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LE SCULPTEUR MARTINE/ MONTANES

des appointements élevés. Que de temps précieux vont lui prendre ses fonctions et ses stations dans l'antichambre du payeur !

Velasquez est à l'apogée de son génie, il a la tête pleine de chefs-d'œuvre, mais les tableaux ne se font pas comme le sonnet d'Oronte. Le temps fait quelque chose à l'affaire.

Voici les Pileuses, ouvrières de la fabrique de tapisseries de Santa Isabel de Madrid. Au fond, dans la plus pure et la plus glorieuse lumière, qui envahit une salle voûtée, une tapisserie est suspendue, où s'aperçoivent un guerrier, une femme aux nobles gestes, des amours envolés. Des dames, une dame bleue, une dame rouge, une dame marron, visitent, regardent, et l'harmonie de leurs costumes est en délicieux accord avec la coloration du ciel et des personnages de la tapisserie. Cette apparition est lointaine, comme sur la scène d'un théâtre. En avant, dans une salle basse presque obscure, que le jour traverse obliquement, les fîleuses demi-nues, travaillent, tournent les rouets, les métiers, tissent la laine, dévident les écheveaux. L'une, au milieu, est tout à fait dans l'ombre, ramasse sur le sol des bribes de laine parmi lesquelles un chat sommeille. Celle qui

Velasquez.

Pernia, dit Barberousse

tient la quenouille allonge sa jambe nue auprès de son rouet, elle est à moitié dans la lumière, à moitié dans l'ombre: son visage est sombre, sa jambe est lumineuse. Celle qui se penche vers elle en écartant un rideau a le visage et les bras éclairés d'une lumière légère. Celle qui tourne les écheveaux et que Ton voit de dos, de profil perdu, est éclairée vivement sur la joue, la nuque, le dos, les pieds, le bras tendu, le sein qui tombe hors de la chemisette. La même lumière éclaire sa compagne, penchée vers elle, sur le seuil d'une petite porte. La tableau n'est pas terminé, mais il est complet de mouvements, d'harmonie, de jeux clairs et obscurs. Il est admirablement significatif encore du goût de Velasquez pour la vie instinctive, pour les apparitions subites des êtres pris en pleine vérité, en pleine nature. Ce chaud atelier de fileuses, ces filles souples occupées aux besognes journalières d'où naîtront des chefs-d'œuvre de luxe, c'est l'indication de ce que Velasquez aurait fait s'il avait été libre. Il aurait pu être un grand historien des mœurs, il lui faut se résigner à être un grand historien de la cour morose où il est gardé a vue, il doit peindre et repeindre sans cesse Philippe IV, ses femmes, ses enfants, ses frères, ses boulions. Il n'a pas le temps de terminer ses Fileuses dont il ferait une toile rembranesque si on ne le sonnait ... Il lui faut retourner à ses besognes.

Voici le Couronnement de la Vierge, commandé par la^reine pour son oratoire. Cette royale personne va bientôt se prosterner devant les deux braves charpentiers qui se penchent sur leur échafaudage pour apercevoir une belle dame. Celle-ci, par contre, est délicieuse de maintien, de charme pur, loin des fadeurs religieuses dont l'art espagnol abusera plus que de raison.

Le portrait du sculpteur Martinez Montanez fait penser à Antonis Mor, suggère l'idée de Tartiste perspicace, sérieux, attentif à voir, savant à exprimer.

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Saint Antoine visitant Saint Paul, connu sous le titre des Deux Ermites, est un tableau qui dépasse le sentiment religieux, qui va

jusqu'à Fémotion d'un Durer ou d'un Rembrandt. L'artiste a été pris luimtMîie par la superbe mélancolie du paysage qu'il vient de créer au bout de sa brosse, un lointain démonta g n e s , un arbre d'écorce blanche, de feuillage léger, qui palpite sur le ciel lumineux bleu et argent, un immense rocher surplombant la route et la rivière. Au loin, on aperçoit, comme dans les tableaux à compartiments des Primitifs, les divers épisodes de la légende, jusqu'à l'enterrement de l'ermite par le lion qui creuse le sable. L'épisode principal est au premier plan: l'étonnement, le ravissement, la reconnaissance des deux religieux à la vue du corbeau qui leur apporte un pain, un de

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Vei^sqiez.

l.e Couronnement de la Vierge.

ECOLE ESPAGNOLE

VELASQUEZ

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