‹ Les Musées de MadridChapitre 38 sur 49 · SALADE DE PAREMENT ATTRIBUÉE A PHILIPPE LE PEAU · texte numérisé non relu

SALADE DE PAREMENT ATTRIBUÉE A PHILIPPE LE PEAU

(Travail sans doute italien, lin du xv siècle.)

comptent parmi les objets les plus intéressants de l'Armeria, et elles sont dans un parfait état de conservation. Nous donnons ici un de ces harnais comme spécimen des magnifiques montages qu'a exécutés le

lant ses riches collections de pièces d'archives ou en consultant le savant directeur du Musée devienne, M. Wendelin Bœheim. Pour les harnais vendus par les chrétiens aux musulmans, cf. : Pierre Clément, Jacques Cœur et Charles VII. In-8°, Paris, 1873, p. 18; — Daru, Histoire de Venise; — Astruc, Mémoire pour l'histoire naturelle du Languedoc, p. 545; — Depping, Histoire, du commerce entre le Levant et l'Europe, etc. — Il est sûr que les armuriers lombards travaillèrent pour les Turcs. Parmi les trophées de la bataille de Lépante qui sont à l'Armeria, il y a des sortes de heaumes d'acier doré d'un travail magnifique, dont les procédés d'exécution semblent bien ceux des Ncgroli.

comte de Valencia, dont le goût sûr a présidé à la confection et à l'ajustement des cent mannequins, et plus, qui portent les pièces d'armes de toutes les époques, formant des adoubements complets ou partiels. Sur le jupon d'armes de velours rouge brodé d'or descend une courte chemise de mailles qui revêt le torse et les bras. La cuirasse d'acier doublée est recouverte de son ancien brocart tisssé d'or et de pourpre; elle est poinçonnée aux armes de la fameuse fabrique espagnole de Valence. Le heaume à tête de crapaud, les brassards complets sont d'acier poli, mais la rondelle de la lance, large et plate, possède encore des ornements gravés à la pointe et autrefois dorés. On remarquera combien toutes ces pièces, datant de la fin du xve siècle, présentent d'intérêt, en nous montrant toutes les dépendances de l'armure de joute, faucre à crémaillère, moraillons du heaume, dont le gorgerin s'échancre pour laisser passer le piton d'acier, axe de la poire de bois où venait s'attacher la targe ou placard. A la courte braconnière, à hauteur de la hanche est fixé un fort godet où pouvait reposer le sabot de la lance quand on la tenait verticale. Ce harnois est catalogué sous le n° A. 17; un autre (A. 16) a sa courte jupe, sa demi-saie, de velours jaunâtre brodé ; sa cuirasse a encore son revêtement de brocart. Le brassard droit est complet, avec ses deux canons, sa cubitière et son miton ; du gauche, il ne reste que la cubitière et le miton. Il existe un demi-renfort gauche, pour le plastron, qui a une tuile à sa braconnière. Ces pièces de plates sont chargées de gravures à la pointe, tout comme la rondelle de lance, et ces gravures étaient autrefois dorées. Le poinçon est une fleur de lys.

A Philippe le Beau sont encore attribuées diverses pièces d'armes montées sur un mannequin (A. 11 à A. 15), portant un corps de cuirasse avec rondelles d'épaules, brassards et gantelets, et un curieux casque en forme de petite barrette avec bavière. Toutes ces plates sont chargées de gravures à la pointe dorées, où se lisent des inscriptions en latin et en bas flamand. A cette armure se rapportent un chanfrein et une selle d'armes à cannelures en biseau, et un montante, épée à deux mains dont la lame gravée et dorée porte l'inscription : QUI VODRA. Sur le haut de la dossière de ce harnais est un poinçon en forme de cercle coupé par un diamètre horizontal, d'où s'élève une croix. Ces diverses pièces d'armes habillant les trois mannequins se retrouvent figurées dans l'inventaire illustré de Charles-Quint.

ŒUVRES DES MAITRES ALLEMANDS QUI ONT TRAVAILLE CHARLES-QUINT ET PHILIPPE II

Le plus ancien en date de ces vaillants plattners de Landshut, de Nuremberg, d'Augsbourg, parait être le vieux Colman, forgeur de casques (Helmschmied) de l'empereur Maximilien. Charles-Quint semble avoir particulièrement chéri cet admirable armurier, et, quand Lorentz, son père, mourut en 1531, l'empereur continua à honorer de sa confiance Desiderius Colman, fils du vieux Lorentz, et lui commanda de nombreuses armures avec les innombrables pièces de rechange, bardes de chevaux, selles d'armes, qui composaient alors un harnois complet, bon pour combattre à pied, à cheval, aux tournois, aux joutes, comme en champ clos ou dans les pas d'armes. Philippe II fit également travailler Desiderius Colman, qui exécuta pour lui un des plus beaux harnois qui existent : je veux parler de celui d'acier noirci orné de figures repoussées, touchées d'or, dont le chanfrein, jadis volé à l'Armeria par des dépositaires infidèles, est aujourd'hui au Musée d'Artillerie de Paris '.

La première armure que Colman, Colomanus de Brabant, comme il est désigné dans les pièces d'archives, exécuta pour Charles-Quint est datée de 1516 ; à cette époque, le grand Charles n'était encore que duc, comme le prouvent les initiales entrelacées K. D., gravées sur la passe-garde de la grande épaulière gauche. Ce superbe harnois

1. Ces petites dilapidations, qui font le désespoir des archéologues, se sont continuées pendant des années, et le comte de Valencia a mis tous ses soins à faire rentrer quelques objets qui lui avaient été signalés comme se trouvant entre les mains de gens plus au moins versés dans la connaissance des armes anciennes. Souvent il dut payer des sommes considérables, et le roi Alphonse XII — c'est tout à l'honneur de sa mémoire — ne recula devant aucun sacrifice pour ces sortes de rançons. Le chanfrein noir et or que nous avons figuré ici (1er mars 1894) devrait être rendu par le gouvernement français à l'Espagne en échange de quelque objet d'art, armure, ou autre. La dispersion des divers pièces d'un même harnois est mauvaise; c'est autant de perdu pour la science, quand il faut aller examiner un bras à Vienne et une grève à Paris, un chanfrein à Madrid et une pissière à Berlin.

d'acier poli décoré de bandes étroites gravées et dorées, combinées avec des nervures ouvrées en torsades, a ses bordures retaillées en séries de pointes de diamant. Ses pièces de rechange habillent quatre mannequins1, et autour sont groupés les chanfreins et les selles d'armes allant avec. Par son architecture générale, ce harnois rappelle celui de François Ier à notre Musée d'Artillerie ; il est d'une aussi belle forge, mais bien plus intéressant comme complexité de pièces. L'armet, du type à bec de moineau2, présente un système de fermeture compliqué à la nuque d'une patte d'acier dont l'extrémité élargie fait saillie sous la rondelle de volet. Un armet d'un autre type est destiné aux joutes.

L'armure dite des joutes de Valladolid3 fut exécutée par le plattner augsbourgeois l'année suivante (1517). Son décor est composé de bandes gravées courant sur les champs d'acier poli ourlés de fortes torsades. Les cuissots et les grèves sans molletières ont leurs bords denticulés en feuilles de houblon, motif ornemental cher jadis aux ducs de Bourgogne 4. Parmi les pièces de rechange, il faut signaler un très beau bras droit articulé complètement, de telle sorte qu'il n'y a pas de défaut à la saignée; la forme générale est celle d'une manche de pourpoint modelée par bandes, suivant la mode d'alors. Des bras gauches renforcés sont destinés aux joutes ; ils portent un miton ou bien un bras de fer et des épaules de mouton renforcées

1. Ces diverses pièces d'un même harnois sont cataloguées en A. 49 — A. 36; elles se trouvent dans le second carré à droite, en entrant. Le cheval sur lequel est montée l'armure de joute (A. 28) est armé de bardes bien postérieures en date et qui ont sans doute appartenu à Philipe II, comme en témoignent les emblèmes gravés, où l'on retrouve la grenade d'Espagne et la rose des Tudors. Ces bardes sont de travail allemand.

2. J'ai commisune erreur à propos des annets à bec de moineau, dans la Gazette des Beaux-Arts, dans un de mes articles sur le Musée d'Artillerie (1er mars 1894, p. 260), où je disais que ce musée ne possédait pas de tels armets. A vrai dire, je m'étais trompé sur certaines particularités de ces défenses de jtête et je dois faire entrer dans la catégorie dite à bec de moineau ou de passereau plusieurs casques du Musée d'Artillerie, dont un a été figuré par Viollet-le-Duc. Cf. Catalogue du Musée d'Artillerie, par le colonel Robert, p. 177 et suiv., n°s 55 à 59. — A. Angelucci, LeArmi delcav. Raoul Richards; Rome, 1886, p. 162. — ld., Catalogo délia Armeria Reale; Turin, 1890, p. 75.

3. Voir, dans le Jahrbuch de Vienne (année 1890), la remarquable étude du comte de Valencia sur la jeunesse de Charles-Quint et son amour pour les jeux guerriers.

i. Cf. Ed. de Beaumont, Notice sur les gens de guerre du comte de Saint Paul, gui sont enfouis à Coucy; Paris, 1888, p. 13.

protégeant la saignée. Ce harnois est monté sur le cheval recouvert

A R M U ri E DE JOUTE DE LA FIS DU XV" SIECLE.

Poinçonnée aux armes de la ville de Valence et attribuée à Philippe ie Beau.

des bardes avant appartenu à Maxiinilien et décrites plus haut. Tout le personnage forme une magnifique statue équestre, habillée d'une

demi-saye d'armes de velours noir brodé d'or, ceinte d'une riche épée ; l'armet est surmonté d'un haut panache de plumes d'autruche pourprées; un pareil plumail se balance sur le chanfrein du cheval. Celui-ci est, sous ses bardes, complètement habillé d'une housse de soie qui lui descend jusqu'aux pieds. La housse de soie verte est bordée d'une large broderie jaune; à intervalles égaux, sur ce champ de sinople, l'aigle noire est quatre fois répétée. La selle d'armes a son tapis de velours ancien d'un ton cramoisi réchauffant les arbachures d'or. A la main, Charles tient une lance évidée, une bourdonasse peinte et finement dorée. Telle est dans sa magnificence la royale effigie qui se voit au coin d'un des carrés de l'Armeria. Et plus de vingt-cinq statues équestres, parées avec un même luxe, une semblable richesse d'étoffes anciennes, un pareil soin de la certitude archéologique se dressaient autour de moi tandis que je travaillais dans le silence de la grande salle! Depuis lors j'admire moins notre Musée d'Artillerie, dont les richesses dispersées, clairsemées, groupées au hasard, ne valent pas la moitié de ce qu'elles donneraient si un classement méthodique et des montages artistiques leur rendaient la vie qui leur manque.

Les selles d'armes faisant partie du même harnois sont d'une date postérieure à celle des bardes, comme en témoignent les colonnes d'Hercule avec la devise plvs vlter; mais l'artiste inconnu qui les a exécutées, et qui était sûrement un Allemand, a donné aux sujets le même caractère qu'aux figures des bardes en complétant le mode1© des repoussés au moyen de traits gravés à l'eau-forte.

A Desiderius Colman doit être attribuée certainement la belle armure de champ clos, à tonne, exécutée en 1536 ; car son père Lorentz était mort en 1531, au moment où il venait de terminer les superbes harnois A. 108 et A. 65 à A. 92. Pour livrer le second, qui semble être le premier en date, le vieux platlner, pressé par l'Empereur, dut s'excuser auprès du marquis de Mantoue dont il négligeait les commandes, comme celles de bien d'autres princes, quand il s'agissait de satisfaire Charles-Quint. L'Armeria possède ce harnois de gendarme complet avec ses pièces de rechange sans nombre, toutes ornées de bandes gravées et dorées. L'armure du cheval présente une barde de croupe décomposée en lambrequins d'acier terminés en chasse-mouches retombant sur la housse de velours vert. Ils sont fortement cannelés, comme la barde de crinière, la pissière et le chanfrein, dans la tradition maximilienne. Les bandes de toutes les pièces du harnois gravées sur fond sablé, dorées, sont enfoncées

dans les champs. Toutes les dispositions ingénieuses propres à assurer la défense, à supprimer les défauts, s'observent dans les pièces multiples de cet habillement de guerre, depuis le harnois de gendarme àtassettes composées chacune d'une tuile retombant sur le cuissot, jusqu'aux longs cuissots imbriqués, rattachés directement

COIW'S D AR11UHE, DITE A TONNE, DE CHARLES-QUINT, PAR COLMAN DAUGSBOURG.

à labraconnière et rejoignant les genoux. Le beau harnois A. 108 est typique sous ce rapport. N'était le faucre du plastron, on dirait une armure de capitaine de gens de pied, et l'on a ainsi la preuve que cette forme de cuissots ne se portait point qu'à cheval. Ces cuissots imbriqués rendent l'armure plus légère, et dans ce dernier harnois les grèves n'arment que le devant et la face extérieure des jambes. Le

casque est une bourguignote à masque grillagé. Je ne sais s'il existait primitivement deux rondelles d'épaules : seule, aujourd'hui, celle de gauche subsiste. Il est probable cependant que, pour combattre à pied, on enlevait le faucre, et qu'on protégeait alors le défaut de l'aisselle droite par une rondelle. Pour aller à la tranchée, on portait aussi une rondache. Celle qui accompagne le harnois est bien dans la manière large du vieux Colman, qui ne tomba jamais dans la minutie où se laissa aller Desiderius, à cette époque de décadence où l'orfèvrerie étendit ses procédés aux choses de l'armurerie. Sur le champ d'acier se détachent la croix noueuse de Saint-André et quatre briquets de Bourgogne fortement gravés et dorés. Nous figurons ici quatre de ces briquets gravés sur le plastron du harnois. La rondache fut jadis volée à l'Armeria; mais le comte de Valencia sut retrouver la piste et parvint jusqu'au dernier acquéreur, que les offres du roi Alphonse XII tentèrent. L'oeuvre du vieux Colman rentra dans l'Armeria royale. Cette rondache, comme tout le harnois, d'ailleurs, avait ses champs noircis, ainsi qu'en font foi les peintures de l'inventaire; aujourd'hui, les bandes dorées se détachent sur les champs de l'acier blanchi par des nettoyages successifs.

L'armure dite aux cornes d'abondance date à peu près de la même époque; elle occupe quatre mannequins (A. 115 à A. 127). Sa décoration, où se relèvent en saillies des cornes d'abondance, est formée de fines cannelures en relief, dans la tradition maximilienne, entre lesquelles courent des bandes gravées et dorées. A ce harnois il faut rapporter le beau casque (A. 120) dont un monstre couvre le timbre en formant crête avec son échine, tandis que sa gueule s'ouvre au-dessus de l'avance.

Nous avons parlé d'une armure à tonne (A. 49 à A. 64), comme première oeuvre exécutée par Desiderius Colman pour Charles- Quint, après la mort de Lorentz. Ce harnois ne porte pas de date, mais la targe couverte de gravures nous montre le nom du graveur et la date de son travail : Daniel Hopfer, 1536. Or le travail de cette targe, de ce placard divisé en petits compartiments losangiques, est bien dans la manière de Colman fils, et tout porte à croire qu'elle a été forgée tout exprès pour cette armure. Les fines gravures de Hopfer, dorées en plein, forment de petits tableaux séparés par les fortes nervures d'acier blanchi du placard '. La large bande

i. Le savant directeur du Musée de la Porte de liai a Bruxelles, M E. Van Vinkeroy, dans les excellentes notices de son catalogue (1885), est d'avis

dorée bordant la tonne est d'une ornementation plus large; sur elle court une forte guirlande de chêne. Le décor général consiste en étroites bandes longitudinales gravées et dorées. Les rondelles d'épaule et les vastes cubitières sont plus largement décorées, l'aigle impériale y apparaît en diverses places. Une autre belle armure à tonne (A. 93 à A. 107), que nous figurons ici, présente une large bordure où court une chasse. Les chiens et les ours, de grande taille, sont repoussés en forte saillie sur le fond gravé et doré où des feuillages se mêlent. Tout le harnois est orné de fines bandes gravées et dorées. Ce qu'il faut admirer surtout, c'est la perfection de la forge et de l'ajustage, grâce à laquelle cette défense hermétiquement close, avec ses saignées et ses goussets articulés, sa culette dissimulée sous la tonne, défie le passage d'une' pointe sans redouter le tranchant de l'épée et de la hache d'armes. L'armet possède une curieuse pièce de renfort pour la partie postérieure de son timbre. Cette pièce se continue en trois longues pattes d'acier retombant sur la nuque et formant ressort pour mieux résister aux coups de taille.

Par Desiderius Colman fut également exécutée l'armure à gouttières gravées et dorées datée de 1538. Comme celle dite aux cornes d'abondance, elle porte sur son plastron une Vierge gravée et sur sa dossière une sainte Barbe, banale patronne de tous les gens de guerre; les deux figures sont d'un beau dessin et la fermeté de la gravure rappelle les Burgkmair. De Desiderius encore est cette fameuse armure dite de la bataille de Muhlberg (A. 162 à 185), montée sur une statue équestre nous montrant l'Empereur, armé à la légère, tel qu'il est représenté dans le fameux portrait du Titien. De ce harnois toutes les pièces, au nombre de plus de

que celte sorte de targe doit être nommée haute pièce tringlée. Il s'appuie sur un passage du Tournoi de Noseroy, publié par notre érudit collaborateur, M. Bernard Prost : « ... Se sont trouvez montez sur chevaulx de mesure et à selle raze, armez de toutes pièces et en harnois de guerre, la haulte pièce tringlée de fer et à losanges... » Je ne crois pas que la disposition des compartiments doive influer sur le vocable qui détermine la nature des targes ni qu'il faille confondre la haute pièce avec le manteau d'armes. Bien que jusqu'ici nous manquions de documents assez précis pour nous permettre de fonder une nomenclature archéologique certaine, il convient de considérer comme hautes pièces plutôt les renforts de ventailles, et comme manteaux d'armes les grands renforts protégeant tout le côté gauche, poitrine, épaule et encolure. Souvent, au xvie siècle, le renfort de la ventaille est uni au manteau d'armes, comme nous le prouve cette admirable pièce de la collection de M. Ressmann, ayant appartenu à un prince allemand, et la plus belle qui existe en ce genre dans les musées ou collections.

cent, sans compter les selles d'armes, chanfreins, demi -chanfreins, rondaches, sont décorées de denticules repousses et gravés formant bordure à des champs gravés et dorés. Desiderius Colman l'exécuta en 1544 l.

Le chef-d'œuvre du plattner augsbourgeois est cette armure noire de Philippe II, alors qu'il n'était encore que prince héritier, et dont le chanfrein et les rondelles d'épaules, détournés par des mains infidèles, peuvent se voir au Musée d'Artillerie de Paris. Desiderius Colman la livra en 1552, et reçut comme prix de son travail trois mille ducats d'or, somme équivalant à cent cinquante mille francs de pouvoir actuel d'argent. Eu signant ce chef-d'œuvre, Colman se persuada qu'il avait vaincu son rival éternel, Negroli. J'ai raconté ailleurs - comment il se figura lui-même sur la rondache, sous forme d'un taureau chargeant un guerrier dont le bouclier porte le nom de Negroli.

1. Aux pieds du cheval de Charles-Quint sont les dépouilles du vaincu, l'électeur de Saxe, Frédéric le Magnanime, le Balafré allemand : Une grande bourguignote, un plastron, un garde-rein, une chemise et des chausses de mailles, une botte de cuir à talon et à cou-de-pied si larges qu'on devait la chausser avec une mule ou un soulier. La lame du grand estoc est jointe à ce trophée. A en juger par ces pièces d'armes, l'électeur était d'une taille gigantesque. L'histoire de la seconde botte est assez singulière : donnée par l'Empereur 'au duc d'Albe comme souvenir de la journée de Muhlberg (1547), elle demeura longtemps dans le château de la famille d'Albe; mais elle fut détruite par un incendie avec des richesses archéologiques sans nombre. Un autre trophée est celui formé par les armes de François Ier prises à la bataille de Pavie, où le roi fut pris par Diego de Avila, comme en témoignent les lettres de Charles-Quint. On remarquera : une courte dague à forte lame, à simple monture d'acier, et larges quillons chantournés à nervures; — une lame d'estoc forte et courte; — un miton gravé (le gantelet droit, signalé dans l'inventaire impérial, a disparu); — une bourguignole à l'antique, noire et or, ayant comme crête un dauphin à écailles fleurdelisées et chargée de guerriers dont certains ont des fleurs de lis sur leurs casques; l'avance et le couvre-nuque sont finement incrustés d'or; (c'est un travail peut-être français, où l'allure timide et froide des figures rappelle le style de l'armure d'Henri II au Louvre; ce casque dut être pris dans les bagages, avec l'épée émaillée que se fit donner Napoléon Ier, et qui est au Musée d'Artillerie de Paris; elle est remplacée à Madrid par une bonne copie qu'en fil faire Napoléon III); — une large en forme de pavois bohème réduit, travaillée à l'allemande, bien gravée; au centre un groupe repoussé et doré, figure un grand coq fondant sur un homme d'armes qui cherche à s'enfuir; la bordure est dorée : c'est une large de parement pour harnois léger à la stradiote ou à la genète, dans le goût des pavois turcs; le travail, sans doule allemand, a dû êlre exécuté d'après un dessin français.

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