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LES HAENOIS DE MAXIMILIEN ET DE PHILIPPE LE BEAU

Les pièces d'armures ayant appartenu à l'empereur Maximilien sont peu nombreuses à l'Armeria de Madrid ; c'est au musée de Vienne qu'on en trouvera les plus magnifiques spécimens. Le peu qu'en possède l'Armeria représente surtout des parties de harnois dont Charles- Quint se servit après la mort de son grand-père ; telles sont ces belles bardes de cheval qui furent gravées par Hans Burgkmair. Elles arment le grand destrier sur lequel est montée l'armure de Charles- Quint, dites des joutes de Valladolid et qui fut exécutée en 1517 par les Colman d'Augsbourg. Ces bardes, très complètes, habillent même tout à fait l'encolure et rentrent dans la tradition de. cet Albrecht, armurier de Maximilien, qui se fit peindre sur son cheval entièrement couvert de fer et dont les jambes mêmes étaient armées comme celles de son cavalier. Le chanfrein, relevé à son extrémité, a ses menins d'oreilles enroulés et façonnés en cornes de bélier. La barde de croupe est couverte de gravures qui sont bien dans la manière de Hans Burgkmair, un des artistes préférés de Maximilien'.

1. Il l'employa autant comme illustrateur de ses livres de tournois que comme graveur d'armures. Le vieux Burgkmair eut un fils qui, comme lui, s'appelait Hans, et qui travailla également pour l'empereur. Une lettre de l'empereur Ferdinand, datée du 11 décembre 1559, nous donne quelques renseignements précieux sur ces deux artistes. « Votre concitoyen nous a respectueusement exposé que son père et

Des séries d'oves, de pendeloques, sont figurées en repoussé sur la croupière, les flançois, la pissière qui porte en outre deux mufles de bètes vigoureusement repoussés en haute saillies, mobiles, pouvant s'enlever à volonté et fixés par des boutons tournants ',

Une autre armure de cheval (A. 149) de fabrication allemande, mais dont l'auteur n'est pas connu, fut héritée de Maximilien par Charles-Quint, en 1521. Les bardes ajourées portent de grands personnages repoussés et rehaussés de traits de gravures, représentant des scènes de la vie de Sam son et les travaux d'Hercule. Ces larges décors sont bien dans la tradition des harnois de chevaux figurés par le Flamand Nicolas Hoghenberg 3.

L'Armeria possède encore une brigantine de Maximilien. Richement habillée de satin grenat, elle présente une particularité remarquable : les lamelles d'acier qui forment son corps sont dorées dans la région de la colonne vertébrale ; elles offrent un travail de gravure représentant l'aigle de l'Empire et une inscription : Bernardinus Cantoni Mediolanensis, qui nons indique le nom d'un des fameux

lui ont autrefois travaillé à l'eau-forte les armures de notre aïeul et de notre frère, l'empereur Maximilien et l'empereur Charles, de glorieuse mémoire, et qu'ils ont travaillé avec l'armurier en montran lia plus grande application comme la plus grande

obéissance mais qu'aujourd'hui, accablé d'années et chargé par le Tout-Puissant

d'une nombreuse famille, ayant de plus la vue usée et le corps en continuel état de faiblesse, il ne peut plus exercer son état avec l'habileté qu'il déployait dans sa

jeunesse Nous vous invitons donc, car tel est notre bon plaisir, à donner audit

Burgkmair la première place de graveur qui se présentera ou toule autre charge à laquelle il serait propre avant d'y appeler un autre. » Cf. H. de llefner-Alteneck, Costumes, OEuvres d'Art et Ustensiles depuis le commencement du moyen âge, etc., édit, franc, in-f». l'rancfort-sur-Ie-Mein, 1890. — Cette nouvelle édition, en cours de publication chez les Keller, n'a pas été remise au courant depuis quarante ans ; si les planches sont excellentes, le texte fourmille de grossières erreurs que les traducteurs ont dû respecter : il est vraiment fâcheux de voir une aussi importante publication d'archéologie paraître dans de semblables conditions. Parmi les graveurs d'armures, il faut citer encore Auguste Hirschvogel de Nuremberg et les frères Hopfer d'Augsbourg ; on désignait souvent dans les comptes ces graveurs sous le nom de peintres d'armures « parce qu'ils couvraient au pinceau les parties les plus considérables des ornements et des fonds, n'employant la pointe que pour les traits fins, les hachures ». Cf. llefner-Alteneck, id., ibid., pi. 533.

1. Un harnois de cheval du Musée d'Artillerie présente le même système de décoration et a été exécuté par les Allemands ; il est catalogue sous le n" G. 532 et porte l'armure G. 38.

2. C'est une suite de trente-huit planches gravées à l'eau-forte, représentant l'entrée triomphale de l'empereur Charles-Quint dans la ville de Bolojne. Hoghenberg mourut à Malines en 1544.

armuriers de Milan qui faisaient concurrence auxMissaglia et Negroli dont j'ai ici esquissé l'histoire. Le personnage qui porte cette belle briû'antine est coiffé de l'étonnante salade en mufle de bête dont la figure est ici donnée. Ce casque admirable est attribué à Philippe le Beau. Il est représenté dans l'inventaire illustré des armes de Charles- Quint (folio 42). comme noirci en partie, notamment aux ailes, avec de larges parties dorées. Aujourd'hui, les nettoyages successifs l'ont rendu blanc et or et d'un ton magnifique. On ne sait ce qu'on doit le plus admirer dans cette œuvre, dont l'artiste — Italien sans doute — est resté inconnu, ou du parti audacieux et barbare qui domine dans cette tête fantastique, ou de l'entente admirable de la technique, de la perfection de la forge, de la finesse d'exécution. Si minutieux que soient les détails, ils ne nuisent pas à l'ensemble, et la libre fantaisie qui présida à cet arrangement ingénieux et singulier s'est encore donné cours dans le couvre-nuque, qui se termine en oiseau. Les ailes, qui se fixent à la région des tempes par des enroulements en hélice, sont d'un modelé plein de saveur, tandis que, puissamment massées, les parties de la face sont tourmentées par une sorte de rictus. Ce qui frappe dans cette salade, c'est l'impression de force. D'autres casques de Philippe le Beau valent au contraire par l'élégance et la richesse du décor, comme cette barbute et cette salade exécutées par les Missaglia de Milan, dont le champ disparait sous des entrelacs d'argent et d'or arrasés. L'une et l'autre ont malheureusement perdu leurs bavières qui sont figurées dans l'inventaire illustré au folio 43 '. D'une admirable armure gothique du même roi, il ne

1. Celte barbute et cette salade ont été longtemps attribuées à Abou Abdallah ou Boabdil, comme tant d'autres objets, notamment les harnois de joute de Philippe le Beau. Les bavières qui ont disparu et qui, sans doute, ont été détruites, étaient du plus haut intérêt. Celle de la salade se compliquait d'une défense de mailles protégeant en arrière la racine du cou; il parait en avoir été de môme de celle de la barbute. Ce casque avait sa crête surmontée d'un anneau, aujourd'hui perdu; perdu aussi le cimier de la salade, cimier détaché qui couvrait la crête et se terminait par un ornement ovoïde. Le revers de la médaille de Louis XIII de Gonzague par Pisanello montre une salade avec un pareil cimier. Cette médaille a été figurée dans la Gazelle au cours du remarquable travail de M. G. Gruyer sur Pisanello (mai 189-i); nous donnons plus loin (page 243) la salade de Philippe le Beau. Il y a deux ans, Y Art pour tous en a donné une grande et bonne figure. Si l'attribution de ce casque à Boabdil doit être repoussée presque à coup sûr — et cependant l'on sait que les Maures et les Sarrasins ont parfois porté des harnais chrétiens — on ne peut être absolument sur qu'il ait appartenu à Philippe le Beau, car on peut h: rapporter aussi k Maximilien, dont bien des pièces d'armes furent héritées par Charles-Quint. Sans doute le comte de Valencia élucidera-t-il celte inléressanle question en dépouil-

reste que les gantelets, qui sont peut-être les plus beaux qui existent. La finesse et la fermeté des cannelures, ladélicatessedesfenestrations en trèfles, l'élégance souveraine des profils, tout se réunit pour faire de ces défenses de main le chef-d'œuvre de l'armurerie allemande. C'est maintenant dans les œuvres de Martin Schongauer, de Lucas de Leyde, d'Albert Diirer qu'il faut chercher les figurations de ces harnois, dont quelques rares débris existent encore dans les musées et les collections d'amateurs.

Deux belles armures de joute ayant appartenu à Philippe le Beau

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