TABLEAU OUVERT
La composition totale représente le Jugement dernier.
Le panneau central se divise dans sa hauteur en deux sujets, et cette division est observée dans les volets 1 et 2, 4 et 5. En bas un chérubin ailé, debout, vu de face, vêtu d’une robe blanc bleuàtre à reflets jaunâtres, et couvert d'un manteau rouge bordé de légers ornements dorés, pèse deux âmes dans une balance qu'il tient de la main droite. Dans un des plateaux un réprouvé désigné par le mot peccats, dans l’autre un bienheureux reconnaissable au mot virtutes. De chaque côté du chérubin, deux anges plus petits sonnent de la trompette. À ses pieds deux morts, le corps encore engagé dans la terre, ressuscitent.
Au-dessus de cet ange, N.-S. Jésus-Christ, la tête entourée d’un nimbe crucifère, bénissant de la main droite, les pieds sur le globe du monde, et assis sur un arc-en-ciel dont les extrémités se terminent sur les volets 1 et 4. Il est entièrement vêtu d’un manteau rouge. Autour de sa tête, à sa droite (gauche du spectateur), une branche du lis de chasteté, à sa gauche l’épée des vengeances célestes. Au-dessous de ces deux emblèmes et dans une ligne qui leur est parallèle, deux cartouches se déroulent et portent les légendes suivantes : du côté des réprouvés, à la gauche du Sauveur, Discedite a me maledicti in ignem æternum qui. ........... est diabolo in angustis suis. Les lettres de cette légende sont noires. Du côté des bienheureux, la légende tracée en caractères argentés s’est évaporée. Elle est assez difficile à lire. Les premiers mots sont : Venile benedicti ad me............ etc. Le reste est illisible.
Les bienheureux sont rangés dans les volets 4, 2 et 3, à la droite de Jésus-Christ ; les réprouvés dans les volets 4, 5 et 6, à sa gauche,
Volet 1. Trois figures de femmes agenouillées dont une religieuse, vêtue d’une robe noir bleuâtre, et coiffée d’une capeline blanche. Les trois têtes nimbées indiquent trois saintes.
Volet 2. Huit personnages debout et assis, rangés sur deux files, et tournés à droite. On reconnaît parmi eux un pape la tiare en
tête, un évêque mitré, un guerrier couvert d'une armure éclatante et la tête ceinte d’une couronne ducale. On veut voir dans cette figure, non sans raison, le portrait du duc Philippe le Bon. Au milieu, un vieillard vêtu d’un long manteau rouge. Toutes ces figures s’enlèvent sur un fond d’or nuancé où l’on distingue une foule de têtes de petits anges enveloppées d'ailes. La partie inférieure de ces deux volets est remplie par des figures de morts qui ressuscitent et marchent vers la Jérusalem céleste, qui remplit le volet 3.
Volet 3. Un ange guidant vers la Jérusalem céleste un religieux vêtu d’une robe brune. Une façade d'église gothique entièrement dorée figure la porte du paradis. Panneau fort endommagé, surtout dans la partie inférieure à gauche, d’où la peinture a disparu. La dégradation laisse apercevoir une préparation semblable à celle que nos artistes mettent encore sur leurs toiles.
Volet 4. Trois figures d'hommes dont la principale représente un personnage agenouillé tourné vers la gauche, les mains jointes. Sa barbe et ses cheveux sont noirs. Il est vêtu d’un long manteau pourpre, sur la bordure duquel on lit des caractères hébraïques : sans doute de simples ornements.
Volet 5. Sept figures (quatre d'hommes, trois de femmes) rangées sur deux lignes. Parmi les figures d'hommes, un vieillard à barbe blanche, agenouillé, tourné vers la gauche. Il est vêtu d’un manteau noir. Dans les figures de femmes, on en remarque une richement vêtue, la tête ceinte d’une couronne ducale. C’est évidemment la femme du personnage représenté dans le volet 2. Si ce personnage est réellement Philippe le Bon, cette figure serait le portrait de sa seconde femme, Isabelle de Portugal. Rien n’est plus plausible que ces deux suppositions. La partie inférieure des volets 4 et 5 est occupée par des figures de réprouvés ressuscitant ou déjà enveloppés par les flammes éternelles,
Volet 6. La gehenne tout en flammes dévorant le corps des réprouvés qui y sont jetés la tête en bas. Des démons cornus et griffus les tourmentent.
À une époque que je ne saurais préciser, mais qui ne doit pas remonter bien haut, la pudeur des dames desservant l'hôpital s’est effarouchée de la nudité des figures et les a fait recouvrir de robes
brunes pour les bienheureux, de flammes pour les damnés. A côté de la finesse et de la fermeté de la touche primitive, ce sacrilége artistique cause une déplorable impression et enlève une partie de l'effet de la composition, Ces repeints, du reste, grâce à la maladresse du restaurateur, n’ont attaqué en rien la touche primitive.
Volet superieur 7. Deux anges vêtus de blanc, ailés et agenouillés, portent, l’un la couronne d’épines, l’autre la croix.
Volet supérieur 8. Deux anges semblables portent, l’un la lance et l'éponge de fiel, l’autre la colonne scélérate.