‹ Les Musées de MadridChapitre 36 sur 49 · JADIS ATTRIBUÉE A I! O I. A N D · texte numérisé non relu

JADIS ATTRIBUÉE A I! O I. A N D

vicissitudes et aux incendies qui détruisirent tant d'objets fragiles, fortune d'autant plus singulière que la nature même de ce cimier — il est fait d parchemin — semblait le condamner à une ruine certaine. D'un petit couronnement servant de base, se dresse l'encolure d'nn dragon, d'une sorte de chimère, dont les ailes à fortes nervures se lèvent verticales '. Le fils du vaincu de Muret semble avoir chéri cette sorte d'emblème que l'on retrouve sur ses sceaux. Le carton matelassé intérieurement (e interiormente cubirlo de esponja) est peint et doré.

Nous reproduisons ici une admirable épée du xiue siècle, complète, avec son fourreau, et qui fut longtemps désignée sous le nom d'épée de Roland. Tout porte à croire qu'elle a appartenu à saint Ferdinand, comme le disait déjà le catalogue de 1854 et comme le prouvera la prochaine étude

1. Lors de l'expédition 'de Majorque (1229), don Jayme portait un cimier ailé à son heaume : « A cheval, bardé d'acier, enchemisé de mailles, la chauve-souris de fer perchée sur le heaume... » (Cf. Lucien Dollfus; Études ur le moyen âge espagnol. In-8°, Paris, Leroux, 1894, p. 195.) — Le cimier de l'Armeria a dû appartenir à un heaume de tournoi. 11 a pu exister une confusion entre les termes de dragon et de chauve-souris, comme en témoignent les lignes suivantes de G. Campuzano y Herrera dans le catalogue de l'Armeria publié à Madrid en 1854 : <t ...y su cimera tiene la forma de un dragon alado, llamado en lemosin drac-pennat, y not rat-pennat como dicen los valencianos. » (Page 71, n» 1632.) Cf. Dib. de S. tome I, pi. 1, fig. 1 et 2. J. M. Bover, dans son Histoire de Majorque, s'exprime ainsi : « ïenemos por mas averiguado que el timbre puesto sobre el yelmo de las armas reaies del rey D. Jayme es un feroz dragon con alas estendidas; lo que claramentè se puede ver en las armas que desde el tiempo de la conquista se conservan en la sala de esta universilad, y que la semejanza de los vocablos drac-pennat y ratpennat en lingua lemosina ha sido el molivo de este commun error. » (Hist. gênerai del reino de Mallorca, tome I, p. 327.) Il faut remarquer que les cimiers du xme siècle étaient très peu élevés. (Cf. Demay, Le costume d'après les sceaux.)

du comte de Valencia. Les inventaires des rois catholiques montrent que ce beau branc était depuis longtemps dans leur trésor, où on le nommait épée de Roland. C'est la même histoire pour toutes les épées chevaleresques, que ce soient celles de Charlemagne, de saint Maurice ou d'autres encore. L'épée de saint Ferdinand est montée richement en argent doré. La lame, longue de 88 centimètres, large d'un peu plus de sept sort, sans doute des fabriques de Valence '. La garde, à quillons enroulés, est d'argent massif, chargée de gravures à la pointe, et sur son écusson s'étalent, de part et d'autre, les tours de Castille et le lion de Léon. La fusée de bois est cachée sous des plaques d'argent doré, autrefois recouvertes d'ornements en filigrane qui ont disparu des plats, tandis que les côtés et les bagues sont chargées de décors ciselés. Les gemmes qui rehaussaient le revêtement en vermeil du pommeau ont été perdues, comme quelques-unes de celles qui chargent le fourreau. Celui-ci est composé de deux mises de bois habillées de cuir, et sa face extérieure est revêtue d'argentdoré. Cinq longues lames encadrées par des baguettes ciselées sont autant de compartiments rectangulaires, dont le dernier, formant bouterolle, s'arrondit en arc tiers-point ; tous alternent par le dessin de leur décor rapporté au filigrane et se combinant par petits champs avec les sertissures vigoureuses qui happentles cabochons de grosseurs variées. De ces pierres, quelquesunes sont des intailles antiques. En haut du fourreau, dans la région de la chape, une améthyste énorme fait saillie, sans doute pour retenir les courroies du ceinturon. Les traditions wisigothiques et mauresques se trouvent mêlées dans le parti de décoration général de cette admriable épée.

On a tant parlé de l'épée du Cid qu'on ne peut la passer sous silence. De cette arme légendaire, la lame seule date du xme siècle; elle fut remontée au xvie siècle sur une garde d'acier au goût du jour par Salvador, armurier de Tolède aux gages de Charles-Quint. Non

1. Celle lame est remarquable par son bel élat de conservation. Large et mince, elle porte une gouttière centrale peu profonde, délimitée de chaque côté par une double ligne tracée à la pointe enserrant une série de points enfoncés. Trois séries de cercles concentriques doubles ornent la gouttière elle-même. Seuls les cercles de la série médiane sont complels; les autres ne sont figurés que par moitié et semblent coupés par la ligne formant bordure. Dans la vitrine, renfermant celte arme précieuse entre toutes, est conservée une très belle lame aussi ancienne, plus étroite, mais de môme forge, et qui porte dans sa gouttière des caractères et des ornements rappelant les lettres draconliennes des vieux manuscrits saxons.

content de changer la monture, Salvador se crut autorisé à remanier la lame ; il en lima le talon latéralement pour dégager les côtés et forma un ricasso qu'il borda d'une gouttière de fer soigneusement rabattue. Une pareille histoire est bonne à conter : elle prête à réfléchir ; elle excuse même quelques actes de vandalisme moderne. Car si une époque aussi amoureuse de l'art que le fut le xvie siècle, si un souverain aussi amateur de belles armes permirent une pareille restauration, l'on doit certainement pardonner beaucoup à notre temps et à nos contemporains.

Citons encore, parmi les objets les plus anciens et les plus remarquables, un fragment de pennon du xuie siècle, quelques débris du manteau authentique de saint Ferdinand avec leurs orfrois et leurs gemmes, deux chanfreins d'or du xive siècle.

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