‹ Les musées de la Ville de ParisChapitre 4 sur 14 · BIBLIOTHÈQUE LE PELLETIER SAINT-FARGEAU · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE LE PELLETIER SAINT-FARGEAU

premier étage, hautes de plafond et largement ouvertes, une seule, le cabinet aciuel du conservaleur, possède des boiseries Louis XIV, entourant une haute glace faite de grands carrés ajustés et qui sont fort curieux; une autre pièce, destinée à la salle de réunion des commissions du vieux Paris, porte des vestiges de boiseries.

L'aspect général de cet hôtel était une caserne ; il devint, comme son voisin l'hôtel Carnavalet, une pension, jusqu'au jour où la Ville de Paris résolut d'y installer sa bibliothèque historique.

Malheureusement, un premier obstacle se dressait contre l'accomplissement du projet, au moins dans son ensemble. Le propriétaire de l'immeuble n'en pouvait disposer entièrement, en sorte que la Ville se trouvait être co-locataire, ei dans des conditions particulièrement peu rassurantes pour une bibliothèque : il se trouvait que l'orangerie était louée par un fabricant de produits chimiques, ce qui était de nature à inspirer des craintes pour la sécurité de la bibliothèque; en outre, derrière les bâtiments du fond de la cour, entre ceux-ci et le petit pavillon donnant sur la rue Payenne, s'élevait une sorte de construction en planches, qui servait de laboratoire à un fabricant d'explosifs.

Il y a vraiment des cas où il est téméraire de tenter ainsi le hasard, et l'on songe avec angoisse aux quelques années de voisinage dangereux que la Ville était obligée de subir.

Une aile de la bibliothèque communique avec cet appentis en planches, on peut juger ainsi de l'existence précaire d'une pièce, entièrement remplie de volumes, contiguë à ce laboratoire, n'ayant pour toute séparation qu'une cloison en planches également, de la largeur d'un pouce.

Une situation aussi menaçante ne pouvait manquer de solliciter l'attention de tous ceux qui portent intérêt à la bibliothèque de la Ville. Aussi dernièrement, M. Labusquière, conseiller municipal, obtint-il, au nom delà quatrième commission, un crédit de 80,000 francs, qui permit de reprendre tous les étages delà cour intérieure de l'hôtel.

A l'heure actuelle, le bâtiment donnant en façade sur la rue de Sévigné, ainsi que les trois autres formant la cour d'entrée, vont être livrés à la bibliothèque proprement dite et au service des travaux historiques de la Yille de Paris.

Il parait même qu'un accord serait intervenu avec le locataire de la construction en planches, située derrière le corps de logis du fond et qui constitue le principal danger, accord d'après lequel cette installation aussi rudimentaire que périlleuse, sera définitivement évacuée.

L'hôtel de la rue Payenne et ses deux ailes se trouvant libres, on prévoit donc le moment où, maîtres enfin de tous les terrains s'étendant, comme l'hôtel Carnavalet, d'une rue à l'autre, la Bibliothèque Saint- Fargeau et les Travaux historiques pourront enfin jouir d'un ensemble d'immeubles formant un palais digne des richesses qu'il renferme.

La bibliothèque peut être divisée, à première vue, en trois parties :

La bibliothèque proprement dite, la salle des Usuels et la salle des Périodiques.

Il s'était produit pour les livres la même chose que pour les objets, à Carnavalet. Le désordre le plus complet régnait. En voici, d'ailleurs, une raison toute simple : un bibliophile s'y reconnaît toujours au milieu de ses propres livres. Or, les volumes avaient été apportés par les conservateurs M. Cousin et M. de Liesville ; jamais on n'avait eu l'idée de les cataloguer, de les ranger et d'en faciliter l'accès au public. Puis, le flot des livres envahissant, on en était arrivé à recevoir des lots d'ouvrages qu'on laissait à l'écart ou dans les greniers.

Donc, ici comme là-bas, un travail de réorganisation s'imposait; on profita du déménagement pour tout refondre, et l'œuvre en valait la peine, puisqu'on se trouvait à la tête de deux cent cinquante mille volumes constituant un ensemble unique sur l'histoire de Paris et de la Révolution.

Grâce à l'habileté de M. Le Vayer, chef des Travaux historiques, aidé

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par M. Gérarrl, on est, à l'heure actuelle, comme h Carnavalet, ai'rivé à mettre les choses au point, non pas sans difficulté. Il fallait d'abord trier les livres, conslituer un fonds de bibliothèque usuelle qui fût de suite à la portée des lecteurs, ensuite estampiller les deux cent cinquante mille volumes, les ranger et les classer. L'entrée des livres n'était enregistrée que sur un calepin mentionnant l'achat de l'ouvrage et les titres, mais sans aucune définition.

Le catalogue général s'était arrêté à 1879, juste vingt ans, et il arriva souvent qu'en onvrant des volumes, on y retrouvait la fiche qui aurait permis de les rechercher.

Actuellement, tout le travail est terminé, ou à peu près. Je dis à peu près, car il reste encore à établir le catalogue, et à trouver de l'espace pour les manuscrits qui n'ont point de logement.

Maintenant que tout est rangé, on n'a plus de place pour les nonveaux arrivants, et l'on se demande comment on va pourvoir à un tel état de choses.

La bibliothèque proprement dite comprend toutes les salles du bâtiment du fond, soit cinq grandes pièces entièrement remplies de livres. Le travail des fichiers est en train de se terminer.

Les dix-huit cents mètres de rayons, qui reçoivent les ouvrages de la bibliothèque historique de la Yille de Paris, sont couverts, et l'on voit des endroits où on a mis déjà des volumes en réserve, ne sachant oii les placer.

Après être monté par le grand escalier, on arrive par l'aile gauche de la cour dans la grande salle de travail, occupant le corps de bâtiment, simple en largeur, qui donne sur la rue de Sévigné. 11 suffit, pour toute formalité, de s'inscrire sur un registre d'entrée et on trouve aussitôt à portée de la main les livres d'ordre usuel, auxquels le public s'adressera le plus souvent; on les a classés par série : Bibliographie, Histoire, Jurisprudence, Histoire de Paris, de France, Lettres, Beanx-Arls, etc.

Ty\ LES MUSÉES DE LA VILLE DE PARIS.

Enfin, dans une salle spéciale, se trouvent cent cinq publications périodiques ou hebdomadaires qui permettent aux lecteurs de se tenir au courant de la vie moderne. Aussitôt que le fascicule suivant arrive, on enlève le numéro précédent et il s'en va grossir les collections que l'on forme ainsi au jour le jour et qui, réunies au second étage, constituent un ensemble unique.

Comme on peut juger par ce rapide aperçu, le travail de lumière et de clarté s'est opéré pour les livres, et maintenant la Ville de Paris peut convier sans crainte les lecteurs à venir s'instruire et à extraire les richesses que contiennent ses collections.

Pourtant, il reste encore, pour mener l'œuvre à bien, à trouver de la place pour loger les nouveaux venus; on commence à être déjà à l'étroit, et le flot de livres (quatre à cinq cents par an), sans compter les périodiques, n'attend pas pour continuer à monter.

Le Conseil Municipal, dont la sollicitude pour tout ce qui louche aux questions d'art et de science ne peut être mise en doute, avisera certainement aux moyens de se procurer les crédits nécessaires pour une installation définitive et complète de la bibliothèque Le Pelletier Saint- Fargeau.

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