HARNUIS DE DON JUAN D'AUTRICHE
P;ir Lnce Picinino de Milan.
Il faut considérer comme ayant été exécutée d'après les mêmes principes décoratifs que l'on observe dans le harnois de don Juan d'Autriche, la demi-armure d'enfant qui appartint à Philippe III
(B. 1). Sans doute aussi est-elle due à la même main. C'est une œuvre délicate d'orfèvrerie d'où le précieux n'exclut pas la saveur, le gras des ornements est caractéristique et s'accentue par la teinte chaude qu'a prise tout le harnois. La rondache, le cabasset, l'armet, présentent les mêmes caractères techniques que les pièces de l'armure de don Juan, et aux fronts sont les mêmes mufles de bêtes. La couleur des deux harnois, de l'oncle comme du neveu, est exactement la même.
Le comte de Valencia attribue à Lucio Picinino une autre demiarmure de parement ayant appartenu au même infant (B. 4), à cause de la ressemblance qu'elle présente avec l'armure d'Alexandre Farnèse conservée au Musée de Vienne et dont l'attribution est certaine. Elle est d'une composition et d'une exécution plus savantes et plus fines que la demi-armure B. 1. Le modelé est plus gras, et la richesse s'accentue par les rinceaux d'or et les fines perles d'argent incrustés entre les motifs repoussés. Le parti décoratif de ceux-ci ne manque pas de largeur et rappelle, une fois de plus, les belles oeuvres de la typographie vénitienne. Les motifs sont disposés en bandes longitudinales reliées, de place en place, par des guirlandes ou des retombées dont un masque forme le centre; les bandes ellesmêmes, au moins pour l'armet et la cuirasse, sont composées de figures alternant avec des satyres qui se déforment pour composer des arabesques; au haut du plastron, c'est un grand mascaron sous quoi sont adossés deux captifs, différents comme dessin et comme exécution de ces sempiternels vieillards à barbes de fleuve qui surchargent les oeuvres allemandes, tout comme celles d'Etienne Delaune et des maitres édités par Briickmann; sous ces captifs, un édicule abrite une Bellone appuyée sur sa lance, debout sur une plinthe soutenue par un satyre ; des mascarons chargent le frontal de l'armet, la région pectorale des épaulières, la partie bombée des cubitières; mais les ailes de celles-ci portent de grandes figures assises, la Renommée et la Gloire, qui sont d'une allure un peu lourde. Les tassettes, à six lames, s'attachent directement à la courte braconnière par des moraillons fixes qui sont des pattes rivées sur un anneau transversalement aplati. L'armet, à gorge, s'emboite sur un colletin à trois lames. Les gantelets manquent. Cette armure, suivant la tradition, aurait été donnée à Philippe III enfant par le duc de Terranova.
Les trois demi-armures des infants fils de Philippe III, don Fernando (B. 18), don Carlos (B. 15) et don Philippe (B. 13), sont d'un travail tout aussi riche, mais moins parfait, où une main italienne se laisse encore deviner; elles datent du commencement du
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xvne siècle; sur l'acier noirci, des incrustations d'argent délimitent des champs incrustés d'or portant les emblèmes de l'Espagne : lions de Léon, tours deCastille, l'aigle d'Autriche, les colonnes d'Hercule. La technique est excellente encore, mais l'exécution vaut mieux que la composition ' .
Plus lourde et plus riche encore s'accentue la décoration des harnois royaux du xviie siè- fl cle. On dirait que, dans les armures de Philippe III et de Philippe IV, les maîtres ont voulu proportionner l'o'rnement au poids des diverses pièces dont certaines, telles qu'une rondache, peuvent être portées à grand'peine par un homme de force ordinaire -'. La mode était alors d'incruster l'argent sous forme de perles saillantes, soigneuse-ment arrondies et disposées en rangées.
Pans les plastrons et rondaches à l'épreuve, qui portent les marques des balles d'essai, ces dépressions sont elles-mêmes motifs à ornements : on les enserre dans des anneaux de perles d'argent, dans des entrelacs d'or. Le mauvais goût est arrivé à son comble, et l'on fabrique des boucliers ornés de
gemmes qui sont de véritables pièces d'orfèvreries plus étincelantes que des reliquaires. Tels sont ces deux boucliers ovales (D. 72 et D. 73) qui furent donnés par un duc de Savoie à Philippe III, sans doute au
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Ayant appartenu à Philippe III enfant et attribuée à Luce Pîcinino de Milan
1. Don Philippe d'Espagne, depuis Philippe IV, 1605-1665. Don Carlos , 1607-103:2. Don Fernand, 1609-1641. Du premier FArmeria possède encore deux demi-harnois de guerre blancs à bordures gravées et dorées. Le premier de ces
commencement du xvne siècle. Ils sont ciselés, repercés, dorés, couverts de pierres précieuses et d'intailles serties. Un cimeterre les accompagne (G. 63), qui n'est pas d'un meilleur style et dont la poignée et le fourreau disparaissent sous une joaillerie aussi criarde que celle que l'on fabriqua si longtemps à Gênes à l'usage des Turcs et Barbaresques. Pendant deux siècles, le nord de l'Italie inonda l'Orient de ces armes ■ — on dirait des accessoires d'opéra — qui reviennent maintenant en nos pays pour la plus grande joie des collectionneurs.
Mais il jr avait encore des armuriers qui ne tombaient pas dans ces lourdes erreurs, et l'on peut dire que la fabrication courante des armures était encore, à la fin du xvie siècle, à la hauteur de sa tâche. Ce sont notamment les harnois gravés qui gardèrent le plus longtemps le meilleur caractère. Soit qu'elles fussent chargées de ces bandes longitudinales gravées à la damasquine, comme dans les cuirasses de Pise que les Espagnols nomment armures à crapauds, à cause du contour souvent informe îles ornements, soit qu'elles fussent couvertes d'une damasquine plus serrée encore, imitant le dessin des velours frappés, toujours ces armures restaient dans l'élégance et dans la justesse. De ces pièces gravées en imitation d'étoffe il faut citer celles des jeunes princes de la maison de Savoie qui moururent au service de l'Espagne au commencement du xvue siècle. Une d'elles, qui a perdu sa dorure, a jadis été représentée en chromolithographie par Séré et Lacroix comme ayant appartenu à Gonzalve de Cordoue.
Mais, avec le xvie siècle disparaissent les maîtres armuriers, et ils semblent avoir emporté avec eux dans la tombe les merveilleux procédés d'exécution et de décoration que leurs successeurs ne voulu-
liarnois a été exactement copié pour chacun des deux autres infants, de telle sorte i[ue les trois fils de Philippe III portaient une armure semblable. L'Armeria possède beaucoup d'autres armures d'enfants, très complètes et très belles, dont une des plus intéressantes est celle de l'infant Ballhasar Carlos, montée sur un petit genêt.
2. Une armure de jeune homme, ayant appartenu à Philippe IV, semble dater ■ le l'époque de son mariage avec Isabelle de Bourbon, fille d'Henri IV. Elle comporte de nombreuses pièces complémentaires et une intéressante marque qui est unécusson couronné, chargé de trois fleurs de lys, ayant de chaque côté une lettre, à droite un M, à gauche un P. On sait qu'Henri IV et Louis XIII eurent à leur
- srvice des armuriers selliers du nom de Petit; et l'on peut croire que celte armure
— elle semble bien d'un travail français — est un cadeau de Louis XIII à son beau-frère. Le mariage de Philippe IV avec Isabelle de Bourbon est de 1615; la réunion des époux date de 1020; Philippe avait alors 15 ans; c'est bien l'âge de l'adolescent pour qui fut faite cette armure.
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rent pas recueillir. De la plupart de ces artistes, les noms sont inconnus, comme celui de cet habile azziministe qui exécuta un des plus admirables harnois de parade de Charles-Quint. C'est une demi-armure d'acier noirci touché d'or, d'une admirable forge. Articulée à la taille par plusieurs plates imbriquées, très bombée aux flancs, très serrée aux hanches, elle est une des plus belles qui existent au point de vue architectural. L'azziministe qui la couvrit des délicats filets d'or dont elle est ornée doit être le même qui exécuta une cassette appartenant au marquis de Trivulce et que la Gazette' a reproduite. L'inscription très lisible : PATJLUS AGEMI- NIUS FACIEBAT ne permet pas de baptiser autrement le personnage, non plus que le petit cartouche situé sur le garde-rein si remarquable que deux bretelles d'acier relient aux épaules. Au milieu de ce cartouche, on lit : D. P. T.
Sans doute le comte de Valencia trouvera-t-il le nom de cet artiste trop modeste parmi tous ces damasquineurs espagnols dont certains sont assez connus, comme ce Diego Caïas que l'on a nommé aussi Didacus de Gayas et dont nous avons déjà parlé d'ailleurs à propos d'une masse de la collection Spitzer.
Les armures ornées ne sont pas les seules intéressantes que l'on puisse voir à l'Armeria. D'autres plus simples méritent d'attirer l'attention. Telles sont ces deux de gendarmes, noircies, élégantes et fines, qui sont parmi les plus complètes de ce genre que l'on connaisse. Elles datent du milieu du xvie siècle. Beaucoup de pièces d'armes du xve siècle méritent d'attirer l'attention, notamment celles d'arbalétriers et de piquiers achetées en Aragon, et présentent des salades à bavières d'un modèle intéressant.
Il faudrait aussi parler de ces harnois légers, composés de pièces très espacées, destinées à compléter la défense fournie par le buffle et la maille, comme dans ces équipements dits à la cjenèle dont l'Armeria possède encore certains ayant appartenu à l'empereur Charles- Quint. Les débris d'une armure à pièces de rechange très nombreuses, dont la plupart furent perdues lors de la désastreuse expédition d'Alger, présentent encore certains de ces grands colletins descendant en plates articulées pour former un triangle sur la poitrine, et aussi les brassards ajourés ou formés de plates longitudinales d'acier destinées à arrêter les coups de taille.
i. Gazelle des Beauv-ArU; 1862. p. 04.