‹ Les Musées de MadridChapitre 29 sur 49 · Monviile, Vie de Mignard, p · texte numérisé non relu

Monviile, Vie de Mignard, p

2. Mémoires sur les membres de l'Acad. dépeint, et de sculpt., t. II, p. 118-119. V. Journal de Dangeau, 1702.

vrai que Philippe est étrangement inégal, et que le parti pris du tableau dans le sens des couleurs et des poses qui lui sont familières peut être invoqué en faveur de l'authenticité : par exemple, le vêtement bleu de la Vierge et son attitude pudique, qui se retrouvent presque identiques dans la Samaritaine du Musée de Caen.

L'attribution se soutient mieux pour le Portrait de Louis XIII, d'un métier plus ferme et assez semblable à celui du Louvre (cuirasse noire à rivets en forme de fleurs de lys). Il vient de Philippe V, qui a dû l'apporter en Espagne avec d'autres souvenirs de famille.

Sur les Beaubrun, il suffit de rappeler la notice de M. Clément de Ris rectifiant les erreurs du catalogue. Henri et Charles, neveux de Louis et cousins l'un de l'autre, étaient nés à Amboise, l'un en 1601, l'autre en 1604; ils exécutaient et signaient ensemble les mêmes œuvres. Des quatre tableaux qui portent leur nom au Musée de Madrid, et dont nous avons dit l'origine, un seul est à remarquer, celui de Marie de Médicis, daté 1655, treize ans après la mort de cette reine; c'est évidemment une copie, mais M. de Madrazo la croit faite d'après Philippe de Champagne ou Rubens. L'intervention de Rubens se justifierait ici par l'aisance large et franche avec laquelle la figure de la reine est brossée, et qui révèle une autre main que celle du maître de Bruxelles. Mais il faut avouer qu'on ne connaît pas l'original, qui devrait exister au Louvre.

Écartons le Saint Paul et Saint Barnabe à Lystra, de Sébastien Bourdon, toile grise et ennuyeuse que Philippe Y dut placer sans enthousiasme dans son palais de Saint-Ildefonse; citons, comme venant de la même résidence, une Visitation de Jouvenet qui peut compter parmi les meilleurs tableaux de ce peintre, et où l'on remarque le portrait spirituel et preste de l'auteur, placé parmi les curieux de la scène: un Acis et Galathêe de de Lafosse, joli de couleur, mais trahi par le voisinage du Polyphème de Poussin ; et arrivons enfin aux deux grands maîtres dont les œuvres forment le fonds de la collection française de Madrid, et que nous avons réservés pour un examen plus attentif.

Le Musée du Prado renferme dix-neuf tableaux de Poussin, sans compter la Bacchanale portant le n° 2086 du catalogue, dont les critiques de MM. Viardot et Clément de Ris ont amené le déclassement '. La provenance de cette importante collection n'a jamais été

1. C'est un panneau de bois, autrefois ajusté à la tablette d'un clavecin. Elle figure maintenant parmi les anonymes de l'École française.

établie; voici les conclusions auxquelles nous avons été conduits par un minutieux examen des sources :

M. de Madrazo hésite à affirmer qu'il y ait une seule toile de Poussin remontant jusqu'à Philippe IV. A priori cependant, il est peu vraisemblable que Velazquez, envoyé à diverses reprises en Italie pour acheter ou commander des tableaux aux meilleurs peintres du temps, ait totalement négligé le plus illustre de tous. Mais on a de meilleures raisons qu'un argument pour certifier qu'il n'en a pas été ainsi. Félibien, l'ami de Poussin, après avoir dit « qu'il serait trop long d'énumérer les tableaux que celui-ci fit à Rome avant de se rendre en France », ajoute expressément : « Il en fit alors qui furent portés en Espagne, à Naples et en d'autres lieux '. » Et voici la notice de Palomino Velasco, peintre ordinaire du roi d'Espagne, dans son inventaire de 1714 : « On voit de lui (Poussin), au palais de Buen-Retiro, Saint Jérôme dans le désert et le Samaritain, tous deux peints sur toile, dont les figures sont de deminature -.» Le Saint Jérôme est au Prado; le Samaritain a disparu, sans que les listes les plus complètes des œuvres du maitre en gardent trace; mais, devant l'affirmation de Palomino Velasco, artiste lui-même et grand admirateur de Poussin, le doute n'est pas permis: la toile absente a dû être brûlée dans l'incendie de 1734.

Quatre autres se présentent sans aucune mention d'origine : la Chasse de Méléagre (n° 2051), le Sacrifice de Noê (n° 2044), l'Exaltation de sainte Cécile (n° 2047) et l'Anachorète au milieu des animaux (n° 2036). On ne peut guère supposer que l'arrivée de ces tableaux soit antérieure à 1724, car elle n'eût certainement pas échappé à Velasco, qui cite, de Poussin, jusqu'à la Vierge del Pilar, àSaragosse; ils ont dû être achetés directement à Rome par les ambassadeurs de Philippe V, dans les galeries particulières où ils étaient enfermés depuis l'achèvement, car on ne parait pas les avoir connus avant le commencement de ce siècle '.

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