‹ Les musées de provinceChapitre 31 sur 42 · L4G NOTE B · texte numérisé non relu

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« L'architecture a son principe dans un des premiers besoins physiques plutôt que dans le hasard des circonstances; mais elle doit, comme la sculpture et la peinture, son existence à l’imitation.

« Un abri naturel, une grotte dans les rochers, un arbre étendant ses rameaux touffus ont probablement donné l’idée de la première cabane à l’homme intelligent qui voulut se garantir de l’intempérie des saisons. De cette cabane, l’art s’est élevé, en fait de masses, jusqu'aux pyramides d'Égypte, et en fait de goût, jusqu’à la citadelle d'Athènes, la basilique de Rome et la colonnade du Louvre.

« Personne n’ignore combien l'architecture est admirable et utile dans sa connaissance de la solidité des bases, des cintres, des aplombs, dans son génie des distributions, des intervalles, dans ses vastes conceptions où les proportions et l'élégance dérobent à la vue l’énormité des masses et ne présentent que des aspects, des contours et des ornements désirables.

« Il appartient à la République d'utiliser tant de talents d’une manière aussi propice à la parole qu’admirable aux yeux, pour le sanctuaire des lois, pour les édifices des premières autorités constituées, pour les temples des sciences et des arts, pour les salles de spectacle, où les arts, les talents et les jeux de l’esprit se concertent à dessein de corriger les mœurs; pour ce vaste Champ de Mars, où le peuple, dans sa joie naturelle, vient célébrer les fêtes nationales, mêler ses accents aux discours du président du Directoire et respirer les plaisirs de la République ; pour tous les lieux où la majesté de l'édifice doit concourir avec le sentiment du cœur à inspirer la vénération due à la souveraineté du premier des peuples. :

« Il appartient encore à la République d'employer l’architecture à la construction des mausolées que la reconnaissance nationale érigera aux citoyens illustres dont il importera que les cendres et la mémoire soient religieusement conservées. Si le respect des morts est le premier sentiment de l’homme qui a de la moralité, combien ce sentiment n’acquiert-il pas de profondeur quant il s'exerce sur les mânes d’un grand homme! C’est sous le marbre, le bronze et les métaux les plus précieux que nous préparerons quelque jour l'asile du plus long des repos aux hommes supérieurs qui auront rempli leur vie et dédaigné la fortune, qui auront tout sacrifié à l’avantage de leur patrie, et qui n'auront ambitionné une place qu’au temple de mémoire ou dans le cœur de leurs concitoyens. C’est à Rousseau que j'élèverais le tombeau de Crésus. Les mausolées sont des leçons qui ont d'autant plus de puissance morale, qu'ils instruisent sans mortifier l’amour-propre; leur force est dans le passé.

« Citoyens collègues, je me rappelle à ce sujet un mot peu connu et digne de vous être rapporté. Il me souvient d’avoir entendu dire à un

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militaire distingué, qui a péri avant la Révolution au champ de l’honneur, et qui venait d'examiner à Strasbourg le tombeau du vainqueur de Fontenoy : « Je voudrais être le maréchal de Saxe mort, »

« Il appartient encore à la République de destiner Parchitecture à élever dans les communes des divers cantons des pyramides de reconnaissance sur lesquelles seront gravés les noms de nos braves frères d'armes morts glorieusement en défendant la cause de la liberté. Les Grecs nous en ont donné l’exemple à Marathon.

« Enfin il appartiendra peut-être un jour à la République d'employer cet art à placer sur les voies publiques des colonnes de distance en distance, qui, parlant au cœur par des inscriptions simples et concises de morale, auront pour objet de retenir le malfaiteur enclin à d’homicides pensées, et d'éviter à la loi l’affliction de condamner un coupable, La loi le protége, l'Éternel le voit, sont des maximes qui, en frappant l'œil, peuvent arrêter le bras de l’assassin. Pouvons-nous donc, dans l’enfance de la République, prédire jusqu’à quel point elle portera ses progrès.

« L'art de Memnon, l’art de Perrault, ne le cède point, comme on le voit, à celui de Phidias, ni à celui d’Apelles. L'architecture serait même encore plus nationale que la peinture et la sculpture par la grandeur de ses moyens. Elle nous est aussi plus nécessaire que ces’ deux arts qui ne sont que ses accessoires. Dénuée de leurs ornements, on l’admire quelquefois davantage dans sa hardie simplicité. Cette simplicité n’exclut pas le goût, et sans doute il est digne d’un peuple libre d’avoir des villes et des monuments où l’on distingue ces deux attributs de la nature.

« S’il était possible qu’il restât au conseil quelques doutes sur l’influence morale de l’architecture, une dernière observation les dissiperait. Je la trouve en fixant encore mes yeux sur le système du sacerdoce, et aussi dans l’orgueil et les calculs de la féodalité. Vous avez vu dans la première partie de ce rapport l'adresse avec laquelle les prêtres ernployaient les tableaux et les statues; voyez ici jusqu’à quel nombre effrayant ils avaient multiplié les temples ; voyez combien les ci-devant seigneurs, associés des prêtres en domination, avaient surchargé le sol de la France de châteaux ruineux, et stérilisé une grande étendue de terres quelquefois les plus propres à devenir fécondes. Croyons qu’en général ni la pitié ni la commodité n’étaient les vrais motifs de l’édification de ces monuments dispendieux, mais les idées de puissance que la multitude ignorante y attachait.

« Je vous ai parlé de chacun de ces arts en particulier. Si je les réunis tous les trois, voici le résumé des avantages qui les accompagnent dans tous les. temps : sous les rapports privés, ils offrent à l'homme des jouissances que ne suit point le dégoût ; ils satisfont les

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