SAINT AN'IOINE VISITANT SAINT PAUL
ces pains ronds, de croûte fine, de mie si blanche, comme on en voit dans les natures mortes de Mcnnndez, et comme on en mange encore a Madrid.
Les ph N^sionom ies, les mains des deux vieillards, sont d'expression admirable.
VInfan ie Maifnncrilc c s t au Louvre, V Infant Philippe Pmspcr est à Vienne. De la série mythologique pour la décoration de rAlcazar,exéculée avec Metelli, (]olonna, ('aireno de Miranda, il ne reste que les épaves de l'incendie de 1734: au Prado, Mars, rose académie de modèle casqué, le hausse-col et la rondache à ses pieds; Mercure et Argus, le dieu qui rampe auprès du gardien endormi et de la génisse paisible; la Vénus au miroir est à Londres. Vénus
a bien fait d'aller cacher sa nudité ailleurs. Le sol de l'Espagne, où braisillent toujours les tisons de Tlnquisition, aurait brûlé ses pieds blancs, sinon le reste. On ne connaît pas d'autre figure de femme nue dans la peinture espagnole. 11 faudra attendre Goya,
VHf.ASQl'F./.
Le Dieu Mars.
Vi:i,\sgi i:/. Mercure et Argus.
qui ose loul, pour avoir un second exemplaire de cette curiosité.
l^n !().■)(), les Mcnincs, le chef-d œuvre singulier de Velasquez comme la Ronde de nuil (de 1042), est le chef-d'œuvre de Rembrandt, .rentends ici lanivre où il y a le plus de réalité et le plus de rêve.
C/esl le portrait, au centre, de Tlnfante Marguerite, entre ses Menines, dona Maria Agustina Sarmiento et dona Isabelle de Velasco, auprès de son nain Nicolasito Pertusato, de sa naine Maria Barbota, de son chien dont l'Histoire n'a pas conservé le nom. Au second plan, la duègne d'honneur, dona Marcela de Ulloa, un écuyer, et au fond, dans l'embrasure d'une porte, TAposentador de la Reine, José Nieto. Tous ces personnages sont rassemblés dans une vaste pièce. Velasquez est présent. Il est debout, devant une immense toile dont on voit Tenvers, il a les brosses et la palette en mains. Que peint-il? Le roi et la reine que Ton aperçoit dans un miroir, derrière lui. Nous sommes dans l'atelier de Velasquez, vaste salle au fond sombre éclairé par Touverture de la porte qui laisse apercevoir José Nieto. Ce battant de porte, en bois creusé de carrés, reçoit
ECOLE ESPAGNOLE
VELASQUEZ
LES MENINES
VkL-VSQI'EZ.
La naine Maria liarbola (fragment des Menines).
la lumière qui vient d'une fenêtre devinée à droite. Le premier plan où sont les personnages prend le jour d'une autre fenêtre que l'on voit mieux, au premier plan à droite. La lumière modèle puissamment et finement le petit page Nicolasito, le gros chien paisible avec lequel il joue, la duègne en costume de veuve, la laideur sculpturale de Maria Barbota, enfin le groupe des Menines et de rinfante. Ce trio d'une vérité si simple est fantastiquement beau. Les Menines aux cheveux enrubannés et fleuris, l'une debout faisant la révérence à Tlnfante, l'autre agenouillée, lui ofl"rant à boire, sont vêtues de costumes colorés, de robes d'un vert sombre ornées de ganses et de broderies. L'Infante, elle, est en robe claire, d'étoffe épaisse, raidie, qui absorbe et renvoie la lumière. Cette lumière monte au corsage où s'agrafe un bouquet, au col, au visage pâle, aux cheveux blonds, si fins, de soie floche tissée avec du soleil. L'apparition est aussi extraordinaire que celle de la petite fille au coq blanc de la Ronde de nuit, quoique tout, ici, se passe dans la clarté, dans une atmosphère limpide qui continue Tatmosphère du dehors: «Où donc est le tableau?» demandait Théophile (iautier. Ce n'est pas un tableau, c'est la vie prolongée. On ne regarde pas sans émotion l'artiste d'une telle œuvre: il est là, en eflet, à son travail, il montre son visage austère, triste, vieilli. Nous sommes en 1656. Depuis 1623, Velasquez n'a pas quitté l'AIcazar. Depuis trente ans, si l'on défalque du temps écoulé les deux voyages en Italie, le grand artiste a été le prisonnier, l'enfermé de la monarchie espagnole. Ces trente années-là sont inscrites sur son fier et douloureux visage.
Il peint encore l'Infante Marie-Thérèse, celle qui deviendra reine de France, la reine de Louis XIV. On croit, du moins, sans en être autrement sûr, qu'il s'agit d'elle, et c'est infiniment probable. Sans doute c'est son dernier chef-d'œuvre que cette princesse blonde, aux joues rondes, au col fin, assise, raide comme une
ECOLE ESPAGNOLE
VKLASQUEZ
L'INFANTE MARGUERITE (Fragment d<i^ Aff niive^ N
idole, tenant d'une main un immense mouchoir de mousseline transparente, de Tautre une rose. Son visage pâle, fardé aux joues, éclairé par les yeux et la bouche, ses mains délicates aux doigts bagués, sont des merveilles, sa robe en est une autre, robe de drap d'argent rayé de rouge, le corsage brillant d'une broche et d'un collier en sautoir qui semble un serpent brun et doré. Sans fracas, sans trompe-l'œil, par la seule ambiance, le seul contact des couleurs avec Tatmosplière, Velasquez réalise la vérité des chairs et des costumes. Mais c'est assez de chefs-d'œuvre... Philippe IV mande une dernière fois son Aposentador et l'envoie mourir de fatigue. Velasquez, surmené par l'organisation des fêtes de Tlle des Faisans, pour le mariage de Marie-Thérèse avec Louis XIV, succombe à la triche. Il rentre à Madrid, s'alite et meurt. Sa femme lui survit quelques jours. S'il y avait eu une marquise de Sévigné espagnole, elle aurait consacré quelque lignes a cet événement de cour, comme l'autre à la mort de ce pauvre Vatel.
V. — CAHHENO l)i: MIHANDA. — CAHKZALEHO. — MATKO CEREZO. — .ITAN HIZI. — KHANCISCO HIZI. — MARTINEZ DEL MAZO. — JUAN DE PAHEJA. — ALONSO CANO. — PEDIU) DE MOYA.
Velasquez a laissé des élèves, et il y a eu aussi des artistes que Ton peut qualifier ses descendants. Carreno de Miranda (1014— 1685) né à Avila, a étudié chez Las Cuevas et B. Roman, mais son œuvre porte l'empreinte du maître qui a deviné son talent alors qu'il végétait dans un petit emploi judiciaire. Il travaille longtemps à la décoration de l'Alcazar. En t()()9, sous Philippe V, il est nommé peintre du roi. Le pauvre Charles II l'honore aussi de son amitié et Carreno arrive à temps pour peindre encore debout le dernier représentant de la Maison d'Autriche, type de fin de race qui s'affaisse et va s'écrouler. Il y a un de ses portraits de Charles II au Prado.
ËCOIF ESPAGNOLE
VKLASQIIR/
L'FNFANTE MARIK-THÉRKSK D'AUTRICHE
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Mautinkz dkl Mazo.
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A\x*c le portrait de C.liarles II, se voient aussi ceux de Marianne d'Autriche, seconde leninie de Philippe IV, de Polenikin, ambassadeur de la Moscovie, de b'rancisco Bazan, houflbn de (Iharles II, d'une énoiMiie \aine à hi r()l)e rouge fleurie. Tous ces portraits révèlent en Carreno un observateur et un peintre.
Juan Martin ('.abezalero, né à Anialden. province de C.ordoue, en 1038, mort à Madrid en 1()73, est un élève de (larreno de Miranda. 11 a au Prado un (Jirisl prcscnlanl un ncophi/lc à sdinl François.
Mateo Cerezo (1()35— KiTo) né à Burtfos, a aussi pour maître Carreno, mais sa tendance vénitienne est très marquée dans le Mariage de Sainte Catherine, dans tWscension.
Juan Rizi (1595— 1()75), né à Madrid, élève de Mayno, embrasse la vie religieuse, devient frère Juan, fait le voyage de Home pour aller visiter les musées et chercher des indulgences, meurt au Mont-Cassin en 1()75. Un .SV///ï/ François dWssise recevant les stigmates est au Prado.
De Francisco Rizi (t()08— 1685), il y a au Musée un tableau plus significatif: V Autodafé du 30 Juin KMîO, sur la Plaza Mayor.
Juan Bautista Martinez del Mazo, né à Madrid, on ne sait en quelle année, mort en 16(57, épouse la fille de son maître Velasquez et lui succède dans la charge de peintre de la chambre. C'est un bon portraitiste de Philippe IV vciii de noir, la Toison d'or au col, de Marianne d'Autriche, en veuve, avec ses deux enfants et une camerara, de Tilnudo de Redin // Cruzat, maître de camp de Tinfanterie espagnole au temps de Philippe IV.
Mazo a fait un grand nombre de vues de villes et de ports. C/est, avec (Collantes, l'un des rares paysagistes espagnols. L'une de ces vues de ville est célèbre: Saraçfosse, où les personnages qui animent
les rives de TEbre ont été peints par Velasquez.
Juan de Pareja, né à Séville en tOOO, mort à Madrid en 1()7(), fut esclave d'abord, puis élève de Velasquez, affranchi par celui-ci découvrant un peintre en son serviteur. Personne n'attranchit Velasquez! Pareja, lui, grâce à son humble extraction, échappe au service royal. 11 peint des tableaux d'histoire religieuse et des portraits. Sa Vocation de Saint Mathieu est la preuve qu'il y avait en lui un peintre.
Saint Benoît. AloUSO CaUO, ué Ct UlOrt
Alonso Caxo.
ECOLE ESPAGNOLE
ALONvSO CANO