JÉSUS MORT
à Grenade (1601-1(577), est élève de Herrera, de Pacheco, de Juan de Castillo.
Il y a un contraste singulier entre l'honinie et rœuvre.
Œuvre essentiellement pondérée, réfléchie, — vie pleine d'épisodes tragiques, l^^oi robuste et simple, horreur des doctrines et des pratiques des ministres du culte.
De sourds grondements, des bouffées de fumée àcvc qui montent dans le ciel orageux, annoncent l'explosion prochaine, la mitraille de pierres brûlantes, les torrents de lave de Goya.
Alonso Cano, qui est un cavalier correct et grave, qui sort de Talelier de Pacheco, qui sera bientôt le maître de dessin de rinfanl Baltasar Carlos, débute dans l'existence par un duel avec le peintre Llano y Valdés. Il a la chance de ne pas le tuer tout a fait.
Une autre aventure trouble bientôt sa vie. Sa femme est assassinée, par un Italien, dit-on. Par son époux outragé, dit la rumeur publique. On connaît cette musique, Beaumarchais la notée : «D'abord un bruit léger, rasant le sol, comme hirondelle avant l'orage, pianissimo... Puis la calomnie s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, éclate et tonne . . .> Le travail est achevé. Alonso est arrêté, soumis à la question. D'autres disent
Ai.oNso Cano.
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qu'il s'échappa et trouva un refuge dans le couvent de Porta Gœli. Jean Bermudez et Palomino luttent encore une fois, comme lorsqu'il s'est agi de tirer au clair les sombres histoires de Ribera.
On comprend qu'après cette alerte, si la foi de Cano dans la justice divine n'est pas ébranlée, sa haine contre ses noirs ministres se renforce et se consolide. (Cependant il faut que l'artiste fasse son œuvre, qu'il trouve, dans ce milieu de ténèbres effarantes, un abri cahne, doucement éclairé, sûr. Il consent a recevoir les ordres mineurs de l'archevêque de Salamanque.
L'œuvre d'Alonso Cano est considérable. Les musées de Munich, de Dresde, de Saint-Pétersbourg en possèdent de notables échantillons. D'un geste presque aussi beau que celui de l'archevêque de [Salamanque, le maréchal Soult donne a quelques-unes des anivres de (]ano un refuge dans la paix de ses fourgons. La musée de Madrid possède neuf tableaux du maître, entre autres le (Jhrisl à 1(1 colonne, Saint Jean éerivanl rApocali/pse, Sainl Benoit, un (Christ défunt, la Vierge adorant son fils.
La figure de .SV///î/ Benoit, en buste, les mains croisées sur la poitrine, en contemphdion devant le ciel ouvert, est une ordinaire figure de piété. La Vierge adorant son ///.s est conçue dans le même sentiment paisible et gracieux que les madones de Murillo. Le Christ défunt, soutenu par un ange, est un tableau savant et expressif, une belle académie souple en pleine lumière, pendant que Fange aux ailes déployées est à demi plongé dans les ténèbres.
Alonso (]ano fut sculpteur en même temps que peintre. Son François dWssise, que j'ai vu à la cathédrale de Tolède, est un précieux objet, une œuvre menue et finie, qui doit sa célébrité à son expression d'ascétisme et d'extase. Alonso Cano est donc un artiste complet à la manière des maîtres de la I^enaissance italienne. 11 a exécuté des travaux importants à Grenade, où son
ECOLE ESPAGNOLE
MURILLO