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CHAPITRE X

Encore quelques bons maîtres cités dans les vieux reeueils : Verdelot, Hollander, Canis , Verdonck de Turnhout et Waelrant. — Ferdinand, roi des Romains, demande des musiciens belges à Marie de Hongrie. — Chapelle de la gouvernante. — Charles-Quint, musicien; sa chapelle dirigée par Clemens non papa. — Gomberl et Créquillon. — Philippe Iï fait venir un maître de chapelle et des enfants de chœur de la Belgique. — Concert bizarre auquel il assiste à Bruxelles.

Parmi les compositeurs dont on trouve des morceaux dans les collections imprimées à Louvain et à Anvers, nous citerons encore Verdelot, Hollander, Canis, Verdonck de Turnhout , Vinders et Waelrant. Verdelot est né vers la fin du xv° siècle. En quelle année, dans quelle ville? on l'ignore. Ce qu'on sait, c'est qu'il jouissait déjà en 1550 d'une certaine renommée, car

plusieurs de ses compositions ont été données, à cette époque, dans des livres de motets et de chansons des musiciens les plus célèbres qui avaient illustré leur art sous le règne de François 1er. S'il fit d'excellentes choses, elles ne furent pas en grand nombre, et la fécondité n'est pas une des qualités dont on puisse lui attribuer ihonneur. car ses ouvrages sont rares, soit imprimés , soit manuscrits. Les principaux de ceux qui nous sont restés, sont conservés dans les bibliothèques de Munich et de Paris, et dans les archives de la chapelle pontificale, où l'on voit plusieurs messes de sa main. Les savants de l'époque avaient Verdelot en grande estime. Vincent Galilée le traite d'eccelento et donne deux de ses pièces arrangées pour le luth dans : // Fronimo, dialogo sopra farte del bene intavolare e rcttamente suonare la musica. Hollander et Canis ont composé quelques chansons bien tournées; c'est tout ce qu'on connaît d'eux. Quant à leur vie, elle fut probablement fort paisible et fort obscure. On a publié des recueils entiers de madrigaux et de chansons de Verdonck de Turnhout. Cet artiste était un harmoniste très-distingué pour son temps. Il aimait à combiner de nombreuses parties pour faire briller les ressources de sa science. On a publié à Anvers, sous son nom, un cahier intitulé : Poésies françaises de divers dateurs, mises en musique à cinq parties, avec une chanson à dix. Il y avait peu de maîtres qui portassent jusqu'à dix le nombre des voix pour lesquelles ils écrivaient. On doit reconnaître que le principal mérite d'un pareil morceau était celui de la difficulté vaincue. Les biographes de Verdonck nous apprennent

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qu'il fnt longtemps au service de Corneille de Prun, magistrat et trésorier de la ville d'Anvers. En quelle qualité? Les magistrats d'Anvers avaient-ils des maîtres de chapelle attachés à leur personne, comme s'ils eussent été des princes ou de puissants seigneurs? Il est fâcheux qu'on nous ait laissés dans le doute à cet égard. Vinders a composé une lamentation sur la mort de Josquin Deprés : il était peutêtre élève de ce grand maître. Cette lamentation est le seul monument, monument bien chétif, de son talent, qui soit parvenu jusqu'à nous.

Hubert Waelrant fut un de nos bons musiciens au xvie siècle. Il est né à Ath ou bien à Arras. Quelques biographes disent dans la première de ces villes; d'autres dans la seconde. Un de ses ouvrages publiés par Pierre Phalèse. porte l'indication suivante qui autorise la double supposition des biographes : Liber nonus, à cantioniim sacrarum vulgo motetta vocant, qidnqne et sex vocum. D. Huberto tFaelrant , At. — At. veut dire Athumensis tout aussi bien qu'Atrebatensis. Qu'il fût d'Ath ou d' Arras, toujours est-il que Waelrant se rendit en Italie, auprès d'Adrien Willaert, et qu'il étudia sous la direction du maître de chapelle de l'église Saint- Marc. Son éducation musicale achevée, il repassa les Alpes et vint s'établir à Anvers. S'il faut en croire de certaines autorités , il aurait même fondé dans cette ville une école où il aurait enseigné la solmisation au moyen des sept syllabes : bo, ce, de, ga, lo, ma, ni, représentant les sept notes de la gamme. Cette méthode fut appelée bocédisation . Un pauvre compositeur qui n'avait pas de fonctions officielles, qui n'était

au service ni d'un roi , ni d'un prince , ni même d'un magistrat municipal , avait grand'peine à vivre de l'exercice de son art. Pour multiplier ses ressources, il avait établi une école ouverte aux jeunes Anversois; il fonda aussi une librairie musicale, ainsi qu'on le voit par plusieurs recueils qui portent son nom et son adresse. Waelrant mourut le 19 novembre 1595; il eut un tombeau dans l'église cathédrale d'Anvers. On a de lui des chansons françaises et italiennes, des cantiques sacrés et une symphonie angélique reproduisant, sans doute, selon l'idée de l'auteur, la musique des concerts célestes.

Le 8 juillet 1542, Ferdinand, roi des Romains, écrivait à sa sœur Marie, reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas , la lettre suivante :

« Madame ma bonne sœur, mon maistre de chapelle m'a ces jours remonstré comme obstant sa débilité provenant de son eage, il se trouve doisresenavant mal habille de pouvoir soubstenir ou faire les paines comme il a fait du passé , et que bien requis seroit pour le bien et conservation de ma dite chapelle , et que pour ce seroit chose fort utile et nécessaire, qu'il eust quelque homme de bien et expérimenté en la musicque pour substitut, et lequel apprint à cognoistre la manière et façon des chantres par-deça, dont et pour en trouver ung tel qu'il seroit besoing, ledit maistre de chapelle a fait tout son debvoir et a fait chercher partout; mais jusques à présent n'en a trouvé tel que lui doyt. Parquoy, Madame, et que par-delà se recouvrent les meilleurs, il m'a prié que vous en voulisse

escripre, ce que je faiz voulentiers, tant pour respect dudit maistre. comme aussi de ma chapelle, laquelle désire estre bien entretenue et conservée. Et vous supplie pour ce, Madame, bien affectueusement vous vouloir faire enquérir de quelque honneste homme qui soit suffisant pour ceste charge, et en ce que vous pourrez ayder tant du sieur de Courbaron pour estre personnaige bien congneu des musiciens et auquel enescripts aussi présentement, comme aussi de vostre maistre de chapelle, lesquels, sans doubte, en sçauront bien recouvrer ung tel que me duyt. Et vous eusse, Madame, voulentiers relevé de ceste paine, mais certes quelque dilligence que mondit maistre de chapelle a fait par-deçà, il n'en a peu trouver tel que besoing estoit, vous recommandant l'affaire de bien bonne affection. Et à tant, Madame ma bonne sœur, je prie le Créateur vous donner ce que plus désirez. De Vienne, ce vmc de juillet 1542.

« Vostre vray bon frère, « Ferdinand. »

Cette lettre, qui n'a pas encore été publiée et dont nous devons la communication à l'obligeance de M. Gachard, est intéressante à plus d'un titre. Elle fournit une nouvelle preuve de l'estime dont les musiciens belges jouissaient à l'étranger, et de leur incontestable supériorité sur ceux des autres nations. Nous avons déjà vu nos artistes fixés en Italie diriger la musique des princes et celle des grandes églises. Voici maintenant le roi des Romains . bientôt empereur d'Allemagne , qui fait chercher dans ses Etats un

musicien capable de seconder son maître de chapelle, Belge sans doute, et qui, désespérant de le trouver, prend le parti de s'adresser à la gouvernante des Pays-Bas, pour lui en envoyer un de cette contrée où il est de notoriéié que se trouvent les meilleurs artistes.

Marie de Hongrie n'avait pas une chapelle nombreuse. Nous trouvons désignés dans les comptes de sa maison : Jean Gossins et Benedictus Appezelders comme maîtres des enfants de chœur ; Jacques Bucquet, Sigïsmond Vyer et Roger Pathie comme organistes; Clais Vander Ryt comme raccoutreur d'orgues; Vincent Rigier comme notiste et joueur de viole. Restaient les enfants de chœur, et sans doute les chantres, qui ne sont pas mentionnés. Aucun nom célèbre n'apparaît dans les comptes de la maison de Marie de Hongrie: aucun de ceux des artistes qui avaient brillé sous Marguerite d'Autriche. La nouvelle gouvernante n'avait pas les goûts délicats de la fille de Maximilien. et d'ailleurs elle se trouvait au milieu de circonstances trop difficiles pour pouvoir donner beaucoup de temps à la culture des arts. Les troubles de Bruxelles et de Gand étaient pour elle de si graves sujets de préoccupation, que ce qui tenait aux arts ne devait nécessairement la toucher que d'une façon secondaire.

Charles-Quint n'avait pas pour les arts un penchant décidé. Il sentait d'ailleurs que, sur ce terrain, son rival, François Pr, aurait eu sur lui, quoi qu'il fit, un trop grand avantage, pour qu'il essayât même de soutenir la lutte. Laissant au roi de France la gloire de grouper autour de lui les peintres, les statuaire*, les

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architectes, et d'illustrer son règne par de pompeux monuments, il se contenta de le vaincre par les armes et par les profondes combinaisons de sa politique. Cependant, élevé dans le palais de Marguerite d'Autriche, au milieu des artistes qui affluaient à la cour de cette princesse , bercé en quelque sorte par les mélodies des compositeurs fameux qui venaient tour à tour soumettre leurs œuvres à l'appréciation éclairée de la gouvernante, Charles était devenu musicien, pour ainsi dire sans le savoir. Comme Marguerite, il se faisait donner des concerts de voix et d'instruments pendant ses repas. Sa chapelle était une des plus nombreuses qui fussent alors au service d'un souverain. Les artistes qui la dirigeaient étaient les premiers parmi les maîtres du temps. Ce furent successivement Jacques Clément, connu sous le nom de Clemens non papa, Nicolas Gombert et Créquillon. La chapelle faisait partie de ce noyau de gens de cour qui accompagnait l'empereur partout dans ses voyages. Nous trouvons dans les comptes de la maison de Charles-Quint l'indication du personnel suivant composant la grande chapelle :

1 Prévôt de la chapelle.

& Chapelains.

Maître Thomas Créquillon, chantre et componiste de la musique.

i Chantres de basse.

6 Chantres de ténor.

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