‹ Les musées de provinceChapitre 18 sur 42 · SERIES · texte numérisé non relu

SERIES

SRE

Le Portrait de Jean Forest, peintre de paysages, par son gendre, Largillière ;

La Peinture, jolie petite pochade de Boucher;

La Marine par un temps calme, — Effet de soleil couchant, — de Joseph Vernet, tableau ordinaire, un' peu sourd d'effet, signé et daté de 1748 ;

L’Adoration des bergers, vive et spirituelle de Fragonard, d’après le tableau de Rubens.

On sait combien, au siècle dernier, étaient à la mode les grisailles de Sauvage, qui, en ce genre, montra un véritable talent, Mais ce talent se développait surtout dans les infiniment petits. J'ai vu des dessins de tabatière, des boîtes à mouches, des médaillons de meubles qui peuvent passer pour des chefs-d'œuvre de goût et de délicatesse. Lille n’a rien à offrir en ce genre. Le basrelief numéro 137 n’est qu'un document historique; il ne vaut pas, à beaucoup près, les deux grisailles de son maître Geeraerts. Le Portrait de Sauvage, par Donvé, est placé au musée. Il est d’un dessin vulgaire, mais d’une assez bonne couleur;

Des deux peintres connus sous le nom de Watteau de Lille, c'est le fils, François-Joseph, qui eut le plus de talent. Bien que la similitude de nom et le lieu de naissance fassent présumer qu’ils étaient parents d'Antoine Watteau de Valenciennes, il n’est rien moins que prouvé cependant que celui-ci fût l’oncle de Louis- Joseph. On voit, en 1755, Louis-Joseph succéder à un M. Dachon à l’académie de Lille. C’est à peu près à cette époque que, voulant faire étudier ses élèves d’après le modèle nu, cette innovation fut jugée si scandaleuse par les pudiques magistrats de cette ville, que lui et son collègue, M. Tillier, furent destitués et forcés de quitter Lille. Plus tard cependant il fut réintégré dans ses fonctions, et en 4795 il fit l'inventaire des objets d’art déposés à la municipalité. Ce travail fut le dernier acte de sa vie publique. Il mourut à Lille, le 27 août 1798.

Son fils, Louis-François-Joseph, était né à Valenciennes le 19 août 1758. C’est lui plus particulièrement qui est connu dans l’histoire de l’art sous le nom de Watteau de Lille. Ce sont ses dessins à la plume, lavés de bistre, ses scènes champêtres, ses villageoises coquettes, ses bergers minces, hauts sur jambes, ses bergèrèés, qui rappellent parfois celles de Huet, qui lui ont valu cette réputation. Watteau de Lille, comme son illustre homonyme,

à fait beaucoup de dessins pour éventails, pour dessus de porte, pour chaises à porteurs, pour traîneaux. Après avoir obtenu la médaille d'honneur à l'académie de Lille, il alla, en 1774, étudier à Paris, sous Durameau, À son retour, en 1786, il fut nommé professeur adjoint à son père à l’école de dessin de la ville; en 1798, professeur en chef; en 1812, directeur, Il était, à cette époque, conservateur adjoint du musée avec M. Blarenberghe, et conserva ces fonctions jusqu’à sa mort, arrivée en 1823. Les trois tableaux : la Procession de Lille, en 1780; la Braderie, Une escarmouche de cavalerie, ne donnent aucune idée du talent coquet et musqué de cet artiste. On le retrouve dans la jolie composition intitulée Une fête au Colisée, que l’on prendrait à la couleur pour un Lawrence, et aux costumes pour un Debucourt. Ce tableau est entré au musée en 1861, offert par MM. Delannoy, Le musée de Valenciennes possède de jolies compositions de François-Joseph Watteau, Heureusement pour la réputation de Wicar, il a légué à la ville autre chose que la Résurection du fils de la veuve de Naïm, que le Jugement de Salomon, et que le Portrait de M. Lesage Se-

nault. Sa collection de dessins protégera son nom contre l'oubli ;

l'amateur fera pardonner à l'artiste.

Si l'on veut se faire une idée du genre niais et sentimental qui affadissait tout doucement l’art vers 1820, que l’on regarde le tableau de Hilaire Ledru, le Vieux porteur d’eau défaillant, qui a figuré au Salon de 1822. Rien que le titre donne l’idée de ce que doit être ce tableau, Heureusement qu’à la même exposition figurait la Barque du Dante de Delacroix , et la proportion était rétablie.

Lorsque je visitais le musée en juillet 1863, on venait d'acquérir, de M. Jules Boilly, une suite assez nombreuse de petits portraits en buste, peints par son père Louis Boilly, et représentant un très-grand nombre d'illustrations artistisques, vers 14820. Comme valeur d’art, comme documents d'histoire, je place cette série au même rang que les crayons de M. Heim, du musée du Luxembourg, et que les esquisses de Gérard, du musée de Versailles.

L’Iuresse de Silène, de Bouchot, la Mort de l’espion Morris, de Camille Roqueplan, forment la transition entre les anciens artistes et les artistes contemporains. Il est très-délicat de parler d'œuvres auxquelles manque la consécration du temps, et chaudes encore de la polémique soulevée par leur apparition. Je me bor-

nerai donc à signaler les plus saillantes envoyées au musée depuis dix ou douze ans.

La Bataille de Hondschoote, résultat de l'association de deux remarquables artistes : MM. Eugène Lami et Jules Dupré ;

La Folie de Haydée, par M. Charles Muller, — Salon de 1849;

Une après-dinée à Ornans, par M. Courbet, — Salon de 1849 ; le moins mauvais tableau de cet artiste :

Une Vue de Fontainebleau, par M. Troyon, — Salon de 1848 ;

Le Plateau de Belle-Croix à Fontainebleau, par M. Lavieille, — Salon de 1851 ;

Sixte-Quint bénissant les marais Pontins, par M. Rudolph Lehman, — Salon de 1847 ;

Faucheurs de sainfoin à Chambaudouin, par M. Hédouin, = Salon de 1853;

Supplice d'une Vestale, par M. Baudry, — Salon de 1857 ;

Enfin, le chef-d'œuvre d’un artiste enlevé trop tôt à sa gloire : la Médée de M. Eugène Delacroix, — Salon de 4838. — Nous nous rappelons encore l'impression produite par ce tableau quand il fut exposé; les critiques violentes, les admirations enthousiastes qu'il suscita. C'était le beau moment des luttes intellectuelles. Vue à vingt-cinq ans d’intervalle, la Médée émeut autant que lorsqu'elle fit sont apparition dans les galeries du Louvre: Le temps a plutôt augmenté ses qualités. J’engage ceux qui sont sensibles aux effets de la couleur à examiner la poitrine de la Médée et l'enfant qu’elle tient sous le bras droit. Si l’on doit se détourner pour aller à Valenciennes admirer le Martyre de saint Étienne de Rubens, ne contint-il que la Médée, le musée de Lille mériterait le même honneur.

Février 1864.

Bibliographie. Notice des tableaux, bas-reliefs et statues du musée de Lille, par Ed, Reynart, conservateur. — Lille, Danel, 1850.

Notice des tableaux, bas-reliefs et statues du musée de Lille, par Ed. Reynart. 3e édition. — Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1862.

MUSÉE WICAB

Outre son musée de peinture, la ville de Lille possède une réunion de dessins extrêmement remarquable qui, avec la collection Atger, de Montpellier, et la collection Robbien, de Rennes, est le seul cabinet de ce genre que puissent montrer nos villes de province. Les collections de Montpellier et de Rennes sont intéressantes ; mais, par le nombre, par la beauté de plusieurs de ses dessins, le musée Wicar les éclipse toutes deux, et ne redoute de comparaison qu'avec la collection des dessins du Louvre, la première du monde,

C'est au patriotisme d’un artiste lillois que la ville doit ce musée. Après être entré à l'atelier de David, à l’âge de dix-huit ans, en 1780, Jean-Baptiste Wicar, fils d’un pauvre ébéniste de Lille, suivit son maître en Italie, séjourna à plusieurs reprises à Rome, à Florence, à Milan, et se trouvait dans cette dernière ville lorsque la victoire y conduisit le général Bonaparte au début de la campagne d'Italie. Il eut l'honneur d’être choisi pour désigner dans les musées les œuvres d’art offertes au Directoire; et s’acquitta de cette mission avec assez d'intelligence pour mériter uue lettre de remerciement du général en chef. Sa mission terminée ; ses goûts, ses instincts, certaines habitudes prises, lui firent préférer le séjour de l'Italie à celui de la France; il s’établit à Rome, où son talent et les relations qu’il avait formées lui procurèrent une belle et douce existence. Ce n’était pas un grand artiste, mais c'était un élève de David ; et pendant la durée du premier empire, tous les hauts personnages qui traversaient Rome voulurent poser devant lui. C'est alors qu'il fit les portraits dé Pie VIT, du roi Joseph, du roi Murat, du prince Eugène, du maréchal Lannes, de Salicetti, du duc de Feltre et de beaucoup d’autres illustrations de l’empire.

La Restauration ne changea rien à son existence. Il continua

| 4 bi | h.

D DE RENE Den

tranquillement à peindre des sujets qui étaient œuvre pie pour un élève de David. Son dernier tableau — 1828 — représente une scène de Sophocle : Oreste, Pylade et Electre. Rien que le titre fait réfléchir. Il mourut au commencement de l’année 1834, plein de foi dans les dieux de sa jeunesse ; et léguant par son testament du 28 janvier 1834, « tous ses dessins de Raphaël d'Urbin, de « Michel-Ange Buonarroti et de quelques autres peintres célèbres « à la ville de Lille. »

Wicar était dans des conditions exceptionnelles pour former cette collection qui ne contient pas moins de 1,436 numéros. Son goût personnel, une habitude très-exercée, furent aidés par la connaissance que lui avait donnée de l'Italie et de ses ressources un séjour de près d’un demi-siècle, et par les circonstances qui accompagnèrent ce séjour. Au milieu des révolutions politiques, dont cette contrée fut le théâtre, de. 1790 à 1835, il dut rencontrer des hasards à peu près uniques. Il en profita, sa collection le prouve. Seulement on regrette qu'il ait presque exclusivement circonscrit ses recherches aux œuvres des maîtres italiens. En dehors des artistes d'Italie, la table du catalogue ne contient pas quinze noms de peintres flamands, hollandais, allemands, français ou espagnols. Et cependant que de belles œuvres de ces artistes ont dû passer sous ses yeux, seulement de 1790 à 4800! Que de beaux dessins il a dû dédaigner lors de la dispersion de ces collections qui s’amoncelaient depuis des siècles dans les palais de Gênes, de Rome, de Venise, de Florence et de Naples!

M. Passavant, dans son remarquable ouvrage sur Raphaël {, a donné sur la formation de la collection Wicar les détails suivants : « La belle collection de dessins que le peintre a léguée à sa ville « natale provient de celle qu'il acheta du peintre Antoine Fedi, « de Florence. M. Wicar avait vendu, à peu d’exceptions près, sa « première collection à M. Woodburn, de Londres, pour 11,000 écus « romains (59,000 francs), lors du séjour de ce dernier à Rome. & M. Fediavait également vendu la moitiéde lasienne à M. Ottley « de Londres, et c’est l’autre moitié de cette collection que Wicar “eut l'intelligence d’acquérir. Wicar paya ces dessins 3,000 écus

AR

1 Raphaël d'Urbin et son père Giovanni Santi, par J.-D. Passavant, conservateur du musée de Francfort, traduit par M. J. Lunteschatz. — Paris, Renouard, 1860. T. IE, p. 481 et Suivantes, ;

eo ni tm — ©

« (16,000 francs), ils sont maintenant exposés dans une salle de « l'hôtel de ville de Lille... Les dessins de Raphaël qui s’y trou- « vaient (dans la collection de sir Thomas Lawrence) en formaient « la partie la plus précieuse. Ils provenaient surtout du cabinet de « feu M. Young Ottley, qui les avait acquis la plupart du peintre « Fedi, de Florence. Ce n’était toutefois que la moitié de ceux « que Fedi avait, en concurrence avec Wicar, de Lille, trouvés « dans les palais d'Italie. L'autre moitié de cette collection fut « achetée depuis par Wicar luimême en 1824. La première col- « lection de dessins que posséda Wicar avait été acquise par les « frères Woodburn, de Londres, en 1823, pour 11,000 écus ro- « mains; elle passa en majeure partie dans la possession de « Lawrence. »

ILest inutile d’insister sur l'intérêt que les dessins offrent aux amateurs. Ceux qui ont plus de penchant pour les résultats préféreront un tableau; ceux, au contraire, que l’étude des moyens sollicite, s’arrêteront devant un dessin. Le tableau c'est l'artiste en costume officiel; le dessin c’est l’homme privé avec ses caprices, ses mouvements d'enthousiasme, ses heures de défaillance, ses nerfs, sa chair vive: c’est l'homme en un mot. Les tableaux des maîtres sont plus importants, leurs dessins plus curieux. Ce goût a d’ailleurs toujours été un corollaire de la passion des tableaux, et, de tout temps, les amateurs. à commencer par Vasari, l'élève de Michel-Ange, qui montait lui-même ses dessins, Dieu sait comment! et à finir par Wicar, qui les cachait et les cachetait « dans une grande caisse » (précaution d'homme de goût voulant éviter l’action destructive de la lumière), tous, dis-je, ont regardé les dessins comme une annexe indispensable des tableaux, et plusieurs ont fini par préférer les uns aux autres.

Le musée Wicar est installé au second étage de l'hôtel de ville, dans une galerie aménagée dans les meilleures conditions pour l'examen. Les dessins sont placés sur des pupitres formant de chaque côté de la salle, dans le sens de sa longueur, deux rangées d’échelons séparés par un espace qui permet d'étudier à son aise tout ce qui est exposé. Des feuilles portant des dessins au recto et au verso occupent la partie supérieure des pupitres. Les cadres de ces feuilles sont à double face et tournent sur pivot. Des rideaux, enlevés au moment de l'ouverture de la galerie, garantissent les dessins contre l’action absorbante de la lumière. Toutes

RE

FFRR—

de [14

les précautions que l’on a pu prendre ont été observées avec un soin qui fait honneur à la libéralité du conseil municipal,

Si les écoles d'Italie sont à peu près les seules représentées, elles le sont d’une façon si heureuse, par des maîtres d’une telle autorité, que lon oublie la partialité du goùt de Wicar pour n’admirer que le bonheur de ses recherches.

La Tête d'homme, vue de face et grande comme nature, est un dessin florentin de la belle époque et du plus magnifique style; mais il m’a semblé postérieur à Masaccio.

Il est difficile d'imaginer, quand on n’en a pas vu de nombreux exemples, que Léonard de Vinci, qui a mis tant d’élévation dans ses tableaux, qui a su donner à ses figures une vie intellectuelle si profondément sentie, ait été, la mine d’argent à la main, un traducteur aussi méticuleux de la nature. Rien n’est plus vrai cependant, Les études dessinées du Vinci soutiennent la comparaison avec les plus achevées d'Albert Dürer; et le volume dit de Valardi, acquis par le Loûvre, contient un portrait de sanglier qui laisse bien loin derrière lui les jeux de patience de Denner. On comprend donc que l’on ait pu se tromper devant l’Étude de draperie du musée Wicar et y reconnaître une main allemande. Mais jusqu’à preuve matérielle du contraire, je crois le livret dans le vrai quand il attribue cette belle étude à Léonard.

Ce grand artiste était en même temps un caricaturiste infatigable, cherchant à exprimer par les déviations les plus imprévues des lignes de la physionomie de l’homme le caractère des vices, des passions, des défauts qui l’agitent ou l’entraînent, ou à éveiller le rire par la folle exagération des grotesques. Le comte de Caylus a gravé plusieurs de ces caricatures, dont six se trouvent à Lille,

Le Temps est un beau et important dessin de Baccio Bandinelli qui, tout en étudiant Léonard, a suivi le style de Michel-Ange et l'a imité au point que l’on confond bien souvent ses œuvres avec celles du Buonarroti.

Parmi tous ces élégants artistes qui travaillaient en Italie à la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième siècle, le Francia est un des plus élégants. Par un privilége assez commun à cette époque, il a su allier un charme souverain à une rare élégance, et atteindre à un haut style sans rien perdre de son caractère, Le Francia était orfévre, bijoutier, mouleur, fondeur, en

même temps que peintre, et il est à peu près démontré aujourd'hui qu’il a gravé les beaux caractères italiques des Alde. La plus grande et la plus intéressante partie des dessins exposés sous son nom sont des modèles ou des projets de médaillons de mariage, de jetons, de médailles, de scapulaires, de bagues, de breloques, de nielles, de coffrets, qui lui étaient d’un grand secours dans les travaux de son état. Plusieurs de ces feuilles contiennent trente ou quarante petits sujets d’orfévrerie extrêmement curieux, trèsfinis, très-délicats, tous empreints d’une grande sévérité alliée à une grande originalité. Parmi les dessins de sujets, le Rachat de captifs m'a semblé un des plus remarquables!.

La Vierge est un fort beau dessin de Fra Bartholomeo. Les contours des personnages sont confus, leurs traits sont embrouillés; mais la composition est émouvante, son ensemble est empreint d’une grande onction religieuse, et produit une impression que je défie à tout esprit un peu familier avec les lois de la beauté de ne pas ressentir. Le livret se trompe quand il dit que ce dessin est l’idée primitive du tableau du Louvre. Rien, dans le tableau ‘du Louvre, ne rappelle les figures de moines s’embrassant dans le dessin de Lille. Si mes souvenirs ne me trompent pas, il y a au musée de Berlin un tableau ou une répétition de Fra Bartholomeo qui se rapprocherait bien plus du dessin de Lille.

Il faut distinguer parmi les quatre dessins inscrits au nom de Perino del Vaga : Deux petits génies s'embrassant en éteignant une torche présentent des contours ronds et mous, aussi peu habituels à Raphaël qu’à son école. J’en dirai autant des Petits Amours conduisant un sanglier. Je ne les crois pas de la même main que la Composition pour une façade de maison, fort beau dessin, le seul que j'oserais attribuer à Perino del Vaga, Il porte tous les caractères de son temps, de son style, et s’il n’a pas été exécuté par lui, il ne l’a pas été loin de lui.

Les dessins de Raphaël sont le plus grand attrait et la plus grande richesse du musée Wicar. Il est fort probable que dans les soixante-sept enregistrés par le livret un certain nombre peut être contesté ; mais ce qu’il en reste d’authentiques suffit pour faire de ce musée un établissement à part. Je ne puis détailler ceux dont

1 Depuis que ces lignes ont été écrites j'ai revu deux fois ces dessins, et je doute fort aujourd’hui qu'aucun soit de Ja main du Francia (1870).

je me souviens ni en faire ressortir le mérite. Ce serait fatiguer le lecteur et prétendre lui apprendre ee qu'il sait aussi bien que moi. Je me bornerai à les indiquer en les faisant suivre du jugement que porte sur eux M, Passavant, la meilleure autorité sur cette question.

La Planète Mars, « superbe dessin à la sanguine. »

Quatre hommes nus. « Chacun dans un mouvement très-vif ef « très-varié. Esquisse à la plume pour une bataille. »

Portrait de jeune homme. « D'une expression charmante, Dans « la première manière de Raphaël. » J'avoue qu'ici mon impression n’a pas été conforme à l'opinion de M. Passavant. J'aurai sans doute mal vu.

Étude d'un jeune enfant souriant. Ce n’est presque rien, mais Ja grâce et le charme de ce crayon sont indicibles. En l’examinant, on songe plutôt à Léonard qu’à Raphaël, bien que l'attribution soit indispensable.

Études pour des madones et des enfants. « Dessinées à la pointe « d'argent. Il y a une esquisse d’enfant pour la Vierge au voile, « de Paris. Toutes paraissent avoir été faites à la hâte d’après « une jeune mère et son enfant. »

Étude pour une figure debout. « Étude légèrement faite à la « plume. La tête et les pieds sont seuls finis. Esquisse pour le « saint Jean-Baptiste dans le gradin du tableau de la Vierge de « Ansidei. » L'étude est si légèrement faite, que c’est à peine s’il y a quelque chose; mais ce quelque chose est incomparable comme style.

Apollon debout tenant une lyre. Esquisse à la plume.

Trois esquisses d'une Vierge tenant l’enfant Jesus sur ses genoux. Dessinées à la pointe de métal sur du papier teint en rose. Au verso, une répétition du sujet dans laquelle l'enfant ent le voile de sa mère, A la pointe du pinceau avec de la sépia. Ces études appartiennent au milieu de la vie artistique de Raphaël.

Couronnement de saint Nicolas de Tolentino. « Esquisse légè- « rement indiquée à la pierre noire pour le tableau d’autel qui « se trouvait autrefois dans l’église des Augustins à Citta di « Castello. Au verso, la tête de saint Nicolas, plus grande de « proportion, dessinée d’après un moine, et exécutée à la pierre « noire, Feuille in-folio d'autant plus précieuse qu’elle seule peut

« donner encore une idée du tableau détruit dans un incendie. » = Sainte Famille. « Ce beau dessin à la plume est exécuté avec « plus de soin que la plupart des dessins de Raphaël, parce que « le maître l’avait destiné à son ami Domenico de Paris Alfani, « qui avait été son condisciple dans l'atelier du Pérugin, ainsi que « cela est constaté par une note autographe écrite au verso de la « feuille. » J'ajouterai à la très-légitime observation de M. Passavant, que ce dessin m'a paru porter la trace de retouches qui en ont alourdi les contours sans lui enlever son caractère.

La plupart de ces dessins ont été reproduits en fac-simile par MM. Vacquez et Alphonse Leroy, et gravés par les soins de M. le duc de Luynes sous le titre de : Choix de dessins de Raphaël qui font parlie de la collection Wicar, à Lille.

Il n’est pas possible de séparer Michel-Ange de Raphaël. Rivaux pendant leur vie, ils sont restés rivaux après leur mort ; et l'histoire a maintenu entre eux ce caractère d’antagonisme qui fait la gloire de chacun. R

Ce n’est pas à Lille que l’on peut se rendre compte de cette rivalité. La part de Michel-Ange y est bien inférieure à celle de Raphaël. Les cent quatre-vingt-six dessins d’architecture que le livret lui attribue, d’après Wicar, offrent de l'intérêt pour une biographie; mais j'espère n’offenser personne en assurant qu'ils n’en possèdent qu’un médiocre comme art. S'ils sont réellement du Buonarroti, ils sont plus curieux que réellement beaux. Parmi les dessins de figures, le Prométheée et le vautour qui le déchire me paraît un des meilleurs. Le numéro 197 est une copie ou plutôt une reminiscence des fresques antiques découvertes sous Léon X dans les Thermes de Titus à Rome. C’est un beau dessin plein de l’ampleur et de la force de l’école romaine du seizième siècle, dépourvu du caractère antique des figures qu’il copie, mais ne ressemblänt guère comme exécution au Prométhée. Quant à la Figure entière d'homme nu, il me paraît bien difficile de l’attribuer à Michel-Ange. Enfin, sous le numéro 199, le livret donne la copie et la traduction d’une lettre autographe de François [°" à Michel-Ange. Je n’ai pas besoin d’insister sur la valeur et l'intérêt d’un pareil document.

Des six dessins d'André del Sarto, le meilleur est une Sainte Famille à la sanguine. On pourrait y désirer plus de vigueur, mais non plus de charme, de séduction, et une exécution plus libre -et plus habile.

AREA |

Jean Bellin n’a qu'un dessin, la Vierge et l’enfant Jesus au crayon noir relevé de blanc. Le livret admire beaucoup la conservation de ce dessin, Quant à moi, il m'a paru retouché au point que la touche primitive a disparu.

J'en dirai autant de la Famille Cornaro, de Titien, qui ne m'a pas semblé authentique, et où je serais tenté de voir une copie du tableau original, faite au crayon noir et rouge sur papier préparé. Pour le Paysage avec une figure de la Madeleine, c’est un de ces paysages du Titien comme on en trouve dans beaucoup de collections. Celui-ci n’a rien qui le distingue des autres.

Un beau, important et surtout élégant dessin du Parmesan : la Vierge et l'enfant Jésus, à la pierre noire, relevé de blanc, et un Combat naval, de Della Bella, dessin à la plume, fatigué, usé, mais délicieux encore, plein d'élégance et d’esprit, terminent la série des œuvres italiennes du musée Wicar dont j'ai gardé souvenir.

L'indication des principaux dessins dés autres écoles, je l’ai déjà dit, sera bien rapide. L'école allemande y est heureusement représentée par un fort beau Portrait d'homme coiffé d’un chapeau noir, vu de trois quarts à gauche. Dessin sur vélin à la mine d’argent, empreint de ce sentiment de naturalisme naïf poussé parfois jusqu’au génie par Dürer.

L'école hollandaise n’a pas été aussi favorablement servie par le hasard, et je crois que, sans se montrer bien diffcile, on peut* douter de l'authenticité des dessins suivants :

De Lucas de Leyde : Téte de vieillard portant une longue barbe, tourné à droite. Jolie étude, très-franchement rendue, mais qui m'a paru postérieure à l'époque de Lucas de Leyde (mort en 1533).

De Rembrandi : Portrait de Gérard Honthorst appuyé sur la main gauche et coiffé d’un chapeau à larges bords. Auprès de lui, à gauche, sur la table, un flambeau, cause innocente du nom que le livret applique au personnage représenté. Il est possible que ce soit Honthorst; mais ce qui le paraît beaucoup moins c’est que jamais Rembrandt aït dessiné aussi timidement. En classant ce dessin aux imitations de Rembrandt, je crois qu’on n le remettra à sa véritable place.

D'Adrien Ostade : divers croquis dont les costumes se rapportent à une époque de quatre- -vingts ans au moins antérieure à

celle où vivait l'artiste. Quant aux sujets funèbres qu'Ostade peignait de préférence, au dire du livret, je lui laisse toute la responsabilité de cette assertion. Le joyeux Ostade peignant des sujets funèbres ! je voudrais bien en voir !

Parmi les dessins français, je signalerai : une fort belle Danse de satyres, de Poussin, dessin capital de son meilleur temps et de sa plus belle exécution, et deux feuilles de Figures d'hommes qui me semblent plus discutables.

Cinquante-six dessins de David, comprenant de nombreux croquis pour le tableau de Léonidas aux Thermopyles, assez ordinaires, et un dessin du Serment des Horaces, fait à Rome et daté de 1782. Ce dessin, qui doit être la pensée première du tableau, n’offre que bien peu de différence avec le tableau tel qu’il a été exécuté.

Une douzaine de croquis assez lourdement exécutés de Louis Watteau, né à Valenciennes, et nommé communément Watteau de Lille, et de son fils François-Joseph Watteau, mort en 1823. Ces deux artistes n’ont rien de commun que leur nom avec Antoine Watteau, le peintre des fêtes galantes.

Il me reste enfin à parler de l’œuvre la plus importante et, à mon sens, la plus belle du musée Wicar. Elle est placée sur un piédestal, au centre de la salle des dessins, et est désignée par le livret de la façon suivante :Téte de cire du temps de Raphaël. C'est une tête de jeune fille de quinze à seize ans, un peu plus petite que nature. Les cheveux, séparés sur le front, coulent légèrement le long des tempes et vont se rattacher derrière la tête. Le cou est tourné à gauche. Les yeux n’ont pas de prunelle et leslèvres ont été peintes en vermillon. L’enduit coloré qui était appliqué sur cette cire a pris avec le temps une teinte noirâtre fort désagréable. Maïs, lorsque l'on a surmonté cette impression, il est impossible de ne pas admirer la finesse, la grâce, l'élégance, la douceur, l’ensemble mélodieux et délicat de cette physionomie où les grâces naïves de l’enfance se confondent avec le charme rêveur des premières jeunesses.

À qui faut-il attribuer cet admirable morceau de sculpture ? Je l'ignore, et je crois qu'il sera toujours bien difficile d'y mettre uñ nom. Mais je crois également que l’on aura quelque chance d’y arriver en circonscrivant ces recherches à l’école milanaise de 1500 à 1510. L'influence de Léonard de Vinci et de son école y

Page 1