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L'INFANTE ISABELLE- CLAIRE -EU GENIE

FILLE DE PHILIPPE II (Musée du Prado )

des Beaux-Arts,

J. Payrau sç

Imp. A. Clément. Pari

jeune prince, alors âgé d'environ sept ans, il peint encore à cette époque l'admirable et vivant portrait équestre où il montre l'infant.

LE CODRO.NNEMENT DE. LA VJERCE, PAR VELAZQDEZ.

(Musée du Prado.)

vêtu d'un costume vert brodé d'or, monté sur unejumentiandalouse, emportée dans un galop furieux.

D'autres peintures s'échelonnent à partir de 1639 jusqu'en 1648, qui témoignent que le maitre est en complète possession de toutes les ressources de son talent, toujours grandissant. C'est le Christ en croix, d'un aspect si tragique ; c'est le portrait d'une exécution si franche du comte de Benavenle, et c'est enfin cet absolu chef-d'œuvre, le portrait équestre du comte-duc d'Olivarès. Du médiocre politique, de l'inhabile ministre de Philippe IV, qui jamais de sa personne ne prit part à aucune action de guerre, Velazquez a fait un héros, enlevant son cheval de bataille en avant de son armée, à laquelle, son bâton de commandement à la main, il désigne l'ennemi d'un geste impérieux. L'intensité d'action et l'irrésistible élan de ce groupe, jeté en rase campagne et peint en pleine lumière, atteignent la plus haute puissance d'effet comme mouvement, comme relief, comme illusion dévie. On ne rencontre un dessin aussi juste, une tournure plus fière et autant de solidité dans l'exécution que dans cet autre joyau du Musée du Prado : Le portrait équestre de Philippe IV. Le premier offre sans doute plus d'ampleur dans sa silhouette mouvementée, mais le second présente peut-être dans son ensemble plus de distinction et de dignité. Velazquez termina ce portrait vers 1644, d'après une esquisse qu'il avait peinte au camp de Fraga, où il avait accompagné le roi qui commandait alors son armée opérant en Catalogne et en Aragon. Voulant plus tard compléter la décoration de celui des salons de l'Alcazar où était placé ce beau portrait, l'artiste peignit à cette occasion, mais aidé par ses élèves, les portraits équestres de Philippe III, de sa femme Marguerite d'Autriche et d'Elisabeth de Bourbon, première femme de Philippe IV.

Pour distraire le roi qui s'ennuyait en Aragon, Velazquez fit sous ses yeux le portrait de son nain favori : El Primo, qu'il représenta assis, au milieu d'une campagne déserte et accidentée, vêtu de noir, la tête couverte d'un chapeau aux larges ailes. Le nain, qui se piquait, parait-il, d'être un savant, feuillette gravement un gros in-folio; près de lui sont empilés d'autres volumes, dont l'un est surmonté d'un encrier de corne où trempe une plume. C'est par ce portrait que Velazquez commença la série de ces étranges figures d'idiots, de nains, de bouffons et de monstres qui peuplaient les antichambres du palais et qu'il dut peindre pour le plus grand plaisir de Philippe IV.

Bien que plusieurs de ces représentations d'êtres grotesques aient péri dans des incendies successifs au Pardo et à la Torre de la Parada, rendez-vous de chasse dont ils décoraient jadis les salles, le catalogue

du Musée enregistre encore les titres de sept de ces étranges portraits : l'Enfant de Vallccas, le Niais de Coria, Sebastien de Morra, Pablillos de Valladolid, Pernia, qu'on appelle aussi Barberousse, Juan de Austria et Antonio el Inglés, conduisant en laisse un énorme mâtin presque aussi haut que lui.

Tout en donnant la vie de l'art à cette légion de fantoches, Velazquez terminait, vers 1647, cette grandiose et vivante page d'histoire qu'on appelle la Reddition de Breda, ou plus habituellement les Lances, destinée par le roi à prendre la place du tableau traitant le même sujet, que Leonardo avait peint pour le Salon des comédies, au palais du Buen-Retiro. Philippe IV n'en avait point goûté l'arrangement, non plus que l'attitude humiliée que le peintre avait donnée au vaincu, Justin de Nassau, qui commandait dans Breda; et il avait demandé à Velazquez de traiter de nouveau le même thème. On sait quelle magistrale création sont les Lances, et avec quelle grâce chevaleresque et quelle distinction suprême l'artiste a traité l'épisode principal de son tableau : le marquis Spinola recevant les clefs de Breda des mains de Justin de Nassau. Quelle simplicité dans la disposition générale de la composition, et quelle perfection dans l'exécution ! Comme l'air circule dans cette vaste scène, étendant une atmosphère perceptible au-dessus du paysage éclairé tout entier par la pleine lumière et qui s'étend à des distances infinies. Quelle dignité, quelle noblesse Velazquez a su imprimer aux visages bronzés de ces capi" taines, de ces hommes de guerre, Espagnols ou Hollandais, si bien diversifiés dans leurs types et leurs caractères nationaux, et dont les groupes entourent les deux généraux ! Tout est de la plus haute tenue dans cette peinture éloquente : composition et exécution, ensemble et détails; tout y concourt à donner au spectateur l'impression qu'a est ici en présence d'une œuvre absolument supérieure, et unique, à plus d'un point de vue, dans le domaine des plus belles créations de l'art.

Après l'achèvement de la Reddition de Breda, Velazquez partit une seconde fois pour l'Italie. Il avait mission d'acquérir, pour le roi, des peintures et des sculptures destinées à la décoration du palais royal. C'est durant ce second voyage qu'il peignit l'immortel chef-d'œuvre que l'on sait : le portrait du pape Innocent X. De retour en Espagne, il entra en possession de la charge à.' aposenlador ou de maréchal du palais; par l'assiduité auprès du roi et la multiplicité des devoirs qu'elle exigeait, cette charge, qu'il avait sollicitée, allait désormais absorber une très grande partie de son existence et limiter les

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moments qu'il pouvait donner à la peinture. En dépit des écrasants et fastidieux détails dont l'artiste se voyait surchargé, il trouva cependant encore le loisir de créer ces superbes compositions qui sont au Prado et qu'on désigne sous ces titres : les Fikuses ou Intérieur de la fabrique de tapisserie de Santa-Isabel. à Madrid ; le Couronnement de la Vierge, qui décorait jadis l'oratoire privé de la reine; la Visite de saint Antoine, abbé, à saint Paul, ermite; l'admirable Portrait d'un sculpteur, que l'on croit être Martinez Montanès, l'auteur, avec Velazquez, du modèle de la statue de Philippe IV, fondue par Tacca, qui s'élève aujourd'hui sur la place de Y Oriente, devant le palais royal; plusieurs portraits en buste ou en pied de Philippe IV et de sa seconde femme, Marianne d'Autriche, et celui de Y infante Marie- Thérèse, terminé par l'artiste peu de mois avant son mariage avec Louis XIV. Ces diverses peintures, qui datent des dernières années de la vie de Velazquez, sont exécutées dans cette manière sommaire que les Espagnols appellent mariera abreviada. C'est également cette même exécution, toute de premier jet, spontanée et extrêmement délicate et subtile, qu'il a employée dans l'admirable tableau des Menines ou de la Famille. Velazquez s'y est représenté lui-même, peignant les portraits du roi et de la reine, réunis sur une même toile qui se trouve reflétée dans une glace, placée au fond de son atelier. Dans cette même pièce est entrée l'infante Marguerite, qui ne parait guère plus âgée ici que dans son portrait du Musée du Louvre. Autour d'elle s'empressent ses menines ou demoiselles d'honneur, la naine Mari Barbola, véritable phénomène de laideur, et le gentil petit nain, Nicolasito Pertusato, qui pousse du pied un gros chien à demi sommeillant. En arrière de ce groupe, dans la pénombre, se trouvent une duègue d'honneur et un guarda-damas. Tout au fond de l'atelier, Yaposentador de la reine, don José Nieto, ouvre une porte donnant sur une galerie intérieure du palais et par l'ouverture de laquelle pénètre une vive lumière. Telle est cette composition, véritable « morceau de nature » saisi dans son ensemble, à un instant déterminé et comme entrevu dans la chambre noire. Aussi, quelle réalité, quelle vérité, et comme tout se tient dans cette peinture, merveilleuse à tant de titres !

On sait que celte toile a souffert dans sa partie supérieure; atteinte par les flammes, lors de l'incendie de l'Alcazar en 1734, elle a subi d'assez importantes restaurations.

Velazquez a formé de nombreux élèves, sans cependant qu'il ait créé une école: son art était bien trop personnel et génial. Le Musée du Prado renferme d'assez nombreuses productions de ceux des

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