‹ Les Musées de MadridChapitre 3 sur 49 · LES FIANÇAILLES, PAR LORENZO LOTTO · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES, PAR LORENZO LOTTO

de le rattacher. Dans cette harmonieuse peinture, d'un ton chaud et hardi, saint Pierre guidé par une jeune femme symbolisant l'Espérance qu'accompagnent la Foi et la Charité, deux belles et blondes Vénitiennes, reçoit agenouillé les clefs que Jésus lui présente. La grâce des figures féminines et le charme du coloris permettraient presque de faire, ici, de Catena un émule du Giorgione.

Jacopo Palma, le Vieux (1480?- 1548), élève de Giovanni Bellini, se montre, dans une Adoration des bergers, un rival heureux du Titien tant son coloris a de vigueur et son style de naturel et de vérité. Il

était l'ami de ce Lorenzo Lotto (1480?-1554?) dont le Musée du Prado possède un ouvrage extrêmement curieux, faisant sans doute allusion aux Fiançailles d'un patricien et d'une jeune fille qu'un amour, au sourire mutin, unit l'un à l'autre à l'aide d'un joug formé de branches de laurier. Cette peinture assez énigmatique, et dont les personnages qui y figurent sont restés inconnus, est exécutée dans cette gamme chaudement ambrée qui caractérise si bien les peintres de l'école vénitienne. Lotto, dont la manière fut assez inégale et flottante, s'approche ici très près de Palma, dont il avait été d'ailleurs le condisciple.

Ce fut aussi de l'atelier de Giovanni Bellini que sortit Sébastien del Piombo (1485-1547), que Michel-Ange acheva de former pour l'opposer à Raphaël. De là ce style élevé, ce dessin ferme et sûr, que vient rehausser encore le coloris vénitien. Deux œuvres tout à fait de premier ordre de ce maître existent au Prado, l'une, la plus incontestablement expressive et belle, Jésus portant sa croix, l'autre, Jésus-Christ aux Limbes. En donnant la seconde place à celle-ci, nous ne faisons bien entendu que marquer une préférence personnelle et qui d'ailleurs n'enlève rien aux qualités de style et d'exécution, toutes supérieures, qui distinguent cette dernière et si imposante composition.

Si, dans leur disposition, les peintures du Pordenone (1484-1540) qui fut le meilleur élève du Giorgione, gardent encore quelque chose de la naïve simplicité et de l'absence de mouvement des primitifs, son coloris, par contre, moelleux et fin, communique aux carnations une rare intensité de vie et une étonnante morbidesse.

Son tableau du Prado, intitulé Sujet mystique, représente la Vierge assise sur un siège élevé, adossé à une tenture verte rehaussée d'un ornement de brocart. Elle soutient l'Enfant debout sur son genou; à droite est saint Antoine dePadoue, les mains cachées dans ses larges manches, à gauche, saint Roch, vêtu en pèlerin. Un charme très pénétrant se dégage de cette toile, toute emplie de paix et de religieux mystère et en laquelle les têtes des deux saints et de la Vierge expriment au plus haut degré le recueillement et la foi.

Un beau portrait d'une dame, restée inconnue, parée d'étoffes aux nuances doucement pâlies et tendres, nous est un spécimen du souple et merveilleux talent qui place le Pordenone au premier rang des portraitistes vénitiens.

Parmi les divers peintres de moindre envergure, mais qui se rattachent aux maîtres dont nous venons d'analyser les ouvrages, il

nous reste à signaler de Palma le Jeune (1544-1628), les Fiançailles de sainte Catherine, œuvre distinguée et qui se rapproche par son style et son exécution de la forte tradition du Titien ; puis, de Giovanni Battista Moroni (1525-1578), un portrait d'un Capitaine véni-

Page 1