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CHAPITRE XXIII

Dissentiment perpétuel entre les poêles et les musiciens.— Le Magnifique. — Genre pastoral : La Rosière de Salenei. — La Fausse Magic. — Grélry et J. J. Rousseau. — Une répétition au Pelit-Trianon. — Les Mariages samniles. — Malroco, drame burlesque. — Le Jugement de Midas. — D'flèlc, l'Académie et les clercs de procureur. — L'Amant jaloux. — Les Evénements imprévus. — Paris infirme les arrêts de la cour de Versailles en matière d'opéra. — Tentatives de Grélry dans le genre tragique. — Andromaque. — Deux chutes ducs à de mauvais poèmes. — Le genre comique introduit à l'Opéra: la Caravane. — Grélry respecte la décision du public. — L'Epreuve villageoise.

On a vu que jusqu'à présent Grétry, sauf de rares exceptions, est demeuré fidèle à Marmontel, son premier poète. Il va commencer à prendre plus fréquemment d'autres collaborateurs. Madame d'Épinay lui demanda un jour s'il souhaiterait d'avoir un drame de Sedaine à mettre en musique. Sa réponse fut affirma-

tive ; peu de jours après, la pièce du Magnifique lui fut présentée. Marmontel, qui aurait voulu demeurer toujours associé à ses succès, lui garda rancune de cette infidélité. Il dit en parlant de l'un des derniers ouvrages, fruit de leur collaboration : « Je ne dois pas dissimuler que le charme de la musique contribuait merveilleusement à produire de tels effets. Celle de Grétry était alors ce qu'elle n'a été que bien rarement après moi, et il ne sentait pas assez avec quel soin je m'occupais à lui tracer le caractère, la forme et le dessin d'un chant agréable et facile. Kn général la fatuité des musiciens est de croire ne rien devoir à leur poète ; et Grétry, avec de l'esprit, a eu cette sottise au suprême degré. » Grétry, de son côté, signalait les exigences des écrivains à l'égard des compositeurs. « Chaque auteur dramatique, disait-il, se plaint des sacrifices qu'il est obligé de faire à son musicien. Cependant je défie les poètes avec lesquels j'ai travaillé, de citer un beau vers sacrifié à ma musique. » Cette querelle entre les poètes et les musiciens durera tant qu'on fera des opéras.

Le Magnifique ne réussit pas sans opposition. Il eut à vaincre les préventions d'une double cabale. Tandis que les monsignistes étaient fâchés que Sedaine eût travaillé avec un autre musicien que Monsigny, les marmontélistes trouvaient mauvais que Grétry eût pris un autre collaborateur que Marmontel. En dépit de leurs criailleries, le Magnifique resta au répertoire.

Grétry s'essaya ensuite dans le genre pastoral. Il fit la Rosière de Salenci. Afin de donner à ses idées

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une direction conforme à la nature du sujet, il alla se loger à la campagne et se nourrit des idylles de Gessner, pendant le temps qu'il composa cet opéra. Ce n'eût pas été sa faute, si ses mélodies eussent manqué de couleur locale ; il en était lui-même tout imprégné. La partition de la Rosière de Salenci se distingue par une grande fraîcheur. Il paraît que la fièvre champêtre dont l'auteur avait été atteint, gagna le public, car l'artiste qui remplissait le rôle de la rosière ne jouissant pas d'une réputation sans tache, il s'indigna au moment du couronnement, et fit si bien, qu'une personne moins compromise lui fut substituée. En rapportant cet incident, Grétry fait observer judicieusement qu'on y voyait la preuve que les hommes rassemblés aiment la vertu, quoiqu'ils ne voulussent pas toujours se charger de rendre l'actrice vertueuse.

La Fausse Magie est un des meilleurs opéras de Grétry; c'était du moins un de ceux auxquels il donnait lui-même la préférence, et que le public a le plus applaudis. Il en est resté un morceau qui se chante encore avec succès dans les concerts et qui ne passera pas de mode , parce qu'il est d'une vérité d'expression parfaite, et que ce qui est vrai dans les arts est impérissable; ce morceau est le duo des deux vieillards : Quoi! c'est vous qu'elle ■préfère?

Grétry assistait à l'une des premières représentations de la Fausse Magie, lorsqu'il entendit un spectateur dire à ses côtés : « M. Rousseau, voilà Grétry que vous nous demandiez tout à l'heure. » Ce M. Rousseau était l'auteur de la Nouvelle Héloïse.

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Grétry, sans attendre une présentation officielle, alla droit à lui et lui tendit la main.

— Que je suis aise de vous voir! lui dit le philosophe ; depuis longtemps je croyais mon cœur fermé aux douces émotions que votre musique m'a fait éprouver.

— Ah! monsieur, s'écria Grétry, ma plus douce récompense est de vous plaire par mes talents.

— Êtes- vous marié?

— Oui.

— Avez -vous épousé ce qu'on appelle une femme d'esprit ?

— Non.

— Je m'en doutais.

— C'est une fille d'artiste ; elle ne dit jamais que ce qu'elle sait, et la simple nature est son guide.

— C'est bien cela. J'aime les artistes , ils sont les enfants delà nature. Je veux connaître votre femme et vous voir souvent tous deux.

Grétry ne quitta pas Rousseau de toute la soirée. A la sortie du spectacle, il l'accompagna. Dans une des rues voisines de la Comédie-Italienne , il voulut l'aider à franchir des pavés abandonnés sur la chaussée par des ouvriers, et prit son bras en lui disant : « Prenez garde, M. Rousseau. » Le philosophe se dégagea brusquement et s'écria : « Laissez-moi donc me servir de mes propres forces. » Anéanti par ces paroles, Grétry le laissa s'éloigner, et depuis lors, il ne le revit plus.

Céphale et Procris, tragédie en trois actes et en vers de Marmontel, fut mise en musique par Grétry, et jouée à Versailles pendant les fêtes qui eurent lieu

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à l'occasion du mariage du comte d'Artois. L'auteur de Zémire et Azor n'était pas doué du génie tragique; il ne fit, en cette circonstance, qu'un ouvrage assez médiocre, qui n'obtint de succès ni à la cour ni à la ville. Sa musique parut se rapprocher de l'ancien genre lyrique français, et si c'était une recommandation pour les amateurs encore imbus de préjugés, les partisans du style italien, qui l'avaient applaudi jusqu'alors, lui furent hostiles. La poésie de Marmontel fut aussi jugée sévèrement. Mademoiselle Arnoud dit que la musique lui avait paru plus française que les paroles. Le mot fit fortune, et il n'en fallait pas davantage pour que les rieurs ne fussent point du côté des auteurs.

Grétry reçut un jour la visite du comte d'Adhémar, gentilhomme d'un certain âge, qui venait d'un air assez embarrassé le prier de lui rendre un léger service. L'artiste se mit à la disposition du grand seigneur, cela va de soi, et s'informa de ce dont il s'agissait. II apprit qu'on avait résolu de jouer la Rosière de Salenci dans une des représentations particulières que la cour donnait au Petit-Trianon. Le comte d'Adhémar avait été désigné pour remplir le rôle de Colin, et il venait demander à Grétry de lui apprendre à chanter ses airs le moins mal possible. L'idée de confier à un gentilhomme sur le retour le rôle d'un jeune berger, paraîtra bizarre; mais la reine, devant jouer celui de Cécile, avait choisi un Colin d'un âge mûr, afin de ne pas donner prise à la médisance. Grétry eut quelque peine à former son vieil élève. Le comte d'Adhémar avait eu jadis une jolie voix, mais elle était devenue chevrotante.

Quoi qu'il en soit, le compositeur fit de son mieux, et apprit du moins à celui qui était venu réclamer l'aide de ses conseils, à chanter sa musique en mesure. Ce n'était pas tout. Il fut prié d'assister à une des dernières répititions. mais incognito, c'est-à-dire que, caché dans une loge grillée, il devait écouter sans mot dire, et faire ses observations qu'il communiquerait ensuite au comte d'Adhémar. car l'étiquette ne permettait pas qu'il fût publiquement témoin de l'essai dramatique qu'allaient tenter des personnes du plus haut rang.

Grétry fut conduit à Trianon et introduit mystérieusement dans une loge munie d'un grillage doré, de laquelle il pouvait tout voir et tout entendre, sans être aperçu. Avant de le quitter, son introducteur, le comte d'Adhémar, lui recommanda encore de se tenir coi , de ne bouger non plus qu'un terme , s'il voulait conserver les bonnes grâces de la reine et de son noble entourage. La répétition commença; elle se fit en costume, afin que tout fût réglé pour la représentation du lendemain. Grétry eut grande envie de rire en voyant entrer le vieux comte, son élève, vêtu en berger, avec un tonnelet de soie rose, une culotte de satin vert, et tenant à la main une houlette enrubanée. La peur lui rendait la voix plus tremblante qu'à l'ordinaire, il chanta faux ; Grétry se boucha les oreilles. Ce fut ensuite le tour de la reine. Marie-Antoinette portait un délicieux costume dessiné par Boucher. Sa voix était douce et juste, ou du moins elle parut telle à Grétry que subjuguaient les charmes de cette femme accomplie. Il trouva parfait tout ce qu'elle dit; l'homme avait absorbé l'auteur eu lui. Quand

vint le comte d'Artois, qui jouait le rôle du paysan Jean Gau, ce fut une autre affaire. Ce prince ayant détonné d'une horrible façon au début de l'air :

Ma barque s'engage, S'échappe en débris...

Grétry, oubliant les recommandations qu'on lui avait faites , s'écria : « Mais non , ce n'est pas cela. »

On imagine l'effet produit par cette exclamation. L'orchestre, qui était celui de la Comédie-Italienne, accoutumé à obéir à la voix bien connue du compositeur, s'arrêta court, le comte d'Artois fit comme l'orchestre : la stupéfaction fut générale. Le comte d'Adhémar faillit se trouver mal; il avait aussi reconnu la voix qui venait de pousser la malencontreuse exclamation. La reine dit en riant qu'elle savait ce que c'était, et donna l'ordre de continuer la répétition. Grétry aurait voulu s'esquiver ; mais il ne pouvait le faire sans être remarqué. Force lui fut de rester jusqu'à la fin. Dans plus d'un passage , il se boucha les oreilles , pour ne pas entendre comment sa musique était défigurée. Caillot, l'artiste de l'opéra -comique, retiré depuis quelque temps du théâtre, et Dazincourt, le célèbre comédien, présidaient aux détails de la mise en scène; ils avaient été choisis, en raison de leur bonne renommée, pour donner aux acteurs de la troupe royale les leçons dont leur inexpérience avait grand besoin.

La répétition terminée, le comte d'Adhémar vint tirer Grétry de la loge où il abritait son incognito. Après avoir reproché à son professeur une impru-

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dence que toute autre que Marie-Antoinette aurait qualifiée d'atteinte aux lois de l'étiquette, et qui aurait pu lui faire perdre les bonnes grâces de la cour , le noble ténor lui demanda quelques conseils. Grétry, pressé de s'esquiver, le renvoya à Caillot qui avait, dit-il, bien plus que lui l'expérience de la scène, et qui connaissait ses propres ouvrages aussi bien que lui-même.

Grétry avait conservé une sorte de prédilection pour son premier opéra, dont le poëme, intitulé les Mariages samnites , avait été refusé par les acteurs de la Comédie-Italienne. Durosoy, l'auteur d' Henri IV ou la Bataille d'Ivri, corrigea la pièce, qui fut reçue cette fois, et représentée. Le peu de succès qu'elle obtint fut moins attribué à la partition, dans laquelle on remarqua plusieurs morceaux vraiment dignes de Grétry, qu'à la manière ridicule dont les chanteurs portaient le costume antique. Il n'en faut pas plus, en effet, pour faire tomber un bon ouvrage. C'est souvent ainsi que juge le public.

Matroco, drame burlesque, fut composé pour les divertissements de la cour. Grétry y avait introduit un grand nombre d'airs de vaudeville auxquels il avait donné une nouvelle instrumentation , et qui, en rappelant des paroles connues, formaient presque toujours avec la situation de la pièce des antithèses comiques. C'était, au demeurant, une œuvre peu digne de l'auteur de Zémire et Azor. Il le reconnut lui-même, car voici en quels termes il en parle dans ses mémoires : « Je fis cet opéra pour la cour, et par complaisance ; il fut joué à Paris malgré moi, et la flamme a dévoré cette production monstrueuse, en

expiation de l'atteinte que j'avais donnée au bon goût. -> Un Anglais du nom de Haies , dont les gazettes avaient fait d'Hèle, et qui habitait la France depuis longtemps, vint offrir à Grétry un poëme d'opéra à mettre en musique. Bien qu'il lui fût adressé par Suard, avec une pressante recommandation , Grétry ne pouvait pas croire qu'un étranger, qu'un Anglais, fût capable de faire une bonne pièce française, et surtout une pièce du genre comique. Il conserva donc longtemps, avant de se décider à le lire, le poëme du Jugement de Midas. Un jour cependant que Marmontel lui avait manqué de parole pour un ouvrage sur lequel il comptait, il parcourut le manuscrit de d'Hèle et crut à la possibilité d'un succès. Sa partition terminée, il présenta le Jugement de Midas à l'examen de l'intendant des plaisirs dramatiques de la cour: mais on ne permit pas que cette pièce fût jouée à Versailles, parce qu'elle était d'un Anglais et que la reine ne voulait favoriser en aucune façon les sujets de la Grande-Bretagne. Le duc d'Orléans , instruit du fait, fit exécuter chez lui, par des amateurs, l'œuvre de d'Hèle et de Grétry, et, comme il réunit les suffrages d'une assemblée d'élite, les comédiens italiens s'empressèrent de le recevoir. Le Jugement de Midas était une satire de l'ancienne musique française. La grande majorité du public l'accueillit favorablement: mais les clercs de procureurs, qui s'étaient crus personnellement offensés par un passage de la pièce, firent circuler un avis imprimé dont un exemplaire fut remis à Grétry et qui était ainsi conçu : «i Messieurs les clercs de procureurs vous invitent à venir siffler demain la seconde représentation du 2. 13

Jugement de Midas, dans laquelle pièce ils sont insultés.» Messieurs les clercs se trouvèrent, en effet, à leur poste le lendemain, et sifflèrent à outrance ; mais l'assemblée n'épousa pas leurs rancunes et ils perdirent leur procès. L'Académie prit fait et cause pour la musique française; plusieurs de ses membres parlèrent en termes peu bienveillants de la nouvelle pièce. D'Hèle le sut et dédia le Jugement de Midas aux quarante immortels, dans une épître très-plaisante que son collaborateur eut beaucoup de peine à lui faire supprimer. Pour consoler Grétry de la décision des gens de cour qui s'étaient opposés à ce que son ouvrage fût joué à Versailles, Voltaire lui fit remettre par sa nièce, madame Denis, le quatrain suivant :

La cour a dénigre tes chants Dont Paris a dit des merveilles ; Grétry, les oreilles des grands Sont souvent de grandes oreilles.

Grétry fit encore deux opéras en collaboration avec d'Hèle. Ce furent r Amant jaloux et les Événements imprévus. A la répétition générale du premier, qui fut représenté à Versailles, les jugeurslui prédirent une chute, et l'on vint rapporter leur arrêt à Grétry pendant qu'il dînait chez le premier gentilhomme de la chambre. Effrayé du sort qui attendait son œuvre, le compositeur fit supplier le roi de vouloir permettre que le spectacle annoncé fût changé ; mais Louis XVI, après avoir consulté la reine, décida quel' Amant jaloux serait joué. Le soir, les choses tournèrent tout autrement qu'on ne l'avait pensé. Au

lieu d'avoir à déplorer une chute, Grétry se réjouit d'un succès. Les Événements imprévus furent le dernier opéra qu'il composa en société avec d'Hèle. Ce littérateur, qui poussa jusqu'à l'exagération l'originalité anglaise, et dont les mémoires du temps citent les nombreuses excentricités, mourut au moment où il était sur le point de terminer, pour son compositeur favori, un poëme qu'il considérait comme son chefd'œuvre.

Grétry , toujours en froid avec Marmontel , revint à Sedaine, dont l'instinct scénique s'alliait admirablement au sien. Leur début ne fut pas heureux. Ils avaient fait pour le théâtre de la cour une espèce de pastorale intitulée : les Mœurs antiques , ou les amours d'Aucassin et Nicoletle. La répétition générale qui se fit à Versailles, et à laquelle assista la famille royale, produisit l'effet d'une parodie. Les passages que les auteurs avaient crus les plus pathétiques provoquèrent de longs éclats de rire. Il en fut de même à la représentation. S'ils avaient été plus courtisans, Sedaine et Grétry auraient considéré cet arrêt comme définitif; mais ils en appelèrent au public, et la pièce fut jouée à Paris, où elle obtint un accueil favorable.

Grétry voulut tenter d'aborder le genre tragique; il fit une Andromaque pour l'Académie royale de musique. Il s'était passionné pour son sujet et composa rapidement sa partition : mais ce fut loin d'être un de ses meilleurs ouvrages. D'après un singulier système qu'il avait imaginé , et qui consistait à employer constamment les mêmes instruments pour accompagner les récitatifs d'un rôle qui devait être

distingué des autres, la voix d'Andromaque était toujours soutenue par trois flûtes traversières; il en résulta nécessairement beaucoup de monotonie. Les confidents avaient été remplacés par des chœurs ; chacun des quatre personnages en avait un à sa suite, qui ne le quittait point, en sorte qu'il n'y avait pas de scène qui ne finît par un ensemble. On disait de cette Jndromaque qu'elle avait été non pas arrangée, mais déracinée par Pitra, honnête particulier de Lyon, qui s'était avisé, à quarante ans, de se trouver des dispositions pour la poésie.

Colineite à la cour ne réussit que médiocrement ; la musique en était faible; mais elle avait le malheur de supporter un poëme plus faible encore. Grétry avait eu le tort de prendre pour collaborateurs un certain Lourdet de Santerre, maître des comptes par état et littérateur par fantaisie. V Embarras des richesses, du même auteur, procura au malheureux musicien une seconde chute, bien que sa partition fût pleine de détails agréables.

La Caravane rendit à Grétry toute son influence sur un public qui venait de lui être deux fois hostile, ou qui l'avait enveloppé , du moins, dans la disgrâce d'un mauvais poète. Ce n'est pas que son nouvel ouvrage n'ait rencontré quelque opposition dans le principe. Les partisans de Piccini, qui soutenaient ce musicien, non seulement contre Gluck, mais encore contre tous les compositeurs qui s'avisaient de vouloir fixer sur eux l'attention par des œuvres importantes, firentune oppositionsi scandaleuse klaCaravane lejour de la première représentation, que le lieutenant de police interdit l'entrée du spectacle au chef principal

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de leur parti. En dépit de leurs menées, la Caravane, dont la musique est piquante et porte l'empreinte d'un cachet oriental, fut bien accueillie. Grétry eut l'honneur d'introduire à l'Opéra un genre qui n'y était pas connu avant lui, celui de la comédie lyrique. La tragédie seule y avait accès. Les vieux amateurs crièrent au scandale, quand il donna le signal de cette révolution. L'uniformité des sensations dans le spectacle du grand opéra frappait tout le monde ; chacun reconnaissait que le genre noble était ennuyeux à la longue; mais on s'ennuyait noblement, et pour beaucoup de gens, cela valait mieux que de s'amuser d'une autre façon. C'est le sort des innovations, de rencontrer des obstacles. Néanmoins Grétry triompha de ses adversaires, et la comédie lyrique s'établit à l'Opéra.

Une musique aux grâces et à la fraîcheur de laquelle les critiques du temps rendirent justice, n'empêcha pas l'opéra-comique de Théodore et Paulin, dont les paroles étaient de Desforges, de tomber à la première représentation. Les comédiens voulaient tenter une seconde épreuve ; mais Grétry s'y opposa, aimant mieux retirer définitivement sa pièce que de paraître vouloir forcer le goût du public.

L'Épreuve villageoise est une charmante production d'un style simple et naïf. Il est difficile de faire à moins de frais une musique plus agréable. Ce petit opéra est resté au répertoire longtemps après que des compositions plus importantes et plus ambitieuses en avaient disparu.

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