles, s'ouvrent quatre portes surmontées de panneaux ornés de têtes de femmes symbolisant la Musique, la Comédie, l'Astronomie et la Peinture. La gorge du plafond, décorée aux quatre angles de génies à cheval sur des aigles, renferme une grande peinture allégorique à peu près disparue et qui semble dilficile à réparer. Les boiseries de cette pièce, curieuses comme disposition puisqu'elles semblent représenter de grandes écailles dorées, sont d'ailleurs en assez mauvais état.
Enfin, le troisième bâtiment, qui fait pendant au pîavillon de Choiseul, est l'arc de Nazareth. Il avait été construit sous le règne de Henri II pour faire communiquer l'hôtel de la Cour des Comptes avec les archives situées de l'autre côté de la cour de Nazareth, dans la Cité. Cette arcade
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donne sur la rue des Francs-Bourgeois et est fermée par une énorme grille.
Au premier étage, une pelile pièce, surélevée de quelques marches par rapport à la galerie qu'elle coupe en deux, ne renferme rien de saillant au point de vue décoration.
Ces trois pavillons sont reliés entre eux par des halls dans lesquels on a aménagé des salles d'exposition pour le musée.
La cour intérieure, formée par ces trois corps de bâtiments et le pavillon central, était occupée par un jardin dans lequel on avait rassemblé des restes du vieux pavé de Paris et des fragments d'architecture. Depuis quelque temps, on eut l'idée d'y dessiner un jardin à la française, représentant ces grandes arabesques Louis XIV, tracées avec du buis et qui donnent ainsi un caractère de reconstitution intéressant.
Voilà très succinctement décrit l'extérieur et l'ensemble des bâtiments qui composent le musée Carnavalet (').
Tel qu'il est, surtout depuis que les livres ont émigré h l'hôtel Saint- Fargeau, il reste assez d'espace pour bien mettre en valeur les éléments de toutes sortes que la Ville de Paris, par son choix éclairé, sait y réunir pour refaire son histoire et la suivre pas à pas à travers les siècles.
Après avoir monté l'escalier de pierre h rampe en fer forgé, on arrive au premier étage ; sur le palier, s'ouvre une porte monumentale du xvi° siècle en bois sculpté conduisant aux nouvelles galeries.
Je n'ai pas ici d'ailleurs la prétention de vouloir entrer dans le détail de toutes les richesses que contient l'hôtel Carnavalet. Un volume n'y suffirait pas et, dans un aussi rapide aperçu, luie pareille nomenclature serait déplacée ; le cabinet des estampes qui dans les derniers partages opérés par la Ville est resté au musée, n'est même pas encore classé entièrement.
(1). Nous avons eu recours pour tout ce qui regarde la partie technique de l'architecture à la notice sur ■Carnavalet contenue duTis l'Inventaire des œuvres d'art de la Ville de Pans.
Maintenant que les collections commencent à être l'angées, le travail du catalogue est commencé; mais, malgré la compétence de ceux qui ont bien voulu entreprendre cette œuvre importante, on ne peut avancer que lentement, un pareil ouvrage nécessitant des recherches et des travaux considérables.
Yoici quel a été l'ordre adopté par la nouvelle direction.
Une histoire de Paris par les tableaux, puis, le groupement dans chaque pièce de tout ce qui se rapporte à une époque déterminée; groupement logique et qui permet d'embrasser d'un seul coup d'oeil tous les documents que le musée possède sur chaque période historique et révolutionnaire.
Les nouvelles galeries, qui s'élèvent le long de la rue des Francs- Bourgeois, ont été affectées à l'histoire de la Yille de Paris à travers les âges. Ce sont toutes les phases de Paris depuis Lutèce jusqu'à nos jours, racontées par le pinceau. Une des plus curieuses séries, à litre documentaire, est l'ensemble, sur ce sujet, des peintures exécutées par les frères Raguenet, du xvn' siècle et retrouvées dans la galerie des bains de la fi Samaritaine ». Ces peintres faisaient assez exactement le même métier que, de nos jours, les photographes de la rue de Rivoli qui vendent aiLx étrangers des vues de la Ville de Paris et de ses monuments. L'habitude des Raguenet était de prendre quelques coins de Paris et de les reproduire indéfiniment par la peinture ; mais les choses ne pouvaient aller vite avec cette façon de procéder, c'est ce qui explique comment on a trouvé, peintes par le même auteur, plusieurs vues de la place de Grève, par exemple, à une ou deux années de distance. On y voit aussi des toiles anciennes d'Hubert Robert, des peintures sur cuivre et dont le sujet est presque toujours, la place de Grève, le Pont-Neuf et les rives de la Seine, avec la tour du Louvre et la tour de Nesle. Dans la pièce formée par l'arc de Nazareth, on remarque des dessins de Saint-Aubin et toute une collection de boutons d'habils avec des vues de Paris. Enfin,
les tableaux représentant les transformations du Paris actuel dont j'ai déjà expliqué l'origine. Dans une vitrine, tout un service à thé et à chocolat, de Sèvres, représentant les vues de Paris.
La salle du centre du pavillon des Drapiers, outre ses boiseries et ses tapisseries, vient de recevoir un des plus inestimables dons, l'effigie en cire d'Henri IV, que M'"' Desmottes a bien voulu remettre dernièrement à Carnavalet en souvenir de son mari. Ce buste, un des deux seuls subsistant à l'heure actuelle, est attribué à Michel Bourdin.
Les faïences révolutionnaires et au ballon de M. de Liesville sont contenues dans la pièce contiguë, où sont transportées les boiseries provenant de la salle à manger de l'hôtel Dangeau. Les peintures du plafond sont dues à Lebrun, et, plus heureuses que celles de la chambre à coucher, ont pu être restaurées par iM. Maillot.
Puis, c'est l'escalier conduisant aux galeries du bas, où sont exposés les objets de la période gallo-romaine et sur les murs duquel on a réuni toutes les enseignes du temps passé, des hosteliers, des marchands de vins, des charrons, etc. ; elles sont en fer forgé, et se détachent en dentelles noires sur le rouge sombre de la muraille.
Dans la galerie de la Révolution, presque entièrement donnée par M. de Liesville, on a procédé par ordre méthodique. En haut les faïences, vaisselles de l'époque, avec les emblèmes de la Révolution; les portraits des hommes célèbres; au-dessous, dans les vitrines, tous les bibelots de l'époque, les insignes, les médailles, les plaques, les décorations, des vitrines d'éventails, de montres, de boutons, les bagues de doigts de pieds des merveilleuses; enfin, tous les autographes du temps.
La grande salle de la Bastille, avec ses panoplies d'épées, ses coffres, ses ferrures, les tables des Droits de l'homme qui étaient dans la salle de la Convention, le buste officiel de Marat, les drapeaux des sections révolutionnaires et tous les documents se rapportant à l'ancienne prison, des ordres autographes du roi Louis XYI.
Dans la pièce contigiië, tout ce qui touche à Napoléon P', entre autres la carte de la campagne de Prusse et le nécessaire de toilette de l'Empereur.
Des salles, aux boiseries nouvellement installées, contiennent dans des vitrines copiées sur des sculptures anciennes, toute une collection de costumes des temps passés donnée par M. Gain; robes en mousseline, en soie, habits à queue des incroyables, capotes et bonnets d'antan, gants à paillettes, peignes de femmes, lorgnettes et accessoires féminins, costumes du siècle dernier qui évoquent en vous tout un monde de souvenirs.
Puis, c'est la salle des théâtres, avec la vitrine consacrée aux Dumas ; des tableaiLx du boulevard du Temple avec un ensemble de distractions et de spectacles; des vues de l'ancien Opéra-Comique, croquis pris après l'incendie, coins ignorés et perdus dans la catastrophe où la vie semble suspendue.
Enfin, les pièces reprises sur l'ancienne bibliothèque, le salon de M"" de Sévigné avec ses boiseries du xvn" siècle, les armes ont été rétablies dans les voussures des fenêtres ; son oratoire où l'on a rangé les faïences étrangères de la collection Liesville.
Un petit boudoir tout en glaces provenant de l'hôtel Lariboisière, glaces plates à ornements jaunes chinois des plus curieux.
A l'étage supérieur vient de s'ouvrir une série de salles sur la guerre et le siège de Paris. Ici, la curiosité se fait plus recueillie et le souvenir plus émotionnant, puisque c'est le drame d'hier qu'on fait revivre, dont presque tous les acteurs sont encore vivants. Tout ce qui touche au siège, les subsistances, les ambulances, les organisations de la garde nationale, fait l'objet de vitrines spéciales. Les uniformes, les armes du temps, des dessins et des aquarelles de Pils nous montrent toutes les physionomies de Paris enseveli sous la neige et résistant à l'ennemi.
Au rez-de-chaussée, les salles de 1850 et 1848, et, tout autour, dans les galeries, des richesses archéologiques.
Il serait impossible de détailler tous ces trésors. Ce qu'il faut constater, c'est que déjà l'œuvre a pris tournure. Tous les éléments ont été groupés pour former des ensembles irréprochables et d'un haut intérêt.
La Ville de Paris se trouve posséder un musée unique qui fait honneur à son goût et à son renom.
Etant données les bases sur lesquelles il est constitué, le musée actuel ne demande qu'à s'agrandir. Aidé en cela par la Commission du vieux Paris, qui a su grouper dans son sein toutes les intelligences et par ceux qui s'intéressent au passé, le conservateur s'efforce, par tous les moyens, défaire entrer dans les collections de la Ville de Paris ce qui a particulièrement rapport à son histoire.
iMais déjà on prévoit le jour oii, le musée continuant à s'enrichir de pièces nouvelles, il faudra plus d'espace. Les fragments d'architecture y font à chaque instant leur entrée, que l'on ne saura bientôt plus où placer et qui souvent n'offrent d'intérêt que dans l'ensemble des constructions.
On pressent l'époque où chaque grande crise, chaque frisson de Paris, seront retracés non pas par le récit dans des livres, mais par des bibelots ou des objets d'art ; c'est la vie qui doit délîlcr sous les yeux du public et le reporter vers les événements d'autrefois.
Carnavalet sera alors comme l'écrin où l'on renferme toutes les choses du passé, témoin de nos souffrances ou de nos joies, de nos espérances ou de nos tristesses, et qu'on vient ouvrir de temps en temps pour se souvenir et apprendre la vie de la grande cité.
Cet écrin doit donc nécessairement s'élargir. L'Hôtel Lauzun, récemment acheté par la Ville et n'ayant pas encore d'affectation, est là tout prêt à compléter Carnavalet d'une façon fort heureuse. M. Coyecque,
archiviste paléographe, propose d'en faire le dépôt des Archives notariales de la Seine. On songerait également à y créer un musée d'art industriel où l'ameublement jouerait le principal rôle. Nous pensons, quant à nous, qu'il faut laisser simplement subsister ce cadre admirable et unique de l'art décoratif intérieur du xvn" siècle et y constituer un musée spécial d'objets artistiques appartenant à la même époque. Cette solution sérail, certainement, la meilleure.
Lorsque la Yille de Paris eut décidé de séparer sa bibliothèque de sou musée historique, qui jusqu'alors avaient vécu côte à côte dans l'hôtel Carnavalet, elle eut l'idée de transporter tous les livres à l'hôtel Le Pelletier Saint-Fargeau.
La façade du nouvel immeuble n'a qu'un étage et est située dans la rue de Sévigné, quelques mètres plus loin que l'hôtel Carnavalet. Un premier bâtiment donne sur la rue, puis on pénètre dans une grande cour carrée entourée de corps de logis à deux étages.
Perpendiculairement à la rue de Sévigné et allant de celle-ci à la rue Payenne, s'étend l'orangerie, vaste hangar. Enlîn, un petit pavillon à deux étages, avec deux ailes, fait face à la rue Payenne.
Cet énorme édifice fut construit vers 1686 et était alors connu sous le ]iom d'hôtel d'Orgeval. On le considérait, à cette époque, comme une fort belle construction. Si l'on s'en rapporte aux seules proportions, évidemment, mais c'est là son seul mérite, car on n'y peut trouver aucune trace de sculpture, à pari un maigre fronton sur la façade d'arrière.
L'hôtel Le Pelletier Saint-Fargeau n'avait à l'intérieur pas plus d'ornements qu'à l'extérieur. De toutes les grandes salles qui forment le