Haute-contre
10 Enfants de chœur.
1 Sacristain et maître des enfants de la chapelle. 1 Organiste.
1 Sacristain.
Il y avait la grande et la petite chapelle. Les artistes de la grande chapelle exécutaient les messes en musique ; les chapelains de la petite disaient les messes basses.
JdcqtiéB Clément, le premier des maîtres de chapelle de Charles-Quint , doit avoir joui d'une grande célébrité, pour que ses contemporains lui aient donné le singulier sobriquet de mm papa > qu'on trouve constamment joint à son nom. Clemens non papa voulait dire Clément qui n'est pas le pape; on établissait cette distinction pour ne pas confondre le maître de chapelle de l'empereur avec Clément VII, qui occupait alors le siège pontifical. C'était une idée singulière, mais qui prouve combien la réputation de notre artiste était étendue et populaire. Clemens non papa a composé des messes et des chants sacrés pour être exécutés dans la chapelle impériale; ces ouvrages sont d'un style dont l'élégante simplicité tempère la gravité. Si par ses compositions religieuses il édifiait son illustre maître , en revanche il savait le divertir par de petits morceaux d'un tout autre caractère. Ses chansons françaises , qui ont été réunies et publiées à Louvain, sont en général d'un tour naïf, gracieux et même assez léger. Aujourd'hui qu'on affiche plus de sévérité sur de certains principes , on trouverait peu! -être peu digne d'un maître de chapelle de prendre de telles libertés. Le compositeur qui écrit des hymnes pour l'Église ne pourrait plus, sans déroger, faire dans ses moments de belle humeur des romances, moins encore des chansons.
Clément étant mort, ou s'étant retiré à l'âge où il lui était, sans doute, difficile de suivre Charles-Quint
dans ses voyages, Nicolas Gombert devint le maître de chapelle de l'empereur. C'était un musicien de la bonne école, car il avait été au nombre des disciples de Josquin Deprés. Ce fait, contesté à tort par des critiques mal informés, résulte du texte d'une déploration sur la mort de Josquin et de ce passage de la Practîca musica d'Herman Finck, publiée en 1556, du vivant de Gombert : « En notre temps sont de nouveaux inventeurs parmi lesquels se présente Nicolas Gombert, disciple de Josquin Deprés, de pieuse mémoire, qui a montré à tous les musiciens les chemins et sentiers qui conduisent à la fugue ainsi qu'aux subtilités de l'art. » On a de Nicolas Gombert des messes et des motets. Son talent n'avait pas la souplesse de celui de son prédécesseur, on doit le croire du moins, puisqu'il n'a pas brillé dans la chanson ainsi que dans la musique religieuse. On ignore dans quelle localité de la Belgique est né Nicolas Gombert, et l'on manque de renseignements sur l'époque de sa mort. On remarquera que nous demeurons souvent dans le vague des suppositions, lorsqu'il s'agit d'établir la biographie de nos grands artistes. Il ne nous reste alors qu'à donner l'appréciation de leurs œuvres. C'est, à la vérité, pour nous, l'objet essentiel.
Thomas Créquillon succéda à Nicolas Gombert dans les fonctions de maître de chapelle de Charles - Quint. Ce fut aussi un compositeur célèbre à l'étranger, comme il l'était dans sa patrie. La race des grands musiciens semblait devoir se perpétuer en Belgique. Créquillon joignait la fécondité au talent. Il est peu de recueils de messes et de chansons publiés dans la seconde moitié du xvie siècle, qui ne contiennent de
ses compositions. Les éditeurs italiens le mettaient à contribution aussi bien que les imprimeurs belges. Les maîtres de cette époque n'avaient pas encore abandonné l'usage de prendre des thèmes de chansons populaires pour textes de leurs morceaux religieux. Créquillon s'est conformé à celte tradition. Il nous a laissé une messe à quatre parties intitulée : Doulce mémoire, et une autre à cinq parties : D'ung petit mot. On suppose que Thomas Créquillon est né vers 1520. Suivant toute apparence, il était encore maître de chapelle de Charles-Quint à l'époque de l'abdication du puissant monarque. Passa-t-il avec la même qualité au service de Philippe II? se rendit-il auprès de Maximilien? échut-il à l'un ou l'autre de ces deux princes, dans le partage du vaste empire de Charles-Quint? c'est un fait trop peu important pour que les historiens aient pris le soin de le consigner dans leurs annales.
Le sombre Philippe II n'était pas aussi étranger qu'on pourrait le croire aux émotions que font naître les arts. Nous pouvons invoquer à cet égard un portrait tracé par Frédéric Badoaro, où l'on remarque le passage suivant : « Le roi se plaît à l'étude et s'occupe particulièrement de l'histoire. Il sait bien la géographie. Il s'entend un peu dans la statuaire et la peinture; quelquefois même il trouve du plaisir à s'y exercer. > Le soin qu'a pris Philippe II d'enrichir les musées de Madrid et de l'Escurial des plus magnifiques peintures, les sommes considérables qu'il y employa, sont une preuve du grand cas qu'il faisait des arts du dessin: il voulut aussi que sa chapelle fût digne du monarque dans les États duquel le soleil ne
se couchait pas. Ses provinces flamandes lui fournirent des musiciens capables de réaliser ce vœu. Des pièces authentiques en font foi. En recherchant dans les archives de Simancas les documents inédits relatifs à notre histoire, M. Gachard n'a pas négligé ce qui pouvait intéresser les arts. Nous lui devons la communication de plusieurs titres curieux qui nous permettent d'apprécier jusqu'à quel point les artistes belges étaient estimés en Espagne. Le 7 octobre 1564, le roi Philippe II écrivit à la duchesse de Parme que son maître de chapelle étant mort, il désirait le remplacer par quelque musicien habile. Ce n'est qu'en Flandre qu'il espère le trouver. On lui a parlé de Chastelain, chanoine et maître de chapelle de l'église de Soignies, comme étant le meilleur qu'il pût choisir. Il la prie de faire appeler ce personnage et de lui proposer un office dans lequel il trouvera honneur et profit. Elle peut lui certifier qu'il sera bien reçu et traité généreusement.
La duchesse se met aussitôt en devoir de remplir la mission dont l'avait chargée le roi d'Espagne. Dès le 50 novembre, elle lui répond qu'elle a fait appeler le chanoine Chastelain, et qu'elle lui a proposé d'aller servir Sa Majesté en qualité de maître de chapelle. Le chanoine est pénétré de reconnaissance pour l'honneur que lui fait son souverain. Plus jeune et mieux portant, il n'hésiterait pas à partir; mais il est vieux et l'état de sa santé ne lui permet pas d'entreprendre un long voyage. Il prie donc le roi de vouloir l'excuser. En vain la duchesse a-t-elle insisté, il a maintenu son refus. Elle s'est alors informée d'autres personnes qui fussent aptes à remplir l'emploi vacant On lui a
désigné un certain Me Jean Bonmarché, chanoine et maître de l'école des enfants de chœur de l'église de Cambrai. C'est un des hommes les plus habiles, en fait de musique , qu'il y ait dans les provinces des Pays-Bas. Suivant ce qu'on lui a dit, Me Bonmarché est un grand compositeur; mais il n'a pas de voix; il est petit et de peu d'apparence, parce qu'il n'a point de barbe, quoique âgé de plus de quarante ans. Elle le fera venir et lui proposera d'aller à Madrid.
Me Jean Bonmarché accepta les honorables fonctions que lui offrit la duchesse, et d'une autre part, sa mine de peu d'apparence n'empêcha pas le roi de le prendre pour maître de chapelle. Il partit donc pour l'Espagne.
Il y a lieu de croire que M0 Bonmarché ne trouva point la musique du roi d'Espagne parfaitement composée, car il fut obligé de demander un renfort de musiciens de son pays. On trouve la preuve de ceci dans une lettre écrite par Philippe II au duc d'Albe, le 8 février 15G8. Le roi fait savoir au gouverneur des Pays-Bas , qu'il manque d'e;.fants de chœur pour sa chapelle flamande. Son maître de chapelle est d'avis qu'on en choisisse huit, et qu'Adrien , l'un de ses chantres, aille les chercher. Le duc d'Albe est chargé de donner à ce dernier les instructions nécessaires.
On est surpris de voir s'établir entre Philippe II et son terrible lieutenant une correspondance relative à un objet aussi peu grave. On se représente mal le duc d'Albe à la recherche d'enfants de chœur pour son royal maître. Il avait ordinairement d'autres missions à remplir dans nos provinces. Quoi qu'il en soit,
LES MUSICIENS BELGES. 15't
il résulte de la lettre que nous venons de citer un fait bon à connaître, c'est que le roi d'Espagne avait une chapelle composée exclusivement ou presque exclu sivement de musiciens belges. On en a la certitude, puisqu'il l'appelle sa chapelle flamande.
Jean Bonmarché, maître de chapelle de Philippe II, est né à Ypres. La correspondance de la duchesse de Parme avec le roi nous apprend qu'il dirigeait la maîtrise de la cathédrale de Cambrai , lorsqu'on le fit appeler pour lui offrir la place refusée par Chastelain. On suppose que la plupart de ses ouvrages sont restés à Madrid, car on n'en connaît qu'un très-petit nombre imprimés à Anvers et à Paris. Il mourut en Espagne : du moins on n'entend plus parler de lui postérieurement aux documents que nous venons de citer. Quant à cet Adrien , qui fut envoyé pour choisir les enfants de ehœur demandés par Philippe II au duc d'Albe, c'était un chantre et rien de plus.
Quand Philippe II vint à Bruxelles, on le fit assister à un singulier concert dont les chroniqueurs n'ont eu garde d'omettre la description, et qui rentre indirectement dans le cadre que nous nous sommes tracé. Pour faire honneur à leur souverain , les magistrats décidèrent qu'on donnerait en sa présence une représentation solennelle de ÏOmmegang. Les costumes qui, de temps immémorial, servaient à cette procession célèbre, furent renouvelés. Les chars furent peints de fraîches couleurs, les géants habillés à neuf. Philippe II était au balcon de l'hôtel de ville, quand la procession déboucha sur la grand'place. Après différentes mascarades moult plaisantes ,vint
RIBUOTHKQtîF. NATIONALE.
une musique si bizarre, que Philippe, tout roi des Espagnes qu'il fût, n'en avait pas entendu de semblable. Un ours, assis sur un char, promenait gravement ses doigts, si nous pouvons nous servir de ce mot en parlant d'un exécutant quadrupède, sur les touches d'un clavier. Ce clavier était adapté à un orgue, mais a un orgue tout différent de celui que Pépin avait reçu de Constantin. Une vingtaine de chats étaient enfermés dans autant de compartiments où toute liberté de mouvements leur était interdite ; leurs queues . passant à travers des ouvertures pratiquées à cet effet, étaient attachées à des ficelles qui correspondaient aux touches du clavier. L'ours , en abaissant celles-ci, opérait une traction qui se faisait sentir assez vivement, pour que les malheureux chats poussassent des miaulements plaintifs. On avait choisi des voix de différents timbres, suivant une échelle graduée , du grave à l'aigu. Aux sons de ce concert burlesque, des enfants travestis en loups, en singes et en cerfs dansaient sur un autre char. Philippe II, tout vêtu de noir, avec son visage plus sombre que ses habits, ne put pas s'empêcher de sourire à l'aspect de cette composition si originale et si singulièrement exécutée.