‹ Les Musées de MadridChapitre 17 sur 49 · V.ui Dyck piroc · texte numérisé non relu

V.ui Dyck piroc

Gauje

LA COMTESSE D'OXFORD fMusèe du Prado )

Gazette des Beaux-Arts.

Im p , A , C 1 é m e n t . Pari s

recherche d'une paternité qui, assurément, ajouterait peu à son renom, mais en somme n'aurait rien qui lui fût attentatoire.

Passant à l'examen des œuvres de l'École hollandaise, clairsemées dans les salles du Prado, on constate que, sur un ensemble d'environ huit cent cinquante peintures, formant la section germanique, le contingent néerlandais du Musée, se réduit à soixante-quinze toiles, les œuvres indéterminées y comprises.

Vingt causes expliquent cette représentation parcimonieuse d'un groupe d'artistes dont les travaux, aujourd'hui convoités par les plus brillantes galeries du monde, ajoutent si puissamment à leur splendeur. Mais le Musée de Madrid est un héritage de deux siècles précisément marqués par la rupture des relations entre la Hollande et l'Espagne. Tout dénote que, même dans le domaine de l'art, le mot fameux : No haymas Flandes avait cours àMadrid. Les Flamands furent donc les fournisseurs attitrés de l'Espagne pour les vastes toiles comme pour les petits sujets. L'on peut voir à Madrid jusqu'à douze paysages de Jacques d'Arthois, que le catalogue fait mourir en 1665, bien qu'en réalité il finit sa carrière en 1686, et dont, en somme, les œuvres méritaient à peine d'être exportées.

Pour en revenir aux Hollandais, précisément parce que, pour les étudier, on peut se dispenser d'aller en Espagne, il peut être intéressant de signaler aux curieux certaines œuvres d'artistes de mérite, très rarement représentés ailleurs.

Voici, notamment, H (?) Bellevois, un peintre de marines dont, faut-il croire, les créations auront été débaptisées au profit de Guillaume Van de Velde, comme l'auront été celles de David Colyns et de Pierre Fris en profit de Breughel de Velours. Le premier signe un Banquet des dieux, le second une Descente d'Orphée aux Enfers, traités avec autant de liberté que d'adresse. Parmi les peintres de natures mortes, H. Van Vollenhove, de Delft, se fait connaître comme doué d'un talent tout à fait remarquable. A mentionner aussi une Vanitas de P. Steenwyck, également de Delft, peintre dont les œuvres sont de la plus extrême rareté et, ce qui vaut mieux sans doute, d'une incontestable valeur artistique.

Dans le domaine du connu, une dizaine de paysages de Jean Both et autant de Ph. Wouwermans, entre lesquels de fort bons. Je néglige à dessein les Ostade, les Berchem, les Ruysdaël discutables pour arriver au morceau capital de la section hollandaise, à celui qui, par sa valeur intrinsèque comme par sa glorieuse paternité, a

pu seul revendiquer sa place parmi les trésors du salon d'Isabelle II : YArthémise, ou plus exactement la Cléopâtre de Rembrandt.

Datée de 1634, et très caractéristique de cette époque de la vie du grand coloriste, la toile représente à mi-corps, de face et de grandeur naturelle, une jeune femme blonde, connue de toute manière, tant par les estampes que par les peintures, le modèle de la merveilleuse eau-forte de la même année, celle du mariage du peintre : Saskia van Uilenburgh en un mot.

L'apparition est frappante : la chevelure blonde de la jeune femme lui fait comme une auréole d'or. Vêtue de blanc et richement parée, elle reçoit de la main d'une fillette la coupe qui explique le sujet. Au fond, presque noyée dans la pénombre, une vieille femme.

Rembrandt sèmera de bien des chefs-d'œuvre la route pénible qui le conduira à la vieillesse et à l'apogée du talent; le tableau de Madrid n'en reste pas moins digne de la superbe signature dont il a tenu à le revêtir.

Avant de déposer la plume, je signalerai, parmi les anonj'mes hollandais, deux numéros intéressants. D'abord le n° 1959, un jeune Joueur de violon, figure à mi-corps, et de grandeur naturelle. La facture est proche de Rembrandt au point que, s'il ne s'agit pas d'une création personnelle, l'on ne peut songer -qu'à Karel Fabritius. Ensuite le Portrait d'homme à barbe rousse (n° 1964), que M. Bredius attribue à J. Gerritz Cuyp. Nous avons grand'chance d'y trouver une image du pensionnaire Olden Barnevelt. La rencontre en Espagne h'aurait rien que de fort naturel.

Ma tâche est accomplie. Si le Prado dans son ensemble est pour l'historien d'art, une source d'information et d'étude sans rivale, il constitue pour l'art flamand, en particulier celui du xvne siècle, une manifestation glorieuse entre toutes.

L'Europe compte des musées également riches: les chefs-d'œuvre abondent en cent lieux divers ; Madrid seul offre ce caractère à part de résumer l'Ecole flamande comme en une galerie nationale.

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