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CHAPITRE IX

Invention de la typographie musicale. — Les premières éditions d'œuvres de maîtres belges imprimées à Louvain et à Anvers. — Chansons contenues dans ces recueils. — Variété de leur caractère.—Chansons langoureuses, satiriques, philosophiques, épicuriennes, religieuses. — Chansons dialoguécs. — Naissance de la musique imitative : la Bataille de Pavie, le Chant des Oyseaux, la Chasse au Lièvre.

La grande découverte qui avait marqué la fin du xve siècle et qui ouvrait de nouvelles voies à l'esprit humain en multipliant les moyens de transmission de la pensée, la typographie, enfin, devait venir en aide aux compositeurs pour répandre leur renommée, avec les productions de leur génie. Octave Petrucci , de Fossombrone, trouva le moyen d'imprimer la musique en caractères mobiles. Il obtint pour cela un privilège du gouvernement vénitien, avec défense,

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sous des peines sévères , de faire usage de procédés pareils aux siens. Nous ne pouvons point passer sous silence ce fait remarquable, que les premières impressions de Petrucci reproduisent toutes des œuvres de nos maîtres. Ce typographe débute en 1505 par un livre de messes de Josquin Deprés, puis viennent des recueils semblables de Brumel, d'Agricola, de P. de la Rue. Il choisissait ces compositeurs comme étant les plus célèbres de leur temps, comme étant ceux dont les ouvrages offraient le plus de chances de débit.

Une fois connue en Italie, la typographie musicale ne devait pas tarder à s'introduire en Belgique. Thielman Susato établit à Louvain une imprimerie qui fournil bientôt à toute l'Europe les œuvres des compositeurs de l'école belge, sous la forme de petits cahiers oblongs d'une exécution fort soignée. Non-seulement les éditions de Thielman Susato avaient bon air:, mais elles étaient correctes, point plus important encore. Il élait lui même musicien et se donnait la satisfaction de mettre, dans les recueils qu'il publiait, ses morceaux à côté de ceux de Josquin, de Créquillon, de Clemens non papa, etc. On connaît même plusieurs livres entiers de chansons de sa composition. Du reste, il n'en concevait pas une vanité exagérée, car dans ses éditions, il se borne à prendre le titre d'imprimeur-correcteur, flust^rd, Thielman Susato alla s'établir à Anvers, et y transporta son imprimerie à laquelle il donna une nouvelle extension.

Pierre Phalèse, ou Phalyse, ou Palese, fonda une typographie musicale peu de temps après que Thiel-

man Susato se fut établi à Anvers. Ses éditions firent concurrence à celles de l'homme industrieux qui l'avait précédé dans cette carrière nouvelle. Ce n'était pas trop de deux éditeurs de musique pour la Belgique, qui. outre sa propre consommation, avait encore à fournir la France, l'Italie et l'Allemagne, de ces petits cahiers que partout on recherchait. De même que Thielman Susato, Pierre Phalèse quitta Louvain pour aller se fixer à Anvers , où il s'associa d'abord avec Jean Bélier. Après la mort de celui-ci, il publia seul une très-grande quantité de ces livres de chansons que les amateurs accueillaient avec tant de faveur. Les recueils sortis de ses presses contiennent des morceaux de compositeurs de toutes les écoles, sur des paroles latines, italiennes, françaises et flamandes. Non-seulement Thielman Susato et Pierre Phalèse ont été les premiers imprimeurs qui se soient appliqués, en Belgique, à la typographie musicale, mais ils ont été les seuls dont les éditions aient joui d'un crédit général.

Les recueils de chansons de nos vieux maîtres sont intéressants à plus d'un titre. On y saisit mieux que dans leurs compositions religieuses, toujours plus ou moins soumises à de certaines formes conventionnelles, le véritable caractère de la musique du temps. C'est Fart sans prétention, l'art en déshabillé, si nous pouvons nous exprimer ainsi, fait pour tous et dans la mesure de l'éducation de tous ; l'art, nous ne dirons pas précisément vulgaire, mais bourgeois. Dans ces petits morceaux écrits dans le goût de leur époque, les musiciens des xve et xvie siècles ne se font pas seulement juger comme mélodistes , mais aussi

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comme harmonistes, car toutes leurs pièces sont écrites pour plusieurs voix. Sous ce rapport, elles ont donc une plus grande valeur que les romances de nos compositeurs.

Comme les fabliaux des trouvères, les chansons dont il est question ici ont souvent pour sujet les plaintes d'un amant qui se désole de ne pas être aimé et qui préfère la mort à son martyre. C'est un thème varié de toutes les façons et sur tous les tons. Pour montrer combien les auteurs s'évertuaient à trouver des formes nouvelles pour cette même idée, il faudrait multiplier les citations outre mesure. Parfois l'amant offrait à sa belle une sorte de terme moyen, pour abréger sa souffrance, sans paraître, aux yeux du monde, se départir de sa rigueur: témoin ce petit morceau dont la musique est de Créquillon :

Las ! veuilles raoy nommer doresnavant Non pas amy, mais très-humble servant, Et me permets, allégeant ma détresse Que je te nomme, entre nous, ma maîtresse.

Un autre prend la défense de sa dame que des médisants attaquent devant lui :

Gens qui parlez mal de ma mye, Et ne sçavez pas bien comment, Vous avez (ort, elle ne tient mye Propos de vous aulcunement.

Si je I'ayme parfaktement Pourquoi en avez-vous envie?

En despit de vous loyalement Lu servirai toute ma vie.

{Musique de C. Canis.)

Un amant moins discret célèbre son bonheur à haute voix :

Je suis aimé de la plus belle Que jamais fust dessoubz les cieulx ; Encontre tous faulx envieulx Je la soutiendrai estre telle.

(Musique de Créquillon.)

Voici une dame qui se plaint à son tour de l'infidélité de son amoureux. Les rôles sont intervertis :

Tous mes amis, venez ma plainte oyr, Venez, venez à la plus désolée Qu'au monde soit, car je suis asseulée De mon ami ; doibs-je pourtant mourir?

(Musique de Canis.)

Dans ce morceau, le poëte, si poëte il y a, n'a été avare ni d'inversions, ni d'enjambements.

Une autre dame répond à un solliciteur trop pressant :

Vous ne l'aurez pas, si je puis, Ce que m'avez requis d'avoir.

Et eussiez-vous austant d'avoir Qu'il en pourroit dedans un puis.

(Musique de Josquin Deprés.)

Souvent les paroles sur lesquelles nos vieux maîtres ont essayé leur verve musicale sont dune liberté qui va jusqu'à la licence. Les choses les plus risquées s'y disent crûment, sans détour. On est d'autant plus tenté de s'étonner de cette hardiesse, que les recueils dans lesquels se trouvent ces chansons déshonnêtes

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étaient destinés à passer dans les mains de tout le monde. Suivant les mœurs de l'époque, c'était à la fin des repas, après ces joyeux soupers que nous envions à nos ancêtres et dont la mode reviendra, qu'on les chantait entre amis, en famille. On apportait au dessert les petits cahiers contenant les différentes parties ; chacun prenait celle qui allait à sa voix, et les femmes prononçaient, sans rougir, des paroles que nous ne pouvons transcrire. Était-ce le signe de la corruption des mœurs? S'ensuit-il que nos ancêtres aient eu des principes moins purs et moins solides que les nôtres? Nous croyons qu'on doit tirer de ce fait une conséquence contraire. 11 y avait moins de pruderie et plus de pudeur réelle. On s'effarouchait moins du mot; mais on s'offensait plus de la chose.

L'amour ne faisait pas uniquement les frais de ces chansons parfois trop naïves. Un bon vivant s'écrie :

Pour souhaiter, je ne demande niieulx Qu'avoir santé et vivre longuement, Toujours joyeulx, et des biens largement, Et en la fin le royaume des cieulx.

{Musique de Josquin Deprés.)

D'autres fois les paroles contenaient des satires dirigées contre quelque classe de la société, comme dans cette chanson :

L'homme qui est en ce monde présent En son visant voit plusieurs beaux passaiges, Mais il ne voit, au moins bien peu souvent, Chantres estre riches et docteurs estre saiges. (Musique de Clemens non pupa.)

La verve satirique des faiseurs de chansons n'épargnait pas les moines dont la vie douce et commode était bien faite pour inspirer quelque envie à de pauvres diables de rimeurs mourant de faim. Un d'eux s'écrie :

Mes bons pères religieulx,

Vous dinez pour un grand mercy.

0 gens heureux, ô demy-dieulx,

Pleusit à Dieu que fusse ainsi;

Vivre pourroie sans soucy.

Car le vœu qui l'argent vous oste

Vous dispence que ca ne cy

Vous ne payez jamais vostre hoste.

(Musique de Clemens non papa.)

Dans un couplet suivant, un des bons pères prend la parole pour répondre à l'audacieux :

Tu dis, Marot, par tes raisons Que tu veulx partout publier, Que quand allons par les maisons, Disnons sans bource deslier.

D'ung cas je te veulx supplier, Puisque tu n'as argent en houppe, Comme moy rends-loy cordellier.

Tu disneras comme je souppe.

(Musique de Clemens non papa.)

On trouve aussi dans les chansons des compositeurs du xve siècle — que n'y trouve-ton pas? — des maximes philosophiques ou des avis touchant la manière de se gouverner ici-bas. En voici un exemple :

Le temps qui court requiert que l'on se tayse Et que l'on rie quand on est à malayse.

Dissimulant ce qu'on voit et entend.

Démontrer fault qu'on est du tout content Combien qu'on voit chose qui point ne playse. Par quoy je dis qui veult vivre à son ayse, Taire ou bien dire affin qu'il ne desplayse, Car à flatter ung chacun y prétend, Le temps qui court requiert que l'on se tayse. (Musique de Créquillon.)

Il semblerait, à en juger par ce couplet, que la franchise n'était guère plus de mise il y a trois siècles que de nos jours. Il est bon de s'enquérir parfois des défauts d'un autre temps, pour ne pas trop prendre en dégoût celui où l'on vit. Quoi qu'il en soit, et toute question de philosophie historique à part, on trouvera peut-être que de telles paroles ne se prêtaient pas fort bien à être mises en musique. Sans doute, il n'est pas un compositeur, fût-ce le plus obscur, qui daignât aujourd'hui en accepter de semblables ; mais alors on n'était pas si difficile. L'inspiration venait, comme elle pouvait, et nous ne voyons pas que nos vieux maîtres en aient manqué plus que ceux du xixe siècle, dont nous sommes bien loin de faire fi, Dieu merci.

Les maximes traduites en chansons n'étaient pas toujours aussi graves que celle qu'on vient de lire. Témoin cet aphorisme épicurien , formulé en manière d'ordonnance de médecin :

Recipe : assis sur un bancq , De Mayence le bon jambon Avecq la pinte de bon vin blancq Ou de clairet, mais qu'il soit bon,

Boire souvent de grand randon, Le doz au feu, le ventre à table, Avant partir de la maison, Cest opiate est proufittable.

(Musique de Crespel.)

Il ne faut pas demander si les braves gens qui chantaient à table, car c'est là, nous l'avons déjà dit, que les cahiers de chansons jouaient surtout leur rôle, entonnaient avec enthousiasme ce couplet gastronomique. Maître Crespel paraît avoir été inspiré par son sujet. Sa musique est pleine d'entrain et de gaillardise.

Les poètes et les musiciens se plaignaient volontiers du manque d'argent. C'est un sujet qui se présentait tout naturellement sous leur plume. Ils espéraient, sans doute, en exposant leur misère dans ces petits livres de chansons destinés à tomber en tant de mains, intéresser à leur sort ceux qu'auraient divertis leurs chansons. Un d'eux parle ou, pour mieux dire, chante ainsi :

D'argent me plains, non d'amour ou d'amye, Dont je ne puis la jouissance avoir, Car sans argent fortune est ennemye A cil qui veult tous ses désirs avoir. Qui a argent, et fust-il sans sçavoir, Pour le servir ung chascun s'appareille, Mais comme on peult. au vrai, apercevoir, Faulte d'argent, c'est douleur non pareille. (Musique de Boston. )

Ainsi, dès lors l'argent tenait lieu de science et procurait la considération. Ne nous plaignons donc

j>as de notre siècle, en le comparant aux précédents. Un autre s'écrie, en débutant par le dernier vers du couplet précédent :

Faul le d'argent, c'est douleur non pareille. Si je le dis, las ! je sçay bien powrquoy. Sans de quibus, il s'en fault tenir quoy. Femme qui dort pour argent on l'esveille.

Ces paroles significatives sur l'utilité de Taisent et sur les inconvénients qu'il y a à n'en point avoir, ont été mises en musique par plusieurs compositeurs, notamment par Adrien Willaert et par Josquin De prés. Il a été dit. dans un autre chapitre, combien celui-ci avait eu peu à se louer de la fortune, jusqu'à la fin de sa carrière. Un musicien, J. le Coq, également maltraité par le dieu des richesses, suivant toute apparence, a exprimé la même pensée, sans prendre la peine de la traduire en vers, car il a composé son morceau sur ces mots :

Par la faulte d'argent je vis en grant ennuict, S'ainsi n'estoit, serois sans desplaisir.

Quelquefois les compositeurs prenaient pour sujet un texte peu varié, comme dans ce morceau à cinq voix de Josquin Deprés dont ces paroles :

Ma bouche rit et mon cœur pleure,

se répétaient à satiété. L'habile maître, n'ayant pas de poésie sous la main et se trouvant en verve,

avait composé sa musique sur la première phrase qui lui était passée par la tète, puis avait livré son œuvre au jugement du public, sans plus de souci de la critique. Nos musiciens y mettent plus de façon. S'ils nont pas des vers bien prosodies, bien rhythmés. ils imposent silence à leur muse.

Pour jeter de la variété dans leurs compositions , les artistes du xvie siècle inséraient dans des collections de chansons profanes, des morceaux écrits sous l'inspiration d'une pensée religieuse, et ceux-ci prenaient place tout bonnement entre une plainte amoureuse et un couplet d'un goût erotique. Nous citerons, par exemple, une strophe contenue dans le « Sixième livre des chansons à quatre parties nouvellement mises en musicque par maistre Jehan de Lattre, maistre de la chapelle du révérendissime évesque de Liège : »

lléveillc-toy, cœur gratieux, Tu n'as pas cause de dormir.

Voicy le temps dévotieux Que Jésus-Chris! voulut mourir.

Pour toy a tant voulu souffrir, Tant de paine et d'affliction, Dispose-toy à le servir, Et à plourer sa passion.

Au besoin. l'Ancien Testament fournissait également des sujets de chansons aux musiciens en peine de poésie. L'histoire de Susanne, si souvent exploitée, le fut encore par Créquillon dans le couplet suivant :

Susanne ung jour d'amour sollicitée Par deux vieillards convoitant sa beaulté,

Fut en son cœur triste et desconfortée, Voyant l'effort faiet à sa chasteté.

Elle leur dit : « Si par desloj^aulté De ce corps mien vous avez jouissance, C'est faict de moy, si je fais résistance, Vous me ferez mourir en déshonneur, Mais j'aime mieulx périr en innocence Que d'offenser par péchez le Seigneur. »

On a vu que le plus souvent un seul personnage prend la parole dans les chansons des compositeurs du xvie siècle, ainsi, du reste, que dans nos romances et nocturnes. Cette forme est presque invariable ; on connaît, par exception, bien peu de morceaux dialogues. Cependant Josquin a écrit une espèce de petit duo sur ces vers d'un tour assez original :

Ouvrez moy Plans, hé! Jeanncton mamye, Votre mère est à cest heure endormie.

— Que voulez-vous ? mon Dieu ! parlez plus bas.

— Ouvrez-moi donc. — Ma mère ne dort pas. S'elle vous oyt, elle sera marrie.

— Ouvrez-moi l'huys , hé ! Jeannelon mamye.

Chaque morceau est complet en une seule strophe ; mais si les compositeurs n'ont pas eu l'avantage de pouvoir faire répéter leur musique en adaptant plusieurs couplets à la même mélodie, ils s'en sont bien dédommagés par la liberté qu'ils ont prise de répéter les mots de leur couplet unique, sans s'inquiéter que le sens des paroles tombât d'accord avec celui de la phrase musicale.

Il y eut une forme de composition plus étendue, plus compliquée: mais elle demeura tout exception-

nelle, probablement à cause de la difficulté d'exécution qui rebutait les amateurs, mal préparés, par une éducation musicale fort imparfaite, à surmonter des obstacles, si peu redoutables qu'ils fussent. Nous voulons parler des morceaux faits à l'imitation de la Bataille de Pavie de Clément Jannequin, qui, luimême , s'inspira de pièces du même genre faites par des maîtres italiens. La Bataille de Pavie offre le tableau complet d'une action militaire, avec imitation du tambour, de la trompette, de la fusillade, du canon, etc. Les chefs donnent des ordres aux combattants, les encouragent, les animent :

Phiffres soufflez; frappez tambours; Soufflez, jouez, frappez toujours.

Ces deux vers reviennent à plusieurs reprises et donnent de l'animation au morceau, qui finit par un chant de victoire.

Nicolas Gombert a composé, à son tour, une de ces pièces d'un développement jusqu'alors inusité dans le domaiiie de la musique profane. Toutefois l'imitation n'est pas complète, en ce sens que notre artiste a pris un sujet pastoral, au lieu d'un sujet belliqueux. Le Chant des Oyseaux, tel est le titre de son morceau. Il commence par célébrer le retour du mois de mai, puis vient le chant du rossignol, celui de la fauvette, celui du sansonnet, rendus plus ou moins exactement par de certaines syllabes et de certaines combinaisons de sons.

Après le Chant des Oyseaux, Nicolas Gombert a fait la Chasse du lièvre, autre scène pittoresque.

dans laquelle il s'est attaché à peindre en musique les divers épisodes d'une chasse à courre. Les chasseurs se réunissent, on sonne l'assemblée. Les piqueurs amènent les chiens et les lancent à la poursuite de la bête. Briffaut passe le premier, « car il sait le métier de trouver le lièvre au gîte. » Vient après Clabaud, le vieux routier, avec Corbel, Brunel, Poullier. — On retient encore les lévriers et les levrettes. — La piste est trouvée; les chasseurs galopent et stimulent les chiens, en faisant entendre les cris de vénerie alors en usage. — Le lièvre est pris. Cet épisode n'est pas. comme on pourrait le croire, le dénoûment de l'action à laquelle maître Nicolas Gombert nous fait, assister. Le lièvre pris, que restet-il? Il reste les chasseurs à reconforter, car ils commencent à sentir la faim et la soif. Donc ils vont « en taverne prendre gîte, » et s'adressant à l'hôtesse : « Apportez-nous poulets, chapons, du bœuf, mou (on bien gras, puis nous compterons notre escot. »

Des compositeurs qui jouissent actuellement d'une certaine célébrité , affichent la prétention d'avoir inventé la musique imitalive. S'ils prenaient la peine d'examiner le Chant des Oiseaux et ta Chasse du lièvre, ils seraient obligés de convenir que nos maîtres flamands les avaient devancés, dès le xvie siècle, dans cette voie prétendument ouverte par eux. Les recueils où sont contenues ces petites pièces sont devenus fort rares. Ils se payent leur poids d'or par les amateurs de curiosités musicales, quand ils apparaissent dans les ventes publiques. Rien de plus rare que de rencontrer réunis les cahiers contenant chaque partie séparée. Ils étaient originairement dans

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des mains différentes, attendu que chacun avait celui qui convenait à sa voix. Dispersés par mille causes naturelles et par les événements politiques qui ont anéanti tant de riches bibliothèques , des siècles se sont écoulés sans qu'on s'occupât de les rassembler de nouveau. Il est venu cependant de patients antiquaires qui ont recueilli les fragments épars de ces monuments de l'art, et grâce auxquels un certain nombre d'oeuvres complètes échapperont au naufrage.

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