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LA MADONE ALLAITANT L'ENFANT JÉSUS, PAR UAR1NUS

(Musée du Prado.)

Prado ne possède que des copies, le critique n'ait plus rien à nous montrer de lui. Or voici une de ses plus vastes et plus authentiques créations : le retable de la Chute et de la Rédemption de l'homme.

Il y aura bientôt un demi-siècle que le comte de Laborde identifia cet ensemble avec un travail commandé par l'abbé Jean Le Robert, pour l'abbaye de Saint-Aubert, à Cambrai, et auquel Van derWeyden ne consacra pas moins de quatre ans, de 1455 à 1459. Crowe etCavalcaselle ont jugé inopportun de mentionner un ensemble de cette importance, mais trouvent bon de signaler au Prado l'original de la Descente de Croix, demeuré depuis trois siècles à l'Escurial!

Il peut être utile d'établir une bonne fois que les collections royales ne possèdent pas, comme le voulait Passavant, deux originaux et une copie de la Descente de Croix, mais un original et deux copies, dont la moins bonne, le n° 1818 du Prado, émane sans doute de Coxcie, chose faite pour donner quelque piquant à cette découverte de divers critiques d'un Van der Weyden, revêtu par avance de tous les caractères du xvr3 siècle.

En fait, il semble que la Descente de Croix ne soit arrivée en Espagne qu'en 1574, et Stirling a fait connaître cette circonstance curieuse que, dès l'année 1567, Philippe II avait dépêché à Louvain son peintre Ant. Pupiler (Popeliers, inscrit à la Gilde d'Anvers en 1550), pour lui en prendre une copie. Faut-il identifier cette dernière avec l'exemplaire du Prado n° 2193? Supérieure à l'autre elle aurait dû, semble-t-il, mieux tenir compte des caractères de l'œuvre originale. J'ignore où M. Jean Rousseau a trouvé la mention d'une copie exécutée par Albert Durer. L'histoire n'en a pas, que je sache, gardé le souvenir.

Passablement mal sorti de la restauration de 1876, l'original de la Descente de Croix n'en est pas moins un Van der Weyden très caractérisé, surtout pour qui ne connaît que les copies de la fameuse peinture des arbalétriers de Louvain. Il ne s'agit pas d'y chercher la rondeur des formes de la reproduction de Coxcie. Passavant, chose assez surprenante, prétendait n'avoir vu en Espagne aucune production certaine de Roger Van der Weyden le Vieux. Il rapportait à un second peintre du nom, avec le retable du Prado, la Descente de Croix, et même le Crucifiement de l'Escurial, un des plus prodigieux morceaux du maître, que l'initiative éclairée du comte de Valencia a permis de juger à loisir pendant l'exposition de Madrid de 1892.

Peinte pour la Chartreuse de Scheut, près de Bruxelles, cette vaste toile semble avoir pris place dans la sacristie de l'Escurial, dès 1574,

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Gazette des Beaux-Arts

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donc en même temps que la Descente de Croix. Les personnages, grands comme nature, se détachent sur un fond de tenture lie-de-vin. L'im-

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